Les roses de décembre...
« Vous cheminez parmi l’étrange, sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours… » (J.M.B.)

Où il est question de JAMES MATTHEW BARRIE (qui donne son nom à ce JIACO), de littérature (en particulier victorienne, mais pas exclusivement), de cinéma, de philosophie et de quelques autres petites choses qui font de mon existence un berceau pour les fées ... [Photographies offertes par Andrew Birkin - Possesseurs de MAC, utilisez de préférence SAFARI pour lire ce Journal Intime à Ciel Ouvert ! Les commentaires anonymes sont systématiquement effacés.]

mardi 10 juin 2008
Exemple possible d'épitaphe...
... pour mon JIACO... ou pour son auteur.

Sérieusement, ces lignes de Deleuze, que je recopie ici, expriment parfaitement ma (pauvre) conception de l'écriture, celle qui traverse le geste philosophique autant que le geste romanesque (et je dirais jusque dans la saine vulgarité de l'écriture "bloguesque"). Et de me souvenir, sourire carnassier aux lèvres, de mes premières années de philosophie, lorsqu'un professeur de faculté me fit la remarque, qui devait sonner comme cinglante à ses propres oreilles, que je ne pouvais pas lire le Nietzsche de Deleuze (l'exemplaire de mon mari qui l'avait lu avant moi), car Deleuze "deleuzait" tout ce qu'il pensait et écrivait, sans comprendre visiblement que son intérêt et son génie étaient précisément là... et que la connaissance objective, neutre (si une telle monstruosité est possible), de Nietzsche n'avait aucune espèce d'intérêt pour moi (autant ne lire que Nietzsche et mettre au pilon tous les ouvrages critiques ou de présentation) .
Je ne voulais pas - et ne le veux toujours pas - que l'on m'explique mais que l'on vive et que l'on brûle de ce qu'on lit devant moi, ou au moins d'essayer.

«Des enfants dans le dos, c'est lui [Nietzsche] qui vous en fait. Il vous donne un goût pervers (que ni Marx ni Freud n'ont jamais donné à personne, au contraire) : le goût pour chacun de dire des choses simples en son propre nom, de parler par affects, intensités, expériences, expérimentations. Dire quelque chose en son propre nom, c'est très curieux ; car ce n'est pas du tout au moment où l'on se prend pour un moi, une personne ou un sujet, qu'on parle en son nom. Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l'issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s'ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, aux intensités qui le parcourent. Le nom comme appréhension instantanée d'une telle multiplicité intensive, c'est l'opposé de la dépersonnalisation opérée par l'histoire de la philosophie, une dépersonnalisation d'amour et non de soumission. On parle du fond de ce qu'on ne sait pas, du fond de son propre sous-développement à soi. On est devenu un ensemble de singularités lâchées, des noms, des prénoms, des ongles*, des choses, des animaux, de petits événements (...) traiter l'écriture comme un flux, pas comme un code. » (p.16, je souligne)


* Les ongles de Deleuze, dont je reparlerai un jour, et qu'il évoque d'une manière qui me bouleverse dans le livre cité, au gré d'une lettre à un connard de "critique" - en est-il d'autres ?

{Petit billet dédié à Virginia.}

Libellés : ,

14 Comments:
Anonymous Fleury said...
Merci pour votre citation. C'est très juste et pour moi, très enthousiasmant !
Lire (et écrire) en nom propre, c'est un chemin qui s'ouvre.

Blogger Mick Kelly said...
Je glisse rapidement quelques mots après la lecture (et relecture) de cette note:
Tu parles d'écriture ici, et je ne sais pas si tu partages mon point de vu, mais je ne vois plus de réelle hiérarchie dans les différents vecteurs de l'écrit. Ou disons que je la vois moins: les livres médiocres qui prennent de plus en plus de place et en même temps, je tombe parfois sur des perles quand je me promène dans le monde des "blogs". J'ose le dire, je préfère a présent passer du temps avec certaines pages virtuelles qu'avec d'autres de papier (qui mériterait elles un autre usage...).
Ensuite j'ai une question assez simple mais peut-être un peu intime pour que tu puisses me répondre, à savoir comment as tu fait la connaissance de la philosophie?
(j'espère ne pas être trop curieux.)
A plus tard Holly!

Anonymous Fifi said...
C'est magnifique et je ne suis pas étonnée que tu aimes et admires ce philosophe , un peu à part, different.
Ce qu'il dit de Nietzsche, c'est lui, il parle de lui même.
Si je ne devais retenir qu'une phrase (mais comme ce serait stupide !) ce serait celle-ci :
"Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l'issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation". Cette idée /pensée me plaît beaucoup.
Merci Holly de nous ouvrir l'esprit !
et merci aussi pour la dedicace...un unique cadeau que je ne suis pas sûre de meriter mais que j'accepte avec un immense plaisir.

Blogger Holly Golightly said...
Oui, Fifi, il parle de lui-même à travers des prismes, ce qui ne l'empêche pas de parler des autres également, puisque parler réellement de soi, c'est parler la langue universelle...
La phrase que tu retiens est l'essentiel, au fond, et c'est ce que tu fais dans ton art.
Merci à toi, pour tout. A toi.

Bonjour Mick Kelly !
Je pense que, tout simplement, il faut faire soi-même sa hiérarchie dans l'offre proposée. Je ne lis quasiment aucune littérature contemporaine, ainsi le tri est déjà vite fait, ensuite je me laisse porter par les affinités profondes que je ressens. Et si je découvre un auteur contemporain qui en vaut la peine (selon mes critères), je lis tout de lui, je le soutiens à ma manière, en le lisant vraiment.
Et puis il y a tant de grands livres, de classiques que je n'ai pas lus... C'est infini et tant mieux.
Dans le monde des blogs, c'est pareil : il y a le pire - je pourrais citer des exemples, pour le plaisir de me faire des ennemis, mais on voit facilement de quoi il s'agit... La bonne ménagère ou la mercenaire sans rêves du quotidien qui rédige, à son âge, des rédactions niveau CM1, qui glousse et fait des bulles de savon rose dans sa cuisine, et qui espère être découverte par un éditeur qui en fera une lectrice... C'est assez pitoyable. Cela fait mine de ne pas y toucher, de faire cela "pour le fun" (j'emploie à dessein l'expression), mais ça espère et accepte les services de presse, et ça bave devant ceux et celles qui lui montrent sa médiocrité... - et le meilleur (mon amie Fauna, par exemple).
J'ai fait la connaissance de la philosophie, comme tout le monde, en terminale, en classe de philosophie-latin-grec, quand les études littéraires avaient encore un peu d'excellence (je ne suis pourtant pas encore si vieille) et n'étaient pas le refuge des cancres. J'ai eu un bon professeur, M. B., 8 heures par semaine pendant un an.
Cela a tout changé dans ma vie. J'avais l'impression de commencer à penser.
Ensuite, j'ai continué, jusqu'au doctorat, et je n'ai pas terminé... J'ai l'intention de battre le record de Cioran et d'avoir une carte d'étudiante jusqu'à 60 ans.
Je plaisante à peine.
J'ai envie de tout étudier. Mais c'est la philo le centre de gravité.
La philo, c'est ma vie. Cela ne se voit pas trop sur les Roses, parce que je ne mets en avant qu'une facette ou deux de ma personne, mais la philo compte BEAUCOUP pour moi.
Mes premiers chocs philosophiques à 17 ans furent : Kant (avec la Critique de la faculté de juger, on étudiait un gros extrait et je me suis attaquée à l'oeuvre, ensuite, bien des années après, j'ai même fait un travail qui lui était consacré), Leibniz (Le discours de métaphysique et le reste, mais ça m'a fascinée), Jankélévitch pour la finesse de ses analyses (son livre sur la mort)... et Freud (étudié en philo, cette année-là, que j'ai commencé à dévorer). Ce fut ma base. Puis, j'ai eu des révolutions, l'une d'elles s'appelait Nietzsche.
Voilà, en résumé, ma situation philosophique.
Puisque je parlais de Deleuze, je dois souligner que ce philosophe est l'un de ceux que je place très haut, qui a souvent été mal ou pas compris, mais qui était un esprit lumineux. Il a plus et mieux compris que pas mal de gens.

Bonjour Fleury. Je suis très contente si cette citation apporte à quelqu'un. Il vous suffit donc de continuer votre route.

Blogger Mick Kelly said...
Bonjour Holly!

Merci pour cette réponse! Je pourrais ne rien ajouter et reprendre ma route, mais bon, mes doigts sont bavards aujourd'hui alors j'ai envie de dire que oui, en matière de lecture c'est à nous de faire notre propre route. La curiosité est une amie excellente pour y parvenir! Car si on écoute les voix qui nous disent ce qu'il faut lire ou avoir lu, c'est accepter un pacte avec la médiocrité et se perdre un peu plus.
Je vois aussi ce que tu veux dire en matière de blog...là encore c'est la personne qui est l'auteur qui peut en faire quelque chose de bien ou de médiocre.
Par contre même si tu n'as pas fait de la philosophie le point central de ton JIACO, on voit a travers tes notes qu'elle tient une grande place dans ta vie. Ce qui me plait aussi dan ta réponse, en dehors du fait que je peux voir les philosophes que tu aimes, c'est ta vision de l'enseignement. J'aime et déteste avec la même force ce qu'on va appeler pour faire simple le monde des études et des écoles. Mais la façon dont tu en parles, c'est la partie que j'aime, celle ou on peut rencontrer des profs qui vous ouvrent des portes, celle des savoirs.
Merci encore!
ps: J'espère que tu vas battre Cioran!

Blogger Muse said...
Voilà que cette note me plonge un peu plus dans mon ignorance et que je constate avec effroi que ma vie risque d'être courte avant d'avoir lu ce qui risque de me tenir à coeur.
Deleuze dis-tu...je garde en mémoire dans mon calepin pour l'instant.

Blogger Holly Golightly said...
Pour te rejoindre, Mick Kelly, j'ai BAC+15, mais je n'ai quasiment jamais fréquenté une université. Depuis l'année de terminale, je travaille seule. J'ai passé mes diplômes comme tout le monde, à la fac, par exemple, mais je n'ai guère suivi de cours. Je suis une autodidacte, avec les défauts et les qualités que cela peut comporter...
Mais j'ai rencontré 2 ou 3 profs de grande qualité, même s'ils ne sont pas la norme, hélas.
Merci pour ton encouragement !!

Muse : nous en sommes tous là, mais c'est ce qui rend la vie très passionnante.

Blogger Mick Kelly said...
Ne m'en veux pas d'écrire ça, mais après t'avoir lu et fait mieux connaissance avec ton parcours, je n'en suis que (qu'encore) plus admiratif! :)
A très vite!
M.K.

Blogger Julie said...
Bonjour, avis aux amateurs de Deleuze qui sont parisiens ou passeront par Paris en juin:
la conférence sur Deleuze prévue initialement le 18 juin à la Bibliothèque nationale de France site François-Mitterrand avec France Culture est reportée au 24 juin pour cause de grève dans l'audiovisuel public.

Blogger Holly Golightly said...
Mick Kelly : il n'y a pas de quoi, je t'assure - si tu voyais les trous dans mon cerveau...
Merci en tout cas pour ta bienveillance.

Merci Julie pour l'information !
Hélas, en ce moment, je ne peux pas bouger de chez moi...

Blogger Julie said...
Je précise que la conférence sera enregistrée et diffusée sur France Culture pendant l'été.
Ce cycle de conférences est destiné à tous, donc fait le point sur les grandes idées des penseurs. J'imagine que pour les spécialistes cela ne va pas assez loin mais c'est très plaisant à écouter.
Les conférences de la BnF sont aussi, souvent, disponibles à l'écoute dans ses salles quelques mois après leur enregistrement.
:)

Blogger Holly Golightly said...
Julie, je t'adore !!!!!!!!!!
:-)))))))))

Blogger Julie said...
J'en suis très honorée. :D
Renseigner est mon travail, je ne fais que le faire. Mais c'est un plaisir aussi.

Blogger Holly Golightly said...
Cela se sent, Julie.
J'ai remarqué que les rares personnes qui font bien leur travail disent comme toi.
Je pense que tu fais plus que ton travail ou que tu le fais avec une conscience aiguë.
Merci.
Tu es une personne que j'apprécie beaucoup. Puisque j'ai l'occasion de le dire, je le dis haut et fort.

Links to this post:
<$BlogIt emBacklinkCreate$>