mercredi 12 avril 2006

GILBERT KEITH CHESTERTON (1874-1936)
Le géniteur du Père Brown est insurpassable dans le maniement délicat du paradoxe. Les éditions Actes Sud en ont donné un aperçu dans ce recueil de divers textes,
coupés pour la plupart dans The Defendant (dont je possède une édition originale) mais aussi ailleurs. Mais, dans ce remarquable ouvrage, il est dommage que ne figure pas le petit essai que je vous offre, partiellement, aujourd'hui. Le Défendeur « Une défense de la gloire du bébé »

« Les deux raisons qui attirent presque toujours une personne normalement constituée [vers les bébés] sont, en premier lieu, leur sérieux et, en second lieu, la conséquence de ceci : leur bonheur. Ils sont aussi enjoués que le permet leur absence d’humour. Les plus insondables gens d’université et les sages n’ont jamais atteint la gravité qui habite les yeux d’un enfant de trois mois. C’est la gravité de l’étonnement face à l’univers. Et cet étonnement face à l’univers n’est pas du mysticisme mais un sens commun transcendant. La fascination des enfants repose sur ceci : avec chacun d’entre eux toutes les choses sont recréées et l’univers passe à nouveau en comparution. Quand nous marchons dans les rues et que nous voyons, au-dessous de nous, ces grosses têtes charmantes, trois fois trop grosses pour leur corps, qui désignent à notre vue ces champignons humains, nous devrions toujours, dans un premier temps, nous rappeler que, dans chacune de ces têtes, il y a un nouvel univers, aussi neuf qu’il le fut le septième jour de la Création. Dans chacun de ces globes, il y a un nouveau système stellaire, de l’herbe nouvelle, des villes nouvelles, une mer nouvelle. (…) Mais l’influence des enfants dépasse cet insignifiant effort pour recréer le ciel et la terre. Elle nous contraint, en fait, à remanier notre conduite, en conformité avec cette théorie révolutionnaire : toutes les choses sont merveilleuses. (…) La vérité, c’est que notre attitude envers les enfants est juste et que notre attitude envers les grandes personnes est fausse. Notre attitude envers nos égaux en âge consiste en une servile solennité, qui recouvre un degré considérable d’indifférence ou de mépris. Notre attitude envers les enfants consiste en une indulgence condescendante, qui recouvre un insondable respect. Nous nous inclinons devant les grandes personnes, nous ôtons nos chapeaux devant elles, nous nous abstenons de les contredire catégoriquement, mais nous ne les apprécions pas comme il conviendrait. Nous transformons les enfants en marionnettes, nous leur faisons la leçon, nous leur tirons les cheveux, mais nous les révérons, nous les aimons et les craignons. Quand nous révérons quelque chose dans l’âge mûr, ce sont leurs vertus et leur sagesse ; c’est une tâche aisée. Mais nous révérons les défauts et les folies des enfants (…) la principale justesse de notre conception des enfants repose sur la sensation qu’eux-mêmes et leurs façons sont surnaturels, tandis que nous ne nous ressentons ni notre personne ni nos manières comme étant surnaturelles. La très petitesse des enfants nous les fait regarder comme des merveilles. Nous donnons l’impression de nous occuper d’une nouvelle espèce, qui pourrait être seulement perçue par l’intermédiaire d’un microscope. Je doute que quiconque, doté de quelque tendresse ou imagination, puisse voir la main d’un enfant et ne pas en être un peu effrayé. Il est affreux de songer que l’énergie vitale humaine se meut dans une chose si petite. C’est comme imaginer que l’humaine nature puisse vivre dans l’aile d’un papillon ou la feuille d’un arbre. »
Trad. C.-A. F. (merci de ne pas reproduire sans autorisation)

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