jeudi 30 avril 2009
Lewis et Harris - l'île que l'on sépare en deux parce qu'elle fait coexister en son sein deux univers différents et deux reliefs contrastés, mais qui n'est qu'une géographiquement - composent un paysage vraiment étrange et vous incitent à un curieux voyage dans vos pensées si vous prenez le risque d'approcher. Un mystère inquiétant vous enroule dans d'indescriptibles tourments dès que vous y posez la pointe du pied. Je n'ai pas encore trouvé de mots pour l'exprimer, mais j'ai certaine prescience... Je dirai simplement qu'il est temps pour moi de partir - mais je reviendrai, car ma mission n'est pas tout à fait achevée. Si je demeurais quelques jours de plus, je pense que ma complexion n'y résisterait pas. Ne vous méprenez pas : j'aime à la folie cette double île, mais elle comporte certains dangers que j'ai immédiatement identifiés. Elle est propice au Weltschmerz, à la mélancolie langoureuse et amoureuse d'elle-même, à l'engourdissement des sens et de l'esprit (vous êtes anesthésiés pendant que la maladie - un romantisme noir - s'empare de vous) et, pour finir, je pense, à un désespoir absolu, inconscient de lui-même, qui peut conduire à la mort celui qui l'abrite.
Je suppose que la fascination qu'elle exerce sur des âmes trop sensibles peut aller jusqu'à la perte de soi. Pour vivre ici, il faut un tempérament d'insulaire, une prédisposition, un instinct que ne confèrent pas seulement la naissance ou le choix tardif de cette île, car c'est l'île qui décide de vous prendre ou de vous rejeter et ce n'est jamais vous qui avez cette liberté. Si vous le croyez, vous êtes à jamais perdu à vous-même. C'est parce que j'ai conscience de ceci qu'il est temps que je parte, même s'il est également trop tard... L'île est délétère pour moi, car elle flatte mes penchants mélancoliques et parce que je sens qu'elle puise en moi des forces vitales et qu'elle s'abreuve à mon âme.
Je crois avoir compris pourquoi Barrie aimait ces Hébrides-là : l'ambiguïté, la cruauté et le sublime des lieux.
Quand le paysage se déroule devant vous, vous comprenez que vous êtes ailleurs. Vous suffoquez. Vous êtes pris. Aucun retour en arrière n'est possible et, pourtant, vissé au coeur, vous n'avez plus que ce désir désormais impossible à satisfaire aussitôt qu'il se transmet à vous.
Paysage lunaire, sentiment d'être du bout du monde ou d'être le témoin d'une fin de l'univers sont quelques-uns des sentiments qui m'ont prise à la gorge. J'espère que nos vidéos restitueront ce climat. Mais il faut le vivre, je crois, pour le comprendre véritablement. C'est une expérience que l'on ne peut ni partager ni transmettre, en aucune manière.
Ce matin, nous sommes allés à Callanish.
Je vous reparlerai, à mon retour (si je reviens), de ce lieu très impressionnant, à l'envoûtement puissant, à l'image du reste de l'Île. En attendant, je vous livre juste quelques photographies en guise de cartes postales, collectives et virtuelles, des clichés bruts, qui seront suivis de vidéos plus tard. Nous revenons à l'instant du site et j'écris très vite ces lignes.



Vous pouvez consulter cette page pour une présentation rapide et ce petit livre très complet et très précis

que j'ai acquis sur place.
Mon coeur hésite entre l'effroi et l'exaltation.
mercredi 29 avril 2009
M. Golightly, d'ordinaire si posé, au flegme britannique affirmé dans les plus dramatiques circonstances, aussi imperturbable qu'un horse guard à Buckingham Palace, m'a soudain regardée dans les yeux, haussant à peine un sourcil moqueur, et a dit ces simples mots :
"C'est dément !"
Le rire était proche et il voulait le conserver par-devers lui, par égard pour la personne si fière et si prompte au péril le plus grotesque qu'il avait en face de lui, mais il n'a pu le retenir indéfiniment, tant la situation devenait... folle. Mais il s'est ressaisi bien vite : "C'est dément. Mais je suis prêt à le faire... si tel est ton désir." Pourquoi a-t-il dit cela et pourquoi mon coeur s'est-il gonflé à cet instant de fierté pour mon héros ? Je vous le raconterai peut-être en détail au retour. Sachez simplement que nous avons vraiment vécu l'aventure ce matin et que, même si ce fut un demi-succès ou un demi-échec, j'ai vécu intensément cette quête... Celle d'une île grosse comme la main d'une enfant que je n'ai pas atteinte.
Sur le chemin - presque deux heures de route de l'île de Lewis où nous résidons jusqu'à l'île de Harris (capitale du tweed) -, à 30 kilomètres par heure sur des routes à double sens (de la largeur d'une seule voiture), où il est donc souvent impossible de croiser une autre voiture (passing places), où moutons et vaches font la sieste en pleine voie, où pendant des kilomètres vous ne voyez pas âme qui vive, nous avons de manière improbable aperçu ceci, surgi de je ne sais où :(une voiture ancienne, qui n'avait même pas de clignotants !)
M. Golightly a dit la seule chose sensée en ces circonstances : "Monsieur Barrie, dans les années 20, a pu emprunter la route dans une telle voiture... En fait, c'est lui..." Et il a dit cela au moment où j'avais perdu la foi. Voici pourquoi je l'aime.
Et la journée s'est terminée ainsi, par la découverte d'un endroit où Barrie grava ses initiales sur une vitre...





Holly en explorateur, jumelles en main (vous verrez !), est affalée dans son lit et vous écrit, l'esprit en quête d'un whisky pour la remettre d'aplomb.
C'est vrai, c'était dément...
Je ne peux garantir plus de sagesse la prochaine fois, cependant.
mardi 28 avril 2009
Believe it or not, I am there or rather here. Je me dédouble. Je ne peux croire à ce rêve, soudain devenu réalité, à ** ans + 1 jour. Hier, mon anniversaire fêté dignement et follement à Edimbourg, par mon mari , avec une visite à un adorable musée, The Writers' Museum, en compagnie d'Enro – connu via les Roses de décembre et ses propres journaux en ligne – avec du champagne rosé et un magnifique gâteau au chocolat spécialement créé pour moi... Aujourd'hui, un autre monde, relié à l'autre par le nom d'un écrivain scots qui inspire tout ce que je fais et tout ce que je suis.
A presque 2000 kilomètres de mon bureau de bénédictine, je suis là et je ne peux y croire.

Après un voyage dans un avion à hélices (des frissons ont chatouillé mon échine lorsque je l'ai vu), qui a commencé avec une panne de l'appareil (oh, my God!), avec seulement quinze passagers à l'intérieur de son petit ventre et, bien évidemment, aucun Français, je savoure mon repos dans notre splendide home posé sur une plage, dans un lieu sauvage, magnifique.




Hors du monde. Trop beau pour être vrai- mais réel, je le sais à cause du vent qui fouette mes sangs. Et l'odeur de la mer, de la violence des passions hébridéennes. Je suis vivante. Je vous envoie des nouvelles de cet Ailleurs.

A bientôt.
dimanche 19 avril 2009
En l'honneur de ce 19 avril, pour mon amie Véronique, ces quelques lignes. Véronique, qui est un cœur pur (Cf. La chanson de Caussimon), comme l'on n'en fabrique plus guère, hélas.


Nous avons revu hier soir Brigadoon.
Gene Kelly est en retrait ici : on sent ce flottement autour de lui tout au long du film, mais Brigadoon n'en demeure pas moins un émouvant hymne à l'amour fou, pour lequel on doit tout donner - et c'est bien normal car il donne tout en retour. J'aime infiniment l'idée que la foi absolue en quelque chose d'impossible ou de très improbable fasse advenir cette chose. Si, un jour, je devais perdre tout à fait cette foi extrême - naïve aux yeux des grandes personnes, certainement, mais que celles-ci envient en secret à ceux qui en sont détenteurs -, je mourrais. Bien souvent, je pense à James Stewart et à son lapin (son pooka), Harvey. Hé bien, il n'est pas invraisemblable qu'il ait fait, sans le savoir, un émule...Et si j'aime tant Barrie et l'Écosse, c'est parce que cela me conforte dans cette invincible folie, qui consiste à ne pas pactiser avec la normalité avec laquelle d'ailleurs je n'ai jamais rien eu en commun, il faut bien le reconnaître : enfant, j'étais un vieillard ; adulte, je suis une enfant. Et si j'aime tant certains de mes amis, c'est parce qu'en chacun d'entre eux il existe, qu'ils en soient conscients ou non, une parcelle de déraison, plus ou moins importante. Cette île en eux se nomme Poésie. Ils viennent à elle dans la barque qui porte Prose pour nom. Le danger est de croire que le voyage a simplement pour destination la fin estimée du voyage. On risque de perdre Poésie de vue. Poésie est dans l'intervalle. Le miracle tient dans la flamme d'une chandelle.

Barrie exalte ceci en moi mais il ne voile jamais rien du tragique de notre condition.

En partance pour Brigadoon, je vous convie à mes côtés à ce voyage vers le pays du jamais qui est aussi le pays du toujours.

Ce film de Minnelli emprunte - je l'ai souvent rappelé, à divers endroits - certains de ses traits à des histoires écossaises de James Matthew Barrie, au folklore magnifié par la plume tenue par la main droite ou gauche du spécimen scots qui a volé mon esprit, et en particulier à sa pièce, Mary Rose. Il y aussi le prénom du personnage principal - Tommy - ou encore l'idée de la bruyère blanche, qui à mon sens ne sont pas de simples coïncidences...
Lire ceci, pour savoir d'où provient la bruyère blanche évoqué dans Brigadoon selon le très romantique Barrie qui met en scène Bonnie Prince Charlie et donne à saisir à travers Julie Logan une émanation de Flora MacDonald - à peine entre les lignes :

"À une occasion, ils dirent : « La Personne Qui Était Avec Lui », comme s’il n’était pas prudent d’en dire davantage. « Lui » était l’Étranger qui passait, aux yeux du pauvre d’esprit, comme le Chevalier en personne. On dit de lui qu’il a séjourné dans le glen pendant un moment au cours du mois de juillet, fiévreux et si harassé qu’aucun ami n’osa se rapprocher de lui avec de la nourriture de crainte qu’il ne fût capturé. Je n’ai pas vu cette cachette, mais le docteur m’a dit qu’elle existe encore et n’est rien d’autre qu’un repaire, niché sous ce que nous appelons un abri, un refuge pour les moutons. À l’origine, c’était probablement l’embouchure du terrier d’un renard, élargi à coup de dague. S’il a jamais existé, le repaire a depuis longtemps été comblé avec des pierres, qui sont tout ce qui rappelle la résidence royale.
Les moutons s’abritent à nouveau dans ce refuge, mais il n’y en avait aucun au temps du Prince, s’il vint jamais ici. Pas plus, si l’on se fie aux histoires, que l’on ne pouvait lui apporter de la nourriture. Dans ces conditions, il avait été sauvé par la mystérieuse Personne Qui Était Avec Lui.
Bien sûr, la légende veut qu’elle fût jeune et belle , de haute naissance, l’aimant beaucoup. Elle le nourrit avec l’aide involontaire des aigles. La Roche aux Aigles, qui n’est pas loin de l’abri, est une masse imposante, que les ghillies prétendent inaccessible à un homme qui entreprendrait de l’escalader - à cause de ce que l’on appelle la Pierre de Logan. Aucun aigle ne fait son nid ici de nos jours ; ils sont tombés sous les balles de leur ennemi moderne, les garde-chasses, qui jurent qu’un couple d’aigles ramènera une centaine de tétras, ou plus, à leur nid, afin de nourrir leurs petits.
À cette époque, il y avait un nid d’aigles au sommet du rocher. L’escalade est périlleuse, mais de nos jours les gens robustes peuvent monter jusqu’à la Pierre de Logan, d’où ils font ensuite marche arrière. Il y a des pierres de Logan, m’a-t-on dit, tout autour du monde et ce sont des pierres qui se balancent. On dit qu’il est possible de les voir se balancer dans le vent et, pourtant, elles sont là depuis des siècles. Un tel monstre se tient au sommet de notre Roche aux Aigles et vous ne pouvez atteindre le sommet sauf en l’escaladant mais vous pouvez sauter. Par deux fois des hommes du glen ont sauté et elle les a rejetés. Néanmoins, l’histoire veut que cette Personne Qui Était Avec Lui se soit faufilée à travers le noir, entre les chercheurs, et ait atteint le sommet par le chemin de la pierre de Logan. Puis, après quelques bagarres avec les aigles pour le gain de leurs possessions, elle aurait ramené en bas quelques jeunes tétras pour son seigneur.
Au dire de tous, il s’agissait d’une jeune fille et, dans le glen, la bruyère blanche est le symbole de son ancienne présence. Avant sa venue, de bruyère blanche on n'avait jamais vu le moindre brin, et elle est donc supposée - ceci n’a pas le moindre sens - être la trace de ses jolis pieds nus.
La bruyère blanche lui porta peu chance. Dans cette fuite rapide et peut-être ensanglantée, elle fut laissée en arrière. Rien de plus ne circula à son sujet, excepté que, lorsque son seigneur et maître embarqua pour la France, il demanda à ses highlanders « de la nourrir et de l’honorer comme elle l’avait nourri et honoré. » Ils furent loyaux bien que malavisés et j’ose croire qu’ils auraient accompli cette tâche s’ils l’avaient pu. Certains pensent qu’elle est dans l’abri, dans le trou sous les pierres, et qu’elle attend encore. Ils disent que, peut-être, il y eut une promesse."

Adieu Miss Julie Logan (la dernière histoire de Barrie, que j'ai également traduite et qui attend une publication...)
{ Trad. Céline-Albin Faivre avec l'aide et la complicité de son ami "Parker Ogilvy"- ne pas reproduire sans mon consentement. }

Hier, entre autres emplettes à l'usage de l'Écosse, nous avons acheté le dernier disque de Jordi Savall

et je l'écoute depuis quelques heures. Une extase. Il va rejoindre mes bagages, car toute l'Écosse mais aussi l'Irlande sont contenues dans ce disque. Et il y a des réminiscences ici et là de Bonnie Prince Charlie. J'aime que tout soit lié dans mon existence.
Vous pouvez écouter des extraits ici.

Je vous offre à tous, mais en particulier à Véronique, son "Prince Charlie's Last View of Edinburgh" :
savall

Je vous dis au revoir. N'oubliez que la vie... est exactement ce que l'on décide qu'elle sera. Je l'avais oublié ces derniers mois.
C'est terminé. Je sais exactement ce que doit être ma vie et je n'ai plus peur. C'est aussi simple que cette déclaration de foi.
vendredi 17 avril 2009

Extrait :
L’ombre de Peter Pan que Madame Darling va déposer dans un tiroir est une idée que l’on retrouve tout aussi bien avec le thème des enfants dans des boîtes (Petite Mary et Un Baiser pour Cendrillon, et de manière moins explicite dans Tommy le sentimental, lorsqu’il est fait état des tiroirs qui ne peuvent s’ouvrir car la poignée est à l’intérieur !). Une lignée de mères vierges, de femmes-enfants naît de la plume de Barrie : Mary, Grizel, Wendy, Cendrillon et, dans une autre mesure, Mary Rose – puisqu’elle est mère mais demeure une enfant, non accessible à la corruption physique tant qu’elle demeure sur l’île enchantée.
Cendrillon est plus proche de la Petite Mary que de la Wendy de Peter Pan.

Lire la suite.

En ce moment, et ce jusqu'à mon départ imminent pour l'Écosse, des mises à jour quotidiennes sur le site Barrie, qui est en refonte depuis un moment et qui grandit, lui aussi, de manière imperceptible. Je vous recommande, par exemple, ce texte de présentation de l'oeuvre barrienne, dans les archives.

Si une âme charitable pouvait m'aider à créer un flux RSS digne de ce nom pour mon site Barrie, je lui en serais éternellement reconnaissante. [Ajout du 18 avril : tout fonctionne, en fait.]

Vous rendez-vous compte que, bientôt, je vais au pays de mon bien-aimé? L'Écosse, le pays des fées, des légendes, des pierres de Logan, le pays de ma jeunesse éternelle.

Je me retire sur la pointe des pieds et vous laisse en compagnie de Kilmeny (de James Hogg - 1770–1835) dont la Mary Rose de Barrie porte l'empreinte tout autant que Brigadoon via Barrie... Admirez la langue. Cela nous change de l'anglais standard ou bâtard. Traduire un tel texte... Mon Dieu, je n'oserais pas m'y essayer. Je reculerais devant l'impossible. La langue, l'écossais, y est trop riche, trop "goûteuse" et trop belle, selon moi, pour y poser le bout du doigt.

BONNIE Kilmeny gaed up the glen;
But it wasna to meet Duneira's men,
Nor the rosy monk of the isle to see,
For Kilmeny was pure as pure could be.
It was only to hear the yorlin sing, 5
And pu' the cress-flower round the spring;
The scarlet hypp and the hindberrye,
And the nut that hung frae the hazel tree;
For Kilmeny was pure as pure could be.
But lang may her minny look o'er the wa', 10
But lang may she seek i' the green-wood shaw;
Lang the laird o' Duneira blame,
And lang, lang greet or Kilmeny come hame!
When many a day had come and fled,
When grief grew calm, and hope was dead, 15
When mess for Kilmeny's soul had been sung,
When the bedesman had pray'd and the dead bell rung,
Late, late in gloamin' when all was still,
When the fringe was red on the westlin hill,
The wood was sere, the moon i' the wane, 20
The reek o' the cot hung over the plain,
Like a little wee cloud in the world its lane;
When the ingle low'd wi' an eiry leme,
Late, late in the gloamin' Kilmeny came hame!
'Kilmeny, Kilmeny, where have you been? 25
Lang hae we sought baith holt and den;
By linn, by ford, and green-wood tree,
Yet you are halesome and fair to see.
Where gat you that joup o' the lily scheen?
That bonnie snood of the birk sae green? 30
And these roses, the fairest that ever were seen?
Kilmeny, Kilmeny, where have you been?'
Kilmeny look'd up with a lovely grace,
But nae smile was seen on Kilmeny's face;
As still was her look, and as still was her e'e, 35
As the stillness that lay on the emerant lea,
Or the mist that sleeps on a waveless sea.
For Kilmeny had been, she knew not where,
And Kilmeny had seen what she could not declare;
Kilmeny had been where the cock never crew, 40
Where the rain never fell, and the wind never blew.
But it seem'd as the harp of the sky had rung,
And the airs of heaven play'd round her tongue,
When she spake of the lovely forms she had seen,
And a land where sin had never been; 45
A land of love and a land of light,
Withouten sun, or moon, or night;
Where the river swa'd a living stream,
And the light a pure celestial beam;
The land of vision, it would seem, 50
A still, an everlasting dream.
In yon green-wood there is a waik,
And in that waik there is a wene,
And in that wene there is a maike,
That neither has flesh, blood, nor bane; 55
And down in yon green-wood he walks his lane.
In that green wene Kilmeny lay,
Her bosom happ'd wi' flowerets gay;
But the air was soft and the silence deep,
And bonnie Kilmeny fell sound asleep. 60
She kenn'd nae mair, nor open'd her e'e,
Till waked by the hymns of a far countrye.
She 'waken'd on a couch of the silk sae slim,
All striped wi' the bars of the rainbow's rim;
And lovely beings round were rife, 65
Who erst had travell'd mortal life;
And aye they smiled and 'gan to speer,
'What spirit has brought this mortal here?'—
'Lang have I journey'd, the world wide,'
A meek and reverend fere replied; 70
'Baith night and day I have watch'd the fair,
Eident a thousand years and mair.
Yes, I have watch'd o'er ilk degree,
Wherever blooms femenitye;
But sinless virgin, free of stain 75
In mind and body, fand I nane.
Never, since the banquet of time,
Found I a virgin in her prime,
Till late this bonnie maiden I saw
As spotless as the morning snaw: 80
Full twenty years she has lived as free
As the spirits that sojourn in this countrye:
I have brought her away frae the snares of men,
That sin or death she never may ken.'—
They clasp'd her waist and her hands sae fair, 85
They kiss'd her cheek and they kemed her hair,
And round came many a blooming fere,
Saying, 'Bonnie Kilmeny, ye're welcome here!
Women are freed of the littand scorn:
O blest be the day Kilmeny was born! 90
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
Many a lang year, in sorrow and pain,
Many a lang year through the world we've gane,
Commission'd to watch fair womankind, 95
For it 's they who nurice the immortal mind.
We have watch'd their steps as the dawning shone,
And deep in the green-wood walks alone;
By lily bower and silken bed,
The viewless tears have o'er them shed; 100
Have soothed their ardent minds to sleep,
Or left the couch of love to weep.
We have seen! we have seen! but the time must come,
And the angels will weep at the day of doom!
'O would the fairest of mortal kind 105
Aye keep the holy truths in mind,
That kindred spirits their motions see,
Who watch their ways with anxious e'e,
And grieve for the guilt of humanitye!
O, sweet to Heaven the maiden's prayer, 110
And the sigh that heaves a bosom sae fair!
And dear to Heaven the words of truth,
And the praise of virtue frae beauty's mouth!
And dear to the viewless forms of air,
The minds that kyth as the body fair! 115
'O bonnie Kilmeny! free frae stain,
If ever you seek the world again,
That world of sin, of sorrow and fear,
O tell of the joys that are waiting here;
And tell of the signs you shall shortly see; 120
Of the times that are now, and the times that shall be.'—
They lifted Kilmeny, they led her away,
And she walk'd in the light of a sunless day;
The sky was a dome of crystal bright,
The fountain of vision, and fountain of light: 125
The emerald fields were of dazzling glow,
And the flowers of everlasting blow.
Then deep in the stream her body they laid,
That her youth and beauty never might fade;
And they smiled on heaven, when they saw her lie 130
In the stream of life that wander'd bye.
And she heard a song, she heard it sung,
She kenn'd not where; but sae sweetly it rung,
It fell on the ear like a dream of the morn:
'O, blest be the day Kilmeny was born! 135
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
The sun that shines on the world sae bright,
A borrow'd gleid frae the fountain of light;
And the moon that sleeks the sky sae dun, 140
Like a gouden bow, or a beamless sun,
Shall wear away, and be seen nae mair,
And the angels shall miss them travelling the air.
But lang, lang after baith night and day,
When the sun and the world have elyed away; 145
When the sinner has gane to his waesome doom,
Kilmeny shall smile in eternal bloom!'—
They bore her away, she wist not how,
For she felt not arm nor rest below;
But so swift they wain'd her through the light, 150
'Twas like the motion of sound or sight;
They seem'd to split the gales of air,
And yet nor gale nor breeze was there.
Unnumber'd groves below them grew,
They came, they pass'd, and backward flew, 155
Like floods of blossoms gliding on,
In moment seen, in moment gone.
O, never vales to mortal view
Appear'd like those o'er which they flew!
That land to human spirits given, 160
The lowermost vales of the storied heaven;
From thence they can view the world below,
And heaven's blue gates with sapphires glow,
More glory yet unmeet to know.
They bore her far to a mountain green, 165
To see what mortal never had seen;
And they seated her high on a purple sward,
And bade her heed what she saw and heard,
And note the changes the spirits wrought,
For now she lived in the land of thought. 170
She look'd, and she saw nor sun nor skies,
But a crystal dome of a thousand dyes:
She look'd, and she saw nae land aright,
But an endless whirl of glory and light:
And radiant beings went and came, 175
Far swifter than wind, or the linkèd flame.
She hid her e'en frae the dazzling view;
She look'd again, and the scene was new.
She saw a sun on a summer sky,
And clouds of amber sailing bye; 180
A lovely land beneath her lay,
And that land had glens and mountains gray;
And that land had valleys and hoary piles,
And marlèd seas, and a thousand isles.
Its fields were speckled, its forests green, 185
And its lakes were all of the dazzling sheen,
Like magic mirrors, where slumbering lay
The sun and the sky and the cloudlet gray;
Which heaved and trembled, and gently swung,
On every shore they seem'd to be hung; 190
For there they were seen on their downward plain
A thousand times and a thousand again;
In winding lake and placid firth,
Little peaceful heavens in the bosom of earth.
Kilmeny sigh'd and seem'd to grieve, 195
For she found her heart to that land did cleave;
She saw the corn wave on the vale,
She saw the deer run down the dale;
She saw the plaid and the broad claymore,
And the brows that the badge of freedom bore; 200
And she thought she had seen the land before.
She saw a lady sit on a throne,
The fairest that ever the sun shone on!
A lion lick'd her hand of milk,
And she held him in a leish of silk; 205
And a leifu' maiden stood at her knee,
With a silver wand and melting e'e;
Her sovereign shield till love stole in,
And poison'd all the fount within.
Then a gruff untoward bedesman came, 210
And hundit the lion on his dame;
And the guardian maid wi' the dauntless e'e,
She dropp'd a tear, and left her knee;
And she saw till the queen frae the lion fled,
Till the bonniest flower of the world lay dead; 215
A coffin was set on a distant plain,
And she saw the red blood fall like rain;
Then bonnie Kilmeny's heart grew sair,
And she turn'd away, and could look nae mair.
Then the gruff grim carle girn'd amain, 220
And they trampled him down, but he rose again;
And he baited the lion to deeds of weir,
Till he lapp'd the blood to the kingdom dear;
And weening his head was danger-preef,
When crown'd with the rose and clover leaf, 225
He gowl'd at the carle, and chased him away
To feed wi' the deer on the mountain gray.
He gowl'd at the carle, and geck'd at Heaven,
But his mark was set, and his arles given.
Kilmeny a while her e'en withdrew; 230
She look'd again, and the scene was new.
She saw before her fair unfurl'd
One half of all the glowing world,
Where oceans roll'd, and rivers ran,
To bound the aims of sinful man. 235
She saw a people, fierce and fell,
Burst frae their bounds like fiends of hell;
Their lilies grew, and the eagle flew;
And she herkèd on her ravening crew,
Till the cities and towers were wrapp'd in a blaze, 240
And the thunder it roar'd o'er the lands and the seas.
The widows they wail'd, and the red blood ran,
And she threaten'd an end to the race of man;
She never lened, nor stood in awe,
Till caught by the lion's deadly paw. 245
O, then the eagle swink'd for life,
And brainyell'd up a mortal strife;
But flew she north, or flew she south,
She met wi' the gowl o' the lion's mouth.
With a mooted wing and waefu' maen, 250
The eagle sought her eiry again;
But lang may she cower in her bloody nest,
And lang, lang sleek her wounded breast,
Before she sey another flight,
To play wi' the norland lion's might. 255
But to sing the sights Kilmeny saw,
So far surpassing nature's law,
The singer's voice wad sink away,
And the string of his harp wad cease to play.
But she saw till the sorrows of man were bye, 260
And all was love and harmony;
Till the stars of heaven fell calmly away,
Like flakes of snaw on a winter day.
Then Kilmeny begg'd again to see
The friends she had left in her own countrye; 265
To tell of the place where she had been,
And the glories that lay in the land unseen;
To warn the living maidens fair,
The loved of Heaven, the spirits' care,
That all whose minds unmeled remain 270
Shall bloom in beauty when time is gane.
With distant music, soft and deep,
They lull'd Kilmeny sound asleep;
And when she awaken'd, she lay her lane,
All happ'd with flowers, in the green-wood wene. 275
When seven lang years had come and fled,
When grief was calm, and hope was dead;
When scarce was remember'd Kilmeny's name,
Late, late in a gloamin' Kilmeny came hame!
And O, her beauty was fair to see, 280
But still and steadfast was her e'e!
Such beauty bard may never declare,
For there was no pride nor passion there;
And the soft desire of maiden's e'en
In that mild face could never be seen. 285
Her seymar was the lily flower,
And her cheek the moss-rose in the shower;
And her voice like the distant melodye,
That floats along the twilight sea.
But she loved to raike the lanely glen, 290
And keepèd afar frae the haunts of men;
Her holy hymns unheard to sing,
To suck the flowers, and drink the spring.
But wherever her peaceful form appear'd,
The wild beasts of the hill were cheer'd; 295
The wolf play'd blythly round the field,
The lordly byson low'd and kneel'd;
The dun deer woo'd with manner bland,
And cower'd aneath her lily hand.
And when at even the woodlands rung, 300
When hymns of other worlds she sung
In ecstasy of sweet devotion,
O, then the glen was all in motion!
The wild beasts of the forest came,
Broke from their bughts and faulds the tame, 305
And goved around, charm'd and amazed;
Even the dull cattle croon'd and gazed,
And murmur'd and look'd with anxious pain
For something the mystery to explain.
The buzzard came with the throstle-cock; 310
The corby left her houf in the rock;
The blackbird alang wi' the eagle flew;
The hind came tripping o'er the dew;
The wolf and the kid their raike began,
And the tod, and the lamb, and the leveret ran; 315
The hawk and the hern attour them hung,
And the merle and the mavis forhooy'd their young;
And all in a peaceful ring were hurl'd;
It was like an eve in a sinless world!
When a month and a day had come and gane. 320
Kilmeny sought the green-wood wene;
There laid her down on the leaves sae green,
And Kilmeny on earth was never mair seen.
But O, the words that fell from her mouth
Were words of wonder, and words of truth! 325
But all the land were in fear and dread,
For they kendna whether she was living or dead.
It wasna her hame, and she couldna remain;
She left this world of sorrow and pain,
And return'd to the land of thought again. 330


lundi 6 avril 2009
Of Time and the City (2008), un film de Terence Davies.


Little Fugitive (1953), un film de Ray Ashley, Morris Engel et Ruth Orkin.



Ces deux films sont encore projetés dans quelques salles en France. Ne les manquez pas.
Little Fugitive, film fétiche de François Truffaut, paraîtra sans doute dans quelques mois en DVD chez Carlotta, l'excellent éditeur vidéo.






Cf. cette page, où vous pouvez lire ou entendre un très bon article.

(Pour Virginia.)


Sainte-Sévère, petit village de l'Indre, sans grand intérêt (je n'ai aucun goût pour mon "pays" natal, bien au contraire... et je hais assez fort la campagne et les villages français qui suscitent en moi une angoisse d'enfermement assez effroyable, donc ce n'est pas par chauvinisme que j'écris ces quelques lignes, mais afin de partager une émotion pure et inattendue...), au cœur de la France, non loin de l'endroit qui vit naître l'auteur de ces lignes, on célèbre le facteur François immortalisé par le génie d'un cinéaste, Jacques Tati, dans Jour de fête, son premier long métrage.

Nous sommes allés visiter La Maison jour de fête, ce week-end, parce que j'aime beaucoup Jacques Tati et son univers, car il s'agit bel et bien d'un homme-univers, une persona burlesque et lunaire, qui insuffle vie à des détails insignifiants, leur donnant la portée d'un monde, et qui extrapole l'éternité cachée dans des instants infinitésimaux. Le génie de Tatie est inexplicable et je ne suis pas certaine que tout le monde puisse y être sensible. Il s'inscrit, cependant, dans la lignée d'un Chaplin et d'un Keaton. Ceux qui lui ont succédé lui ont beaucoup emprunté aussi, il me semble, comme Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

(Keaton, Tati et Lloyd)

La beauté de son travail tient à des petits riens, parfois subtils, à un jonglage des sons, à un "équilibrisme" des êtres et des choses dans un univers qui ne cesse de se mouvoir et de rechercher son centre de gravité. Je dois reconnaître que j'ai éprouvée une émotion vibrante à me retrouver plongée, comme par magie, dans le décor et la vie du film. Expérience très troublante provoquée par un procédé de scénovision. Je crois que Tati aurait apprécié.

Ma caméra n'a pas fonctionné ce jour-là, je n'ai donc pu prendre que quelques mauvaises photographies avec mon IPhone.





Sur cette page de YouTube, le film en petits morceaux, pour vous faire une idée avant d'acheter le DVD qui n'existe pour le moment qu'en zone 2 anglais - un DVD français sortirait en 2010. Le film est en couleur - hélas, Jacques Tati qui désirait son film ainsi (il avait filmé avec deux caméras : une pour avoir le film en couleur, l'autre pour l'avoir en noir et blanc au cas où la couleur n'aurait pas fonctionné) n'a pas pu le voir sous cette forme.


Je vous recommande aussi ce disque (les sons sont beaucoup plus importants que les dialogues dans les films de Tati - est-il besoin de le dire?), acquis sur place



qui vous replongera dans la poésie, la magie des films de cet homme vraiment extraordinaire, ainsi que ce petit livre qui condense les grandes idées des films de Tati,

sans omettre le manuscrit du livre d'André Pierdel, son accessoiriste, que nous avons eu la chance de rencontrer.

Il est en vente à la "Maison Jour de fête". J'espère qu'un éditeur le publiera. Mais les éditeurs sont rarement à la hauteur de leur mission, de ce qui devrait être leur mission : les grands éditeurs font en général de l'argent et vendent des produits plutôt que des livres et les petits jouent souvent de combines, plus ou moins honnêtes, ou des compromis parfois douteux pour survivre - les exceptions sont trop rares dans le milieu. J'ai commencé à dévorer ce manuscrit et je peux vous garantir que ce texte mérite d'être publié : c'est un témoignage précieux sur une époque, sur certains films ; Pierre Étaix en a signé la préface. André Pierdel est un magicien au sens propre du terme et il a participé à 180 films ! C'est, en outre, une personne charmante. Cf. cette page-ci où vous pouvez l'entendre lors d'un entretien très intéressant. Jour de fête fut son premier film, où il a joué plusieurs rôles, et surtout il en fut l'accessoiriste très inspiré.
L'idée des chaussures coupées est la sienne, par exemple.

C'est grâce à lui que cette maison a pu voir le jour car il a vendu grand nombre d'objets qu'il avait gardés après le tournage. C'est ainsi que devant nous est reconstitué l'univers du film. Cette expérience dépasse le seul cadre du film, car c'est dans les secrets du Cinéma, sa magie, son essence que nous pénétrons.

Allez à Sainte-Sévère, vous rencontrerez dans une certaine mesure Jacques Tati, son esprit sans aucun doute.

Magnifique !

Quand je pense à Tati, je pense toujours à cette grande silhouette qui prend la main du petit garçon dans Mon oncle et je me plais à croire qu'il prend aussi la mienne quand les jours sont tristes.


Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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