mercredi 30 novembre 2005


















Un site étonnant, où l'on peut, en toute légalité, télécharger des tas de documents libres de droits.
Il y a même les Mother goose stories de Ray Harryhausen !
Certes, il vaut mieux acheter le DVD, mais faute de mieux, je trouve cela extraordinaire. Internet est un medium révolutionnaire !
Ray Harryhausen est un des précurseurs de la technique du stop motion, qui demande une patience de bénédictin. On ne peut qu'être admiratif devant le résulat de ce dur labeur.
Les contes de l'horloge magique de Stanislas Starewich (le pionnier en la matière) sont également disponibles en DVD. Ces oeuvres apportent de la poésie dans ma vie.
Peter Lord (Wallace et Gromit) ou Henry Selick (L'étrange Noël de M. Jack) ne font pas mieux.

King Kong est sorti en DVD zone 1 et zone 2 et, encore une fois, entre les deux éditions, je préfère de loin celle de nos cousins américains. Je suis très sensible aussi bien au contenu qu'au contenant. Je suis gâtée : pour environ 20 euros, j'ai acquis le beau coffret en métal, doté en sus de cartes postales et autres joyeusetés. Si j'avais acheté le zone 2, j'aurais été gratifiée d'un hideux emballage : (cf. http://images.amazon.com/images/P/B000BNSP30.08._SCLZZZZZZZ_.jpg) Certes, le film eût été le même et c'est bien là l'essentiel, car ce film est un classique du genre, mais je suis une collectionneuse ! Parlons du film ! Nous sommes en présence d'un mythe. A l'époque, tous les moyens techniques ont été employés pour faire vivre cette créature, entièrement animée. Le film est une réussite. Non pas que le film soit exempt de défauts ou de naïveté mais il demeure fascinant, bien qu'il me soit particulièrement difficile d'expliquer pourquoi il retient captif le spectateur. Il me semble que nous sommes en présence d'un "récit" qui fait appel aux ressorts les plus simples (et les plus efficaces) qui nous font mouvoir, tous et toutes, dans une fiction : une histoire qui tienne la route. Je ne parle pas de vraisemblance du récit ou de structure narrative, non mais simplement de cette petite chose qui nous oblige à tourner les pages d'un livre ou à demeurer assis face à un écran : l'envie de savoir la suite, ce que j'appelle la séduction d'une oeuvre. Le charme, c'est sa nature, procède de la magie et ne s'explique pas. Le cinéma est, plus que tout autre art, celui qui joue avec les illusions. Et qu'y a-t-il de plus fascinant qu'une illusion à laquelle nous succombons, bien que conscients de sa nature irréelle ? Nous ne croyons pas à l'existence de King Kong et, pourtant, nous nous faisons "avoir". N'est-ce pas un prodige ?

Jeanne Moreau déclare ceci à ses deux amants, dans le film de Truffaut, Jules et Jim : "Les anges passent chaque heure, à vingt et à moins vingt." C'est le film de François que j'aime le moins. Le personnage qu'incarne Jeanne Moreau me paraît sec comme de l'amadou. Victime de ne pouvoir ou de ne savoir aimer. Elle n'a pas reçu la grâce des anges... Il n'en demeure pas moins que le film est très beau, même s'il me met très mal à l'aise.

Princess Bride de William Goldman
Certains livres ont une âme ; ils semblent palpiter sous vos doigts. C'est le cas de celui-ci. Ecrit dans un style affable et très humoristique (l'auteur intervient régulièrement et se fait passer pour le traducteur d'un fameux Morgenstern qui n'a jamais existé et qui serait l'auteur du livre que nous sommes en train de lire !), l'histoire est un merveilleux conte de fée(s), qui échappe à tous les clichés du genre (grâce à cette histoire à double fond que l'on peut lire en accédant au second degré), pour ne garder que l'âme d'enfant, en quête de merveilleux, qui aspire à entendre une histoire extraordinaire. Vous n'oublierez pas de sitôt votre lecture. Ne pas aimer ce livre signifie n'avoir aucun goût !
L'auteur est un scénariste hollywoodien : il a écrit notamment le scénario de Butch Cassidy and the Sundance Kid.
Le livre a précédé le film. Goldman a écrit le scénario, bien entendu. Il a été très soigneusement réalisé par Rob Reiner, plus connu notamment pour le film Quand Harry rencontre Sally, une comédie douce-amère plutôt réussie, pour qui aime ce genre - ce qui est mon cas... Le livre et le film sont tout à fait propices pour cette période qui précède Noël. Accompagnés ou non de biscuits découpés dans de la pâte sablée et d'un chocolat chaud, au coin du feu. A noter la présence de Peter Falk, égal à lui-même, dans le rôle du narrateur... et de Robin Wright, Mrs Sean Penn à la ville, qui trouva ici son premier rôle au cinéma, après de longues années passées dans un Soap-opera.
 "Je ne les accompagnais pas souvent. À l’époque, nous ignorions toutes les superstitions des gens du pays : personne ne posait le pied sur l’île et cette dernière était censée ressentir cette répulsion. Elle portait un nom gaélique qui signifie : « L’île Qui Aime À Être Visitée ». Mary Rose ne savait rien de tout cela et adorait cette île. Elle avait l’habitude de lui parler, de l’appeler sa chérie et de bien d’autres termes affectueux."
Mary Rose


"Lob est très petit et, probablement, personne n'a jamais eu l'air aussi vieux, sauf un nouveau-né."

Dear Brutus


Le lien de Barrie avec Shakespeare n'a jamais été aussi ténu que dans cette pièce, dont le titre se réfère explicitement à une pièce du propriétaire du théâtre du Globe. Enchanteur, le baronnet l'était assurément, mais Barrie était plus tragique qu'il n'y paraît au premier abord. Son tempérament sied bien à la lecture du grand William. Certes, Shakespeare n'est pas que tragique ; il a écrit de charmantes (et grinçantes) comédies, mais tout le monde se doute bien que la comédie n'est que la tragédie masquée. Le rire naît de la cruauté ou de la crudité des situations et / ou des personnages ... La douleur seule est positive, ainsi que l'écrit et le démontre Shopenhauer.


J'aime à répéter cette citation, qui me paraît dire l'essence de notre existence :

«La vie est une tragédie pour ceux qui sentent et une comédie pour ceux qui pensent.»
Horace WALPOLE



mardi 29 novembre 2005

Swift (1667-1745) est un esprit rabelaisien, un conteur, un provocateur, un grand écrivain. Je soumets ici à votre sens de l'humour, que j'espère exacerbé, un texte féroce qu'il a écrit :


Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public
C'est un objet de tristesse, pour celui qui traverse cette grande ville ou voyage dans les campagnes, que de voir les rues, les routes et le seuil des masures encombrés de mendiantes, suivies de trois, quatre ou six enfants, tous en guenilles, importunant le passant de leurs mains tendues. Ces mères, plutôt que de travailler pour gagner honnêtement leur vie, sont forcées de passer leur temps à arpenter le pavé, à mendier la pitance de leurs nourrissons sans défense qui, en grandissant, deviendront voleurs faute de trouver du travail, quitteront leur cher Pays natal afin d'aller combattre pour le prétendant d'Espagne, ou partiront encore se vendre aux îles Barbades. Je pense que chacun s'accorde à reconnaître que ce nombre phénoménal d'enfants pendus aux bras, au dos ou aux talons de leur mère, et fréquemment de leur père, constitue dans le déplorable état présent du royaume une très grande charge supplémentaire ; par conséquent, celui qui trouverait un moyen équitable, simple et peu onéreux de faire participer ces enfants à la richesse commune mériterait si bien de l'intérêt public qu'on lui élèverait pour le moins une statue comme bienfaiteur de la nation. Mais mon intention n'est pas, loin de là, de m'en tenir aux seuls enfants des mendiants avérés ; mon projet se conçoit à une bien plus vaste échelle et se propose d'englober tous les enfants d'un âge donné dont les parents sont en vérité aussi incapables d'assurer la subsistance que ceux qui nous demandent la charité dans les rues. Pour ma part, j'ai consacré plusieurs années à réfléchir à ce sujet capital, à examiner avec attention les différents projets des autres penseurs, et y ai toujours trouvé de grossières erreurs de calcul. Il est vrai qu'une mère peut sustenter son nouveau-né de son lait durant toute une année solaire sans recours ou presque à une autre nourriture, du moins avec un complément alimentaire dont le coût ne dépasse pas deux shillings, somme qu'elle pourra aisément se procurer, ou l'équivalent en reliefs de table, par la mendicité, et c'est précisément à l'âge d'un an que je me propose de prendre en charge ces enfants, de sorte qu'au lieu d'être un fardeau pour leurs parents ou leur paroisse et de manquer de pain et de vêtements, ils puissent contribuer à nourrir et, partiellement, à vêtir des multitudes. Mon projet comporte encore cet autre avantage de faire cesser les avortements volontaires et cette horrible pratique des femmes, hélas trop fréquente dans notre société, qui assassinent leurs bâtards, sacrifiant, me semble-t-il, ces bébés innocents pour s'éviter les dépenses plus que la honte, pratique qui tirerait des larmes de compassion du coeur le plus sauvage et le plus inhumain. Etant généralement admis que la population de ce royaume s'élève à un million et demi d'âmes, je déduis qu'il y a environ deux cent mille couples dont la femme est reproductrice, chiffre duquel je retranche environ trente mille couples qui sont capables de subvenir aux besoins de leurs enfants, bien que je craigne qu'il n'y en ait guère autant, compte tenu de la détresse actuelle du royaume, mais cela posé, il nous reste cent soixante-dix mille reproductrices. J'en retranche encore cinquante mille pour tenir compte des fausses couches ou des enfants qui meurent de maladie ou d'accident au cours de la première année. Il reste donc cent vingt mille enfants nés chaque année de parents pauvres. Comment élever et assurer l'avenir de ces multitudes, telle est donc la question puisque, ainsi que je l'ai déjà dit, dans l'état actuel des choses, toutes les méthodes proposées à ce jour se sont révélées totalement impossibles à appliquer, du fait qu'on ne peut trouver d'emploi pour ces gens ni dans l'artisanat ni dans l'agriculture ; que nous ne construisons pas de nouveaux bâtiments (du moins dans les campagnes), pas plus que nous ne cultivons la terre ; il est rare que ces enfants puissent vivre de rapines avant l'âge de six ans, à l'exception de sujets particulièrement doués, bien qu'ils apprennent les rudiments du métier, je dois le reconnaître, beaucoup plus tôt : durant cette période, néanmoins, ils ne peuvent être tenus que pour des apprentis délinquants, ainsi que me l'a rapporté une importante personnalité du comté de Cavan qui m'a assuré ne pas connaître plus d'un ou deux voleurs qualifiés de moins de six ans, dans une région du royaume pourtant renommée pour la pratique compétente et précoce de cet art. Nos marchands m'assurent qu'en dessous de douze ans, les filles pas plus que les garçons ne font de satisfaisants produits négociables, et que même à cet âge, on n'en tire pas plus de trois livres, ou au mieux trois livres et demie à la Bourse, ce qui n'est profitable ni aux parents ni au royaume, les frais de nourriture et de haillons s'élevant au moins à quatre fois cette somme. J'en viens donc à exposer humblement mes propres idées qui, je l'espère, ne soulèveront pas la moindre objection. Un jeune Américain très avisé que j'ai connu à Londres m'a assuré qu'un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l'âge d'un an un met délicieux, nutritif et sain, qu'il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j'ai tout lieu de croire qu'il s'accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût. Je porte donc humblement à l'attention du public cette proposition : sur ce chiffre estimé de cent vingt mille enfants, on en garderait vingt mille pour la reproduction, dont un quart seulement de mâles - ce qui est plus que nous n'en accordons aux moutons, aux bovins et aux porcs - la raison en étant que ces enfants sont rarement le fruit du mariage, formalité peu prisée de nos sauvages, et qu'en conséquence, un seul mâle suffira à servir quatre femelles. On mettrait en vente les cent mille autres à l'âge d'un an, pour les proposer aux personnes de bien et de qualité à travers le royaume, non sans recommander à la mère de les laisser téter à satiété pendant le dernier mois, de manière à les rendre dodus, et gras à souhait pour une bonne table. Si l'on reçoit, on pourra faire deux plats d'un enfant, et si l'on dîne en famille, on pourra se contenter d'un quartier, épaule ou gigot, qui, assaisonné d'un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver. J'ai calculé qu'un nouveau-né pèse en moyenne douze livres, et qu'il peut, en une année solaire, s'il est convenablement nourri, atteindre vingt-huit livres. Je reconnais que ce comestible se révélera quelque peu onéreux, en quoi il conviendra parfaitement aux propriétaires terriens qui, ayant déjà sucé la moelle des pères, semblent les mieux qualifiés pour manger la chair des enfants. On trouvera de la chair de nourrisson toute l'année, mais elle sera plus abondante en mars, ainsi qu'un peu avant et après, car un auteur sérieux, un éminent médecin français, nous assure que grâce aux effets prolifiques du régime à base de poisson, il naît, neuf mois environ après le Carême, plus d'enfants dans les pays catholiques qu'en toute saison ; c'est donc à compter d'un an après le Carême que les marchés seront le mieux fournis, étant donné que la proportion de nourrissons papistes dans le royaume est au moins de trois pour un ; par conséquent, mon projet aura l'avantage supplémentaire de réduire le nombre de papistes parmi nous. Ainsi que je l'ai précisé plus haut, subvenir aux besoins d'un enfant de mendiant (catégorie dans laquelle j'inclus les métayers, les journaliers et les quatre cinquièmes des fermiers) revient à deux shillings par an, haillons inclus, et je crois que pas un gentleman ne rechignera à débourser dix shillings pour un nourrisson de boucherie engraissé à point qui, je le répète, fournira quatre plats d'une viande excellente et nourrissante, que l'on traite un ami ou que l'on dîne en famille. Ainsi, les hobereaux apprendront à être de bons propriétaires et verront leur popularité croître parmi leurs métayers, les mères feront un bénéfice net de huit shillings et seront aptes au travail jusqu'à ce qu'elles produisent un autre enfant. Ceux qui sont économes (ce que réclame, je dois bien l'avouer, notre époque) pourront écorcher la pièce avant de la dépecer ; la peau, traitée comme il convient, fera d'admirables gants pour dames et des bottes d'été pour messieurs raffinés. Quand à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu'on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d'acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer « au sang » comme les cochons à rôtir. Une personne de qualité, un véritable patriote dont je tiens les vertus en haute estime, se fit un plaisir, comme nous discutions récemment de mon projet, d'y apporter le perfectionnement qui suit. De nombreux gentilshommes du royaume ayant, disait-il, exterminé leurs cervidés, leur appétit de gibier pourrait être comblé par les corps de garçonnets et de fillettes entre douze et quatorze ans, ni plus jeunes ni plus âgés, ceux-ci étant de toute façon destinés à mourir de faim en grand nombre dans toutes les provinces, aussi bien les femmes que les hommes, parce qu'ils ne trouveront pas d'emploi : à charge pour leurs parents, s'ils sont vivants, d'en disposer, à défaut la décision reviendrait à leur plus proche famille. Avec tout le respect que je dois à cet excellent ami et patriote méritant, je ne puis tout à fait me ranger à son avis ; car, mon ami américain me l'assure d'expérience, trop d'exercice rend la viande de garçon généralement coriace et maigre, comme celle de nos écoliers, et lui donne un goût désagréable; les engraisser ne serait pas rentable. Quant aux filles, ce serait, à mon humble avis, une perte pour le public parce qu'elles sont à cet âge sur le point de devenir reproductrices. De plus, il n'est pas improbable que certaines personnes scrupuleuses en viennent (ce qui est fort injuste) à censurer cette pratique, au prétexte qu'elle frôle la cruauté, chose qui, je le confesse, a toujours été pour moi l'objection majeure à tout projet, aussi bien intentionné fût-il. Mais à la décharge de mon ami, j'ajoute qu'il m'a fait cet aveu : l'idée lui a été mise en tête par le fameux Sallmanazor, un indigène de l'île de Formose qui vint à Londres voilà vingt ans et qui, dans le cours de la conversation, lui raconta que dans son pays, lorsque le condamné à mort se trouve être une jeune personne, le bourreau vend le corps à des gens de qualité, comme morceau de choix, et que de son temps, la carcasse dodue d'une jeune fille de quatorze années qui avait été crucifiée pour avoir tenté d'empoisonner l'empereur, fut débitée au pied du gibet et vendue au Premier Ministre de sa Majesté Impériale, ainsi qu'à d'autres mandarins de la cour, pour quatre cents couronnes. Et je ne peux vraiment pas nier que si le même usage était fait de certaines jeunes filles dodues de la ville qui, sans un sou vaillant, ne sortent qu'en chaise et se montrent au théâtre et aux assemblées dans des atours d'importation qu'elles ne paieront jamais, le royaume ne s'en porterait pas plus mal. Certains esprits chagrins s'inquiéteront du grand nombre de pauvres qui sont âgés, malades ou infirmes, et l'on m'a invité à réfléchir aux mesures qui permettraient de délivrer la nation de ce fardeau si pénible. Mais je ne vois pas là le moindre problème, car il est bien connu que chaque jour apporte son lot de mort et de corruption, par le froid, la faim, la crasse et la vermine, à un rythme aussi rapide qu'on peut raisonnablement l'espérer. Quant aux ouvriers plus jeunes, ils sont à présent dans une situation presque aussi prometteuse. Ils ne parviennent pas à trouver d'emploi et dépérissent par manque de nourriture, de sorte que si par accident ils sont embauchés comme journaliers, ils n'ont plus la force de travailler ; ainsi sont-ils, de même que leur pays, bien heureusement délivrés des maux à venir. Je me suis trop longtemps écarté de mon sujet, et me propose par conséquent d'y revenir. Je pense que les avantages de ma proposition sont nombreux et évidents, tout autant que de la plus haute importance. D'abord, comme je l'ai déjà fait remarquer, elle réduirait considérablement le nombre des papistes qui se font chaque jour plus envahissants, puisqu'ils sont les principaux reproducteurs de ce pays ainsi que nos plus dangereux ennemis, et restent dans le royaume avec l'intention bien arrêtée de le livrer au Prétendant, dans l'espoir de tirer avantage de l'absence de tant de bons protestants qui ont choisi de s'exiler plutôt que de demeurer sur le sol natal et de payer, contre leur conscience, la dîme au desservant épiscopal. Deuxièmement. Les fermiers les plus pauvres posséderont enfin quelque chose de valeur, un bien saisissable qui les aidera à payer leur loyer au propriétaire, puisque leurs bêtes et leur grain sont déjà saisis et que l'argent est inconnu chez eux. Troisièmement. Attendu que le coût de l'entretien de cent mille enfants de deux ans et plus ne peut être abaissé en dessous du seuil de dix shillings par tête et per annum, la richesse publique se trouvera grossie de cinquante mille livres par année, sans compter les bénéfices d'un nouvel aliment introduit à la table de tous les riches gentilshommes du royaume qui jouissent d'un goût un tant soit peu raffiné, et l'argent circulera dans notre pays, les biens consommés étant entièrement d'origine et de manufacture locale. Quatrièmement. En vendant leurs enfants, les reproducteurs permanents, en plus du gain de huit shillings per annum, seront débarrassés des frais d'entretien après la première année. Cinquièmement. Nul doute que cet aliment attirerait de nombreux clients dans les auberges dont les patrons ne manqueraient pas de mettre au point les meilleures recettes pour le préparer à la perfection, et leurs établissements seraient ainsi fréquentés par les gentilshommes les plus distingués qui s'enorgueillissent à juste titre de leur science gastronomique ; un cuisinier habile, sachant obliger ses hôtes, trouvera la façon de l'accommoder en plats aussi fastueux qu'ils les affectionnent. Sixièmement. Ce projet constituerait une forte incitation au mariage, que toutes les nations sages ont soit encouragé par des récompenses, soit imposé par des lois et des sanctions. Il accentuerait le dévouement et la tendresse des mères envers leurs enfants, sachant qu'ils ne sont plus là pour toute la vie, ces pauvres bébés dont l'intervention de la société ferait pour elles, d'une certaine façon, une source de profits et non plus de dépenses. Nous devrions voir naître une saine émulation chez les femmes mariées - à celle qui apportera au marché le bébé le plus gras - les hommes deviendraient aussi attentionnés que leurs épouses, durant le temps de leur grossesse, qu'ils le sont aujourd'hui envers leurs juments ou leurs vaches pleines, envers leur truie prête à mettre bas, et la crainte d'une fausse couche les empêcherait de distribuer (ainsi qu'ils le font trop fréquemment) coups de poing ou de pied. On pourrait énumérer beaucoup d'autres avantages : par exemple, la réintégration de quelque mille pièces de boeuf qui viendraient grossir nos exportations de viande salée ; la réintroduction sur le marché de la viande de porc et le perfectionnement de l'art de faire du bon bacon, denrée rendue précieuse à nos palais par la grande destruction du cochon, trop souvent servi frais à nos tables, alors que sa chair ne peut rivaliser, tant en saveur qu'en magnificence, avec celle d'un bébé d'un an, gras à souhait, qui, rôti d'une pièce, fera grande impression au banquet du Lord Maire ou à toute autre réjouissance publique. Mais, dans un souci de concision, je ne m'attarderai ni sur ce point, ni sur beaucoup d'autres. En supposant que mille familles de cette ville deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l'occasion d'agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j'ai calculé que Dublin offrirait un débouché annuel d'environ vingt mille pièces tandis que les vingt mille autres s'écouleraient dans le reste du royaume (où elles se vendraient sans doute à un prix un peu inférieur). Je ne vois aucune objection possible à cette proposition, si ce n'est qu'on pourra faire valoir qu'elle réduira considérablement le nombre d'habitants du royaume. Je revendique ouvertement ce point, qui était en fait mon intention déclarée en offrant ce projet au public. Je désire faire remarquer au lecteur que j'ai conçu ce remède pour le seul Royaume d'Irlande et pour nul autre Etat au monde, passé, présent, et sans doute à venir. Qu'on ne vienne donc pas me parler d'autres expédients : d'imposer une taxe de cinq shillings par livre de revenus aux non-résidents ; de refuser l'usage des vêtements et des meubles qui ne sont pas d'origine et de fabrication irlandaise ; de rejeter rigoureusement les articles et ustensiles encourageant au luxe venu de l'étranger ; de remédier à l'expansion de l'orgueil, de la vanité, de la paresse et de la futilité chez nos femmes ; d'implanter un esprit d'économie, de prudence et de tempérance ; d'apprendre à aimer notre Pays, matière en laquelle nous surpassent même les Lapons et les habitants de Topinambou ; d'abandonner nos querelles et nos divisions, de cesser de nous comporter comme les Juifs qui s'égorgeaient entre eux pendant qu'on prenait leur ville, de faire preuve d'un minimum de scrupules avant de brader notre pays et nos consciences ; d'apprendre à nos propriétaires terriens à montrer un peu de pitié envers leurs métayers. Enfin, d'insuffler l'esprit d'honnêteté, de zèle et de compétence à nos commerçants qui, si l'on parvenait aujourd'hui à imposer la décision de n'acheter que les produits irlandais, s'uniraient immédiatement pour tricher et nous escroquer sur la valeur, la mesure et la qualité, et ne pourraient être convaincus de faire ne serait-ce qu'une proposition équitable de juste prix, en dépit d'exhortations ferventes et répétées. Par conséquent, je le redis, qu'on ne vienne pas me parler de ces expédients, ni d'autres mesures du même ordre, tant qu'il n'existe pas le moindre espoir qu'on puisse tenter un jour, avec vaillance et sincérité, de les mettre en pratique. En ce qui me concerne, je me suis épuisé des années durant à proposer des théories vaines, futiles et utopiques, et j'avais perdu tout espoir de succès quand, par bonheur, je suis tombé sur ce plan qui, bien qu'étant complètement nouveau, possède quelque chose de solide et de réel, n'exige que peu d'efforts et aucune dépense, peut être entièrement exécuté par nous-mêmes et grâce auquel nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l'Angleterre. Car ce type de produit ne peut être exporté, la viande d'enfant tant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrai nommer un pays qui se ferait un plaisir de dévorer notre nation, même sans sel. Après tout, je ne suis pas si farouchement accroché à mon opinion que j'en réfuterais toute autre proposition, émise par des hommes sages, qui se révélerait aussi innocente, bon marché, facile et efficace. Mais avant qu'un projet de cette sorte soit avancé pour contredire le mien et offrir une meilleure solution, je conjure l'auteur, ou les auteurs, de bien vouloir considérer avec mûre attention ces deux points. Premièrement, en l'état actuel des choses, comment ils espèrent parvenir à nourrir cent mille bouches inutiles et à vêtir cent mille dos. Deuxièmement, tenir compte de l'existence à travers ce royaume d'un bon million de créatures apparemment humaines dont tous les moyens de subsistance mis en commun laisseraient un déficit de deux millions de livres sterling ; adjoindre les mendiants par profession à la masse des fermiers, métayers et ouvriers agricoles, avec femmes et enfants, qui sont mendiants de fait. Je conjure les hommes d'état qui sont opposés à ma proposition, et assez hardis peut-être pour tenter d'apporter une autre réponse, d'aller auparavant demander aux parents de ces mortels s'ils ne regarderaient pas aujourd'hui comme un grand bonheur d'avoir été vendus comme viande de boucherie à l'âge de un an, de la manière que je prescris, et d'avoir évité ainsi toute la série d'infortunes par lesquelles ils ont passé jusqu'ici, l'oppression des propriétaires, l'impossibilité de régler leurs termes sans argent ni travail, les privations de toutes sortes, sans toit ni vêtement pour les protéger des rigueurs de l'hiver, et la perspective inévitable de léguer pareille misère, ou pire encore, à leur progéniture, génération après génération. D'un coeur sincère, j'affirme n'avoir pas le moindre intérêt personnel à tenter de promouvoir cette oeuvre nécessaire, je n'ai pour seule motivation que le bien de mon pays, je ne cherche qu'à développer notre commerce, à assurer le bien-être de nos enfants, à soulager les pauvres et à procurer un peu d'agrément aux riches. Je n'ai pas d'enfants dont la vente puisse me rapporter le moindre penny ; le plus jeune a neuf ans et ma femme a passé l'âge d'être mère.

Mon rêve : rencontrer Paul Auster.
En attendant ce jour, je me contente (et c'est un plaisir) de le lire et, parfois, de l'écouter.
Profitez-en ! Cf. lien en bas de ce billet pour accéder à la page.
Une série d'entretiens avec le meilleur romancier contemporain américain - selon moi ! - avec écouter jusqu'à plus soif ! 
J'en profite pour rappeler sa bibliographie (et j'use de la couleur pour signaler mes préférés, ceux que je considère comme les plus aboutis) :

* Disparitions, poésie
* Espaces blancs
* Trilogie new-yorkaise:
La Cité de verre ;
Revenants ;
La Chambre dérobée
* L'Invention de la solitude
* Le Voyage d'Anna Blume
* Moon Palace
* La Musique du hasard
* Le Conte de Noël d'Auggie Wren, nouvelle
* L'Art de la faim, essai
* Léviathan, roman (le Prix Médicis étranger)
* Le Carnet Rouge, nouvelles
* Mr. Vertigo
* Smoke / Brooklyn Boogie, scénario/cinéma
* Le Diable par la queue / Pourquoi écrire ?, essai
* La Solitude du labyrinthe, Entretiens avec Gérard de Cortanze
* Lulu on the Bridge
* Tombouctou
* Laurel et Hardy vont au paradis, théâtre
* Je pensais que mon père était Dieu, recueil
* Le Livre des illusions [si l'on ne devait en lire qu'un, ce serait celui-ci]
* Constat d'accident, essai
* Vingt jours avec Julian et petit lapin, selon papa - Hawthorne en famille, essai
* L'Histoire de ma machine à écrire
* La Nuit de l'oracle
* Brooklyn Follies
et Le New-York de Paul Auster, superbe livre de Gérard de Cortanze, aux Editions du Chêne... 
... et finalement, un certain nombre de préfaces que je ne nomme pas ici...

Je suis la carrière d'Anthéa Sogno, jeune comédienne, qui a fondé sa propre troupe, depuis une petite dizaine d'années, depuis ses deux merveilleux spectacles autour de Sacha Guitry, "Une nuit avec Sacha Guitry" et "Guitry créa la femme".
Il était donc bien légitime que je me rue sur son nouveau spectacle (qu'elle ne met pas en scène, cette fois-ci). La main passe de Feydeau est une pièce archi-classique et archi-connue, mais elle trouve dans cette mise en scène et cette interprétation sans fausse note une vigueur toute neuve.
J'étais plutôt réticente à l'idée que l'on puisse moderniser les éléments matériels de la pièce (introduire un camescope, par exemple) car cela donne rarement de bons résultats. Et puis, que diantre, un texte est moderne de toute éternité, car la modernité n'est rien d'autre que l'accès à l'universel, à l'intemporel, sinon cela ne vaut rien !
Mais j'ai eu des sueurs froides en pure perte, car ce fut une soirée magnifique que nous ont offert les acteurs et le metteur en scène. J'ai beaucoup aimé les trouvailles scéniques de Mitch Hooper : les intermèdes musicaux, par exemple. Un bel exemple d'adaptation sans trahison.
Et quelle santé, Miss Sogno ! Vous avez de ces raffinements... jusqu'à raccompagner jusqu'à la sortie vos spectateurs.
Si j'étais un homme, je serais amoureux de vous. J'en connais un qui, d'ailleurs, l'est un peu.

http://www.theatremouffetard.com/?rub=33

«Il n'est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure à mon doigt »
Que voulais-je exactement dire Hume en usant de cette assertion osée, outrée et presque insensée ? J'ai toujours eu un faible pour Hume, qui me paraît le plus sensé de tous les philosophes.Voici ce qu'il nous dit - très succinctement- des rapports de la raison et de la passion :
Le livre II du Traité de la nature humaine consacré à l’étude des passions est un texte quelque peu troublant et très provocateur, notamment à cause de sa manière d’envisager la passion dans cet extrait. Cette définition remet en cause le pouvoir et la place de la raison dans notre système de valeurs et d’actes. Elle suggère également des implications gênantes quant à la liberté, à la morale, et tout particulièrement quant au pouvoir réel de la raison sur les autres instances de notre vie psychique et corporelle, et surtout sur la volonté. Hume se présente dès lors comme une sorte de révolutionnaire, si l’on ose ce terme. En tout cas, ce texte se veut polémique et critique, notamment à l’encontre de Samuel Clarke et de ceux qui, comme lui, estiment que les choses ont entre elles des relations éternelles et nécessaires fondées sur et par la raison. Ce texte est également d’autant plus intéressant qu’il prend véritablement tout son relief si l’on considère qu’il est implicitement rattaché à la pensée de la volonté, de la vertu et de la liberté, qui s’est développée depuis Platon, Aristote, les Stoïciens, Descartes, ou encore Malebranche. Hume déclare que la passion n’est pas « déraisonnable », parce que tout simplement elle n’a pas à être confrontée ou soumise par la raison, eu égard à sa nature. Pire, il ajoute que « La raison est et ne doit qu’être l’esclave des passions » (je souligne). Son raisonnement peut être compris, comme il suit, et assez schématiquement :
- 1 - La passion est radicale et absolue : elle est « autochtone » et autonome ; elle vaut en elle-même et pour elle-même. Elle a toujours « raison », et elle est indémontrable comme le sont tous les faits.
- 2 - La passion échappe à la raison, qui est aussi un principe d’ordre, car elle se justifie par le seul fait de son existence. Conséquence logique du premier moment que nous venons de nommer. La raison ne peut établir des critères pour la juger théoriquement, du moins de l’intérieur. Mais la passion n’échappe pas à la causalité, ce qui laisse une « ouverture » à la raison sur la passion. Toutefois, la passion ne peut être jugée par la raison pratique, car elle ne se détermine pas selon des motifs rationnels.
- 3 - La passion est une instance autocrate : elle est donc le maître sans partage de la volonté, lorsqu’elle lui commande, et donc n’offre aucune prise pour la raison. Elle n’admet aucune législation hétéronome dans son champ d’action. Conséquence logique des deux premiers moments, qui laissent cependant un « vide » : la raison peut-elle agir sur la volonté s’il n’y a aucune passion en jeu ? La raison peut-elle agir sur la passion de « manière oblique » (cette dernière expression se rapporte au Traité de la nature humaine, III, I, I) ?
Calliclès, dont Nietzsche sera un descendant, disait à Socrate : « Voici, si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir avec tout ce qu’elles peuvent désirer. » (Gorgias, 419c-492d) Ce n’est certes pas en ce sens qu’il faut comprendre la conception de Hume quant aux passions. Bien au contraire. Il ne s’agit pas de se laisser aller à tous nos penchants, sans contrôle ou distinction. Hume croit moins en la préservation d’un ordre que dans la maîtrise d’un désordre. L’homme doit prendre en compte son sentiment, sa passion et le réel que la raison lui donne à penser, afin d’orienter sa passion. « Prendre en compte le réel » ne signifie pas être une copie dans nos actes d’un ordre supposé, réel, inventé. Il s’agit peut-être d’aimer ce qui est plutôt que ce qui devrait être, et de nous laisser guider par ce que Hume appelle un sens moral et que l’on pourrait peut-être comparer à une espèce d’instinct. Il est difficile de savoir si l’humanité mérite cette confiance que Hume dépose en elle.
lundi 28 novembre 2005

Si on le compare à Frank Capra, qui a oeuvré dans la même veine, Leo McCarey demeure un peu mésestimé et c'est un grand tort. Ce cinéaste, qui a toujours oscillé entre le comique et l'émotion, sans jamais sombrer ni dans le vulgaire ni dans le pathétique, brille très haut dans mon firmament. S'il n'est pas faux que l'on ne "fait" pas d'art avec de bons sentiments, on oublie parfois que l'on "fait" de l'art avec de beaux sentiments... J'ai revu, ce week-end, au ciné-club de Claude-Jean Philippe, L'Extravagant M. Ruggles (Ruggles of Red Gap), découvert il y a quelques années sur le câble. Charles Laughton y trouve l'un de ses meilleurs rôles de pince-sans-rire. McCarey a débuté chez Hal Roach, dont je parlais il y a quelques jours ...Il fournit des gags pour la série Our Gang et devint très rapidement, le metteur en scène attitré de Charley Chase [Cf. le superbe DVD des Editions Lobster qui estompe un peu la méconnaissance que nous avons de cet acteur génial] qu'il dirigea de 1924 à 1926, dans 44 comédies ! Ensuite, il se consacra à ... Laurel et Hardy, dont le duo serait né, d'après McCarey, grâce à son intervention. Parmi les films que j'affectionne, je citerais volontiers Good Sam (avec Gary Cooper dans le rôle d'un bon samaritain incorrigible et dont l'histoire comporterait des traits autobiographiques), The Awful Truth, An Affair to Remember, Duck Soup (le meilleur des films des Marx Brothers et le plus éprouvant des films qu'il eut à tourner, à cause de la personnalité bouillonnante des Marx, qui voulaient tout diriger et s'accompagnaient en permanence d'une demi-douzaine de gagmen !) et le dyptique Going my way / The bells of St. Mary's, qui est le parangon du film de Noël par excellence. Je désire depuis fort longtemps voir son film préféré et maudit, Make Way for Tomorrow, qui relate une poignante histoire d'amour entre deux personnes âgées, contraints d'être séparé à cause de l'ingratitude de leurs enfants. Evidemment, le public n'aime pas qu'on lui dise des vérités trop pénibles à entendre... Pourtant, la vieillesse, cette seconde enfance de l'homme, est bien une terre d'abandon. Il suffit de se rendre dans quelques maisons de retraite pour s'en rendre compte... McCarey eut beaucoup de peine que son film n'ait pas trouvé son public et il dit ceci : "J'étais tellement furieux que j'avais l'air d'un de ces types qui se battent avec des larmes dans les yeux."
Mes derniers achats, de retour d'un week-end à Paris. Le petit livre de Misrahi est d'une simplicité aveuglante pour qui a envie de comprendre l'essentiel de Spinoza. J'ai toujours aimé Columbo et je suis tombée sur ce livre, je l'ai donc embarqué ! Un panorama, ma foi assez complet, de la série est présenté d'une manière sobre et plutôt précise, bien que sans originalité. Un bon achat pour moi. J'ignorais, par exemple, que notre célèbre lieutenant avait été inspiré par le fameux Father Brown de Chesterton et par le limier de Crime et châtiment de Dostoïevski, Porphyre Petrovitch ! Je n'avais pas non plus connaissance du fait que ses deux géniteurs, Richard Levinson et Wiliam Link, aient également créé Mannix, avec Mike Connors, une série qui fleure bon mon enfance. J'ai craqué pour cette édition des Contes d'Andersen, à cause des illustrations (dont celle de Rackham, qui est mon préféré). J'ai décidé d'en lire un avant de me coucher, chaque soir. Cela sera bénéfique pour mes rêves... La collection "Découvertes" de Gallimard est une des meilleurs collections qui existent dans ce domaine et porte fort bien son nom. J'aime les ballades au Père-Lachaise, que j'ai découvert sous les auspices du délicieux Bertrand Beyern, dont je recommande à chacun les promenades en ce lieu étrange et merveilleux.
A signlaler, le 6 décembre 2005, une salve de DVD des films avec Marlene Dietrich. Ceux que je compte choisir sont précédés d'une étoile. Marlene Dietrich est une actrice qui m'a toujours intimidée. Sa voix, sa prestance, la dureté de ses pommettes me l'ont très longtemps rendue antipathique. Jugement superficiel et idiot. Je ne connaissais pas ses films. Je l'ai découverte grâce à Blonde Venus, que je désirais voir, afin d'y découvrir la prestation de Cary Grant. Depuis ce jour béni, je me suis réconciliée avec cette immense actrice. Elle est absolument irremplaçable et je crois que l'on peut affirmer, sans se tromper, qu'elle avait un tempérament volcanique. J'aime ça. * Shanghai Express de Josef von Sternberg 1932 Pittsburgh de Lewis Seiler 1942 * La Scandaleuse de Berlin de Billy Wilder 1948 * La Vénus blonde de Josef von Sternberg 1932 Agent X27 de Josef von Sternberg 1931 Les Anneaux d'or de Mitchell Leisen 1947 La Belle ensorceleuse de René Clair 1941 Cantique d'amour de Rouben Mamoulian 1933 Coeurs brulés de Josef von Sternberg 1930 * La Femme et le pantin de Josef von Sternberg 1935 * L'Impératice rouge de Josef von Sternberg 1934 La Maison des sept péchés de Tay Garnett 1940
J'ai déjà parlé de Patrick Brion, dont les livres ne me lasseront jamais. La plupart de ses livres à La Martinière, les plus anciens, sont épuisés pour cause de succès (mérités). On arrive, à force de patience, à en retrouver d'occasion en excellent état. Je possédais déjà son sublime Tex Avery* (avec des pages en papier calque et des croquis dépliables, imprimés sur 3 feuilles), je viens de dénicher Les dessins animés de la Metro-Golwyn-Mayer. Je suis heureuse qu'un homme passionné comme lui existe en ce bas monde. On peut écouter une conférence qu'il a donné sur le cinéma hollywoodien ici. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3328,36-371098@51-625919,0.html J'aime beaucoup son Cinéma de minuit, sur France 3, le dimanche très (trop) tard. * Quand je pense que la Warner a osé censurer les oeuvres de Tex Avery, dans la réédition en coffret DVD (c'était déjà le cas des VHS) de ses petits bijoux ! Quelle honte ! "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît !" disait Audiard... Voir ici pour plus de détails sur cette lamentable affaire.

Ralph Steadman est né en 1936. Il donne son premier dessin au Punch en 1958. En 1967, il donne la pleine mesure de son talent en illustrant Alice au pays des merveilles et sa suite. Ce n'est qu'en 1978 qu'il compose ce livre dont je viens vous parler, à mi mots, ce matin. Chaque image est signée de son nom décomposé typographiquement en deux parties : STEADman. J'ai été frappée autant par les mots que par les illustrations et, pourtant, je suis plus sensible, par ma complexion, aux mots. Ce livre devrait intéresser les connaisseurs de l'oeuvre de Freud et les profanes. Les premiers apprécieront davantage l'ironie, l'humour et l'exactitude dont fait preuve l'auteur. Cette vitalité de ton et cette impertinence donneront, très certainement, aux autres envie de découvrir Freud. Ce livre est à la fois une manière de biographie de Freud, par la bande, par l'anecdote, par ce que j'appellerais le fragment. Cette méthode convient parfaitement à l'autre sujet de ce livre, qui est de parler du Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, le livre le plus drôle et le plus excitant de Freud - selon moi ! En effet, le mot d'esprit procède par fragments, par détails, découpés dans le réel et le langage qui le véhicule.

Petit extrait savoureux du livre de STEADman : "Une tendance à la congestion et une forte consommation de cigares (vingt par jour) entraînaient chez Freud beaucoup de crachements et expectorations, y compris selon son biographe, Paul Roazen, en présence de ses patients, et cela de manière fréquente. Si l'une d'entre elles se redressait brusquement ou manifestait quelque signe de dégoût, Freud la réprimandait sévèrement en ces termes : " Madame ! si vous êtes incapable de contrôler vos réactions, je serai contraint également de péter, simplement pour vous montrer la chance que vous avez !" Nous avons là, un peu cru, un mot d'esprit d'omission avec substitution. Ce qui a été omis est remplacé par une déduction renvoyant à ce qui a été omis - la déduction, ici, étant un rappel adressé par Freud à sa patiente du fait qu'il y a pire que les crachements et expectorations, mais que les bonnes manières l'empêchent de lui en faire la démonstration."

Quatrième de couverture : Livre mythique, le Freud de Ralph Steadman, fruit de longues années de recherches, fut salué lors de sa parution comme l'un des livres illustrés les plus intelligent et les plus originaux de son temps. 50 dessins pleines page et 25 vignettes scandent cette biographie pas comme les autres : une expédition au royaume de la fantaisie, inspirée par le quotidien de la vie d'un génie. Steadman se fonde sur les faits avérés de l'existence de Freud - qu'il connaît admirablement - mais pour mieux les interprétés, en échauffant des théories parfois délirantes. De la petite enfance de l'inventeur de la psychanalyste jusqu'à sa mort, chaque scène de cette vie est transformée en situation comique et analysée avec humour selon les critère du mot d'esprit exposés par Freud lui-même.

Il en résulte un véritable festival freudien : calembours visuels verbaux, lapsus, contrepetries, descriptions désopilantes de Freud à l'armée ou chez son barbier ...

Derrière le Freud amer, tyrannique et obsédé par la sexualité de l'imagerie classique, le désir de montrer un Freud humain, qui rit, qui aime, qui doute et qui souffre.

Je voudrais rendre un modeste hommage, ici, à Henry Mayhew (1812-1897), journaliste londonien, qui nous laissé plusieurs sommes sur le Londres victorien, s’attachant à retranscrire chacun des aspects de la vie de cette ville, à cette époque. Il s’est intéressé aussi bien au travail des enfants qu’à la vie dans les prisons. Il fut plus qu’un journaliste ou un écrivain, il fut un véritable anthropologue doublé d’un enquêteur scrupuleux. Son London labour and the London poor (4 volumes) est encore édité aujourd’hui et constitue un témoignage inestimable sur cette période historique. La grande qualité de Mayhew est dans le luxe de détails dont il abreuve avec profusion son lecteur, si bien que l’on a le sentiment de vivre dans le Londres victorien. Il dissèque la vie de tous les « corps de métiers », y compris les prostituées ou les mendiants !
J’éprouve beaucoup de plaisir à compulser ses livres.
Il a créé le célèbre magazine d’humour et de satire, Punch – à qui les britanniques doivent certaines de leurs expressions les plus savoureuses, par exemple ceci : http://en.wikipedia.org/wiki/Curate%27s_egg
On peut lire London poor and the London labor ici.
jeudi 24 novembre 2005
Citations extraites de son autobiographie, Histoire de ma vie : "Il paraît que les bébés et les chiens sont les meilleurs acteurs de cinéma. Mettez un bébé d’un an dans une baignoire avec une savonnette, et rien qu’en essayant de la ramasser, il fera rire toute une salle. Tous les enfants, sous une forme ou sous une autre, ont du génie : le tout, c’est de le faire apparaître. " Au sujet de Jackie Coogan, l'interprète du Kid : "Il y avait une scène dans laquelle nous voulions que Jackie pleure réellement lorsque deux employés de l’Orphelinat viennent me l’enlever. Je lui racontai toutes sortes d’histoires poignantes, mais Jackie était d’humeur très gaie et malicieuse. Au bout d’une heure, le père déclara : — Je vais le faire pleurer. — Ne lui faites pas peur, ne lui faites pas de mal dis-je, éprouvant déjà des remords. — Oh, non, non, dit le père. Jackie était de si joyeuse humeur que je n’avais pas le courage de rester pour regarder ce que le père allait faire ; je passai donc dans ma loge. Quelques instants plus tard, j’entendis Jackie qui sanglotait. — Il est prêt, dit le père. C’était une scène au cours de laquelle j’arrache l’enfant aux représentants de l’Orphelinat et, tandis qu’il pleure, je le serre dans mes bras et je l’embrasse. Quand la scène fut tournée, je demandai au père : — Comment avez-vous réussi à le faire pleurer ? — Je lui ai raconté que s’il ne pleurait pas, nous l’emmènerions du studio pour l’envoyer vraiment à l’Orphelinat. Je me tournai vers Jackie et je le pris dans mes bras pour le consoler. Il avait encore les joues humides de larmes. — On ne va pas t’emmener, dis-je. — Je le savais, murmura-t-il. Papa se payait ma tête."

Harold Llyod dans Safety Last (Monte là-dessus) de Fred Newmeyer et Sam Taylor.



Ce film est l'un des plus drôles du muet.





Bien sûr, tout est parfaitement truqué et Llyod n'est pas aussi loin du sol qu'il n'y paraît.
Dans le film, il évoque son propre nom. J'aime beaucoup ce genre de clin d'oeil. Mais le meilleur, dans le genre, est celui de Cary Grant, dans La Dame du vendredi, qui s'exclame : "La dernière personne qui ait osé me dire ça, c'est Archie Leach, juste avant que je lui coupe la gorge!". Archibald Alexander Leach étant le véritable nom de Cary Grant.
Je suis une monomaniaque de la digression !
Association d'idées riches. Les Marx me font penser à Laurel et Hardy et, tout à coup, je me souviens des Petites canailles (Little rascals AKA Our gang) ! en effet, l'inventeur de ces petites comédies qui mettent en scène des enfants, n'était autre que Hal Roach, celui qui a découvert Laurel et Hardy ! Savez-vous à quoi je fais allusion ? Pour ceux de ma génération (la trentaine), il vous sera peut-être facile de vous souvenir de cette série qui est passée un temps sur Antenne 2 (si ma mémoire ne me fait pas défaut, je n'ai pas pu l'inventer). Je vais vous peut-être rafraîchir la mémoire. Ensuite, dans les années 80, une série animée a été créée d'après la série originale. http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=333&sec=1 Le meilleur lien que j'ai trouvé sur le sujet : http://en.wikipedia.org/wiki/Our_Gang Celui-ci est également très intéressant : http://www.cyranos.ch/ourg-e.htm
Groucho (le moustachu, qui aime le cigare et fait des bons mots), Harpo (le muet qui joue de la harpe) et Chico (celui qui n'est ni moustachu ni muet mais qui joue du piano !), ainsi que les moins connus Zeppo (qui a joué dans 5 films) et Gummo (qui, sauf erreur de ma part, n'est jamais apparu à l'écran), ont laissé un souvenir impérissable dans l'hsitoire du cinéma.
J'ai revu, hier soir, At the circus. Même si ce n'est pas l'un de leurs meilleurs films, j'ai été ravie d'assister à leurs facéties. D'autres ont apposé leur nom sur leurs films, mais il me semble impossible de ne pas songer à quel point, les Marx sont plus que les acteurs de leurs films. En effet, ils imposent un véritable rythme, qui est leur style propre à chacune de leur apparition sur l'écran.
Je ne connais pas d'équivalent dans l'histoire du cinéma en ce qui concerne l'art de la catastrophe, qui est le leur. Hormis, peut-être, bien sûr, un film délirant, le film le plus délirant au monde : j'ai nommé Hellzapoppin de H.C. Potter. On a beau ne voir ce film qu'une seule fois dans sa vie, il est impossible de l'oublier. Imaginez une boule de neige qui ne cesse de grossir et vous aurez une idée de l'ampleur des dégâts !
A la différence d'autres acteurs burlesques [burlesque : de l'italien, burla, « moquerie », «plaisanterie », forme de comique caractérisée par une exagération du ridicule], il n'y a jamais de fond de tristesse ou d'amertume dans les films des Marx. Le comique n'est pas là pour pallier le tragique de l'existence humaine. C'est un comique pur, sain, un signe de bonne santé vitale et psychique. Tandis que chez Chaplin, Keaton, Llyod ou Langdon, le burlesque des situations expose plutôt un acharnement du réel contre le sujet humain.


Citations : "Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S'ils ne se lâchent pas c'est parce qu'ils ont peur de s'entre-tuer."
"Un homme : j'ai épousé ma femme en secret.
Groucho : En secret ? Vous ne lui avez pas dit ? Pas étonnant qu'elle sorte avec d'autres hommes."
Groucho Marx
mercredi 23 novembre 2005
Frédéric Delebecque qui, en 1925, a traduit Wuthering Heights par le génial titre Les hauts de hurlevent fut à l'origine d'une jurisprudence. Le titre même d'un roman traduit devenait oeuvre de création. "Attendu que le titre Les Hauts de Hurlevent [sic] constitue une invention originale, et non une traduction littérale du titre anglais, le mot Wuthering n'ayant pas d'équivalent direct dans la langue française, et n'étant au surplus employé que très localement dans les pays de langue anglaise — qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une traduction, mais d'une interprétation nouvelle de Delebecque, qui peut s'en prévaloir comme d'une oeuvre personnelle et, dès lors, en revendiquer la propriété, d'ailleurs cédée par lui en exclusivité aux éditions Payot." D'ailleurs, le code de la propriété intellectuelle fait référence, aujourd'hui encore, à ce cas :

    "Pour un glissement vers l'examen du mérite, v. à propos du titre Les Hauts de Hurlevent, traduction non littérale du titre du roman Wuthering Heights d'Emily Brontë, le constat que le titre était une trouvaille rendant de manière approchante, musicale et inquiétante, l'atmosphère angoissante du titre originale. "
(Code annoté de la propriété intellectuelle, Paris, Ed. Yves Marcellin, CEDAT, 2000. Article L. 112-4 ; « Protection par le droit d'auteur : originalité. »)
Chaque année, pendant la période qui précède Noël, j'aime lire Dickens. Je ne manque jamais de sacrifier à cette tradition, car je n'oublie pas que Dickens est en quelque sorte celui qui donna à Noël ses plus beaux atours. Petite anecdote à ce sujet : Paul Davis, dans son livre intitulé The Lives and Times of Ebenezer Scrooge relate cette anecdote bien connue, véhiculée par Theodore Watts-Dunton, pour la première fois (en 1870), selon laquelle il marchait dans le quartier (populaire) de Drury Lane, près du marché de Covent Garden, le 9 juin de cette année-là, quand il entendit la réaction d’une petite fille à l’annonce de la mort de Dickens. « Dickens est mort ? Alors, le Père Noël l’est aussi ? » Ceci pour prouver que Dickens a grandement contribué à la renaissance des traditions de Noël qui étaient en voie de disparition. La neige, le vent, la dinde fumante et tous les autres (sympathiques) clichés doivent beaucoup à la plume chaleureuse et acérée de Dickens. Bleak House ( dont le titre est doté d'une TRES BELLE traduction française : La maison d'âpre-vent) est le roman le plus étrange de Dickens, peut-être mon préféré, mais également le moins "abordable" de front et le plus massif. A la fois écrit à la première personne du singulier et d'une manière impersonnelle, le roman relate - entre autres ! - le récit d'un interminable procès pour l'obtention d'un héritage (le procès Jarndyce contre Jarndyce). Beaucoup considèrent que Bleak house est le meilleur roman de Dickens et je suis presque de ceux-là. Disons que je mets ce livre à part, parce qu'il est échevelé, palpitant, noir et très collinsien. Sa tructure est extrêmement complexe. Dickens tire tant de fils autour de ses personnages- marionnettes que l'on a presque peur qu'il ne finisse pas ne plus retrouver LE fil conducteur. Bien sûr, cette crainte est infondée, car Dickens est le meilleur. Je doute plus de Dieu que de lui. Beaucoup d'images sont gravées dans mon esprit lorsque l'on nomme devant moi La maison d'âpre-vent. Tout le monde se souvient, au moins, de cette intrigante mort par "combustion spontanée" dont je reparlerai ! Je relisais tout à l'heure les pages que lui consacre Sylvère Monod, dont le nom évoque beaucoup d'agréables souvenirs mais aussi d'envie. Je crois bien que Dickens est, après Louis-Ferdinand Céline, la personne qui a le plus compté dans ma vie.
John Franklin Bardin (1916-1981) Auteur à la biographie plutôt succincte. Personnage mystérieux à souhait à cause du peu que l'on sait de lui et à cause de ce que l'on devine ou croit deviner de lui en le lisant. Il a écrit une dizaine de romans, dont trois (ceux réédités chez Joelle Losfeld) sont des classiques du policier : La mort en gros sabots (The deadly percheron) , Le Diable l'emporte (Devil take the blue-tail fly ) et Qui veut la peau de Philip Banter ? (The last of Philip Banter). Je traduis de l'anglais son point de vue, exprimé en une citation souvent reprise : "Il y a un seul mobile à l'écriture d'un roman : être publié et lu. Selon moi, il n'y a aucune différence entre le roman à énigmes et le roman. La seule différence qui vaille, c'est celle qui existe entre les bons et les mauvais livres. Un bon livre emmène le lecteur dans un autre monde d'expérience ; il est en soi une expérience. Un mauvais livre, à moins que le style soit vraiment indigent, soutient l'attitude intransigeante du lecteur, qui consiste à ne pas tenter d'expérimenter un nouveau monde. Eu égard au fait qu'il y a des criminels, des psychopathes et des sociopathes dans tous mes romans, on peut dire que mes romans sont des thrillers psychologiques." Qui veut la peau de Philip Banter ? Un bon roman policier, peut-être le moins bon des trois, mais néanmoins un roman que tout amateur du genre aura plaisir à lire, et que les autres savoureront tout autant. Philip Banter est le héros ; il est marié sans passion à une femme, qui n'a guère d'épaisseur et qui entretient une relation trouble avec son père. Elle choisi pour époux le héros à la place d'un autre prétendant, Jeremy, qui est un ami du couple. Philip Banter est plutôt un anti-héros qu'un héros. Il est banal, mène une vie tout aussi banale et n'aspire à rien de bien extraordinaire. Par bien des aspects, il ressemble aux privés que l'on trouve dans certains romans américains : ennui, femmes et alcool sont le résumé de sa vie. Il collectionne donc les femmes par désoeuvrement et son épouse est complaisante, jusqu'à un certain point. Un matin, sur son bureau, il trouve une confession signée de son nom et censée relater les événements qui vont se passer le lendemain, bien que ladite confession soit écrite au passé. Etrange, n'est-ce pas ? Ce qui est plus étrange est que les événements prévus commencent à se produire le jour dit, bien que Philip Banter fasse tout pour éviter le déroulement des faits. Qui peut ainsi prévoir ce qu'il va faire le lendemain au point de l'écrire noir sur blanc ? Est-il fou et l'auteur de cette confession (et des suivantes, 3 au total) ou bien quelqu'un cherche-t-il à lui nuire, voire pire ? C'est à cette question que ce roman s'efforce de répondre. La réponse se tient en dernière page et elle n'a pas nécessairement l'allure qu'on pourrait lui prêter par avance. Le roman se lit d'une traite. L'écriture est fluide, tranchante, sans éléments superfétatoires, mais très soignée. Le procédé est chirurgical. La fin m'a un peu déçue mais j'estime grandement le roman.

Geoffrey Holiday HALL 
L’homme de nulle part (The End Is Known) - GRAND PRIX DE LITTÉRATURE POLICIERE 1953.
Nous n’avons que peu de renseignements sur la biographie de cet homme qui semble avoir écrit, par ailleurs, sous un autre pseudonyme. Il était américain.
L’homme de nulle part est un classique du genre, que l’on range aux côtés des meilleurs policiers, et qui a souvent été classé parmi les dix meilleurs romans de mystère jamais écrits. La dénomination pourrait induire en erreur, si l’on se fie au neuf dixièmes du roman. Certes, il y est bien question d’une enquête, celle du héros, mais point de criminels ou de meurtres à élucider, semble-t-il. Mais attention, ne pas trop se fier aux apparences, si claires soient-elles… Ce livre est du genre de ceux dont on ne peut rien dire sous peine de gâcher le travail de l’auteur, travail est qui, ma foi, un joli travail souterrain. J’ai cru avoir affaire à un bon roman, mais pas au point de crier au génie. Je l’ai lu rapidement, bien que le rythme qu’il imprimait à ma lecture fut lent. Je voulais savoir la même chose que le héros. Nous étions bien deux dans cette quête. Ce n’est que plus tard que j’ai compris l’habileté de l’auteur et que j’ai réévalué mon opinion : ce n’est pas un bon roman, c’est un très bon roman. Mais je ne vous dirai pas pourquoi. C’est à vous de le découvrir. La simplicité est une arme redoutable : on s’imagine être face à l’évidence et puis on tombe à cause de cette présomption. Revenons à l’histoire : un homme rentre chez lui pour voir un homme tomber de sa fenêtre. Celui-ci était venu lui demander de l’aide, il avait même prétendu, devant l’épouse, que son mari était le seul au monde à pouvoir l’aider. Puis, tout à coup, il s’est jeté par la fenêtre. Or, le mari ne connaissait pas cet homme. Il ne l’avait jamais rencontré. Ce mort va le hanter. Que lui voulait-il ? Comment aurait-il pu aider quelqu’un qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve ? Il va mener cette enquête, afin de déterminer l’identité de cet homme.
Ce livre n'est plus édité, mais on peut l'obtenir d'occasion...
Bandini, La route de Los Angeles, Demande à la Poussière et Rêves de Bunker Hill constituent une tétralogie pleine de feu et d'humanité, avec pour fil conducteur la vie du héros, le double de Fante, Bandini. Bukowski - dont une partie de sa correspondance inédite vient de sortir chez Grasset - a toujours considéré Fante comme son "maître". Effectivement, on retrouve un lien de parenté évident entre l'oeuvre des deux hommes. Mes deux livres préférés sont ceux dont je donne image dans ce billet. Ces romans sont très représentatifs de son oeuvre. Il y a une gouaille, un désespoir, un amour / haine de la vie qui transparaissent à chaque ligne, le tout saupoudré d'un humour mi-triste mi-gai. De ces lectures, il me reste un sentiment de nostalgie diffus mais tenace. J'ai lu une grande partie de l'oeuvre de Fante à un moment pénible de mon existence, où je me voyais bien dans la peau d'une ratée absolue, surtout du point de vue littéraire (c'est toujours le cas, mais je le vis mieux ; peut-être que je ne vais pas mieux, mais je vieillis, donc je suis confite dans l'acceptation de ma médiocrité), et cette lecture m'avait donné une leçon à la fois pour ma propre vie mais aussi sur ma manière d'écrire. En effet, j'ai découvert que la force d'une écriture ne réside pas nécessairement dans un style qui vous cloue le bec, mais aussi dans l'art d'être d'être pudiquement impudique, ce qu'est Fante, sans aucun doute. Quatrième de couverture : "Si vous avez des idées noires, plongez-vous dans Mon chien Stupide. Vous en sortirez revigoré. Le nouvel avatar de Fante, alias Bandini, est un quinquagénaire, vivant sur le bord du Pacifique avec sa femme et ses quatre enfants qui le font tourner en bourrique. Il recueille un énorme quadrupède, Stupide, un chien étrange qui complète la maisonnée. C'est à la fois drôle, ironique, tragique, bouleversant et merveilleusement écrit. A lire de toute urgence. " "Que ceux qui aiment Bukowski se précipitent ! Voilà du Bukowski du meilleur cru, dans une traduction parfaite, savoureuse et juste à point de Philippe Garnier, dont on ne vantera jamais assez les mérites ! A vrai dire, ce n'est pas du Bukowski, mais du John Fante, le type qui a influencé et fait verser des larmes d'admiration à Bukowski. Des histoires de loyer qu'on ne peut pas payer, et de bistrots minables où le café est pire que de l'eau de vaisselle. C'est à Los Angeles. C'est triste, c'est génial, c'est plein d'amour et ça se lit d'une traite. Hautement recommandé ! "



















J'ai découvert M. Ploog grâce au comic book Abadazad, offert par mon grand ami David. J'adore les rondeurs de ses coups de crayon, qui me mettent dans un état d'esprit particulier. L'association de son talent à l'hsitoire de Frank L. Baum nous offrent un très beau volume de saison.
Peu de gens savent que Baum a écrit autre chose que Le magicien d'Oz, et que ce dernier n'est qu'une histoire isolée dans une série.
Dommage...

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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