Les roses de décembre...
« Vous cheminez parmi l’étrange, sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours… » (J.M.B.)

Où il est question de JAMES MATTHEW BARRIE (qui donne son nom à ce JIACO), de littérature (en particulier victorienne, mais pas exclusivement), de cinéma, de philosophie et de quelques autres petites choses qui font de mon existence un berceau pour les fées ... [Photographies offertes par Andrew Birkin - Possesseurs de MAC, utilisez de préférence SAFARI pour lire ce Journal Intime à Ciel Ouvert ! Les commentaires anonymes sont systématiquement effacés.]

dimanche 27 juillet 2008
"Comme si j'avais des ailes..."

Un remords violent de ne pas avoir signalé la ressortie de ce film, à Paris, ici et là en province, mais dans trop peu de salles... C'est évidemment un film essentiel consacré à un génie d'homme, à un personnage tragique, parfois pathétique, fragile jusqu'à la cassure et divin. C'est en pensant à lui que l'idée que le destin n'est que notre caractère prend tout son sens.

Cet extrait, en particulier, je choisis. Chet avait composé une berceuse à la naissance d'un fils qu'il n'a pas revu depuis... Quelle importance ?
On ne devrait jamais mettre au monde des enfants. C'est un crime.
On ne devrait jamais naître au monde soi-même. C'est un péché que d'exister.
Mais, comme le dit Silène à Midas :
"Race éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu'il vaudrait mieux pour toi ne pas entendre ? Ce que tu dois préférer à tout, c'est pour toi hors d'atteinte : c'est de n'être pas né, de ne pas être, d'être néant." (Nietzsche, Naissance de la tragédie, 3 - trad. dans la coll. Bouquins)
Vous voyez, tout ceci (la tremblante figure de Chet Baker et la solidité, impossible et nécessaire, de son génie) est lié, malgré les apparences, peut-être, à mon précédent billet, où j'évoquais le livre de Patrick Declerck, nietzschéen, célinien, pourfendeur de tout espoir* et, pourtant, plus vivant que la plupart d'entre nous. Justement, parce qu'il ne tient plus tant que ça à la vie. Cela n'empêche pas la révolte, n'est-ce pas ? C'est beau un homme révolté qui sait parfaitement, sans l'ombre d'un doute, que rien ne sert à rien, pas même ses mots. Son livre ne plaira pas aux valétudinaires de l'existence, qui se nourrissent comme des porcs à la religion, à la famille, à la vertu ou à n'importe quelle valeur qui ne soit pas un peu tricheuse et bigleuse.
Brisons les illusions de ce petit monde sur lequel nous sommes collés comme un insecte sur la vitre. Au-delà de cette dépossession de la forme et de la structure, nous trouverons peut-être le respect de nous-mêmes.
Je n'en suis pas encore là : je crois encore en l'amour et en l'art, comme une forcenée ou une désespérée. Je suis une enfant qui joue à la marelle dans mes entre-deux. C'est pour cette raison que je ne tombe pas encore dans le vide, en sautant d'une fenêtre. Attendre. Cela finira mal, tout finit mal.

*"L'espoir est la fellation de la métaphysique. Or j'avale pas. Jamais. Plutôt crever !..." (p. 202)


Deux extraits de ce disque à écouter, mes préférés :



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Revue critique de cet album ici.

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11 Comments:
Blogger Mick Kelly said...
Bonjour!
Dans l'extrait que tu as choisi, il y a une photo que j'aime beaucoup. Chet Bacer y a une présence forte et aussi une grande beauté.
J'aime vraiment venir lire tes pensées ou celles d'autres que tu nous présentes ici. Je ne prétends évidement pas tout comprendre, loin de là, mais j'aime la couleur de la vie que tu proposes.
A ma petite échelle, je me place du coté des sans espoir, et j'ai un sentiment qui va et viens entre la colère et la pitié envers ceux qui comme tu le dis, "se nourrissent comme des porcs à la religion, à la famille, à la vertu ou à n'importe quelle valeur qui ne soit pas un peu tricheuse et bigleuse", suivant qu'ils sont victimes ou théoriciens. Se cacher soi même, se cacher la nature de l'existence par des artifices pour ne pas voir ce qui est tragique, c'est un confort que je refuse tout net.
Je te souhaite de resté une enfant le plus longtemps possible!
A bientôt Holly!

Blogger Muse said...
à t'avoir vu courir dans les bois, je comprends mieux ce que tu écris, tes passions. Et pourtant je ressens aussi cette soif de recherches dans tous les sujets que tu abordes.

Blogger Fauna Amor said...
Ma Holly, il est inutile de perdre quelques instants à écrire ou paraphraser, tu sais déjà tout ce que je ressens et pense à la lecture de ce beau billet. Un nouveau Feu.
Et Chet Baker, que je connais beaucoup moins que toi, mais que mon grand-père aimait beaucoup. C'est lui qui m'en a parlé la première fois, derrière la fumée de sa cigarette...

Anonymous Zorglub said...
Heureux d'avoir trouvé une fan de "Céline" ! Merde ! Enfin UNE !!! je desesperais...

Blogger Holly Golightly said...
Bonjour Mick !
Tout le sujet de ma thèse de philo, dans ton commentaire... et ma vision de la vie... et ce n'est pas facile tous les jours.
A bientôt !

Bonjour Muse, oui, passion, folie, joie profonde et un certain désespoir, mais pas un désespoir triste.

Ma Fauna, j'aime bien apprendre des petites choses sur toi. Ton grand-père me plaît d'emblée, rien que pour ça. Chet est un ami.

Mais Zorglub, je crois que nous sommes nombreuses dans ce cas, non?
Enfin, personnellement, je ne connais que des hommes qui lisent et aiment Céline, mais je ne dois pas être le seul être de sexe féminin dans ce cas.

Blogger Holly Golightly said...
Précision, après un passage sur votre blog, Zorglub : Bagatelles pour un massacre est un texte que Céline, puis sa veuve fidèle à sa volonté, a toujours refuser de rééditer après 1945. Donc, faire des citations de ce livre me paraît un manque de respect total à l'égard de Céline et de Lucette. De plus, cela détourne de l'essentiel.

Blogger Mick Kelly said...
Un oubli lors de mon premier passage, si tu voulais partager avec nous un morceau de Chet Baker, un qui soit précieux à ton cœur, quel serait ton conseil?
ps: Je savais que tu travaillais à une thèse mais je ne savais pas vraiment quel en était le sujet. Je me fais une meilleure idée après ton commentaire.

Anonymous fifi said...
Holly , tu le sais, je comprends et ressens tellement ce que tu ecris et decris là.
Souvent les gens ont fait un choix : devenir adulte et renoncer à pas mal de choses.Plutôt un non choix : suivre la masse, se fondre dans la normalité. Toi, non.
Quant à croire en l'amour et en l'Art comme une forcenée, là encore c'est rare.
J'ose dire qu'il en est de même pour moi et on peut facilement se cogner à trop vouloir y croire mais j'accepte de me cogner et de recommencer.Enfin j'espere...

Blogger Holly Golightly said...
Cher Mick Kelly : My Funny Valentine, bien sûr et Blue Room. Je ne suis pas originale.
Je vais les rajouter en écoute dans le billet, rien que pour toi.

Ma chère Fifi, je n'enlève ni n'ajoute aucun mot aux tiens.

Blogger Mick Kelly said...
Merci Holly :)

Blogger Holly Golightly said...
Tout le plaisir est pour moi, Mick...

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