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mercredi 4 août 2010
C'est vrai, il y a bien longtemps que je ne vous avais donné de nouvelles. Toutefois, il n'a jamais été question d'un manque d'envie. J'écris, je jouis et je promène ailleurs la dernière moitié de ma vie. C'est tout. 
J'ai achevé la traduction et les corrections du prochain livre (très illustré celui-ci), qui sortira en septembre, et je prépare d'autres surprises barriennes... qui vont éclore l'année prochaine et la suivante. Bien sûr, je ne manquerai pas de vous faire part de tout cela en temps et en heure. Sachez simplement que je prévois, l'année prochaine, un voyage aux États-Unis,  voyage nécessaire à l'écriture de ma biographie de Barrie. 
J'ai pris beaucoup de retard dans mes projets personnels et la page consacrée aux 150 ans de Barrie sur mon site n'est pas encore mise en ligne, mais je m'y emploie. Les derniers mois furent exaltants, fatigants, riches en surprises et placés sous le signe de l'Aventure. James Matthew Barrie, avec l'humour particulier qui est le sien (non, il me semble qu'il s'agit plutôt d'ironie) m'a convaincue que je n'étais pas un émule du Capitaine W. (le héros du Petit Oiseau blanc) mais bien davantage une Mary A., quoi que je dise et quoi que je fasse...
Comprenne qui pourra.
Mon existence a pris d'autres chemins et je crois enfin avoir atteint le point de déséquilibre (ou d'équilibre) parfait. 
Je me suis beaucoup promenée ces derniers mois. Je me suis beaucoup promenée :  dans des livres, dans des lieux, dans des films, dans des visages et, surtout, dans mes rêves et dans mes souvenirs (fictifs ou non). Non sans terreur. Non sans jouissance. 

Ces balades, réelles ou imaginaires (mais il n'est rien de plus réel que l'imaginaire), passent par Nohant, car c'est mon pays, celui de la petite fille que l'on appelait "la champi" à l'école primaire... Pourtant, je n'ai jamais aimé George Sand, et ce, malgré tous mes efforts. Je juge l'écrivain médiocre et la femme (ainsi que la mère) plus que détestable, mais j'aime infiniment son domaine, sa maison, à laquelle je ne cesse de revenir. 
Lors des fêtes romantiques de Nohant, nous avons pu vivre une très belle soirée en compagnie de Renaud Capuçon et de Nicholas Angelich (mais aussi de Brahms et de Schumann).

envoyé par misshollygolightly.

Cela me ramène à un ancien séjour à Baden Baden... sur les traces de Brahms que j'aime tant... J'ai toujours eu un faible pour les possédés. Brahms est le fil conducteur de cet été qui est le dernier été de ma prime enfance et presque le premier de ma seconde enfance...





L'autre halte obligatoire, c'est la Sérénissime. Je suis venue lire dans ses eaux, dans ce liquide amniotique qui a la saveur du Léthé, mon avenir. J'attendais d'elle une approbation. 
Venise est la douleur exquise de ceux qui vivent au coeur du songe et Juillet ne serait pas juillet pour moi sans Venise et sa fête du Redentore, 


que nous ne manquons jamais depuis près de quinze ans ! Et, même si mon état physique ne m'a point permis d'explorer la Sérénissime, comme de coutume, j'ai tout de même pris le temps de suivre, ici et là,  les pas de ce cher Ruskin et de Henry James, 




et de contempler ce qui est, à mes yeux, l'une des plus belles vues de Venise, 



sans manquer de venir saluer Gianni Basso et de prendre commande auprès de lui d'un nouveau stock de cartes...
Venise se ressemble toujours, année après année, et je me ressemble encore assez pour ne point trembler en songeant à cette fin de mon être qui est aussi un début, celui d'une aventure. J'étreins l'inconnu. Je suis en paix. 
Et, quoi que l'on fasse, pas plus qu'il n'est de première fois à Venise, il ne peut y avoir de dernière fois, car Venise ne vous quitte jamais si elle vous élit. Peut-être en est-il de même de l'être humain : il ne cesse d'osciller vers ce moment parfait qu'il a cru entrevoir un jour, il y a longtemps  ; et, à cause de cette illusion, il ne peut se perdre tout à fait ou se métamorphoser complètement... 



"Je le répète : l'Eau est égale au temps et procure à la beauté son double. En partie eau, nous servons la beauté de la même manière. En se frottant à l'eau, cette ville améliore l'allure du temps, embellit l'avenir. Tel est son rôle dans l'univers. Parce que cette ville est immobile alors que nous sommes en mouvement. La larme en est la preuve. Parce que nous allons et que la beauté reste. Parce que nous sommes tournés vers l'avenir alors que la beauté est un éternel présent. La larme est une tentative pour demeurer, rester en arrière, se fondre avec la ville. Mais c'est contre les règles. La larme est un retour, un hommage de l'avenir au passé. Ou bien c'est ce que l'on obtient quand on soustrait le plus grand du plus petit : la beauté de l'homme. Il en va de même de l'amour parce que notre amour, lui aussi, est plus grand que nous."
Dernières lignes d'Acqua Alta de J. Brodsky (trad. B. Coeuré et V. Schiltz), Paris, Gallimard, 1993.
mardi 15 juillet 2008

[Peinture de R. Wenig, qui représente Ludwig II se promenant de nuit en traîneau...]

Rétrojournal : samedi 12 juillet 2008. Nous avions prévu de terminer notre découverte par la visite du château "jumeau" de Neuschwanstein, Hohenschwangau. De ce dernier, Ludwig II connaissait tout, puisque c'est son père qui l'avait fait construire sur des ruines, tandis qu'il mourut avant que Neuschwanstein ne fût achevé. Il y a passé son enfance.
Nous aurions eu le temps de visiter le quatrième château, mais nous l'aurions fait dans une précipitation et une fatigue qui auraient tout gâché, nous avons donc décidé de revenir en Allemagne, une autre fois.
Nous sommes arrivés, ainsi que nous l'avions fait pour la visite de Neuschwanstein, à l'ouverture, afin de ne pas subir la pression des visiteurs affamés de curiosité et de culture pré-mâchée. Chose aisée, puisque nous habitons non loin.
Les allemands sont plus organisés et plus rigoureux que les français. On achète les billets en bas et on vous attribue une heure précise pour visiter, indiquée sur le ticket. Il ne s'agit donc pas de lambiner en route, pendant la montée aux châteaux (montée qui peut se faire à pied, à cheval ou... en bus - quelle horreur !). Point de clémence pour les retardataires. Ceci permet de contrôler le nombre de visiteurs par tranche horaire. Je reprocherais néanmoins la vitesse à laquelle on vous contraint lors de la visite à l'intérieur des châteaux. C'est fort dommage, car chaque pièce est d'une richesse incroyable.
Hohenschwangau possède également son charme et ses beautés, peut-être moins évidentes, car ce château paraît plus solide, plus apte à l'usage quotidien. Et pourtant... j'imagine mille choses dérobées dans cet artifice néogothique. Ludwig s'en est inspiré pour construire l'autre château.
J'ai beaucoup aimé, entre autres (mais je n'ai pas le temps de développer l'aspect pictural et culturel de l'endroit, je me limite à des anecdotes personnelles), le plafond de l'alcôve où était situé le lit que Ludwig avait fait illuminer, afin d'avoir des étoiles et la lune à regarder, lorsqu'il était allongé. Il me semble que ce détail est révélateur de son caractère, de sa complexion d'enfant génial.








La Bavière me semble une région très protégée. Les arbres sont des géants. Tout y semble pur comme au premier jour du monde.









Je vais cesser, pour le moment, ce rétrojournal, puisque l'Italie m'appelle de ses voeux - et du travail également, mais pas un travail mercenaire (épargnez-moi à jamais cette offense à ma liberté, dieux bienfaisants), un travail auquel je m'offre du fond du cœur, mais non sans heurts et douleurs.
A bientôt.
N'oubliez pas que la vie...
Samedi et dimanche, la brume s'est déchirée et a entouré d'une écharpe trouée le sommet des montagnes, mais elle a également vêtu de haillons de nuages et de lambeaux de peau céleste les deux châteaux.
J'ai songé à Friedrich (un des peintres que je préfère) et j'ai commencé à imaginer la forêt qui poussait dans ma tête, balayée par une mer de nuages. A vous donner le vertige.



Rétrojournal 5 : jeudi 10 juillet
Nous entreprenons une route qui nous fera entrevoir les paysages étonnants de l'Autriche – nous empruntons une portion de route hors de l'Allemagne- pour rejoindre le château de Linderhof 



(Cf. un des précédents billets). Plus classique (même si l'adjectif va mal au teint du souverain) dans son extérieur, peut-être, au premier regard, le château révèle en son sein l'univers du Roi, univers composé d'hommages à Louis XIV (un petit Versailles, comme le château de Herrenchiemsee, que je n'ai pas visité, mais nous y retournerons)

et à la cour française et, toujours, à Wagner (si vous vous y rendez, ne manquez pas la trop célèbre, mais à juste titre, Grotte de Vénus).
Ludwig était un bâtisseur, un homme du sédiment aussi. Il offre un univers parfait à qui sait ouvrir les yeux.
Je regrette vraiment qu'il soit interdit de filmer l'intérieur des châteaux (si j'ai du temps, je scannerai des images extraites de livres en ma possession), car ils sont aussi impressionnants et incandescents que leur extérieur. L'intérieur et l'extérieur sont en communication, en équilibre. J'aime cet univers qui ne cesse de faire référence aux vieilles légendes germaniques, qui m'emmène si loin que je me perds dans les méandres des mythes.
Univers que bien peu semblent essayer de comprendre du point de vue de son for intérieur à lui, ne sachant qu'être écrasés par ce qu'ils perçoivent comme une surabondance ou une surcharge de magnificences. Ces excès n'en sont pas pour moi. Ils sont mille éléments comme autant des petites pièces à l'intérieur desquelles quelque chose du Roi se loge - une émotion, une idée, une association d'images... -, des fenêtres par lesquelles il peut regarder le monde qu'il crée.
Des monades.
J'aime particulièrement "la chambre des glaces". Si vous vous placez entre deux grands miroirs et que vous regardez dans l'un d'eux, vous avez l'impression d'être dans la galerie des glaces de Versailles.
L'idée de sa table escamotable, dans la salle à manger, a de quoi réjouir mon âme de prestidigitatrice, ainsi que mille autres détails, telle cette incroyable collection de petits vases, pas loin de deux cents...
La grotte de Vénus est particulièrement émouvante.
J'imagine Louis sur son bateau.
Ludwig II, un roi qui est demeuré un enfant dans le sens le plus noble de ce terme, car seuls les enfants vivent véritablement, sans craindre de se blesser et de saigner.
Je m'ébroue dans la gloire de ce noble personnage de contes. J'aimerais lui rendre hommage.

Nous nous promenons dans les immenses jardins. Nous apercevons un kiosque marocain, puis une maison marocaine d'une seule pièce, que l'on peut contempler derrière une vitre, une fois la porte ouverte. Quelques paons imaginaires - un des symboles du roi, en compagnie du cygne et de l'aigle. Il y a tant à aimer qu'il faudrait des jours pour faire le tour de ce domaine enchanté.






Un léger froid vous saisit entre les côtes, lorsque vous pénétrez dans cette grotte imaginée de l'alpha à l'oméga.
Je suis désolée mais nous n'avions pas le matériel pour filmer dans cette obscurité, pourtant radieuse. Et mes photographies ne rendent aucunement hommage à cet endroit. J'emprunte donc une image à Wikipedia. La grotte a été créée pour écouter la musique de Wagner et elle évoque Tannhäuser - tout comme la salle des chanteurs à Neuschwanstein a été conçue, entre autres, pour son Parsifal. Je regrette profondément de n'avoir pas le temps , ici, de faire une analyse des oeuvres de Wagner et des liens tissés entre le génie et le Roi, non moins génial.




J'en perds mes mots d'indignation. Des touristes, dans le pire sens du terme (car nous en sommes), des français (j'ai honte), qui n'ont aucun sentiment pour Ludwig (pourquoi venir ici, dans ce cas ?) et qui se permettent, pendant la visite (obligatoirement) guidée (et minutée), de dire des inepties sur le Roi en sa demeure.


Petit regard sur les jardins...


Les jolies "extravagances" du Roi.





Non, je ne suis pas folle, pas tout à fait (hélas), mais lorsque je suis joyeuse, je l'exprime...
lundi 14 juillet 2008
D'Allemagne, j'ai ramené ce qui constitue, à mes yeux, une métaphore.
Une métaphore matérielle. Tiens, c'est intéressant !
Celle du monde que j'habite. Un symbole également qui renvoie à d'autres symboles, sans que jamais l'on ne puisse déterminer ni le début ni la fin des histoires, ni tracer de limites entre ce qui est moi et ce qui ne l'est pas. Cette boule se tient devant un gros recueil de lettres de Lewis Carroll, près d'une photographie encadrée de New York. Je la regarde émerveillée et je pense à Bergman, à Fanny et Alexandre, aux contes d'Andersen, à certains romans ou nouvelles de mon vénéré Dickens, aux morts et aux vivants de mon vécu, au passé et au futur, à l'éternité. A tout ce qu'il me reste, peut-être, à vivre.
La vie est belle. Nulle envie de crever la cloque de mystère qui la recouvre.





D'après le prénom de la mère de Louis II.
Un pont qui relie, en quelque sorte, les deux châteaux dans le ciel.



Mais il faut se rendre à ce pont et ça monte, ça monte, jusqu'aux cieux...


Mais la vue en vaut la peine :
Et puis il y a une cascade plus effrayante que celle des Brontë :
Ensuite, il est temps de repartir pour de nouvelles aventures...





[Toutes les images sont agrandissables par un simple "clic"...]

Rétrojournal 4 : mercredi 9 juillet ou la rencontre avec Neuschwanstein , le château qui a inspiré tous les fantasmes, y compris ceux de Walt Disney... et qui me fait rêver depuis si longtemps...
Une calèche tirée par deux chevaux nous amène jusqu'à un sommet. Il restera un peu de route à gravir pour atteindre l''objet de nos regards croisés.
A partir de cet instant, je ne puis rien dire. Le mot extase recouvre parfaitement la pétrification mêlée d'enthousiasme et de tristesse que je ressens. Sublime château. Une telle merveille est impossible et, pourtant, elle existe. Mon âme s'en élève. Dans le même instant, je ressens une envie de pleurer qui me prend au dépourvu : on est venu enlever le Roi ici. Il a été trahi et emmené jusqu'à la mort. On l'a dépossédé de lui-même.
Si vous avez des difficultés à visionner les vidéos sur la page, rendez-vous sur YouTube.

Neuschwanstein : montée au château dans une calèche. Nous partageons cette voiture avec des allemands.
Aperçu du chemin boisé creusé dans la montagne.
(Je suis un peu essoufflée ; je me demande combien de temps mon coeur tiendra encore...)

Rétrojournal 3 : mardi 8 juillet
Le voiturier est allé chercher notre voiture et nous sommes partis, en milieu de matinée, rejoindre le Roi Lune, tel que le nommait Apollinaire. Je fais ce voyage comme on fait un rêve auquel j'associe les gens que j'aime, bien sûr, mais, à la première place, Sophie, qui connaît Ludwig et Elisabeth mieux que moi. Ils sont ses intimes depuis longtemps. Elle mériterait davantage que moi de faire ce voyage, j'en suis consciente. Je sais également qu'un jour elle le fera. En attendant, j'ai le désir de faire ce voyage pour elle, avec elle, traçant d'elle à moi et de moi à elle les distances qu'il faudra parcourir. J'aimerais avoir mille yeux pour lui rapporter chaque détail. Je ne puis qu'être attentive et me poser dans une attitude d'oblation amicale. Sophie est une personne que j'aime inconditionnellement, un astre à moitié réel, une forme d'alter ego magnifié par des qualités que je ne possède pas et que j'admire en elle. Je mourrais d'émotion de la rencontrer. Pire que tout : j'aurais la peur extrême de la décevoir, de lui déplaire par mes manières brutales, par mon manque de tact.
Nous arrivons après plus de deux heures de route – je n'ose guère les compter, tant je redoute les trajets en voiture, qui sont une épreuve physique pour moi. De la fenêtre de notre petite suite, on aperçoit, comme il était promis, le château, au loin, qui se découpe dans un paysage presque interdit de beautés, de grandeur, de profondeur. Chaque jour, nous le contemplerons, illuminé par les couleurs variantes du soir.

Nous ne visitons pas Neuschwanstein ce jour-là, car je désire me préparer à cette rencontre. Nous nous contentons de l'approcher,


de flirter à distance avec sa majesté.
Rétrojournal : dimanche 6 juillet 2008 – Baden Baden (Brenners Hotel)

Lorsque je quitte mon « home », ce n'est jamais sans ressentir certains tourments qui sont propres, je le suppose, à ma complexion de femme-enfant, attachée à son terrier, à ce joli trou de serrure découpé sur la terre des hommes, par lequel je me faufile dans certains lieux à l’entrée invisible à la plupart. Mon mari me faisait remarquer, pendant le long trajet en voiture, qui nous amena jusque là, que j'étais une sirène des abîmes. Je vis dans les encaissés, dans les souterrains de mon royaume psychique, souvent volets fermés, ce qui a toujours interloqué, voire dérangé, les voisins ou même les amis, pourtant au faits des us et coutumes de mon royaume d'ombres. Il me demanda si j'allais pouvoir survivre à autant de lumière pendant cette semaine à passer en Allemagne (en Forêt noire, puis en Bavière). J'ai ri de cette plaisanterie, qui n'en est une que jusqu'à une certaine profondeur, qu'il connaît mieux que personne, qu'il creuse et qu'il n'effleure que de la pointe tactile de sa bienveillance extrême, ce sentiment que seul l'amour véritable sécrète sans même s'en rendre compte.
Oui, comment survivre ?
Il faut d'abord un bel endroit, propice à mes contemplations intérieures et extérieures, pour façonner mes colimaçons mentaux, avec de belles pensées presque matérielles, à mettre dans mon « chosier », et puis un lieu où je peux vivre et m'étourdir suffisamment pour ne pas penser à mon home. M'étourdir comme on le fait avec un gourdin pour assommer un moineau. Un lieu de substitution en somme, donc un hôtel. Il faut qu'il soit maternel et distant, nourricier et putain.
Ici, le Brenners, le plus bel hôtel de la ville, très certainement.
Je sais d'emblée si je serai bien où non dans un hôtel. Question d'atmosphère, équilibre entre ce qui pèse et ce qui libère. Parfois, cela ne tient qu'à l'épaisseur des moquettes ou bien à des manques si infimes qu'ils n'existent que pour moi (une faute de goût quelque part, la sensation que l'on a sacrifié à certaines petites imperfections, l'habit du voiturier ou bien celui du groom qui comporterait des faux plis). Le portier est presque insolent, en réponse à mon propre manque de tact et de classe, lorsque je remarque qu'il parle français – j'entends un solide français, propre et direct, un peu narquois sur les dernières syllabes des mots – et qu'il me rétorque : « En quoi est-ce étonnant ? Vous le parlez bien ! » J'entre dans le lieu et je sais que j'y serai bien. Les plafonds sont hauts, le décor est celui d'une fin de siècle, qui avait beaucoup de moyens. Il y a un bar cosy, avec des recoins un peu obscurs. Je pourrais aller y boire un Martini à deux heures du matin, si j'ai soif. Je ne le ferai pas : je ne bois pas - … - et je dors très bien, mais j'aime l'idée, passionnément, car telle une lampe d'Aladin que l'on frotte, elle fait surgir d'emblée un génie, une autre persona, un dédoublement de moi : une fille en violet, qui fumerait des cigarettes aussi minces que les talons trop hauts de ses chaussures, perdue dans cette ville languide, petite, compassée, mais en tous point délicieuse. Et je serais une fille tout aussi délicieuse appartenant à une ville charmante.
Mais je ne suis qu'en transit dans l'existence. Mais certaines escales ont une saveur forte, dont le goût se répandra sur d'autres moins extraordinaires.
L'endroit me fait songer à certains films de Resnais, comme L'année dernière à Marienbad.
Nous ne sommes venus ici que parce que l'endroit et plus précisément l'hôtel sont attachés à la personnalité de Louis-Ferdinand Céline, le premier écrivain qui ait autant importé pour moi et le seul devant qui j'aurais des comptes à rendre si un jour je devais publier quelque chose...
Céline est venu ici en 1944, pendant l'été, fuyant la France et ceux qui l'auraient tué, assurément. Il y est venu avec Lucette et Bébert, sans oublier La Vigue. Il s'est promené à l'endroit même où nous avons marché, cet après-midi, peu après notre arrivée : Lichtentaler Allee, un des plus beaux chemins qu'il m'ait été donné de suivre, celui qui surpique l'Oos.

Il y a de belles roseraies [Vidéos, quand j'aurai le temps, promis].

C'est une des fiertés de la ville. Les roses me ramènent à une idée, celle de l'île aux Roses de Ludwig II… Il y a mille chemins pour se retrouver dans mes labyrinthes.
Nous nous sommes promis de longue date de refaire la route d'exil de Céline, jusqu'à Sigmaringen et nous nous y tiendrons autant qu'il nous sera possible de le faire.

Il faut lire, par exemple, Nord pour avoir une description de cet hôtel, de la période, des personnages qui ont participé à cette histoire. Et puis je me moque de ceux qui ne comprennent pas Céline
Et puis maintenant j'ai envie de dormir et de faire connaissance avec cette fille en violet, qui boit des martinis rouges, au midi de sa vie, en pleine nuit.


Rétrojournal : lundi 7 juillet 2008 [vidéos dès que possible, là encore...]
Nous avons grimpé un peu sec pour aller à la rencontre de la maison de Brahms,


un petit deux pièces, où il composa ou mis le point final à certaines de ses œuvres les plus célèbres. Lieu qu'il a investi afin d'être proche de Clara.

La vie est belle, parfois, d'être si triste. Passion malheureuse mais essentielle, afin de sculpter son propre échec, peut-être. Il avait une vue magnifique [vidéo plus tard, si vous êtes patients] pour un prix modeste .



Nous avons fait ployer et émincé notre silhouette le long d'un sentier qui sentait le passé, le tilleul et la mélancolie apaisée. Les tilleuls et les saules pleureurs sont mes arbres préférés ; je pense qu'ils ont été les gardiens de mon enfance. La maison de Brahms est sur une place éponyme qui n'a guère de charme, comparée au centre de Baden Baden - qui est une jolie petite ville riche, idéale pour une convalescence, si bien que j'en suis tombée un peu malade, afin d'en expérimenter les vertus. Une ville de bord de mer sans la mer, une ville d'eau, une ville de vacances. Une ville, où les amoureux, vieux ou jeunes, se donnent la main couramment. Une ville qui aime les chiens.
La maison de Brahms est l'aboutissement d'un chemin creusé dans un mur, dirait-on. Il faut monter de rudes escaliers de pierre, frôlés par la végétation un peu sauvage, un peu hybride. On sonne et une dame vient vous ouvrir. L'entrée est si étroite qu'il faut presque sauter sur l'escalier, de suite, l'un après l'autre, de crainte d'être coincé dans l'entrée. La maison est modeste, mais certainement vivante. Le masque mortuaire de Brahms s'y trouve, des fac-similés de partitions, que j'ai trouvées assez torturées par l'écriture, difficiles à déchiffrer, pour moi en tout cas.
Je songe à mon professeur de solfège, à qui j'aimerais demander, si je l'ose, de m'enseigner aussi le piano. C'est une dame posée et extravagante dans sa vêture, une dame qui me plaît, car ses gestes sont élégants et répondent à l'étroitesse stylisée de son corps de danseuse.
La musique est ce qui m'a fait défaut toute ma vie et j'ai beau m'être mise à la leçon et au violon, elle ne sera jamais ma compagne intime, je le sais, je le regrette.
Il est temps de rentrer, de s'attarder au bar pour saisir des atmosphères un peu fanées, outrepassées, et puis on rentrera à la chambre. Les lits seront défaits en triangles isocèles,

les chaussons posés sur des tapis de lits et l'endroit bordé pour la nuit par des mains anonymes qui prennent soin de nous. Un mystérieux carnet m'accompagne partout...

Un grand hôtel a quelque chose de maternel et j’aime infiniment cela.
Ce soir, je vais rêver de lui, certaines notes en tête.

L'homme que j'aime comme une damnée, un lieu irréel et sublime au sens kantien (les vidéos sont incapables d'en montrer la magnificence et n'oubliez pas que je suis insensible aux beautés naturelles, à moins qu'elles ne soient vraiment exceptionnelles...), une chanson.
Saisie d'un moment parfait au cours de ce voyage en Allemagne.
Plansee, un lac magnifique, sur le chemin du Château de Linderhof - nous passons, pour nous y rendre, un moment en Autriche, sur la route du Tyrol.
Je me sens frappée comme de la monnaie par tout ce que j'éprouve. Beauté incommensurable. Sentiment de liberté absolue. Il faudrait mourir dans un tel instant de vertige et de folie conjugués.





{Bon retour chez elle à ma très chère amie, Virginia ! Merci à elle pour TOUT et ce n'est pas exprimable non plus.}
vendredi 11 juillet 2008

Pour Sophie.
***
Le 13 juin 1886, le roi est mort.Une croix plantée dans un lac indique le lieu où fut retrouvé son corps.

« Le malheur est plus fort et la folie plus vraie que la vie. »
« Quand les armoires s'ouvriront, on sera stupéfait d'apprendre que Louis II n'a jamais été fou. » (Elisabeth d'Autriche citée in La dame blanche des Habsbourg de Paul Morand, Paris, J'ai lu l'histoire, 1984, p. 207 et p. 209)
« La tristesse m'est plus précieuse que la vie. » (Elisabeth d'Autriche)
« J'aurais accepté qu'on m'interdise de régner, qu'on me prive du pouvoir, mais je n'accepte pas qu'on me déclare fou et qu'on m'enferme. »
(Ludwig II)
Nous avons trouvé le chemin vers le mémorial de Ludwig et la Votivkapelle (construite entre 1896 et 1900 par Julius et Rudolf Hofmann). 

Une route en voiture qui me fut pénible – j'ai une très petite santé - mais qui est oubliée tant elle fut récompensée en émotions. Un aimable inconnu allemand nous a indiqué quel chemin suivre à pied, une fois la voiture garée. Une demi-heure de marche pour rejoindre le lieu qui a été témoin des derniers moments de la vie du Roi.
Un lac qui a englouti les secrets du monarque et des traîtres qui l'ont perdu. Un immense lac qui se souvient de Ludwig II et de sa cousine, Sissi (l'Aigle et la Colombe).
« Entre deux voyages, ils se voient. A Munich, rarement. Le plus souvent à Linderhof, à Hohenschwangau, et surtout au bord du lac de Starnberg, où ils sont en quelque sorte voisins. De Possenhoffen, Sissi voit Berg, le château de Louis II.
C'est le roi qui trouve l'endroit idéal de rendez-vous : l'île des Roses.
Ils se retrouvent au milieu du lac.
(...)
Elisabeth adore les promenades au clair de lune. Les nuits d'été, sur le Starnberger See, le petit vapeur à aubes du roi, le Tristan, glisse sur l'eau calme. Jusqu'au matin, ils se comprennent, unissent leurs infortunes et, en un sens, se consolent. »
Louis II de Bavière ou Le roi foudroyé par Jean des Cars, Paris, J'ai Lu l' histoire, 1984, p. 277) {J'aurais bien des reproches à formuler à l'endroit de cet ouvrage, mais il est assez honnête dans l'ensemble et l'on ressent, malgré tout, une empathie de l'auteur pour le héros de ce presque roman... Ainsi, je le recommanderais assez, bien que j'émette des réserves.}
A bientôt, je ne sais pas exactement quand, pour le récit en images et en vidéos de ce voyage qui n'est pas encore terminé.
mercredi 9 juillet 2008



Deux châteaux qui se font la révérence, comme deux ballerines suspendues dans le ciel et qui tiennent dans les airs par des fils invisibles... Suffit-il de souffler sur leurs reflets pour qu'ils disparaissent ?
Ou bien le rêve est-il plus vivant et plus fort que la rage de ceux qui refusent d'accorder à certains êtres le pouvoir des songes ?
Pauvre Ludwig II. Ils t'ont tué, mais ils n'ont pas été capables d'assassiner ta légende.
Demain, Hohenschwangau, et ensuite Linderhof ; puis, dans les jours qui suivent, peut-être m'agenouillerai-je, dans l'eau, devant une certaine croix plantée dans un lac... En signe de respect pour le "Roi Lune"...
mardi 8 juillet 2008
Nous ouvrons la fenêtre de notre suite et nous avons une superbe vue.



[Château de Neuschwanstein]
Nous sommes arrivés en Bavière, cet après-midi, quittant Baden Baden à regret. Demain, nous partons à la rencontre de Ludwig II.
Vidéos et photographies dans les prochains jours et semaines, selon le temps qui me sera imparti...
En attendant, n'oubliez pas que la vie est un rêve.
mercredi 4 avril 2007
(Je dédie ce petit billet à Marie et à Siréneau.)

Autant le dire tout net, je joue encore avec l'idée de couper les roses de décembre, ou d'espacer les floraisons, parce qu'il m'est parfois difficile de concilier mon écriture extérieure (celle que je vous destine inconsciemment, n'écrivant au fond que pour moi et quatre ou cinq personnes essentielles, dont Jean-Christophe et ma Fauna , qui possède très certainement la plus belle plume du net - ne te fâche pas, ce n'est que la vérité !) et ma prose intérieure, celle qui ne s'abandonne d'encre que sur mes cahiers de fiction, hors de la vue des autres. Je reconnais être, ici, dans une facilité qui m'est désagréable. Je veux prendre des risques et je ne le puis ici, devant témoins. Je ne sais que radoter entre les pétales. En décembre dernier, j'avais déjà cette idée, je ne peux promettre de continuer si cela compromet mon regard sur la page à rayures. Par avance, lecteurs anonymes, ne m'en veuillez pas si, un jour, je succombais. Après bientôt 800 billets et un an et sept mois de présence quasi-quotidienne, je trouve que ce serait très honorable. Pour les autres, les véritables amis, je serai toujours là. Et puis du sang neuf prendra la relève. Il me reste 4 billets à écrire et mon voyage en Ecosse à partager. Ensuite, je verrai bien. Je suis si versatile.

Ce film tombe bien dans ma reconquête de ma culture allemande, que j'avais laissée en gâtine depuis quelques années, ne connaissant plus d'elle que les grands textes philosophiques. J'avais oublié le plaisir de lire et d'écouter cette langue un peu râpeuse au toucher- telle la langue d'un chat qui vous agace consciencieusement la peau et vous plaît beaucoup dans ce désagrément -, mais si favorable, cependant, comme toutes les choses un peu difficile, à l'extase poétique.
Personne ne sait très bien dire comment il faut agir pour créer quelque chose de digne. Pourtant, d’instinct, si l’on n’est pas tout à fait handicapé par une cervelle hypotrophiée, on sait reconnaître la bonté, la beauté et la distinction, là elles existent. Ce n’est pas tant une question de tenue que de simplicité dans l’énonciation (cela n'empêche pas la complexité du propos ou sa profondeur), d’aisance ou de facilité, d'évidence, d'intuition intellectuelle (puisqu’il paraît, selon Kant, que cela n’existe pas). Cette reconnaissance ne demande aucun effort de la part de celui qui regarde ; elle entre en lui d'un grand coup et se répand. La douleur vient après, tellement longtemps après que l’on ne sait plus qui a porté ce coup. Je crois que ce film-ci répond à cette interrogation qui est mienne : qu'est-ce qu'une oeuvre honnête ?
Cela ressemble peut-être aussi à "La sonate de l'homme bon". Un ami intime l'offre à l'un des héros de ce film, avant de se suicider, brisé par le pouvoir totalitaire, qui tue presque sans se salir les mains, par simple empêchement d’exister. Qu’est-ce que la bonté ? Vous le savez, vous ? Moi, je crois que c’est ce qui reste en dernier, quand on est dépouillés de tout ce qui nous masque à nous-mêmes. La bonté ne s’entrevoit que dans l’instant, à la fin du monde, d’un monde. C’est aussi le sujet de ce film beau et sobre comme une pluie d’automne.
Deux hommes, une femme et l’Allemagne de l’Est. Voici l’argument.

L’un est un squelette, une carcasse vide, qui se déplace sans bruits inopportuns, toujours habillé d’une grisaille


qui n’est haranguée, silencieusement, que par ses yeux vifs, qui scrutent avec application le visage du mensonge. Le regard est fixe, bleu marine, presque noir. Il est vieux avant d’avoir l’âge. Son monde est hermétique. Il accomplit sa besogne de fonctionnaire de la terreur sans états d'âme ou réflexion ; il est dévoué à une efficience toute kafkaïenne. Dans la froideur et la précision du geste, il s’enfonce dans votre esprit. Le soupçon est sous-cutané. La cruauté n’est que rigidité du visage qui ne s’affaisse jamais, pas même pour pleurer. La larme qui coule sur son visage, un court instant, semble être suintée par les pores de sa peau plutôt qu'enfuie du contour de l'oeil. Cette scène, en particulier, mérite d'être retenue. L'homme, qui enferme les autres, l'automate, l'arme de précision du pouvoir, ne peut sortir de lui-même. Juste punition, pense-t-on d'abord. Le rire lui est interdit, puisqu'il ne peut déborder de l'attitude robotisée qui a été programmée en lui. Son appartement est froid, rangé, propre. Tout est très logique, jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'angoisse, la nôtre, car lui ne déraillerait pas.

Il épie les faits et les gestes d'un couple toute la journée. La nuit venue, il se paie occasionnellement une grosse pute et prend un instant le service rendu pour de la tendresse. C'est à ce moment précis que l'on entre avec lui dans le chemin de la compassion. C'est à ce moment également que, peut-être, il commence à regarder ses « proies » différemment. Il va perdre ce qu'il va gagner et réciproquement. Il y a une comme une passation de pouvoirs inconsciente entre celui qui écoute et regarde (et vit par procuration tout ce qui lui fait défaut) et celui qui ignore l’être. Tout le film va jouer sur ce manque et cette recherche d'équilibre que l'on appelle peut-être le suspense et qui doit s'achever dans une chute, plus ou moins brutale.

L’autre homme, celui qui est épié sans le savoir, qui ne l'est que parce qu'il est « trop honnête pour l'être réellement » d’après les dirigeants, mais qui l'est surtout parce qu'il est l'amant d'une femme convoitée par un ministre, est un auteur à la mode, qui ne fait ni l’effort ni le commerce de la lucidité.



Il oeuvre de facilité, dans le privé comme dans le professionnel ; il est doué pour le bonheur, sans lâcheté ni courage ou soucis particuliers ; il partage la vie d'une jolie femme, une actrice ; ils sont heureux, lui l’est. La femme, portrait idéal de l’actrice, est le point de contact entre les deux hommes, à cause de ses fêlures (elle ne croit pas en son talent, véritable pourtant, et se drogue pour tenir sur scène) qui vont les contaminer.
La faiblesse, qui est sa qualité dominante, est d’abord impossible, à froid, sans révélateur, à l'agent de la Stasi, car elle n'est pas inscrite dans son cahier des charges; elle est aussi impossible à l'auteur mais, dans le cas précis, parce qu'il ne s'est jamais mis dans la situation d'être pris de cours ou en danger véritable. Tous les deux ignorent ce qu'est la gélivure, bien qu'ils vivent aux antipodes l’un de l’autre.
C'est par la femme que les deux hommes vont évoluer l'un vers l'autre, sans le savoir. Lorsqu’elle dit à l’agent de la Stasi qu’il est « un homme bon », elle le libère définitivement de son armure d’insensibilité. Il est prêt à perdre.
L'un des deux hommes va gagner en force et l'autre en faiblesse, dans un équilibre parfait, qui apparaît à la fin du film, dans l'acte de reconnaissance (un livre est dédié, qui reprend le titre d'une sonate qui avait fait couler la larme sur le visage de "l'ange gardien" des écoutes téléphoniques) exercée par l’auteur envers l’autre, qui lui a sauvé la mise (vie). Mais il faut une victime expiatoire à ce double acte de rédemption. On devine que la femme doit mourir, comme les doigts tachés de sang qui marquent le premier texte dissident et révolté de l'auteur le préfigurent.
On pourrait apprécier ce film de ce seul point de vue divergent, faisant fi de ce qui pourtant donne son sujet au film : le travail de la Stasi au sein de l'Allemagne de l'Est.
J’ai choisi de comprendre le film avec ce prisme.

Peu de films allemands obtiennent en France une reconnaissance. L'un des derniers était le très beau Goodbye Lenin de Wolfgang Becker, dans un registre nettement plus léger, mais tout aussi réussi que ce thriller (car cela en est un !).

J'avais quinze ans lorsque le mur est tombé. J'étais déjà indifférente et je n'en ai que peu de souvenirs. Ce film m'emmène là où je ne suis jamais allée, car on n'a pas besoin de courage véritable à mon âge, à mon époque, en France. Nous sommes des privilégiés. Pour combien de temps encore ?


Florian Henckel von Donnersmarck est un nom que je grave dans ma mémoire ; j'aimerais savoir ce que seront ses prochains films ; j'ai le plus grand mal à savoir ce qui lui appartient en propre dans ce film, car je crois que les acteurs, dont la splendide Martina Gedeck, l'ont guidé plus qu'il ne les a dirigés. Et je ne manquerai pas de suivre la trace d'Ulrich Mühe, dont le destin m'importe infiniment plus que celui de l'acteur Sebastian Koch, malgré le charme brûlant et sensuel de ce dernier. Ulrich Mühe ne possède pas ce regard, qui m'a transpercée, sans raison, et ce n'est pas qu'une question de rôle. Je voudrais savoir ce qu'il a vécu pour le posséder aussi entier et impossible à briser.





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