Les roses de décembre...
« Vous cheminez parmi l’étrange, sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours… » (J.M.B.)

Où il est question de JAMES MATTHEW BARRIE (qui donne son nom à ce JIACO), de littérature (en particulier victorienne, mais pas exclusivement), de cinéma, de philosophie et de quelques autres petites choses qui font de mon existence un berceau pour les fées ... [Photographies offertes par Andrew Birkin - Possesseurs de MAC, utilisez de préférence SAFARI pour lire ce Journal Intime à Ciel Ouvert ! Les commentaires anonymes sont systématiquement effacés.]

vendredi 4 août 2006
Count Cain
Un manga de Kaori Yuki.

Je lis des mangas* avec parcimonie. Mais je suis coupable de m'adonner, une fois ou deux par trimestre, à ce plaisir. Pardonnez-moi. Cet appétit d'oiseau pour ce met est dû à deux raisons principales, l'une prosaïque et l'autre d'ordre esthétique. Les mangas, en général, s'étendent sur un nombre important de volumes, qui peuvent aller jusqu'à la cinquantaine ou pire. Le prix d'un tome avoisine les 8 euros, parfois moins. Les histoires avancent souvent à pas de nain. Le genre exige cette lenteur, je suppose. Nous sommes proches de la réalité du feuilleton, bien qu'il existe des séries au sens strict du terme. Le lecteur potentiel de mangas est noyé par une pléthore de titres médiocres.
Certes, il est des exceptions judicieuses. Toutefois, ne comptez guère moins de 5 volumes; 20 étant une moyenne. A moins d'adorer une série, je ne me sens pas d'humeur à investir autant pour un simple divertissement de la pupille car le problème se situe bien là.
Peu de mangas présentent, à mes yeux, un réel intérêt. Les titres se multiplient miraculeusement mais l'on retrouve souvent un schéma identique et une construction mille fois reproduite, sans réelle originalité en ce qui concerne le trait de crayon et l'histoire.
Toutefois, des artistes comme Urasawa ont su créer des séries palpitantes, à l'insoutenable suspense (Monster, 20th century boys) sans parler des maîtres que sont Tezuka (le dieu incontestable ; ne manquez pas de lire sa biographie en bande-dessinée chez Casterman) ou Taniguchi. Il en est d'autres.
En cran en-dessous, des mangaka comme Tsukasa Hojo déploient des récrits encrés dans une veine humaniste et tendre (La mélodie de Jenny) qui portent à la tendresse, à l'amour et à la considération du prochain... Et que dire de Leiji Matsumoto qui a créé un univers entier autour d'une seule idée (j'exagère à peine) ?
Toutefois, il est des titres encore plus éloignés du manga d'auteur, ainsi que nous aimons l'appeler, qui ont emporté sans réserve mon attention - pour de bonnes ou de mauvaises raisons : Fruits basket de Natsuki Takaya ou Nana de Ai Yazawa. Le premier est un récit goûteux, léger, mais pas inconsistant. Je suis émerveillée par la douceur du ton. Le second s'apparente davantage à un roman-photo bien que plus cru.
Count Cain
[on devrait d'alleurs le nommer Earl Cain, car "count" désigne un comte européen, alors que Earl désigne le même rang mais d'origine britannique !] en 5 volumes (suivi de God Child en 8 volumes) est mon préféré de très loin. Il est plus ambitieux et dépourvu de mièvrerie. Il est publié chez Tonkam, un éditeur qui n'est pas toujours à la hauteur de son travail...
Il s'agit prétendument d'un Shojo (manga romantique, destiné aux jeunes filles ou femmes) par opposition au Shonen. Il existe d'autres espèces comme le Yaoi, par exemple, qui est un manga mettant en scène des relations homosexuelles masculines.
Empreint de fureur et de folie gothique, dans une atmosphère victorienne, côté sombre, version bas-fonds, le héros est un enfant illégitime (comme il se doit) honni par son père. Devenu grand, il s'intéresse de près aux poisons et devient versé dans cet art maudit. Son père a d'ailleurs tenté de l'assassiner par ce biais.
Les cinq premiers livres relatent des histoires indépendantes (bien que certains faits soient indispensables pour la suite de l'histoire) où il est question de meurtres, de suicides, d'actes ignobles. Cain mène des enquêtes au coeur d'événements sordides, horrifiques, étranges et répugnants, qui ont parfois, comme c'est le cas pour les romans d'Agatha Christie, pour trame une comptine... La suite concerne plus précisément le destin de Cain. Cette histoire est haletante. Le climat est délétère. Une merveilleuse rose noir ! Une fleur des champs en enfer !
Un très bon site : http://poisoncain.free.fr/

*Signifie étymologiquement : image dérisoire, irresponsable...
14 Comments:
Anonymous Sirekrabo said...
Kaori Yuki a dessiné une autre série, sombre et carrément gothique : Angel sanctuary (20 volumes en tout).


Je recommande à ceux qui désirent en savoir un peu plus sur le monde des mangas et de l'animation japonaisela lecture du dernier hors-série du magazine Animeland (Attention ! Ne surtout pas confondre mangas et dessins animés japonais qui sont appelés anime).

Blogger Holly Golightly said...
Angel sanctuary est un excellent manga, en effet !
Tu as raison de préciser cette différence de termes, qui était implicite dans mon billet puisque je renvoie à l'étymologie du mot.

Blogger Julie said...
C'est chouette que tu parles de mangas et on voit que là encore tu connais ton sujet! Je suis fan de Fruits Basket (série qui devient de moins en moins "douce" au fil des tomes). Dans le même genre (shojo), je recommande Global Garden, le dernier rêve d'Einstein de Hiwatari Saki, une série courte pour une fois, en 7 tomes, mais aussi psychologique et tortueuse que "Furuba"!

Blogger Holly Golightly said...
J'ai adoré l'animé Fruits basket.
Je ne sais pas, Renard, si tu l'as regardé, mais c'est un bijou ! Il ne met en scène que les 6 ou 7 premiers tomes du manga. J'ai tout aimé, y compris la musique.
En effet, le manga s'assombrit peu à peu. Plus que quelques volumes et nous saurons la fin.
Je ne connais que de nom le manga que tu évoques, hélas.
Si tu le compares à "Furuba", alors...
Bien malheureusement, je suis loin de connaître le monde des mangas, mais j'apprécie certains titres. J'aurais pu évoquer Sing Yesterday for me de Kei Toume, qui me touche.

Anonymous Sirekrabo said...
Je suis toujours agréablement surpris quand quelqu'un de cultivé parle de mangas en bons termes. D'habitude, les mangas en général sont toujours dénigrés.
Si je dois conseiller des mangas, j'en conseillerai deux :
- Nausicäa d'Hayao Miyazaki, le réalisateur de Princesse Mononoke et Chihiro entre autres. Ce manga est une charge virulente contre la guerre et la bêtise humaine.
- Gunnm de Yukito Kishiro, et sa suite Gunnm Last Order. Ce manga nous interroge sur la définition d'un être humain dans un monde futur où humains, cyborgs et robots cohabitent.

Il y a nombre d'autres mangas à lire et découvrir (tel Akira par exemple) mais ce sont les deux premiers qui me viennent à l'esprit.

Blogger Holly Golightly said...
Akira, en effet, est un classique.
Je crois que les mangas sont de mieux en mieux considérés. Comme dans tout art, il y a des oeuvres fortes et de la médiocrité.
J'essaierai de faire des billets mangas de temps en temps.
C'est un genre que j'aime.

Anonymous Miss Poivert said...
Ah la la, cette note me ravit ! J'aimerais lire plus de mangas, mais je lis surtout les bd qu'on achète dans ma bibliothèque. Or, pour les raisons de volumaison déjà évoquées, nous achetons les mangas avec beaucoup de parcimonies, privilégiant les one-shots ou les séries courtes (leur nombre augmentant considérablement avec le temps).
Mais tous les mangas cités par toi ou Le Renard font partie des séries que je projette de lire. Bigre ! Il va falloir que je sorte mon petit porte-monnaie, et ça me fait tout drôle !

Blogger Holly Golightly said...
D'où l'utilité de bien choisir avant !

Pour ce qui est du choix, ça va, je me débrouille (là, j'ai le menton haut, le sourire peu modeste, mais tu comprends, hi hi hi, c'est mon métier, de savoir choisir... Même quand je n'ai pas lu les bouquins, na !).

Blogger Holly Golightly said...
Tu es bibliothécaire alors ? J'ai bien compris ?
Quand on fait de la critique littéraire, c'est pareil, mais en moins honnête... On vend ce qu'on n'a pas lu. Très souvent. Trop...

Anonymous js said...
J'ai trouvé, au milieu des bois, un ordinateur connecté et un peu de temps, sous un arbre mort.
J'en profite pour vous dire que le tome 10 (et peut-être un autre ?) de la série "Say Hello to Black Jack" de Syuho Sato aborde - très brièvement - Peter Pan... (découverte faite par hasard (?) en feuilletant pour la première fois un manga au supermarché)
http://www.mangajima.com/manga/dossiers/Blackjack/blackjack.htm#part3
Retour officiel toujours prévu pour le 13.
A bientôt!

Blogger Holly Golightly said...
Bonjour Jean-Sébastien !
Je vous ai écrit ! :-) Enfin !
Je connais ce manga mais je n'en suis pas au tome 10 ! Loin de là. Cela me donne envie d'accélérer ! Merci pour l'information !
Revenez vite.
Bien à vous,
Holly

Blogger slumblogger said...
Bonjour Holly,
je suis étonné qu'ue "littéraire" comme toi n'ai pas cité "l'homme qui marche" de Tanigushi Jiro. Une BD presque sans texte qui montre les balades d'un home arrivant dans une nouvelle ville, ses errances et ses surprises.
Tu en trouvera plus ici

Blogger Holly Golightly said...
Bonjour Sébastien !
Relis mon billet : je l'ai cité en passant !
J'aime beaucoup son oeuvre, que je connais assez bien.
Mais c'est le problème de ce genre de billet, tout n'est qu'allusions...

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