mercredi 15 février 2006
  • Le κυριεύων λόγος

     L’exposition de l’aporie de Diodore Cronos, que Léon Robin appelait le « prince de la dialectique », (le Dominateur) et ses diverses interprétations est fondamentale pour comprendre l’histoire des conceptions philosophiques en faveur de la contingence ou de la nécessité. Cet argument du Dominateur est à l’origine du De Fato de Cicéron, où sont relatés les débats des anciens. Il est fort instructif et intéressant puisqu’il s’agit de rien de moins que la destinée humaine.
C’est un paradoxe du temps parallèle aux paradoxes de l’espace de Zénon d’Elée.
     L’argument est rapporté par Epictète (Entretiens, II, XIX, 1), bien que celui-ci semble ne pas lui attribuer une importance considérable (l’important étant d’agir comme il convient à la nature de l’homme)  : « Voici, me paraît-il, les points à partir desquels on pose l’argument Dominateur : il y a, pour ces trois propositions, un conflit entre deux quelconques d’entre elles et la troisième : " Toute proposition vraie concernant le passé est nécessaire[proposition A]. L’impossible ne suit [α’κολουθε˜ιν] pas logiquement du possible [proposition B]. Est possible ce qui n’est pas actuellement vrai et ne le sera pas. [proposition C]. " Diodore, ayant aperçu ce conflit, utilisa la vraisemblance des deux premières pour prouver celle-ci : " Rien n’est possible qui ne soit  vrai actuellement et ne doive l’être dans l’avenir." Un autre, dans les deux propositions à conserver, gardera celles-ci : "Est possible ce qui n’est pas actuellement vrai et ne le sera pas ; l’impossible ne suit pas logiquement du possible" ; mais alors il n’est pas exact de dire que toute proposition vraie concernant le passé est nécessaire ; c’est là ce que paraît soutenir l’école de Cléanthe, avec qui est généralement d’accord Antipater. D’autres admettent les deux autres propositions : «Est possible ce qui n’est pas actuellement vrai et ne le sera pas ; toute proposition vraie portant sur le passé est nécessaire" ; mais alors l’impossible suit logiquement du possible. Mais il n’y a pas moyen de conserver les trois propositions à la fois, parce qu’il y a dans tous les cas conflit entre l’une et les deux autres. » C’est Chrysippe qui choisit les  propositions A et C. Le rejet de l’une ou l’autre des prémisses équivaut, chez les Anciens, à une affirmation d’une forme de nécessitarisme ou à une forme de contingence. Selon, Diodore, tous les possibles se réaliseront (possible = réel = nécessaire) ; selon, Cléanthe, eu égard à la doctrine de l’éternel retour, le passé n’est pas irrévocable, car il peut revenir, et il rejette la proposition A ; Chrysippe exclut la proposition B, quant à lui, au prix d’une redéfinition de l’impossibilité : est impossible non pas ce qui n’arrive nécessairement pas (de manière absolue), mais ce qui ne peut pas arriver compte tenu des circonstances extérieures dues au destin : la liberté et la nécessité sont inclues dans le destin.
     Tout laisse à penser que Diodore a inventé cet argument afin de mettre en défaut Aristote qui accorde un statut positif à la contingence (De Interpretatione, Chap. 9 consacré aux « futurs contingents »). D’après Aristote ce qui, aujourd’hui, est nécessaire ce n’est pas que demain il y ait une bataille navale OU qu’il n’y ait pas de bataille navale, mais cette alternative elle-même, pas les éléments qui la constituent. Diodore refuse la notion de possible aristotélicienne, fondée sur la distinction entre l’acte et la puissance.  Les énoncés du futur ont, pour Aristote, une nécessité conditionnelle et non absolue.  La contingence ontologique est le fait des êtres en puissance ; la nécessité absolue, celle des êtres en acte. Cette contingence ontologique est le fait des êtres et des événements du monde sublunaire.

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