mercredi 12 juillet 2017
Il est des persistances rétiniennes mystérieuses, de ces moments d'alchimie au coeur de notre existence d'où jaillissent des cristallisations, qui deviendront autant des crispations de notre être que de plis sur notre visage intime. Il faut rendre sa vérité, à chaque fois que nous avons la grâce d'en être conscients, à ces concordances entre une émotion et une image. Tout cela scarifie notre âme et sculpte l'être intérieur. Tout cela nous tourne, bon gré mal gré, vers la joie pure, vers ce que Lartigue nommait « L'Étoile »  ou la « Chose ». Ce mystère inexprimable et à jamais intraduisible dans l'idiome de l'adulte. « Ce qui est dans l'Étoile reste dans l'Étoile. Aucun langage d'Étoile n'est autorisé sur terre. » Le fond de soi, cet irréductible un peu sorcier, c'est l'envie dans le coeur de l'enfant lorsqu'il est dans la lune, c'est ce désir du monde qu'il fait sien pour toujours en devenant artiste ou qui le rendra servile à ce même monde soudain devenu étranger plutôt qu'étrange, lorsqu'il pactise avec ses maîtres. Le monde ou nous ! D'abord le monde ou d'abord moi ! Lors de ma découverte de Barrie  — sa création littéraire autant que la mise en scène de son existence —, il y a plus de 10 ans, une photographie m'avait troublée et exprimait cette Chose. Elle orne toujours mon site internet dédié à Barrie. J'y retrouve l'émotion que m'a longtemps procurée l'homme-fée-et-lune, Jacques Henri Lartigue. Sa composition, la marche des personnages, leur exacte position, leurs habits (surtout ceux de la femme, ce béret que j'imagine en velours — matière insupportable et tentatrice pour ma complexion), tout éveille ou excite en moi ce sens suprasensible qui est notre lot et permet à notre âme de s'unir à l'impérissable. Ma pensée fonctionne avec des images plutôt qu'avec des concepts et c'est peut-être pour cette raison que je ne me suis jamais sentie philosophe, mais mille fois plus peintre ou photographe, bien que n'ayant nullement ce talent du cadrage ou de la couleur, sauf à considérer que les mots sont camaïeu et sortent d'un nuancier bien calé dans mon cerveau. Je suis une fille qui vit en Asperger et je commence seulement à découvrir que ma manière de penser et d'éprouver n'est pas tout à fait commune et me sépare à jamais d'une importante partie de l'humanité. Je n'en tire pas gloire, mais tristesse quotidienne et, souvent, honte de ce que je suis ou ne suis pas. Cette constatation a la consistance du gris et du fil de fer barbelé. Je m'y blesse, mais contre l'épine où je m'accroche vient toujours cogner un rayon de soleil.

Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la campagne anglaise, en juin dernier, j'ai tout à coup demandé à notre ami Robert Greenham, qui nous avait rejoints, de prendre un cliché qui ferait écho ou pendant à cette image. L'image s'est imposée à moi, alors que nous étions assis dans l'herbe tendre. Un homme, une femme et un enfant, qui regardent droit devant eux. À quelques différences notables près, voilà des personnages qui disent aussi une histoire : autre et semblable. La première photo date de 1909 et met en scène Sir James, Sylvia et Peter Llewelyn Davies. Notre photographie célèbre un événement qui s'est également produit en 1909 : la mort de George Meredith. J'aime tisser les liens temporels. Aiôn à la chaîne, Chronos à la trame ; et la navette, c'est moi entre les mains de Barrie (le messager de Dieu).

                            Bonheur
La légende barrienne (et il n'est aucune raison, aussi triste que prosaïque, de la remettre en cause) veut que le très jeune James, en 1885, se soit précipité à Box Hill afin d'entrevoir l'ombre de ce géant littéraire qu'il admirait tant. Il le cherchait du regard derrière SA fenêtre. Il s'était assis à l'endroit même (« on a grassy bank ») où nous nous sommes installés, pour y attendre cette vision ou apparition. George Meredith, vêtu d'un costume gris et d'une cravate rouge, finit par s'avancer dans l'une des allées du jardin, en direction de Barrie. Celui-ci, épouvanté par sa propre audace, prit ses jambes à son cou et s'enfuit sans se retourner. Typique de l'esprit barrien. Bien sûr, par la suite, lui et Meredith (cet homme « qu'[il] aimai[t] davantage à chaque nouvelle visite ») devinrent de très intimes amis, et Barrie un familier de Box Hill. 
En nous rendant en ce lieu de pèlerinage, j'ai demandé à Robert Greenham de lire les dernières lignes de l'hommage de Barrie à Meredith, Neither Dorking Nor the Abbey. S'il l'avait su, Barrie pense que Meredith aurait sûrement dit que son admirateur, le noble Anon, avait rédigé ces lignes assis sur ce grassy bank avec son fameux haut-de-forme en guise d'écritoire :

               
Ce texte, publié dans un journal trois jours après la mort de Meredith puis republié en livret, est l'un des chefs-d'oeuvre de Barrie et je vais bientôt le faire paraître dans un recueil — si Dieu le veut. Je possède plusieurs éditions de ce petit livre.


Le titre est ironique : Nor Dorking [la ville près de Box Hill] Nor the Abbaye [de Westminster] fait référence au fait que l'on ne pouvait se décider à enterrer Meredith dans l'un ou l'autre endroit. Le grand écrivain, lui, désirait que ses cendres fussent jetées aux quatre vents. Un collectif d'amis et d'admirateurs, dont le Prince de Galles, souhaitaient qu'il fût inhumé à Westminster. Le Doyen Robinson refusa, au motif (officiel) qu'il n'y avait plus beaucoup de place et qu'il n'était pas du plus haut rang parmi les hommes de lettres, gageant d'ailleurs que sa renommée s'éteindrait bientôt (la véritable raison est religieuse), mais il autorisa une cérémonie dans l'Abbaye, laquelle se tint en même temps que l'enterrement des cendres à Dorking ! 
                                  
« Lorsqu’un grand homme meurt — et sans aucun doute c'était l'un des plus grands depuis Shakespeare — les immortels l'attendent au sommet de la colline la plus proche. Il leva les yeux et il vit ses pairs. Ils étaient tous jeunes, comme lui. Il agita son bâton en guise de salut. L'un d'eux, un simple jeune homme, "incroyablement mince", R. L. S. [N.D.T. : Stevenson], se détacha du groupe, avec un cri radieux : "Voici l'homme dont je vous ai parlé !" et il dévala la colline pour être le premier à serrer la main de son Maître. À cet instant précis, une voiture vide se dirigeait vers Dorking. »
À mes yeux, la fin de ce texte est l'épitomé de Barrie. Même si, comme Denis Mackail le souligne avec la pertinence et la franchise qui est la sienne, dans l'insurpassable biographie qu'il a écrite, Barrie ment ou, plus exactement, exprime une vérité artistique, qui lui est aussi nécessaire que le pain ou l'oxygène. Mais cette vérité artistique n'est en rien le contraire ou le refus de voir cette autre vérité, tristement humaine : nous sommes des êtres mortels et nous serons tous oubliés un jour, aussi grands avons-nous pu être lors de notre séjour ici. Cette vérité artistique est l'avers du courage (la vertu cardinale de Barrie) qui permet d'aimer, malgré tout, la vie telle qu'elle est et de faire de son mieux le temps que nous durons.
Notre Robert avait écrit, il y a déjà 10 ans (je ne peux croire que le temps ait passé ainsi !), un joli petit article sur les relations entre Barrie et Meredith auquel je vous renvoie. Sans Barrie, je n'aurais jamais connu Robert, qui est un homme très important dans notre vie. Notre fille l'adore, ainsi que son épouse, Sue. Ils sont des fragments de cette famille d'affinités que nous avons créée pour elle. L'affinité est plus solide et plus épaisse que le sang, qui, lui, coule, tandis que l'affinité coagule. L'âme est peut-être provisoirement la servante du corps, peut-être même que ce dernier l'entraîne dans sa chute, mais le corps, lui, est la condition nécessaire pour voir la Chose ou l'Étoile. Autre vérité artistique ou autre expression de cette même vérité, sans laquelle vivre n'aurait aucun intérêt. Surpasser le réel n'est pas le nier ni l'enjoliver pour mieux s'en cacher, mais c'est le mettre face à ses responsabilités et exiger de lui qu'il soit à la mesure du divin en nous.
J'ai déposé le livre de Barrie dans l'herbe fraîche. Ma fille était présente durant cette cérémonie improvisée. Je l'élève dans l'amour du Génie écossais, dans celui de la littérature et de l'art en général. Elle manifeste des dispositions plus grandes que les miennes et une intelligence singulière qui mérite une grande considération de notre part.

                            


                                    

À Barrie, je dois des années de bonheur et d'extase. Je lui dois même d'avoir survécu à mon enfance qui m'est revenue, avec toute la brutalité qui la définit, dans le sang, il y a presque deux mois, lorsque j'ai appris la mort de celle qui m'avait jetée dans ce monde, au milieu des années 70.
Je voyage peu. Je n'aime pas les voyages. Malheureusement, je n'ai pas l'âme d'un Valery Larbaud. Mais j'aime plus que tout imaginer les voyages et les revivre a posteriori. J'aime ces lignes de fuite... et Barrie en a dessiné beaucoup dans ma vie.
Nous avions loué une voiture à Ebbsfleet et nous nous sommes rendus dans un magnifique hôtel, une demeure qui date du XVIIe siècle










(Humour anglais ?)


Même si elle préfère le latin, qui lui paraît assez naturel, grâce à de merveilleuses méthodes que j'ai trouvées en Angleterre et au Danemark, je sens qu'A. est faite pour l'Angleterre et j'espère que ce pays ne changera pas trop de visage lorsqu'elle sera assez grande pour choisir, peut-être, d'y vivre ou d'y étudier. Pour l'heure, de solides études latines et grecques sont un prérequis pour tout enfant destiné à servir sa langue maternelle. J'ai bien conscience d'offenser et de choquer certains pédagogues et parents dont l'esprit est fort camisolé par les idéologies décadentes et perverses de cette fin de saison... Peu importe, le chemin est dessiné.

Barrie n'était pas la seule raison de notre présence dans le Surrey. Un autre homme nous y avait conduits. Bryn Terfel, ou plutôt devrais-je, à présent, dire Sir Bryn, est un homme aussi adorable que génial. Baryton-basse, qui a fait des merveilles dans le répertoire wagnérien et mozartien entre autres, il est un acteur époustouflant et excelle aussi bien à l'opéra que dans le folklore ou la comédie musicale, sans jamais manifester le dédain affecté par certains snobs qui n'aiment rien tant que cloisonner. Il est surtout, pour moi, le chanteur d'opéra préféré de notre fille — à 3 ans, cette dernière était déjà fan d'opéra et fascinée par Wagner ; elle a cultivé ce goût avec notre approbation et nous l'avons emmenée dès l'âge de 4 ans assister à divers opéras et concerts de classique, dès que cela était possible. La musique coule en elle. Elle connut Bryn Terfel grâce à mon goût, mais très rapidement il s'imposa à elle comme un choix très personnel. Nous avons eu la chance de le rencontrer plusieurs fois, ainsi que sa compagne, Hannah Stone, une très belle harpiste tout aussi amicale que lui. Nous nous efforçons d'aller le voir en concert une ou deux fois par an, en Europe. Je choisis toujours un lieu et un opéra ou un spectacle emblématiques, afin de nourrir l'imaginaire de notre fille. À 4 ans, je mentais déjà sur son âge, afin de lui permettre d'assister à Sweeney Todd au Coliseum, où Bryn Terfel officiait en compagnie d'Emma Thompson, par exemple. Notre dernière rencontre datait de novembre dernier, à Prague. Cette fois-ci, en juin, j'avais choisi un concert intimiste au coeur de la campagne anglaise, près de Dorking, dans un opéra fraîchement érigé et pas tout à fait achevé. Il s'agit du Grange Park Opera. 






Nous avions revêtu de beaux atours, afin de ne point déparer au milieu de ces nobles messieurs en smokings et de ces ladies en robes du soir, tenant à la main leur panier pique-nique Fortnum and Mason pour l'entracte. Notre fille eut le sentiment de se rendre à un bal et d'être Cendrillon (pas celle de Barrie), mais elle ne rencontra point son prince ce soir-là. Peu importe : l'idée est de lui laisser comprendre que tous les rêves peuvent se réaliser. Tous. Barrie le premier formula l'idée, à sa manière. « Impossible » est un mot que je refuse de prononcer lorsqu'il s'agit d'enchanter sa vie. Nous l'avons banni de notre vocable. Y compris lorsqu'à 5 ans elle se mettait à me parler des nombres négatifs ou de choses complexes. Je ne l'ai jamais sous-estimée et ne lui ai jamais parlé avec la condescendance qu'ont généralement les adultes à l'égard des enfants qu'ils traitent en inférieurs — pour leur bien, cela s'entend, parce qu'ils ne peuvent comprendre, etc. Notre fille est notre égale en droit. Elle m'apprend mille choses chaque jour et ses actes modifient durablement mon caractère, mon être viscéral. Sa seule infériorité est d'avoir besoin de notre proctection pour affronter ce misérable et dangereux monde. Pour le reste, elle est notre supérieure, même si je lui enseigne tout ce qu'elle ignore encore et le ferai pendant de longues années, le temps nécessaire pour lui transfuser le savoir acquis et les moyens de l'enrichir, si Dieu me le permet. L'enfance est la source intarissable de tout génie. Grandir, c'est déchoir, non pas parce que l'on perdrait une supposée innocence ou encore la simplicité de l'instant sans profondeur, mais parce que l'on finit, tôt ou tard, sauf si l'on est une vieille Asperger comme moi, par s'adapter au malheur et à l'impossible, aux mensonges et aux compromis. La joie comme le renoncement sont exponentiels, voyez-vous. Je ne peux pas grandir et, si je le pouvais, je ne le voudrais pas.









« Flint Cottage » revêt une importance capitale dans la biographie de Barrie, qu'elle soit réelle ou imaginée. C'est ce que j'ai nommé plus haut une cristallisation et c'est à ce titre que je voulais impérativement vivre ce moment, superposer nos ombres à la sienne. Voici le chalet d'écriture de Meredith, incrusté dans sa propriété. 


J'ai, une fois encore, vécu une expérience très troublante avec Barrie. Comme je ne suis plus tout à fait une enfant, ou en tout cas une enfant protégée par les puissances de son état, je me perds parfois et je doute — le poison que la mort sécrète en nous. Lorsque nous nous sommes assis on Barrie's Bank, j'étais en deuil de mes enthousiasmes juvéniles et je cherchais une consolation ou une confirmation du lien que j'ai toujours ressenti entre Sir James et moi. J'ai fermé les yeux et demandé le silence autour de moi, afin de faire un voeu (était-ce une prière ?) concernant l'avenir d'A. Dès que je rouvris les yeux, après avoir prononcé le dernier mot de ma supplique, un papillon est venu se poser sur la main, puis sur la tête d'A. pendant un long moment. Cet instant de grâce pure, de magie même, fut capturé par l'appareil photo de Robert. Le papillon bénissait notre fille et lui signifiait son destin. J'en suis certaine. La réponse me fut donnée, instantanée et claire, et la refuser pour la reléguer du côté des forces obscures du réel serait un crime contre l'âme et même l'esprit. Ce papillon, un Melanargia Galathea — je l'appris par la suite —, nous a procuré à tous les quatre une émotion rare. Il m'a réconcilliée, resoudée.

  





George Meredith n'est plus beaucoup lu, que ce soit en France ou au Royaume-Uni. Seuls quelques poèmes subsistent encore dans la mémoire collective, mais ses romans sont quasiment inconnus en France en 2017. Cela est bien révélateur de l'état d'esprit de notre monde. Je le regrette, mais je fais le pari que son souvenir ne mourra pas avant longtemps. Barrie disait de lui :  « Ciseler des phrases est la passion de M. Meredith. Ses livres sont aussi apprêtés que des doigts surchargés de bagues. (...) Meredith a réduit en pièces les anciens lieux communs, il  les a jetés dans le chaudron pour faire épaissir de nouveaux clichés. (...) Afin d'éviter le conformisme des expressions, il tourne les mots d'une fantastique manière et montre que la langue qui a pris la froideur du cadavre peut encore être forgée ; au cours de ce processus jaillissent maints traits d'esprit. Cette pensée qui déborde des mots offre une nouvelle vie à la littérature." Oui, mais... « La majorité lit des romans, non pas pour penser, mais pour se divertir de toute pensée véritable. Ils ne s'intéresseront jamais à M. Meredith, dont la lecture est un exercice intellectuel, tout comme le sont les échecs.» (trad. C.-A. F.)
Il y a du génie dans ce poète et le génie est ce qui impose sa loi... Il ne faut donc pas perdre l'espoir qu'il y ait des jours meilleurs.





Après cet hommage rendu à l'Angleterre, nous avons passé quelques jours à Évian, en juillet, afin d'assister à un merveilleux concert dirigé par Gustavo Dudamel, qui est probablement le plus grand chef d'orchestre vivant, sinon le plus électrisant. Mon mari fut celui qui me le fit découvrir et, grâce à lui, j'ai retrouvé le besoin de travailler et la force de lutter contre mes peurs ; j'étais très affaiblie après mes mauvaises expériences théâtrales et un enchaînement de déceptions humaines. Notre fille, qui a décidément le goût sûr, est également une très grande admiratrice de Gustavo et elle espérait le rencontrer (lui aussi !) à la Grange au Lac. Par un extraordinaire concours de circonstances, le voeu a été exaucé et elle fut invitée... dans la loge du maestro !!! De merveilleuses photographies en témoignent,
mais je ne les publierai pas ici, car tout cela lui appartient et je désapprouve le fait de jeter en pâture les photos de ses enfants sur Internet. Quelques clins d'oeil, avec son accord : de dos, une silhouette... mais jamais davantage. L'épouse de Gustavo a également pris des clichés de ce duo improvisé. J'aime infiniment cette série d'images : l'équilibre des personnages parle de lui-même (avec ses deux doigts, ceux-là même d'où jaillissent la musique, Gustavo donne une harmonie au monde d'A. et sa grâce la rend solide) et il manifeste un sens du Kairos qui me réjouit et augure du meilleur. Il suffit d'y croire... La parole des sorcières est de fer, mais celle des fées est d'or. Un jour, Gustavo au pupitre et A. à la harpe, ces deux-là joueront ensemble... Il l'a dit !

lundi 10 juillet 2017

{Oeuvre d'un compositeur cher à mon coeur, Ralph Vaughan Williams, inspirée par le poème éponyme de George Meredith...}

Nous avons rendu visite à cette vieille Angleterre (Londres, le Kent) à deux reprises, en 2016 ; à pas chassés, nous rejoignons l'Angleterre au moins une fois l'an depuis dix ans ; mais, puisque j'avais renoncé à écrire ici, je n'ai pas consigné mes notes de voyage, contrairement à mes habitudes. J'ai peu à peu instauré quelque distance avec Internet et, plus généralement, avec les autres ; et ce n'était même pas de propos délibéré. Mon roman, mes diverses études et, en premier lieu, l'éducation de mon extraordinaire petite fille de six ans (cavalière émérite, harpiste, latiniste, amoureuse de l'opéra...) sont ma priorité. Une enfant si douée (quelques années d'avance, tant sur le plan intellectuel qu'affectif) et si avide d'apprendre requiert un immense investissement de la part de ses parents ; je travaille le soir et la nuit, j'ai donc moins de temps pour me distraire ici. Cela fait également quelques mois ou années que je ressens une certaine lassitude à l'égard du virtuel. Pourtant, j'ai rencontré des êtres épatants devenus des assez proches (certains m'ont quittée, parce que j'étais trop négative ou à cause de mes opinions politiques — la pire des raisons ! —,  ou encore pour contrebattre la jalousie d'un conjoint, ne supportant pas l'amitié entretenue — cela existe ! —, d'autres sont encore là, malgré moi, malgré eux) et retrouvé certains êtres chers à travers et grâce à  ce médium (mon cher Pierre, le seul ami de ma jeunesse à la Sorbonne, et nous avons bien vieilli, je trouve : il devient l'écrivain qu'il a toujours été). Bien sûr, il y eut aussi des faux pas et des faux amis. C'est la vie. Je me suis trompée parfois autant qu'ils se sont toujours trompés sur moi. Peu importe. Plus de dix ans après la création de cette page et de mon site Barrie, je suis encore là, même si c'est de loin en loin. Et certaines relations dont je suis immensément fière ont perduré, bien que je sois une amie trop peu présente. Il est quelques êtres que j'enferme dans les méandres de mon coeur et qui m'ont toujours soutenue, envers et contre tout, même lorsque j'étais mal aimable, et je n'ai même jamais rencontré certains d'entre eux, ne les connaissant que par des lettres. Il y eut également ceux (ma douce Marie, par exemple) que la maladie a emportés — selon la formule consacrée. J'oublie les malhonnêtes, car ils ne pèsent pas très lourd sur le coeur au bout de dix ou onze ans. Après tout, j'ai pu être, moi aussi, indigne avec certains (mais toujours sincère, voire trop) ou découvrir, a posteriori, qu'untel ou unetelle n'était pas fait(e) pour moi. J'ai vécu sans Internet, je pourrais très bien m'en passer. Ma bibliothèque très conséquente — plus de 10 000 ouvrages — me permet d'être libre et autonome dans mon travail de recherche, de traduction et d'écriture, mais Internet simplifie la vie, fait gagner (et perdre) du temps, mais est toujours une ode à la fée Serendipity. Je n'oublie pas non plus que j'ai rencontré Barrie par ce biais, en découvrant, pour la première fois The Little White Bird en version numérique. Mais, au fond, je n'ai cessé de penser qu'Internet était aussi bien un piège qu'une manière d'aguicher la chance et probablement davantage l'un que l'autre, selon les époques plus ou moins flottantes de notre vie. Certaines études démontrent, très logiquement, que l'usage d'Internet modifie certaines connexions cérébrales. Nietzsche aurait, paraît-il, fait l'expérience de l'influence de sa machine à écrire sur sa pensée... 
Malgré mes doutes, mes dégoûts et mes chagrins, j'ai résisté pourtant à la tentation d'effacer ce journal en ligne, ainsi que mes divers sites, par égard pour ceux qui m'aiment — ces drôles de spécimens existent. 
Et c'est pour celui que j'aime que j'écris le billet précédent et ceux qui vont suivre, consacrés à Box Hill et à Prague.
Je ne l'ai pas fait non plus parce qu'ils sont des traces de mon passé. J'y ai remisé mes grandes joies, mes chagrins, mes deuils, mes espoirs... 
Si je veux apprendre à aimer la petite Céline que je fus et suis encore, je ne dois rien renier. Cela fait partie de la guérison, de ma guérison. Je désire enfin, à quarante ans passés apprendre à m'aimer et à accepter l'être achevé que je suis, même s'il m'aurait plu de le façonner différemment. 
Le site Barrie a plus de 10 ans et est en reconstruction. Un ami traducteur allemand de Barrie et deux amis anglais vont m'aider à en faire un site trilingue et international. La Société française Barrie pourra peut-être enfin naître et cesser d'être un projet repoussé d'année en année... 
En ce qui me concerne, je peaufine deux ouvrages qui ont Barrie pour objet, je me lance prudemment dans un projet de pièce à la radio et je cultive l'envie d'un second doctorat, où je pourrais mettre en valeur mon travail barrien, et je me laisse porter par d'autres ambitions du coeur et de l'esprit qui devraient se concrétiser sous forme de livres... si Dieu le permet, si je ne perds pas mes forces.
Après la mort de nos deux dernières chiennes, à une semaine d'intervalle, nous avons accueilli assez rapidement un adorable petit lévrier italien (qui devrait être rejoint par un second, cet été), pour tenir compagnie à nos Maine coons, ainsi qu'un chat de gouttière trouvé dans la nature par des amis, alors qu'il n'avait guère plus de deux mois. Nous aurons donc 5 pensionnaires d'ici la fin du mois d'août. Au temps de notre splendeur, nous en avons eu jusqu'à 7, qui sont tous morts aujourd'hui. Celle qui me manque le plus, chaque jour, c'est Torcello ; j'ai connu une relation unique avec cet animal, jusqu'à me demander de qui elle était la réincarnation. Je n'ai jamais pu me résigner à me rendre dans un élevage d'Abyssins pour en rencontrer un autre de son espèce. Elle est et demeurera à jamais mon seul Abyssin.
La vie coule entre les lignes et, plus le temps passe, plus j'évalue ce qu'il faut de force d'âme pour ne rien perdre du feu d'enfance qui nous anime, jusqu'à ce que l'on renonce — ce qui arrive presque toujours, même aux meilleurs d'entre nous. 
Eadem sed aliter.
Se souvenir de la phrase de Kafka : « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. » Hymne au don d'être vivant ! Je veux être l'alouette de Meredith, quoi qu'il advienne ! N'être que vol et chant ! 

"Guitty at la Barre De L'Adour, Biarritz", 1905



samedi 8 juillet 2017




Après avoir reçu une nouvelle qui m'a laissée dans un état de faiblesse évident, mon cher et vieil ami David m'a écrit, il y a quelques jours, une lettre très juste, dont je relève la conclusion : «Les contes oublient toujours les combats qu'il reste à mener.» Oui, il reste du pain rassis et il faut l'avaler. David, expert ès contes de fées, a raison : le voile de la fiction dissimule avec trop de pudeur les véritables tracés de notre pauvre existence et les luttes qui nous attendent, malgré les buts atteints, si nous avons bel et bien décidé d'être, à la manière de David Copperfield, le héros de notre propre vie. 


« Whether I shall turn out to be the hero of my own life, 
or whether that station will be held by anybody else, these pages must show. » 

À l'instar de Pip et de David, j'ai cheminé et j'ai vaincu le passé pour être couronnée, mais les fantômes et les monstres laissent toujours une trace de leur passage dans notre psyché : l'oubli absolu est impossible. On ne se débarrasse d'eux qu'avec la mort. Ils sont des bacilles dormants en nous ou des filaments de mérule pleureuse enroulés autour de nos souvenirs. Le roman et le conte taisent l'essentiel. L'épilogue du Bildungsroman cache les disharmonies qui subsistent, le conte ne dit rien de ce qui advient ENSUITE aux héros, ceux qui ont terrassé le dragon, la sorcière ou la marâtre. Ils ne disent pas que ceux qui ont trouvé l'Amour seront un jour ou l'autre désunis par la maladie ou la mort. Que restera-t-il d'eux ? Des témoins plus ou moins fiables, qui, à leur tour, mourront et, avec eux, l'empreinte des premiers. Pourtant, tout est déjà là, dans cette fin provisoire qu'est le bonheur, écrit à l'encre sympathique et facile à déchiffrer pour l'oeil exercé. Le sublime est toujours serti ou poinçonné par le malheur. Le malheur est notre seule et unique destination. Nous ne pouvons que nous heurter au réel lorsque point la dernière heure. Nous sommes des êtres sur le point d'être déchirés. J'imagine les pointillés sur mon corps. Coupez mon ventre ou ma gorge ! Suivez le tracé ! Je périrai par là, j'en suis certaine. Ce n'est pas être pessimiste ou triste que de l'affirmer. Contempteurs de Schopenhauer, de Leopardi ou de Cioran ne passez pas votre chemin : le vrai est là. Rions ! Il ne nous reste que cette élégance. Le rire et le droit d'aimer follement sont nos prérogatives. Je le répète souvent : on ne peut que déchoir du bonheur, comme de l'enfance — qu'elle soit réelle ou fantasmée. Jouissons ! Aimons ! Envolons-nous ! Cueillons toutes les fleurs ! 


« Gather ye rosebuds while ye may,
   Old Time is still a-flying;
And this same flower that smiles today
   Tomorrow will be dying. » 


Cette lucidité extrême quant à notre condition est nécessaire pour aimer la vie entièrement, pour l'aimer dans le plus pur consentement, sans la parer d'illusions afin de la rendre présentable. C'est sa fragilité et son caractère éphémère, absurde même, qui doivent nous enjoindre à l'aimer sans concession. Crue. Le besoin de transcendance est toujours  la revanche d'une âme éprise d'ordre, de justice, le fruit doux et amer d'un esprit romantique, mais ce besoin dit aussi notre impuissance à aimer ce que nous sommes. Aimons sans garantie, sans le souci du futur ! 
J'ai refusé de faire de la réalité biologique une tragédie — la mienne. Je n'ai, par exemple, jamais voulu lire mon destin dans le marc de mes veines. Les gènes des Atrides, j'en ai décliné l'héritage, car l'âme n'est pas faite de sang qui coule en droite ligne (ou si peu), mais de consentements pléniers, de reniements et de raccourcis semblables à ces dégradés de couleurs qui serpentent dans le marbre. J'ai toujours cru en la liberté humaine, tout en sachant qu'elle n'était peut-être qu'une illusion, comme le sont Dieu et l'Art, mais que sans elles la vie ne valait rien. La question de la liberté, la liberté elle-même, ne peut et ne doit pas être. Si elle se pose, elle est perdue. Que l’on soit ou non déterminé par une multitude de circonstances, de raisons, par la force ou les défaillances d’une structure psychologique, métaphysique peut-être, peu importe. Ce qui compte, c’est l’efficience, la puissance d'exister et d'agir, qui ne tiennent qu’à la croyance aveugle en notre liberté. Il n’y a aucun secret, aucun message à déchiffrer ; il n’y a rien de caché, sinon ce que nous refusons de voir. C’est aussi simple que cela et tellement évident  que l’on omet de le constater, comme nous oublions que nous respirons à chaque instant pour nous maintenir en vie. Discret et invisible, comme ce sang, comme cette eau et cet oxygène en nous ; oui, la mort est en nous et Dieu n'existe peut-être que parce que tout cela insupportable. Pourtant, c'est de foi dont je veux parler, de cette foi extraordinaire dont je suis traversée malgré moi, depuis cette enfance dickensienne jusqu'à cet acmé de l'amour conjugal et maternel. Je me souviens des mots que j'avais écrits pour notre mariage :
À mesure que nous vieillissons, nous tombons, goutte à goutte, chaque jour davantage, dans le grand puits de l’oubli, attirés par une tache de lumière tout au fond. Le Royaume des Cieux est ce puits. Là, en nous. Bien, bien caché.
Ce qu’il faut, tout de même, de don de soi pour en finir. Oui, finir. À peine cette longue journée d’été s’était-elle ouverte sous nos pas, alors que nous prenions grand plaisir à nous attarder dans ce vaste jardin odorant, là où nous avions étrenné ces parures cousues à même la peau et taillées dans l’or de notre jeunesse, puis revêtu la traîne de nos rêves d’enfant, qu’il fallait déjà se hâter, partir, poussés par je ne sais quel irrésistible besoin de nous dissoudre dans l’eau persistante des songes – jusqu’à la dernière goutte de couleur. L’oiseau s’agitait. On pressentait qu’il s’envolerait bientôt – à jamais. Non pas par manque de foi. Bien au contraire.
Le puits déborde un peu. À cloche-pied, nous nous avançons vers lui. 
Trois sorcières ont fait un voeu au-dessus de mon lit-cage, celui dans lequel je dormis jusqu'à l'âge de huit ans ou davantage, alors que le ce lit était bien trop petit pour moi et que je devais recroqueviller mes jambes pour m'y allonger. Et c'est par le voeu fatal, qui fit de moi un être gourd, que  « le miracle Jean Valjean » advint dans ma vie : à l'orée de la forêt, un homme est venu porter mon sceau trop lourd et a déchiré la nuit autour de moi. Et c'est par ce miracle, à la fois ordinaire et incroyable, que la jeune fille est sortie de l'enfant et inventa, sans savoir qu'il existait déjà, un filtre et un philtre : le romantisme nu. 
Il fut une femme, qui n'est plus. Elle fut mon bourreau, autant par ce qu'elle fit que par ce qu'elle ne fit pas. C'était un être insaisissable. Aujourd'hui, je puis affirmer que je ne sus et ne sais rien d'elle. Elle était la plus cruelle des trois sorcières. Si l'on devait peser l'âme des morts, je ne pourrais, selon toute évidence, rien déposer dans la balance pour la faire entrer au Royaume des Cieux. Il me faudrait inventer cette once de bonté que tout être possède certainement et que je n'ai pas vue. Elle fut l'Innommée et je ne la reverrai plus jamais. Je lui ai pardonné à la fin, peut-être même avant, malgré tout, malgré moi et, surtout, contre elle. Mais je ne l’aime pas encore et ne l'aimerai probablement jamais, car la haine s'est nourrie de tout le sucre de mon enfance. Le pardon n'est jamais qu'un pis-aller et l'aube d'un soleil qui ne verra jamais le jour. L'amour, c'est le don pur toujours inentamé, qui se regénère de lui-même. La morale n'est que par défaut d'amour. Je ferai donc jouer la morale contre l'absence.
Elle ne reviendra plus danser au bord de mes cils, dans les franges de mon existence ou grimacer dans mon dos — La Noire, comme je la nommais.
La femme toute en cul et en con, comme je l'écrivais ailleurs, celle que je redoutais toujours de croiser en ville, est donc morte et il ne reste rien d'elle, pas même une tombe ou une poignée de cendre. Elle est inscrite en moi in absentia. Comme la lettre disparue dans le roman de Perec, elle sera toujours là, en moi, précisément parce qu'elle a refusé de s'incarner dans un espace-temps limité, dans les contours de mon existence.
Dans un rêve, il y a trois jours, elle a tenté de me voler celle que je chéris et de la noyer ; alors, je l’ai tuée d'un cri. Elle ne franchira plus jamais la porte de mes songes, car je suis persuadée que nous ne rêvons que de ceux auxquels nous avons donné une permission, même aux pires de nos croquemitaines. Adieu, ombre fine de mon enfance ! Farewell. Mon coeur n'est plus en cloque de toi. Tu es morte. Mais je pleure. Je ne sais pas pourquoi, mais je te pleure encore et suis condamnée à te pleurer toujours, bien plus que si nous nous étions aimées. Tu es ma Folcoche. Non, tu es bien pire.
Tu es cette silhouette encombrée de petits fantômes cliquetants et pesants comme les clochettes des lépreux, cette femme à pas devenus lents et plombés par la fatigue d’une vie infamante pour le corps et l’esprit, avec ce dos légèrement courbé, marquée d'un vertex en fer à cheval que tu m'as transmis sous forme d’un épi que je déteste et qui est pire qu'une lettre écarlate. Tu es ce rouge à lèvres si épais qu’il celait ta bouche, tu es ces cils pollinisés par des couches de mascara invraisemblables, tu cette manière de parler faussement enfantine où l'on devinait la courtisane en embuscade, tu es cette vulgarité tout à fait décomplexée, tu es ce pouce de la main gauche en forme d’orteil. Tu es tout ce qui ne sera jamais plus et ne sera pas. Je ne pourrai plus écrire cet essai de tératologie dont tu étais la figure centrale.
Et, en un jour devenu éternel, tous les témoins de ta pitoyable existence seront également morts et tu seras morte pour de bon, cette fois. Et personne ne pleurera plus. Mais tous ces signes ne sont que des mots que j'aligne et je mens. Écrire, c'est mentir, c'est apprêter les sentiments, les souvenirs, trahir le temps et les intentions. La vérité, c'est que tu n'étais rien, pas plus ni moins que moi. Et, de ce rien, je ne peux rien dire. Seul Dieu sait et peut. 
On m'a dit qu'elle avait certainement vécu quelque chose de terrible pour être si indifférente et dure — effroyable. Le mal est-il toujours enfanté par lui-même ? Je n'y crois pas, parce que j'ai une trop haute opinion de la liberté humaine, je viens de le dire, oui, cette liberté sans laquelle tout serait vraiment pardonnable, puisque subi et non désiré. Il faut bien qu'elle soit coupable pour que je sois victime. Il faut bien qu'elle ait consenti si le pardon, le mien, doit tout effacer. Le monde doit renaître de cette amnistie de l'imprescriptible. J'ai fait acte de foi. 
La dernière fois où son image heurta ma pupille, elle marchait sur le trottoir d’en face, faisant mine, avec un sourire gêné en coin, de ne pas me voir. Nous étions l’une pour l’autre une part honteuse et nous évitions l'affrontement du passé et du présent. Moi, ne pouvant accepter d’être fruit de cet arbre pourri, je serrais les dents. Elle, ne pouvant se soumettre à la volonté étrangère qui l'avait contrainte à porter cette pomme qu'elle avait voulu arracher lorsqu'elle était fleur de printemps, détournait le regard. C’était il y a deux ans, je crois, quand je l’ai aperçue pour la dernière fois. J’ignorais alors que mes yeux ne goberaient plus jamais une miette d’elle. Je n’imaginais pas qu’une fois la mort annoncée, je la chercherais partout dans cette ville qui me retient prisonnière depuis l’enfance et que je n’ai jamais pu aimer ni quitter. Je n’aurais pas pu croire que la reconnaissance de la chair soit si tragique et qu'elle aille à ce point contre le chant de l'esprit et de l'âme. La nouvelle me fut délivrée en trois ou quatre mots, froidement, sur un écran. J'ai vomi un cri dans la rue ; le sanglot m'a emportée sans que je comprenne ou puisse me défendre contre cette noyade. Je suis tombée. On m'accouchait de ma mère en m'annonçant sa mort. Ma mère est morte d’un cancer du rein foudroyant le 11 mai 2017 à 14 h 30, à la Pitié-Salpêtrière. Elle se savait condamnée, mais elle n’a pas laissé une seule ligne pour moi, et à présent je ne la reverrai jamais. Il ne me reste rien d'elle. Rien. Ni lettre, ni photographie, ni objet et encore moins des souvenirs, sinon cette moisissure qui recouvre tous les éclats cachés de mon enfance. 
De son corps, elle ne faisait guère de cas, puisqu'elle le donnait ou le prêtait au plus offrant. Et voici qu'elle l'a jeté sous les scalpels, afin qu'il soit amputé et sectionné, dispersé aux quatre vents des facultés de médecine. On m'a dit que c'était un acte rédempteur. Peut-être. Le fin mot de l'histoire de cette femme est caché dans un repli de son corps. Et l'âme ?
Bien sûr, je lui ai donné l'absolution. Par conséquent, il m'apparaît, contre Jankélévitch, que l'on puisse pardonner à celui qui ne vous l'a pas demandé et c'est peut-être le plus grand tort qu'on lui fasse et le plus grand bien que l'on s'accorde.  La mort vous contraint à genoux et à la grâce , puis vous avalez cette hostie du pardon, malgré vous. Mais celui qui en bénéfcie est piégé à jamais par votre (fausse) grandeur. Elle m’a donc mise en demeure de lui pardonner, en m’ôtant toute possibilité de me révolter contre elle, soustrayant même son propre corps à mon emprise et à ma colère, puisqu’elle l’a offert à la science. Elle m’a réduite à l'accompli, à quia ; et les faits ont toujours la raison pour eux, car ils sont incontestables. Pour l'éternité, elle fut et est un corps absent et je dois me contenter de cela. Une lacune propre et nette. Un mystère, celui du mal, du silence et de l'indifférence. Le négatif est plus positif que son contraire.
Je sais aujourd'hui, au milieu du chemin de ma vie, ce qu'est la souffrance irrémissible de l'irréversible et je n'ai plus peur de la beauté insolite du Minotaure. Je me rends compte qu’il n’est plus qu’un épouvantail et qu’il ne tient qu’à moi de le transpercer. Je n'ai plus besoin de croire qu'il est aux aguets, au fond de moi.
Aux autres, je demande toujours, à un moment ou à un autre de notre relation, s'ils aiment leur mère ou s'ils l'ont aimée ; la réponse est très souvent embarrassée. Je cherche dans leurs affirmations et doutes à trouver l'image en miroir de la mienne, de celle que j'aurais pu avoir, car je n'ai pas eu de mère et je fus et serai toujours ma propre mère, en éternelle fuite de l'autre, qui ne voulut et ne put l'être. Mais je suis bien née d'un ventre, celui de la génitrice au noir, prodige en soi, puisque monstre, de toutes les façons qu'on pût la prendre. Monstre par manque absolu de conscience. L'enfant du monstre est-il lui aussi un monstre ? Telle fut, telle sera encore un moment, la question sous-jacente à mon existence. Non, bien sûr. Mais l'enfant du monstre doit prouver sans cesse ce qu'il est, à lui-même en premier lieu. 
Les pères, eux, sont une autre catégorie de personnages. Je ne fraie pas avec eux. Je suis née de père inconnu et c'est un autre corps absent, mais il est tout à fait muet celui-là.
J'ai toujours été assez ordurière en parlant d'elle, avant de recevoir son coup de grâce ; le coup était son fait, mais la grâce était offerte par la circonstance nue et circonflexe… ou par Dieu —  n’est-ce pas la même chose ? Dieu existe tant qu’il comble un vide en moi. Dieu — ou le sucre, autrefois, ce fut la même chose. Le glucose est un calmant. C'est le miel qu'elle ne m'a pas laissé sucer sur ses doigts jaunis par la nicotine. La folie ou la gangrène, voilà à quoi on m'a acculée. Je ne peux accueillir la mort ou, plus exactement, je ne puis faire mienne l’idée que l’âme ne soit pas ou qu’elle soit corruptible, soumise à la déchéance du corps. L’ordure s’est remisée. Le trou est resté. Un petit cratère au fond doux et rose. L'âme ?
Avant sa mort, rien ne me paraissait assez sale pour elle. Sa disparition rend tout cela inutile. Je n’ai plus besoin de me protéger d’elle : il n'y a plus aucune nécessité de mettre la haine entre elle et moi pour me garder de la tendresse que je pourrais ressentir, malgré moi, en dépit de tout.  À présent , mes mots ont perdu leurs crocs et le venin demeure intransmissible, retranché dans les pleins et les déliés ou les interstices. 
Ils sont venus la chercher, m’a-t-on dit.  Ils l'ont mise toute nue dans une housse et l'ont emportée, froids et sans paroles. Je repense, soudain, à cette chanson Hôtel-Dieu de Guy Béartreprise par Henri Tachan, qui ne manque jamais de percer mes paupières. 
Je me souviens tout à coup, sans pouvoir en donner la raison, de l’une des rares phrases qu’elle ait jamais prononcées en ma présence, alors qu'elle venait racketter celle à qui je dois la vie, ma grand-mère : « Tu te regardes dans le miroir pour te faire pleurer, hein ? Petite salope ! » Le plaisir des larmes. Le miroir sale de l'enfant est devenu une page. 
Peut-être.
Mais le réel n’est jamais aussi clinique et sublime dans sa sobriété. Elle n’est pas morte de froid, elle est morte d’indifférence : de la mienne, autant que de la sienne. Cancer du rein métastasé. Elle est morte, parce qu'elle pas tourné son regard vers moi. J'aurais pu la sauver, repêcher son âme maudite au bord du Léthé, car j'ai encore la foi de l'enfant et du miracle. Si elle avait pensé à moi, je n’aurais jamais reçu cette lettre anonyme si sale. Non, elle n’a pas pris la peine de m’écrire, mais elle a organisé une petite saloperie posthume, sans même s’en rendre compte, simplement en mentant, à l'une de ses rares amies. Tout cela la déshonore. Elle n’a pas compris qu’elle fait de vengeance, elle m’offrait la paix du Christ. Contre toute attente, elle a réussi à fuir C., cette ville d’où je suis ensorcelée comme Kafka le fut de Prague, et elle m'y a laissée crucifiée à jamais. Ma mère est défunte et c’est uniquement parce qu’elle est morte que je peux enfin dire d’elle qu’elle est ma mère, bien qu’elle ne le fût jamais. Ma mère. Je n’ai jamais pu prononcer ou écrire ces deux mots de son vivant. Il m’a fallu attendre plusieurs semaines après sa mort pour qu’ils coulent naturellement de moi et que je puisse les tolérer sans guillemets. Il m’a fallu passer le gué des 43 ans pour la reconnaître comme ma mère, car, à défaut du sang et de la mémoire, l’état civil ne ment pas. J'ai le certificat de décès sous les yeux. Elle s'est désagrégée par les puissances administratives et je suis légalement orpheline, même si j’ai passé ma vie à l’être. Elle emporte avec elle le secret de mes origines. Elle ne fut pas ma mère, mais elle l'est devenue en disparaissant, car je lui ai donné ce droit, qui ne coûte plus rien. Ma mère est morte et mon enfance est porte close. Et c’est parce que je suis désormais la seule mère au monde que je ne retournerai plus dans ce sale petit pays des amours vertes, dans ce sublime et terrible jardin de mes 8 ans. Ma peau d’enfant sauvage est tombée à mes pieds. Je vais cesser de l’arracher par lambeaux pour la dévorer. Je vais me délivrer de la peur du passé et du futur pour entrer véritablement dans la vie, dans le présent fragile, faire chauffer la chrysalide aux rayons du soleil violet. Je ne bafouerai plus la fortuna. Je ne ferai plus jamais la fine bouche devant le bonheur, parce que je crève de l'idée qu'il ne meure. Je n’en laisserai pas une miette.  Je vais accepter l’encre qui coule de ma bouche et de mes doigts. Je vais hurler, chanter, jouir et tracer le sillon. D’ailleurs, écrire est tout cela. Je n’ai jamais vécu que pour cette extase malsaine et salvatrice. Le roi des orgasmes. Au début, je pensais que la grand-mère était la clef du domaine interdit, mais je me trompais. Tout le monde est parti, sauf la tante. J’espère qu’elle crèvera avant nous. J’aimerais être la survivante, le seul témoin vivant pour englober tout cela dans ma boule de verre, dans mon globe de sorcière. Je veux avoir le dernier mot et les enfermer dans un cercueil de papier, tout comme Barrie a enfermé sa mère dans un livre terrible et doux. Reste la troisième sorcière. Mais, au fond, sa domination sur moi n'est plus et elle le sait bien, puisque les derniers pouvoirs — dont le plus cruel — étaient concentrés dans les mains de la morte. Ma mère est enfin mère et elle m’a délivrée de son fatal enchantement en expirant : je peux à nouveau écrire. Je peux faire sortir de moi le sucre et le pus. Le sucre qui cache ce gros trou qu’elle m’a fait. Ma mère me voyait comme une truie, elle l'a souvent dit, et je suis presque devenue porcine pour lui plaire. La haine est partie avec le sucre et le pus. Je ne veux plus être cet animal. La grâce du pardon me couronne, mais cet acte de pur abandon n’implique pas que l’on doive s'accommoder avec ce qui fut. Il n’y a jamais aucun arrangement raisonnable avec le réel. Ma mère était empoisonnée. Toutes les femmes de la famille l’étaient :  par le ventre et la bouche ; et j’ai longtemps cru être moi-même une excroissance de leur maladie. La peur du monstre en moi m’a empêchée de me laisser aller au succès et à la griserie. Plus on m’adorait, plus je me sentais coupable de donner l’illusion que j’étais aimable et d'être un imposteur. Je me haïssais à propension de leur amour.
J’ai un problème ; je suis fermement attachée à la croyance que notre voyage est circulaire et que l’on finit toujours par retourner à la source, au point de départ. Or, je ne veux pour rien au monde retomber en enfance.  Si je dois, malgré tout, retourner là-bas, ce sera au bout d'un chemin de papier et d'encre et je les tuerai tous.
Je désire simplement tirer, ici, ce dernier portrait d'elle pour dire au monde qu'elle a existé. Je ne sais rien d'elle, mais je me rappelle qu'elle 
fumait des Marlboro et aimait lire Picsou Magazine et le Journal de Mickey, ainsi que Nous Deux, Intimité et Confidences, rêvant du prince charmant, alors qu'elle passait d'homme en homme, souvent pour de l'argent, parfois pour le plaisir. Son credo, face à ma grand-mère épouvantée, étant que les prostituées étaient des femmes qui avaient le respect d'elles-mêmes. Je n'ai jamais compris sa formule. C’était une femme  fatale, mais pas au sens où vous pourriez l’entendre. Elle portait son destin comme ses fards et c’est parce qu’elle a pris toute la sanie qu’il n’en restait plus une goutte pour moi. Elle m’a sauvée en me rejetant, en me haïssant, en me dégoûtant à jamais d’elle. Rien n’est passé d’elle à moi.  Sauf la béance qui permet la circulation permanente des fluides et des mots.
Étrangement, mais seulement de loin, c’est par le manque ou le négatif que l’on en arrive toujours au plein, au transcendant, à l’absolu. À Dieu. Présence in absentiaJ’écoute Nantes chantée par Depardieu. Je me retrouve beaucoup dans la persona de ce monstre magnifique. Ma fille, qui admire beaucoup Gérard, dit que je lui ressemble, l'une de mes meilleures amies aussi, et ce n'est pas faux : je suis craquelée comme lui et brutale, parfois, jusqu'à la violence. Je suis ce genre d'ogre, mais je ne dévore que les adultes faits. Je n'aime pour de vrai, dans le fond, que les vieux, les enfants et les animaux. 
jeudi 6 avril 2017




La maison est calme. Je demeure un peu flottante, passant d'un vague à l'âme à l'autre, voyageant de la lune à la terre, sans parvenir à faire ancre d'une émotion. Je joue au fantôme avec mes souvenirs, me glissant en eux pour en ressentir la solidité et la vérité. La mort, c'est donc cela et rien d'autre. Une absence en guise d'éternel. Le froid, le muet et le vide à jamais. Je reviens au réel courant et coulant, ici ou ailleurs, entre des pages à carreaux ou face à des écrans qui ouvrent des fenêtres avec vue sur un même néant. Les mots galopent et laissent des traces qui ne valent peut-être guère mieux que le cadavre sec et raide qui a été glissé dans un frigo par des mains inconnues. Ce matin, elle est morte, dans son sommeil. Je redoutais qu’elle ne mourût pendant l’un de nos voyages (bien que nous ayons éconduit , lors des derniers mois, diverses tentations de promener notre chagrin) ; mais le pire eût été d’être contrainte de l’emmener chercher la mort, prétendue douce, chez le vétérinaire. Nous savions tous qu’il nous restait peu de temps. Depuis novembre, nous étions si bien préparés à ce moment que j’avais fini par le guetter d’heure en heure dans chaque décrochage de sa respiration. Hier, elle ne pesait plus que le poids d’un chaton. Elle avait fondu, jour après jour, s'allégeant de ce réel de pierre et sculptant sa silhouette d'ange. Le vétérinaire nous avait assurés qu’elle ne souffrait pas et qu’il n’y avait rien à faire pour le moment, sinon lui offrir notre affection et attendre un éventuel signe de détresse respiratoire pour devancer de quelques jours l'inéluctable. Voilà donc encore un témoin de ma jeunesse qui disparaît. Hitchcock était entrée dans notre vie en 2002 : quelqu’un avait sonné, un dimanche après-midi, et nous l'avions trouvée agonisante sur le perron. Cet animal blessé par une voiture avait été déposé devant notre porte, peut-être parce qu’il y avait une plaque de médecin apposée sur la maison. Ses légitimes propriétaires (nous l’apprendrions plus tard) ne voulaient pas débourser un centime chez le vétérinaire pour lui sauver la vie. Le vétérinaire de garde l’avait opérée, ne nous promettant rien. La chatte attendait des petits, qui ont péri. Mais Tina (c’était son nom alors) avait survécu et nous l’avions adoptée sans réfléchir. Une de plus ou de moins, cela passait inaperçu au sein de notre arche de Noé… Notre vétérinaire avait alors estimé son âge à 3 ans. C’était en 2002. Elle avait conservé une méfiance et un ressentiment certains à l’égard des hommes et ne manifestait sa tendresse qu’avec parcimonie, demeurant toujours sur la défensive et ne s'abandonnant, semblait-il, qu'à regret aux caresses. Toutefois, lors de ses six derniers mois sur terre, son caractère avait diamétralement changé : elle passait ses journées sur mes genoux, dans mon bureau. J’ai eu mille fois la chance de lui dire au revoir et le temps de me préparer à sa perte. Je suis reconnaissance pour ces ultimes moments. Ce matin, notre fille a demandé à voir Hitchcock une dernière fois pour l'embrasser. Nous y avons consenti. Elle m'a déclaré que cela lui avait fait du bien et qu'il n'y avait rien à cacher, parce que tout le monde doit mourir un jour. Elle a raison. Elle a 6 ans et c'est une enfant très particulière... Je crois aussi qu'édulcorer la réalité est plus effrayant pour les enfants, car ils devinent le mensonge au malaise qu'il sécrète tout autour de lui. En voulant protéger un enfant, on peut causer un traumatisme plus grand. A. est très philosophe dans son appréhension et sa compréhension de l'univers. La plupart des enfants le sont, mais elle l'est d'une manière si belle qu’elle apaise les êtres. A. ressemble à son père. Hitchock est partie. Elle sera incinérée et ses cendres me seront rendues dans un petit coeur en bois. Il rejoindra les autres, sur la cheminée de mon bureau. Les âmes défuntes ne me font pas peur. 

vendredi 5 février 2016
Hier soir, j'étais accablée et j'écrivais ceci à mes amis :

Je me sens extrêmement déprimée, ce soir. Parfois, je me dis que tout est vraiment foutu. Tout. Je n'ai, dans ces moments-là, plus envie d'écrire, plus envie de publier, plus envie d'apprendre... J'appartiens à un monde qui n'existe plus. Depuis que je suis enfant, j'essaie de toutes mes forces de rendre hommage à la langue française, d'en connaître les pièges et les secrets, et de transmettre aux autres ce que j'ai appris. Je suis consciente de mes lacunes et de mes imperfections en la matière, mais jamais je n'ai pensé, par exemple, que cela n'avait pas d'importance, en me comparant à d'autres, encore plus nuls que moi. Mon but a toujours été de progresser et d'avoir pour modèles des êtres qui valaient mieux que moi. Et, ce soir, j'ai le sentiment que cette exigence n'est plus de mise. Nous avons perdu. Nous sommes déjà morts, mais nous ne le savons pas encore. 
En 2010 — déjà, en 2010 —, un de mes éditeurs (admirable, malgré tout) ne voulait pas que j'employasse le mot « giron », car c'était, d'après cette personne, un mot trop « difficile » pour les lecteurs. J'avais ri face à cette déclaration que je jugeais alors ridicule, puis résisté et obtenu gain de cause. Je me rends compte à présent qu'elle avait une meilleure perception que moi du « niveau » probable des lecteurs français et de l'évolution de la société et de ses modes — il faut prendre ce mot dans toutes ses acceptions.
En ce qui me concerne, je n'appliquerai jamais les rectifications de l'orthographe, j'enseignerai à ma fille ce que je considère être l'orthographe correcte, ainsi que le grec et le latin. Je lui offrirai Victor Hugo et tous les grands génies de la littérature française, ceux qui ont construit la France de mes rêves et de mes désirs.
En vérité, ce qui me chagrine le plus, ce n'est pas ce que l'école est capable ou non de transmettre (je me sens de taille à lutter et à lui opposer ce que je crois juste — je le fais déjà —, voire à retirer notre fille du système et suivre, en cela, l'exemple magnifique de nombreux parents qui ne scolarisent pas leurs enfants), mais l'idée que les jeux sont déjà faits. Les incultes entérineront le nouvel usage (la féminisation des noms en « eur », si laide et si bête, a du succès et se propage) sans se poser de questions. La populace sur internet, les journalistes (tous cons comme des balais ou à la solde de ceux qui ont le pouvoir) et très certainement les éditeurs seront le relais de cette inutile application d'une réforme qui n'avait guère fait d'émules en 1990 et qui, en vérité, est un camouflet pour une certaine catégorie de Français. Ce n'est pas un hasard si elle ressurgit aujourd'hui, quoi qu'en dise le sourire carnassier de madame LE ministre de la non-éducation nationale, qui prétend n'y être absolument pour rien. Bien sûr, une langue évolue ; mais, en l'occurrence, il s'agit de tout autre chose et il faudrait être bien aveugle pour ne point le comprendre... Je n'oublie pas que c'est l'Académie française qui a permis tout cela... Mais il n'est pas anodin que l'application soudaine et généralisée de cette réforme ait lieu en ce moment, alors que la France est soumise aux décisions — plus folles les unes que les autres — d'un gouvernement sans ventre ni esprit. Le cynisme des uns et des autres ne connaît aucune limite. 

Grevisse, l'édition de 2009, se faisait déjà le chantre de la réforme (mise en branle, il faut le redire, par Rocard — encore un gaucho !). Je ne le savais pas. J'utilise à dessein des dictionnaires et des livres anciens.


Après une bonne nuit de sommeil, la guerrière qui veille toujours en moi est plus déterminée que jamais à ne pas s'en laisser conter ! Il n'y a qu'une seule façon de combattre le mal (en ce domaine comme en d'autres) : lui faire face sans ciller, sans plier. Refusez d'employer cette orthographe à la sauce coco et démago, même si vous perdez du crédit auprès de ceux qui ont du pouvoir sur vous. Enseignez ce que vous estimez être la justesse à vos enfants, même s'ils doivent être mal jugés à cause de cela. Expliquez-leur ce qu'il en est, même s'ils doivent perdre tout respect pour leurs « maîtres ». Les enfants n'appartiennent pas à l'État, mais à eux-mêmes, et ils méritent les meilleurs guides pour atteindre la majorité de l'esprit. Résistez, quel que soit le prix à payer. N'achetez pas les nouveaux dictionnaires et méprisez ceux qui se plieront de bonne grâce à cette nouvelle mode. Ce sont des ennemis de la France, des forçats de la médiocrité, au service d'une caste cynique qui veut conserver ses privilèges en œuvrant contre l'esprit, contre le peuple, sous prétexte d'égalité. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'égalité, mais d'un égalitarisme pernicieux, d'une injustice ! On estime que certains enfants ne sont pas capables d'apprendre la langue et qu'ils sont lésés, à cause de leur situation sociale ou de leur origine étrangère ; on décide alors d'imposer le même niveau médiocre à tous, au lieu de faire en sorte que chaque enfant ait un droit à l'excellence, par son mérite personnel, par son travail, par ses propres forces. 
Je ne travaillerai jamais avec un éditeur qui aurait envie de m'imposer cela et je ne laisserai pas un maître ou un professeur apprendre à ma fille que « chauve-souris » s'écrit « chauvesouris » ou lui faire accroire que le roi Henri IV est « Henri 4 » (les chiffres romains disparaissent peu à peu). Cette « réforme » mourra, si personne ne la suit. Il s'agit d'un choix linguistique, moral, politique et esthétique. Honte aux traîtres à la nation ! 
RÉSISTEZ, chaque jour, là où vous vous trouvez. Consentir ne serait-ce qu'un peu, c'est abdiquer. L'ennemi est fort et déjà dans la place.

Je vais chercher consolation auprès Montaigne et relire quelques passages dans une édition qui me sied. Il n'est de meilleur remède... 








Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

Qui suis-je ?

Ma photo
Holly Golightly
Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
Afficher mon profil complet

Almanach barrien

Rendez-vous sur cette page.

En librairie

En librairie
Où Peter Pan rencontre son double féminin...

Réédition !! (nov. 2013)

Réédition !! (nov. 2013)
Inédit en français

Actes Sud : 10 octobre 2012

Une histoire inédite de J. M. Barrie

En librairie le 2 juin 2010

Actes Sud, juin 2010.

En librairie...

Terre de Brume, septembre 2010.

Tumblr

Tumblr
Vide-Grenier

Cioran tous les jours

Cioran tous les jours
À haute voix, sur Tumblr

Une de mes nouvelles dans ce recueil

Oeuvre de Céline Lavail

Voyages

Related Posts with Thumbnails



Écosse Kirriemuir Angleterre Londres Haworth Allemagne Venise New York

Copenhague

Les vidéos de mes voyages et explorations sont ici et là...

Liens personnels



Le site de référence de J.M. Barrie par Andrew Birkin (anglais)

Mon site consacré à J.M. Barrie (français ; en évolution permanente)



Site de la Société des amis de J.M.Barrie (français ; en construction)


Forum Barrie (en français)



Mon site consacré à Cary Grant (français ; en contruction)



Ma page sur Lewis Carroll (français)
"Une fée est cachée en tout ce que tu vois." (Victor Hugo)

J'apprends le mandarin

Blog Archive

Entrez votre adresse de courriel :

Lettre d'information barrienne

Archives

Gadget

Ce contenu n'est pas encore disponible en cas de connexion chiffrée.