Un remords violent de ne pas avoir signalé la ressortie de ce film, à Paris, ici et là en province, mais dans trop peu de salles... C'est évidemment un film
essentiel consacré à un génie d'homme, à un personnage tragique, parfois pathétique, fragile jusqu'à la cassure et divin. C'est en pensant à lui que l'idée que le destin n'est que notre
caractère prend tout son sens.
Cet extrait, en particulier, je choisis. Chet avait composé une berceuse à la naissance d'un fils qu'il n'a pas revu depuis... Quelle importance ?
On ne devrait jamais mettre au monde des enfants. C'est un crime.
On ne devrait jamais naître au monde soi-même. C'est un péché que d'exister.
Mais, comme le dit Silène à Midas :
"Race éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu'il vaudrait mieux pour toi ne pas
entendre ? Ce que tu dois préférer à tout, c'est pour toi hors d'atteinte : c'est de n'être pas né, de ne pas
être, d'être
néant." (Nietzsche,
Naissance de la tragédie, 3 - trad. dans la coll. Bouquins)
Vous voyez, tout ceci (la tremblante figure de Chet Baker et la solidité, impossible et nécessaire, de son génie) est lié, malgré les apparences, peut-être, à mon précédent billet, où j'évoquais le livre de
Patrick Declerck, nietzschéen, célinien, pourfendeur de tout espoir* et, pourtant, plus vivant que la plupart d'entre nous. Justement, parce qu'il ne tient plus tant que ça à la vie. Cela n'empêche pas la révolte, n'est-ce pas ? C'est beau un homme révolté qui sait parfaitement, sans l'ombre d'un doute, que rien ne sert à rien, pas même ses mots. Son livre ne plaira pas aux valétudinaires de l'existence, qui se nourrissent comme des porcs à la religion, à la famille, à la vertu ou à n'importe quelle valeur qui ne soit pas un peu tricheuse et bigleuse.
Brisons les illusions de ce petit monde sur lequel nous sommes collés comme un insecte sur la vitre. Au-delà de cette dépossession de la forme et de la structure, nous trouverons peut-être le respect de nous-mêmes.
Je n'en suis pas encore là : je crois encore en l'amour et en l'art, comme une forcenée ou une désespérée. Je suis une enfant qui joue à la marelle dans mes entre-deux. C'est pour cette raison que je ne tombe pas encore dans le vide, en sautant d'une fenêtre. Attendre. Cela finira mal, tout finit mal.
*"L'espoir est la fellation de la métaphysique. Or j'avale pas. Jamais. Plutôt crever !..." (p. 202)
Deux extraits de ce disque à écouter, mes préférés :
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Dans l'extrait que tu as choisi, il y a une photo que j'aime beaucoup. Chet Bacer y a une présence forte et aussi une grande beauté.
J'aime vraiment venir lire tes pensées ou celles d'autres que tu nous présentes ici. Je ne prétends évidement pas tout comprendre, loin de là, mais j'aime la couleur de la vie que tu proposes.
A ma petite échelle, je me place du coté des sans espoir, et j'ai un sentiment qui va et viens entre la colère et la pitié envers ceux qui comme tu le dis, "se nourrissent comme des porcs à la religion, à la famille, à la vertu ou à n'importe quelle valeur qui ne soit pas un peu tricheuse et bigleuse", suivant qu'ils sont victimes ou théoriciens. Se cacher soi même, se cacher la nature de l'existence par des artifices pour ne pas voir ce qui est tragique, c'est un confort que je refuse tout net.
Je te souhaite de resté une enfant le plus longtemps possible!
A bientôt Holly!
Et Chet Baker, que je connais beaucoup moins que toi, mais que mon grand-père aimait beaucoup. C'est lui qui m'en a parlé la première fois, derrière la fumée de sa cigarette...
Tout le sujet de ma thèse de philo, dans ton commentaire... et ma vision de la vie... et ce n'est pas facile tous les jours.
A bientôt !
Bonjour Muse, oui, passion, folie, joie profonde et un certain désespoir, mais pas un désespoir triste.
Ma Fauna, j'aime bien apprendre des petites choses sur toi. Ton grand-père me plaît d'emblée, rien que pour ça. Chet est un ami.
Mais Zorglub, je crois que nous sommes nombreuses dans ce cas, non?
Enfin, personnellement, je ne connais que des hommes qui lisent et aiment Céline, mais je ne dois pas être le seul être de sexe féminin dans ce cas.
ps: Je savais que tu travaillais à une thèse mais je ne savais pas vraiment quel en était le sujet. Je me fais une meilleure idée après ton commentaire.
Souvent les gens ont fait un choix : devenir adulte et renoncer à pas mal de choses.Plutôt un non choix : suivre la masse, se fondre dans la normalité. Toi, non.
Quant à croire en l'amour et en l'Art comme une forcenée, là encore c'est rare.
J'ose dire qu'il en est de même pour moi et on peut facilement se cogner à trop vouloir y croire mais j'accepte de me cogner et de recommencer.Enfin j'espere...
Je vais les rajouter en écoute dans le billet, rien que pour toi.
Ma chère Fifi, je n'enlève ni n'ajoute aucun mot aux tiens.