mardi 18 avril 2006

En contrepoint de ce qui était écrit ici : « Les invités se séparèrent assez tôt, et Eddie Knoblock me murmura à l’oreille que Sir James Matthew Barrie souhaitait nous inviter dans son appartement d’Adelphi Terrace pour prendre une tasse de thé. L’appartement de Barrie était comme un atelier, une grande pièce avec une magnifique vue sur la Tamise. Au milieu de la pièce se trouvait un poêle rond avec un tuyau qui montait jusqu’au plafond. Barrie nous conduisit à une fenêtre qui donnait sur une ruelle étroite avec une fenêtre juste en face. - C’est la chambre à coucher de Shaw, dit-il d’un ton malicieux avec son accent écossais. Quand je vois de la lumière, je lance des noyaux de cerises ou des noyaux de prunes sur les carreaux. S’il veut bavarder, il ouvre et nous commérons un peu, et non, il ne bronche pas ou bien il éteint. Généralement, je lance à peu près trois noyaux, puis je renonce. La Paramount s’apprêtait à tourner Peter Pan à Hollywood. [Cf. cette page]* 
- Peter Pan, dis-je à Barrie, a même plus de possibilités en tant que film qu’en tant que pièce - et il était de mon avis. Il tenait tout particulièrement à une scène montrant Wendy balayant des fées dans l’écorce d’un arbre. Barrie me dit également ce soir-là : 
- Pourquoi avez-vous intercalé une séquence de rêve dans Le Gosse ? Cela interrompt le cours du récit. 
- Parce que j’étais influencé par A kiss for Cinderella [Un baiser pour Cendrillon**], répondis-je franchement. »
Charles Chaplin, Histoire de ma vie, Ed. Robert Laffont, Paris, 1993, pp. 271-272 (traduction de Jean Rosenthal). * Ce site prend des proportions folles. C'est un chantier ! Peu de choses en ligne pour le moment mais ce devrait être plein comme un oeuf si je parviens à faire ce que j'ai en tête ! ** Belle pièce de Barrie.
J'ai lu une très belle étude sur Barrie et son univers, A study in fairies and mortals par Patrick Braybrooke. Je vous livre quelques citations, qui décrivent parfaitement l'auteur écossais et son écriture :
« Les personnages de Barrie sont-ils réels ? (…) On perd souvent de vue que le monde féerique est peut-être le plus réel de tous les mondes, parce qu’il se soucie de l’aspect réel de la nature humaine, le point de vue qui nous relie à l’enfance, la part en nous qui croit aux fées. (…) A travers ses écrits, Barrie semble avoir une manière de regarder l’humanité comme si sa double nature  ne cessait de lui apparaître. Il donne l’impression de regarder l’homme ou la femme tels qu’ils se donneraient à voir si nous les rencontrions dans la rue et, en même temps, il semble regarder dans leur âme. » 
«Les fées de Barrie sont le moyen d’exprimer ce que tant ressentent et si peu sont capables d’exprimer : le miracle de la maternité, la réalité du refus de grandir ; ce sont les pensées de Barrie peintes sous une forme concrète. Aussi longtemps que ces êtres féeriques ont souci des idéaux, qui semblent être la possession de l’humanité en général, ils peuvent être dits réels, car la part réelle de l’humanité n’est pas ce qui est nécessairement visible, mais cette part qui est enterrée profondément sous la surface même. »


« Nous en sommes arrivés à la conclusion que les personnages de Barrie sont réels, bien qu’il faille admettre que ce mot « réel » doive subir une extension considérable à partir du sens populaire qu’il recouvre. Mais Barrie enseigne, peut-être plus que n’importe quel dramaturge, l’extraordinaire complexité de la nature humaine, le fait merveilleux que l’humanité n’est pas seulement humaine mais également surhumaine. Dans les rues bondées, dans les chemins tranquilles, dans les vastes étendues du monde, nous rencontrons des Peter Pan incarnés dans des personnes ordinaires. Ces gens détachés du monde réel n’ont jamais vraiment perdu leur enfance et ne s’autorisent jamais à être durs ou cyniques. Les personnages de Barrie, loin d’être irréels, sont par hasard surnaturels. Et, si nous sommes réellement immortels, alors cette part de nous-mêmes qui est surnaturelle est la part la plus réelle de nous-mêmes. »

« De son nid d'aigle, seul, Barrie regarde en bas le monde qui s’étend. Il voit l’humanité qui se débat, ici et là. Au loin, il voit les royaumes des immortels ; il comprend à quel point les pauvres humains que nous sommes se battent pour cette contrée, bien que nous feignons le contraire.
Barrie écrit d’abondance sur l’aspiration mystique de l’homme, sur l’homme, non pas en tant que masse de chair, mais en tant qu’expression extérieure de l’âme intime (…) »
(Trad. C.-A. F.)

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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