vendredi 18 août 2006
J'en discutais avec mon ami Robert. Je lui disais à quel point j'étais convaincue de l'influence néfaste de Margaret Ogilvy sur son fils, James Matthew Barrie.
Et voici ce qu'Andrew Birkin publie ce jour sur le forum ANON...
Je traduis ses paroles en couleur. Le reste de la traduction est celle qui se rapporte aux écrits du biographe de Barrie.
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Le passage suivant, extrait du manuscrit original de la biographie de Denis Mackail, en date de 1941, pourrait être d’intérêt. Il a été censuré par Cynthia Asquith avec un crayon rouge. Les mots : « Détruisez ceci ! » barraient le passage. Voir la page 212, troisième paragraphe, dans la biographie de Mackail, pour comparer les deux versions.
« Jane Ann [la sœur de Barrie] avait quarante-six ans [en 1893]. Toujours aussi dévouée, se sacrifiant comme de coutume. Simple, déjà vieille, mais ayant surmonté le risque de développer la complexion vaniteuse de sa mère. Elle vivait dans le secret de son existence intérieure, qui était si malheureuse et pénible (il n’est plus besoin de le cacher plus longtemps), car elle n’était pas le seul membre de la famille à céder à cette tentation mortelle. Il y avait, en effet, deux démons qui guettaient les enfants de Margaret Ogilvy : la mélancolie et la boisson. Seul le plus fort d’entre eux pouvait résister aux deux forces. Jane Ann, par l’exemple qu’elle avait sous les yeux et par la prévention qu’elle avait conçue contre l’un d’entre eux, s’était battue et avait remporté le combat. Mais, voilà, il semblait maintenant que cette victoire avait laissé une voie à l’autre démon. Son frère savait. De même qu’il était au courant de tous les incidents se produisant par ailleurs. Il me fit part qu’il devait prendre garde à ne pas succomber lui-même. En effet, il y prit garde. Une ou deux fois, cela lui procura un certain bien-être lorsque l’un de ses mondes tomba en ruines. Mais c’est le pire qui lui advint. Ce sentiment ne le gouverna jamais. Et, bien que la mélancolie flotta dans les airs, autour de lui, toute sa vie, il put toujours la contrer, au moment où il le voulut, car il était aussi bien fuyant que courageux, y compris quand l’hérédité avait rattrapé tous les autres et qu’il était à terre. Mais les autres étaient plus faibles et vulnérables que lui. L’impulsion donnée par la renommée et par leur situation ne pouvait les aider qu’indirectement. Alors, ils buvaient ou bien se mettaient au lit pour n’en plus se lever. Encore une fois, tout se passait comme s’il existait quelque effrayant mystère biologique produit par l’union de ce tisseur et de cette fille de maçon. Quelque chose d’inexplicable, qui les remplissait d’effroi, qui les hantait tous. De quelque façon que ce fût, apparemment, qu’ils fussent ou non coupables, chacun de leurs enfants dut payer une impitoyable rançon. »
Il doit être rappelé que Denis Mackail – à la fois un ami de Barrie et des enfants Davies – avait été nommé par l’agent littéraire de Barrie (à savoir, Cynthia Asquith et Peter Llewelyn Davies) pour écrire une biographie. Celle-ci, selon Nico, manqua de le tuer !
Je précise que le terme d'hypocondrie, présent dans le texte original, désigne en fait davantage une forme de mélancolie. Je traduis donc ainsi. Cette mélancolie ou cette neurasthénie s'apparente à ce que l'on nomme aujourd'hui la dépression. Je commenterai tout ceci plus tard.
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  • Il y a quelques semaines, j'ai fait une découverte magnifique.
    Si vous désirez savoir de quoi il retourne, il vous suffit de visiter ce lien.
    Miss Poivert, en lectrice avisée, connaissait déjà cette bonne adresse, je viens de m'en rendre compte.

    Tout ceci ne serait jamais arrivé sans la propension de mon grand ami David à exciter mon appétit en matière de bandes dessinées.

    Pendant mes vacances parisiennes, il m'a offert plusieurs trésors. Je vous en reparlerai peut-être.


    Le premier d'entre eux est la bande dessinée de Little Nemo in Slumberland
    ("Petit Nemo au pays des songes" littéralement ; je rappelle que Nemo en latin signifie "personne"). Ce délicat bijou laisse muet d'admiration et d'émotion confondues. Je connaissais bien évidemment de réputation cette oeuvre, j'en avais avisé plusieurs planches, mais je ne possédais rien d'aussi magnifique qu'un ouvrage relié pour faire plus ample connaissance.

    Winsor McCay (1867-1934), un américain, la dessina de 1905 à 1914, puis, de nouveau, de 1924 à 1927. Née le 15 octobre 1905, dans le supplément dominical du New York Herald, la série a simplement (mais les idées les moins denses sont les meilleures, car la pureté est un état difficile à atteindre) pour thème les rêves d'un petit garçon, Nemo, qui se réveille à la dernière case de chaque planche... en tombant de son lit !

    Par le biais de l'onirisme, l'auteur épuise et explore diverses voies narratives pour une bande dessinée qui s'élève bientôt au rang d'art. Son style graphique s'inspire parfois (souvent) de l'Art nouveau. La couleur y revêt, pour la première fois, une importance capitale. Remarquable idée puisque la plupart d'entre nous rêvent en noir et blanc...
    Nemo a les yeux écarquillés mais bien moins que nous, à chaque fois supris par les inventions de la Reine Mab*. Son univers poétique est distors, aspirant à une verticalité qui appelle les cieux de ses voeux.

    Par association d'idées, je songe tout à coup à ces comic strips qui ont inspiré le film inattendu de HustonAnnie. Harold Gray inventa le personnage de la petite orpheline Annie. Cette série est contemporaine de la deuxième vague de Little Nemo.



    Grâce au site précédemment nommé, j'ai découvert un autre dessinateur, Frost.

    McCay considérait A.B. Frost


    comme le plus grand dessinateur de son époque. Son principal souci était d'illustrer la vitesse, la rapidité des réactions. Parfois, l'animal qu'il dessine court si vite qu'il ne laisse que sa trace dans la case !


    Lewis Carroll lui demanda d'illustrer Rhyme ? or Reason ?, ce dont il s'acquitta. Mais la collaboration tourna court par la suite. Hélas !

    Dans un état d'esprit voisin, je me suis prise d'affection pour Carl Larsson, dont l'apparente naïveté rendu par un trait géométrique quasiment exempt de rondeur, ou qui atténue fortement la portée de cette dernière, et par l'exposition de scènes domestiques, me touche assez profondément. Il est l'un des premiers suédois auteur de bandes dessinées. Il a peint quelques portrait de sa compatriote Selma Lagerlöf. L'oeuvre de ces deux individus me paraît en grande harmonie.

    * Reine des fées, dans la littérature anglo-saxonne, accoucheuse des songes.




    Je ne vais pas vous refaire le coup de Nick Hornby et de Stephen Frears, dans High Fidelity, que je n'avais d'ailleurs pas aimé, sûrement parce que la musique qui était au centre du film ne m'évoquait rien. Et puis, David, mon vieux camarade, va m'accuser de verser dans le sentimentalisme visqueux.
    Je suis de la vieille école. Je suis une sale petite midinette trentenaire à la peau bientôt (qui a dit "déjà" ?) flasque et j'aime la variété française des années 70-80. Je ne suis pas démodée. Je n'ai jamais suivi le tempo de mon époque. J'étais déjà vieille à ma naissance. Le concept de mode est, par parenthèse, une ineptie en soi. Son contenu est aussi fluctuant que le phénomène qu'il désigne. Ce qui est qualifié d'(in)démodable est implicitement périmé.
    Je rétrécis au fur et à mesure. Je chante à tue-tête.
    La vie est jonchée de tas de petits fragments sonores et visuels. Une vie, c'est petit, c'est immense aussi et, parfois, quand c'est trop tard, c'est tout sec et raccorni. La mienne est un trou dans un tronc d'arbre. J'y entasse mes souvenirs et je joue aux osselets avec eux. De quel côté vais-je tomber ?
    Hier, j'ai assisté à deux concerts : celui de Dave
    et celui de Michel Delpech.

    Le premier est ironique, dans un mouvement d'autodéfense, de cynisme entretenu, peut-être. Sa voix est intacte. J'aimerais bien que les minets à la mode, aphones pour la plupart, se mesurent à lui. On verrait alors de quel côté sont les rieurs.
    Ma chanson préférée de Dave :
    Dave

    Delpech est fidèle à lui-même : vaguement mélancolique, la main posée à plat, qui tremble un peu, sur une hanche, rieur, convaincu. Je le devine blessé, probablement un peu inquiet. Le feu sacré brûle toujours. Je suis admirative face aux gens qui gardent le souffle, malgré le temps qui passe, malgré l'ingratitude du public et l'incompréhension des stériles. A ces derniers qui sifflent les insultes de ringardise, j'aimerais leur dire que, dans leur petite vie minable, ils n'ont pas, pour la plupart d'entre eux, accompli un seul acte un peu vaillant, qui laissera une infime trace quand ils seront crevés.
    Une chanson qui pouvait être, à l'époque, qualifiée de prémonitoire est entonnée... Ironie devancée.
    Delpech
    Je me défends souvent (je suis bientôt en train de le faire ici même), presque coupable, immédiatement fusillée par les regards que je devine moqueurs. Si vous êtes de ceux-là, passez votre chemin. Je n'ai aucune indulgence pour vous. Je me souviens de ce lecteur, à l'esprit pourtant pas si mal torché, qui s'étonnait ici que je m'enthousiasmasse pour mon idole, Julia Roberts, malgré ma connaissance du propos nietzschéen sur le sujet. Je devine son éventuel commentaire et ceux de ses semblables...
    J'aime ces sexagénaires. J'ai toujours eu le double de mon âge. J'appartiens à leur classe. Je suis à l'aise avec eux. C'est moins évident en compagnie de ceux qui ont moins de cinquante ans, à quelques exceptions près.
    La variété est un art à part entière.
    Avez-vous déjà essayé d'écrire une chanson ?
    Je vous suggère de le faire pour constater que la simplicité apparente du procédé est une illusion. Trouver un refrain qui va balancer la vie des gens pendant des décennies n'est pas aussi facile que d'écrire 800 pages pour une thèse de philosophie. J'ai expérimenté tout ceci. On atteint dans l'art de la chanson quelque chose d'essentiel, d'indicible, un éphémère durable, un paradoxe. Ne serait-ce que de gribouiller trois lignes pour dire cette émotion marginale et nécessaire, je suis incapable de retranscrire les oscillations de mes sentiments... N'est pas Philippe Delerm qui veut - même si je ne l'admire pas tous les jours... L'art de dire le minuscule et le dérisoire demande certainement une innocence et un talent dont je suis dépourvue.
    J'aime l'opéra et le classique mais, dans mon coeur, dans ma vie, force est de constater que Mozart ou Verdi ne collent pas aussi bien aux divers instants de mon existence.
    Je sais précisément ce que j'écoutais en boucle, en août 1990, quand untel est mort par exemple. Mon prénom est un hommage à une chanson d'Hugues Aufray.
    Dave, et plus encore Delpech, ont tamponné divers moments de mon enfance et de mon adolescence. Ils chantaient avant ma naissance, mais j'ai fini par les rejoindre. Je suis bien dans le creux de leurs chansons. Ils sont importants.
    Tout à coup, je constate que, devant moi, il y a une femme brune que je reconnais avant même de la regarder. Elle ne porte plus ses longues jupes amples. Elle a remisé ses bottes de cow-boy. Elle s'appelle toujours Aline. Son Christophe est parti depuis longtemps. Elle a vieilli. Elle ne se maquille toujours pas. Ses yeux sont recroquevillés dans des plis et des replis. Elle est toujours belle. Aussi douce que lorsqu'elle s'occupait de la première classe de maternelle, en 1977.
    Elle débutait à l'époque. Je ne crois pas qu'elle soit encore à la retraite. J'ai vieilli dans son reflet, un peu plus loin.
    Nous mesurons notre propre déchéance à celle des autres. Dave a plus de cheveux blancs, Delpech n'en a plus beaucoup, mon corps se capitonne disgracieusement. Bientôt, j'aurai des rides. Où sera Aline à ce moment-là ?
    Je la rencontre parfois. Je n'oserai pas aller la déranger, à moins que cette délicatesse ne s'adresse qu'à ma peur de bouleverser l'ordre de souvenirs un peu tristes.
    Le temps qui passe est la conjonction de ces chansons, de mon passé retrouvé et déjà perdu, de ma fureur de vivre présente et de l'ombre pressante de quelque chose qui va disparaître.

    Delpech.


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    Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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