vendredi 27 juillet 2007
Chaque année, j'achète la nouvelle version électronique de certaine encyclopédie (ils m'ont menacée de représailles, m'ont même accusée de plagiat, donc je ne les nomme pas, mais ils se reconnaîtront). Je peux donc comparer, et ce depuis de nombreuses années, l'évolution des articles. Notamment celui dédié à mon auteur bien-aimé.
Ce matin, en allant lire l'article consacré à J. M. Barrie, je m'aperçois que les auteurs ont allégrement pompée ma présentation biographique, présente sur mon site et sur Wikipédia, sans me citer, bien entendu... Ils se sont contentés de tourner les phrases un peu différemment.
Je leur ai écrit. Je n'escompte pas de réponse. Simplement, je tiens à le signaler, parce que je trouve le procédé particulièrement douteux. De la part de particuliers, je suis malheureusement habituée, mais une grossière indélicatesse venant d'une telle "institution" a de quoi m'accabler. A quoi bon offrir mon travail si on le pille ?

Un exemple, parmi d'autres, de la piraterie avérée :

"Les didascalies de Barrie, dans ses pièces, sont parfois plus fructueuses que le dialogue lui-même. Il s'est en effet montré très doué pour trouver les meilleurs effets scéniques et pour présenter des personnages. Les éléments sentimentaux et fantasques de son oeuvre continuent aujourd'hui encore à alimenter un malheureux malentendu sur la valeur de son oeuvre."
(Ma version...)

Version actuelle dans Universalis : "Les indications scéniques que donne Barrie sont quelquefois plus intéressantes que ses dialogues. Il maîtrise en effet parfaitement les contraintes du théâtre et sait camper à merveille un personnage, mais son goût pour le sentimentalisme et les traits d'esprit continuent malheureusement de faire de l'ombre à son vrai talent."

Le plus drôle, c'est que l'on sent très bien que ceux qui ont écrit l'article - il n'est pas signé d'ailleurs... - ne connaissent rien de Barrie... Parce que, comme je m'en explique ailleurs, ce sentimentalisme est bien particulier et certainement pas ce que l'on entend ordinairement par ce mot. Sorti du contexte, cela prend un tout autre sens...
La seule solution, peut-être, pour coincer les plagiaires, est de glisser dans mon travail de petites erreurs ou des inventions de moi seule connues, afin d'apporter des preuves éclatantes de leur fourberie. Je l'ai déjà fait par ailleurs...

mercredi 18 juillet 2007
29 septembre 2005 - 18 juillet 2007.


827 billets.
Et tous ceux que je voulais écrire : sur Méliès, sur l'opéra, sur Louis Malle, sur l'oeuvre de Bergman, Fanny et Alexandre, sur quelques livres aimés trop fort, sur la vieillesse et le suicide... Mais il faut savoir mettre un point final. La perfection et l'entièreté ne sont pas humains. Pourtant, le principe du journal est de donner l'illusion que le lendemain peut racheter la veille et que l'on peut indéfiniment corriger le texte de notre existence. J'ai pris beaucoup de plaisir à gribouiller ce néant. J'ai rencontré quelques magnifiques personnes avec qui, je le sais, je vais poursuivre la route ; oui, je le sais. J'écris ces mots pour les autres, qui viendront peut-être me lire, trop tard, au hasard d'une recherche sur Google, par exemple.

La première page que nous lisons est aussi la dernière écrite, du moins en ce qui concerne ce genre de journal. Quant à notre propre journal, celui de notre mémoire... Il n'est peut-être pas si différent.

Après presque deux ans d'écriture quasi quotidienne, je ferme les portes et les commentaires. Cependant, si vous aviez oublié de me dire quelque chose, si d'aventure vous faisiez ma connaissance après mon départ, vous pourriez toujours m'écrire à mon adresse électronique. Et Holly G. n'est pas morte, même si elle préfère désormais qu'on l'appelle Céline-Albin Faivre.
Je continue mon travail sur le site de James Matthew Barrie, qui n'en est qu'à ses balbutiements, malgré une année d'existence. Il reste tout à faire. Le plus urgent : un plan pour se retrouver dans ce labyrinthe de pages cachées au regard immédiat. Il a proliféré sur les côtés, comme une plante tordue, qui manque d'un tuteur et ne cesse de croître au hasard des rayons du soleil, bien que de manière peut-être peu visible. Partout où sera prononcé le nom de cet homme, à qui je me consacre, vous aurez la chance (ou le risque !) de me trouver, car je me suis engagée à tout traduire de lui et je le ferai, quand bien même ce génie d'écrivain demeurerait encore longtemps inconnu des français. Les causes perdues sont les plus belles à défendre, les seules peut-être qui vaillent que l'on s'offre sans partage ni arrière-pensées.


Je vous annonce même la prochaine création d'une Société des amis de James Matthew Barrie, ouverte à tous. Nous travaillons à cette naissance. L'année prochaine, je me rendrai aux îles Hébrides et à Black Lake Cottage, afin de poursuivre mon pélerinage barrien et je partagerai avec vous cette nouvelle étape.
J'enrichirai aussi La chasse au Snark, ma page consacrée à Lewis Carroll, car j'explore sa vie, son oeuvre, ses journaux... et cette envie de le faire encore mieux connaître est présente dans mon coeur. Mais cela se fera en fonction du temps qui me sera accordé. En dents de scie, avec l'irrégularité des jours qui ne se ressemblent jamais.
Je termine avec les premiers mots qui ont inauguré ce journal, afin de boucler le cercle de l'éternel retour. Ils prennent aujourd'hui une autre valeur : "Dieu nous a donné la mémoire afin que nous ayons des roses en décembre."
mardi 17 juillet 2007
"When I get it the only thing that does any good is to jump into a cab and go to Tiffany's. Calms me down right away."


Je cherchais une image un peu symbolique pour clôturer ce JIACO. Il demeurera un moment recouvert de points de suspension, comme s'il était atteint de rougeole (une maladie infantile, on le sait !) ou bien comme si le soleil avait fait germer sur lui une myriade d'éphélides, tant que je n'aurai pas terminé trois travaux majeurs - m'autorisant néanmoins des exceptions et des incursions barriennes si nécessaire. Mais je ne reviendrai pas de longtemps et, pour cette raison, bientôt je fermerai les commentaires, comme si je tirais un peu plus les volets pour me mettre à l'ombre.


Certains magasins français commercialisent cette merveille,


qui me semble - à tort ou à raison - d'origine allemande. Des paravents à l'effigie d'Audrey Hepburn et, ici, du personnage de Holly Golightly.
J'aurais pu choisir un de ceux qui mettent en scène Marilyn. Elle aurait pu être Holly, du moins dans l'esprit de Truman Capote... Certaines images d'elle sont, néanmoins, selon moi, mal choisies pour orner ces toiles sur châssis, mais j'aime beaucoup celle-ci :

Certains, mixtes, comportent une face Marilyn et une face Audrey. "M. Golightly" m'a offert, ce matin, celui qui s'accorde avec le pseudonyme sous lequel je sévis depuis septembre 2005. Je ne lui ai pas encore trouvé de place dans la maison mais il ne demeurera pas dans mon bureau (Cf. la photographie) bien longtemps...

Si vous me cherchez, je suis derrière. Belle manière de conclure, puisque ce JIACO est (était) aussi un paravent derrière lequel j'ai pu jouer et, presque malgré moi, apprendre à être vraie.



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jeudi 12 juillet 2007
Après la douleur exquise d'un ancien chagrin d'amour,




ressorti de la naphtaline - car les artistes, qu'ils soient ou non écrivains au sens strict, sont tous des ordures qui portent leurs chagrins à la banque" (René Fallet) -, nous observons à nouveau, en voyeur, et par procuration, "la fin d'une liaison".
D'un courriel de rupture, qui se terminait par ces mots un peu lâches et d'une trop généreuse ou précieuse politesse : "Prenez soin de vous", Sophie Calle a donné naissance à une oeuvre, exhibée à la Biennale de Venise, cette année. Je la soupçonnerais presque d'avoir inventé ce courriel... Elle a soumis cette lettre électronique à des regards de femmes (qui exercent toutes des professions diverses), afin d'autopsier ce chagrin d'amour et, peut-être, de crucifier celui qui est présenté - très injustement - comme un "goujat". Si ce courriel n'est pas une invention, j'y verrai peut-être un manque d'élégance et, en même temps, une audacieuse manière de cautériser la peine de la part de Sophie Calle. Etrangement, j'ai plus de sympathie et d'admiration pour la personne qui a écrit ces mots de rejet que pour toutes les expositions autour de cet objet ou cadavre, cette relique d'une relation qui m'apparaît demeurer très loin de ce sentiment vivant que je nomme amour.


Karl Lagarfeld, l'insupportable maniéré, pathétique caricature d'une autre époque, prix Nobel minuscule de fausseté (je ne parle pas de ses créations, mais du personnage qu'il exhibe en société), a créé cette "robe de rupture" pour Chanel, portée par la toute aussi impossible Claudia S. - trop belle pour l'être vraiment... que l'on peut admirer dans la boutique Chanel de Venise.





[Cliquez sur l'image pour l'agrandir...]

Sophie Calle : "Il y a deux ans et demi, j’ai effectivement reçu une lettre de rupture. Je m’étais déjà aperçue que jouer avec les événements de ma vie m’aidait à prendre de la distance, à m’adapter aux situations douloureuses. Je me suis donc emparé de cette lettre. Et cela a marché : le projet artistique a vite remplacé le manque. L’idée m’a tellement excitée que j’ai eu quasiment peur que cet homme revienne. Pour la Biennale, j’ai donc demandé à des femmes d’interpréter la lettre en fonction de leur profession. La correctrice corrige les fautes de ponctuation, la cruciverbiste fait une grille de mots croisés, la criminologue dresse un portrait-robot de l’auteur, la chasseuse de têtes se demande si elle l’embaucherait, la médiatrice familiale tente une réconciliation, la championne de tir à la carabine vise chaque fois le mot « amour » (...)"

L'interprétation ou analyse que j'ai préférée est celle d'une latiniste qui a mis en exergue une faute syntaxique - ma foi, bien pardonnable - à défaut de pouvoir fustiger une possible faute morale de la part du déserteur...



Quelques vidéos :









(La catalogue de l'exposition est en vente.)

À mon tour, je vous dis : "Prenez soin de vous."
mardi 10 juillet 2007
Paradiso Spezzato. Hommage à Ezra Pound (enterré d'ailleurs dans le si beau cimetière de Venise), qui "essaya d'écrire le paradis". Une vision et un art de l'impossible qui ne peuvent s'exercer que fragmentaires.
Merveille au pavillon espagnol de la Biennale de Venise : le travail du cinéaste José Luis Guerín. Au beau milieu de tant de fumisteries que l'on nomme art par incapacité à éprouver et à penser, par paresse et bêtise, cette poésie du mouvement, cette chasteté des gestes, cette outrecuidance de l'inconnu vous brisent les arêtes du coeur. Les femmes que l'on ne connaît pas, que l'on suit dans la rue ou que l'on observe à la terrasse d'un café. Ces femmes, qui sont filles, mères, amantes, vierges ou putes. D'aujourd'hui et d'hier, qui ne sont que réponses les unes pour les autres à une question non formulée.


Portraits délités, ombragés, mêlés, de femmes réelles et évanescentes.





Aperçu de l'exposition (la vidéo n'est pas de moi) :

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"Hélas, j'aurais aimé te rejoindre, et c'est toi qui me rejoindras. C'est ainsi que les musées historiques me procurent un malaise insurmontable : les berceaux y sont toujours vides, et les tombes pleines, vases communiquant à sens unique."
Sans Vanessa - dont le jugement et les goûts m'importent - je ne l'aurais jamais lu. J'ai croqué la pomme, hier après-midi, rageant devant l'impossibilité d'égaler le style, l'implicite et le défendu, les pleins et les déliés de cette oeuvre dont je ne peux rien dire sinon vous lire un extrait significatif. Quelle beauté ! Quelle innocence ! Quel érotisme délicat ! Il n'y a que les sots qui y verront de la perversité. En avant, pour cette lecture promise ! Oui, j'ai bafouillé, car je ne lis bien que silencieusement et je n'ai pas envie de paraître meilleure que je ne suis en vous offrant une voix qui ne trébuche pas ici et là. Une seule prise et à Dieu vat ! Je n'ai qu'un regret : que l'auteur ne soit pas davantage reconnu. Aimez ce livre et songez que "toute grande personne ternit tout ce qu'elle touche, si elle ne redevient enfant."






Et moi de conclure avec cette image, découverte sur internet, qui m'enchante, par sa subversion et son humour.



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lundi 9 juillet 2007
J'ai ramené un peu des Zattere dans mes mains. Personne ne le sait, mais c'est sur les Zattere, que, symboliquement, j'ai choisi une des voies, qui sera mienne jusqu'à ma mort. Les vidéos sont de mauvaise qualité. Ne laisse pas ta vision intérieure de cette longue allée se troubler par mes pauvres images. Les Zattere affrontent fièrement la beauté de l'île de la Giudecca (que j'aime tant) qui leur fait face, au loin. La réalité est plus belle que les rêves, pour une fois, et je ne t'offre ici qu'un reflet terni, affaibli, du vrai. Comme dans la Caverne de Platon... Un jour, peut-être, marcherons-nous côte à côte sur ce drapé de Venise, sans nous parler, nous contentant d'échanger, un instant, nos ombres, en guise de salut et de reconnaissance. (Privilège insigne, la voix de M. Golightly, que je ne prête à personne...)





Sur l'île de la Giudecca. Je regarde au loin. Lorsque la caméra se retourne, on aperçoit les Zattere.



Et, en hommage à Corto Maltese, qui n'avait pas de ligne de chance, et qui s'en traça une au rasoir, un arrêt près de ce pont particulier, qui se trouve dans le Ghetto

et sur lequel le lecteur de Fable de Venise peut se reposer.

Deux livres indispensables, d'après Holly G. :


Celui qui concerne Corto est, en fait, un véritable guide de Venise, littéraire et pratique, excellent en tout point. L'autre vaut par les mots de Barrès, qui est proche de mon coeur.
Il ne faudrait point oublier l'un des plus beaux textes jamais écrits, Venises de Paul Morand.


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dimanche 8 juillet 2007
Sophie Calle est l'une des rares artistes contemporaines dont je m'enquiers toujours. Je me rends à ses expositions, je conserve ses catalogues, je la suis à distance, sans fièvre mais avec plaisir et intérêt. Elle et Raymond Depardon (avec San Clemente, par exemple) ont fait de leur vie l'œuvre que j'aurais aimé être ou la création que j'aurais souhaité extirper de moi-même.
Imaginez ma joie d'apprendre qu'elle était présente, par deux fois, à la Biennale de Venise !
Une présence discrète mais forte au pavillon italien, présentée dans ce petit billet. Je vous parlerai ensuite de son exposition principale, au pavillon français, moins tragique...

La mort de sa mère, mise en scène et, néanmoins, bien réelle. La main qui relève le drap, après s'être assuré de l'arrêt de la respiration en cherchant le souffle disparu sur sa bouche.


Sophie Calle a toujours joué entre le réel et l'imaginaire, jusqu'à ce que les deux se confondent, jusque dans l'oeuvre de Paul Auster.
Est-elle allée trop loin dans cette exhibition de la mort de sa mère ?
A mes yeux, certainement non. Je ne me serais même pas posé la question si je n'avais pas assisté à des réactions de rejet et de dégoût. Sophie Calle exprime l'impossibilité de saisir cet instant ultime, ce non-être, ce passage. Rien de plus, rien de moins. La mort ne concerne de toute façon que les vivants.

Agrandissez les images ci-dessous, qui vous donnent une vision de la première des deux pièces qu'elle occupait.

Préambule :



Jeunesse éternelle :




De la vie à la mort :




Le dernier mot prononcé :







Mise en abyme :


Une jeune femme assise, dans la seconde pièce, et qui contemple le film qui passe en boucle - sur lequel est gravé l'insaisissable instant du départ.






Le film (extrait):




Et, si vous n'avez pas peur de la mort - « C'est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort », disait Épicure - , je vous conseille une expérience dérangeante : ici (merci à Nicolas, pour le lien).

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Du temps ! Serveur, donnez-moi du temps ! Non, même les agiles du Florian ne peuvent satisfaire ce désir. Je les connais tous, ou peu s'en faut, par leur prénom. Du temps ! Il m'en faudra un peu, au moins une semaine pour montrer tout ce que mon coeur porte en lui de Venise.
Je décharge ici quelques excroissances de mon imaginaire.




Je punaise un ou deux détails dans ma mémoire.



Je puis me montrer studieuse,



même en ce lieu, sous l'égide et l'oeil peu étonné d'un des musiciens, qui nous revoit d'année en année, dans cette ville où les gens ne font que passer, où peu retournent, et où les véritables amateurs ne viennent jamais l'été - à cause de la densité de la population à cette époque. Ils ont tort : Venise est belle à toutes les saisons ; en été, malgré la horde de touristes, il y a des couleurs que l'on ne retrouve pas aux autres saisons, plus douces. Pourtant, je hais la chaleur et les êtres humains, surtout en nombre.

Venise est le palais de tous les artistes. Elle en porte les marques. Ici, Mozart...




Ailleurs, le lieu des amours désordonnées de George Sand :







Quelques traces de mon cher Henry James...

Le Palais Barbaro, façade arrière :






Vue de cet endroit :




Façade avant du Palais Barbaro :




Plus prosaïquement, on vit ici comme partout dans le monde.


Il est des endroits qui me glacent de désir, comme la boutique de ce relieur austère, qui vend des livres que je volerais sans scrupules, si j'étais malhonnête.







Un fac-similé de l'édition carrollienne d'Alice...



Et une édition avec des illustrations d'Arthur Rackham, le bien-aimé :



Les rues qui s'échappent en courant du quartier de la Fenice recèlent quelques belles boutiques pour l'enfant que je suis :








Une fée violette à la peau verte retiendra les battements de mon coeur :


Par un tour de passe-passe, elle se retrouve chez nous...




J'ai toujours adoré ces petits théâtres en carton :


Et les délicats personnages, I Pupi (je confesse en avoir adopté un ) :




Il n'a pas encore trouvé sa place dans mon bureau :




Finalement, nous lui avons trouvé un compagnon ...





Après un tour en gondole...





... j'ai ramené, comme chaque année, une paire de pantoufles de gondolier (ils n'en portent plus mais sacrifient tristement à la modernité, en osant d'odieuses chaussures Nike ou autres), achetées chez le seul vendeur digne de ce nom, dans le quartier du Rialto :





Deux pieds gauches, puisque, traditionnellement, les chaussons n'ont pas de préférence... Cela tombe bien, je n'ai pas de pieds et peut-être est-ce la raison de mon légendaire manque d'équilibre.

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J'aime beaucoup Nicolas Cauchy. D'abord par son écriture, puis par cette élégance que l'on devine assez facilement. Mon modèle, mon étalon-mesure est Cary Grant, alors...
J'aime aussi me tromper un peu sur les êtres, moi que l'on dit souvent intuitive, et l'auteur demeure devant moi un mystère non fissuré. Ce n'est pas une pose. Il est ainsi. Je ne dirai rien de plus. Je ne sais pas très bien qui il est et je pressens une discrétion que mes mots pourraient fatalement mettre mal à l'aise. Il est un écrivain que j'ai envie de retrouver d'un livre l'autre, qui n'en est qu'au début de son chemin. Il a également prononcé quelques mots magiques dans certains courriers personnels. Mais je parle de l'écrivain, le reste a moins d'importance.
Je l'ai connu à la faveur d'une expérience inédite qu'il a imaginée autour de son premier roman, dont j'ai parlé ici.
Le deuxième va bientôt paraître mais, par enchantement, il s'est retrouvé entre mes mains et j'ai eu la folle envie de l'emmener avec moi, en voyage, afin de lui faire prendre l'air. Le précédent roman avait un délicat parfum (une énigme non résolue à ce jour), lorsque j'ai humé les pages. Celui-ci aura l'odeur de la Sérénissime.
L'auteur nous dévoile les coulisses de la création de cette histoire sur un autre journal en ligne : ici. Vous pouvez aussi vous rendre sur son site officiel où il vous en parlera mieux que moi. Quant à Holly G., elle compte bien partager avec vous les états d'âme de sa lecture (brisons le suspense d'emblée : son livre est fortement aimé - sinon il n'y aurait pas lieu d'en toucher mot ici ) après sa suite vénitienne, et avant le grand sommeil de la Belle au Bois Dormant... Je dirais presque à l'auteur, comme Fanny Ardant à son nègre, dans le film de Lelouch précédemment évoqué, que je crève de jalousie face à ce livre. "Envie" est plutôt le mot qui convient, la jalousie ne se mesurant qu'entre personnes que l'on peut supposer d'une certaine égalité, et lui et moi ne sommes pas du même rang. Hélas, mille fois hélas, pour moi. A l'envie, je préfère l'admiration, car je n'ai d'autre ambition que d'avoir bon goût.
Dans cette attente de vous dire tout de ce livre, le tout de Holly, une facétie pour Nicolas Cauchy, en vidéo. Pardon pour la qualité de l'image, mais vous me pardonnerez, car j'ai offert de belles vacances à votre roman (il a visité tous les endroits de Venise cher à mon coeur de midinette) et tous n'ont pas cette chance ! A bientôt.



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  • samedi 7 juillet 2007
    Avant de poursuivre l'effeuillage de mon voyage en Vénétie, déjà une brève halte - pendant que j'encode et "délave" mes petites vidéos - afin d'évoquer un film français que je suis allée voir hier soir... et vous constaterez, au fil des billets, que tous sont liés par des affinités électives ou des associations fortes, physiquement brutales de temps en temps, qu'un regard franc et malicieux gobe en un clin d'oeil. Lelouch n'a-t-il pas filmé, par exemple, Venise pour Hasards ou coïncidences, un très beau film ?


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    Midinette : midinette [midinDt] n. f.
    ÉTYM. Fin xixe; de midi, et dînette, proprement « qui se contente d'une dînette à midi ».

    1 Anciennt. Jeune ouvrière ou vendeuse parisienne de la couture, de la mode. è Cousette, couturière, modiste, trottin. Arpettes (cit. 1) et midinettes qui sortent des ateliers. Gaieté, charme des midinettes.
    2 Mod. Jeune fille de la ville, simple et frivole. Goûts, sensibilité, conversation, lecture de midinette.
    (Le Grand Robert)

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    Je vous préviens : j’aime l’homme et, souvent, j'aime encore davantage le cinéaste. Ne serait-ce - s'il me fallait un motif - que parce qu'il a donné de beaux rôles à l'acteur français que j'admire le plus, Charles Denner (Si c'était à refaire, Robert et Robert...). J’imagine qu’une frange de mes « lecteurs » ne partage pas ce sentiment et je conseille à ceux que cette déclaration autoritaire offusque de simplement changer d’écran. Si ma vie était un mélodrame ou une tragédie de cinéma, j’aimerais qu’il la filme, de loin et en gros plan, car il ferait sûrement de moi une beauté, transformant le petit garçon que je suis souvent en la souveraine byzantine de ce royaume de mocheté dont je suis également l’humble sujette. Certes, Michèle Bernier demeure ingrate dans ce film, mais je présume qu’il eût pu la rendre attirante. Je le crois assez doué pour ce réaliser ce prodige. Ne séduit-elle pas d’ailleurs au-dessus de sa condition ? Oui. Très certainement. Oui. Avouons-le. J’adorerais me trouver femme dans son regard sur mes défauts physiques et sur mes possibles – bien qu'hypothétiques – grâces. Lelouch, c’est d’abord un cinéaste à femmes. Qui se refuse à saisir cette évidence perd de vue la raison première, peut-être triviale pour certains mais pourtant réelle et essentielle, de son cinéma. « Essentiel » signifie, pour une part, le contraire de hasardeux ou d’accidentel. C’est le cœur de la nécessité de ce cinéaste qui filme la contingence (le hasardeux, précisément) comme un destin, qui aime la contradiction et le paradoxe, le deus ex machina perpétuel, pour dire l’ineffable et l’insoutenable légèreté de l’être, telle que définit par Kundera. Oui, la féminité est la raison d’être du cinéma lelouchien, y compris et surtout celle qui s’exerce en l’homme. Tout simplement parce que les femmes ont plus d'imagination ou une imagination qui procrée dans tous les sens de ce dernier terme, tandis que la masculinité se contente de projeter des images avec son entendement. Ce constat a sa valeur dans son dernier film, comme dans les précédents, cela va de soi, puisqu’il nous livre le portrait croisés au fer de deux femmes : une midinette qui s’auto qualifie ainsi - ce qui tendrait à prouver qu’elle ne l’est pas tout à fait car, par définition, une midinette est censée être une conne - et une femme possiblement fatale ou vénéneuse incarnée par Fanny Ardant,


    la troublante, qui se plagie elle-même dans cette persona qu’elle dédouble ici, une fois de plus. La plus faible des deux femmes n’est pas nécessairement celle que l’on croit. Il faut bien se plier, comme si l’on s’exerçait à la barre qui sert pour les arabesques et les exercices des danseuses, aux conventions du genre. Lelouch ne cesse de le seriner à travers ses personnages caricaturaux. Cette fois-ci, ils le sont volontairement. Il le souligne trop (ce clone de Pivot presque pire que l'original, la présence de Bernard Werber, qui joue son rôle de produit marketing, peut-être pour se faire absoudre en prouvant qu'il de l'humour). Il a tort. En effet, souvent les critiques se sont demandé si Lelouch jouait ou non le rôle qui est le sien… et, par crainte d’être plus idiots que celui qu’ils prennent pour un imbécile, ont définitivement choisi la seconde branche de l’alternative. Se moquer de la caricature, du trait auquel on est réduit, pourquoi pas ? Caricaturer la caricature, la mettre en abyme et à mort. Mais Lelouch ne semble jamais savoir tracer la saine limite. Je me demande si ma tendresse pour lui ne naît pas de cette enfantine impossibilité qui lui est sienne, à savoir finir, à toujours vouloir s'assurer que l'on a compris qu'il n'est pas dupe.

    De Lelouch, je crois que l’on a tout dit. Surtout le pire érigé en Cliché, le stigmatisant dans ses tics (ses mouvements de caméra tourbillonnants), l’accusant de rachitisme cinématographique – pour ne pas parler de l’indigence de ses thèmes – et surtout, crime parfait et inexcusable, celui du sentimentalisme ou, plus méchamment, du sirupeux. Certes, il s’abandonne souvent à ses péchés mignons. Parfois, on éprouve comme une gêne pour lui, sans nécessairement cesser de l’admirer ou de simplement l’aimer, pour cette sincérité qui devient presque faute, par excès, paradoxalement, de vérité. On lui pardonnera beaucoup, voire tout, avec la même élégance qu’il transmet à ses films, y compris ceux qui sont inqualifiables (And now... Ladies and Gentlemen, par exemple) ou d’une fausseté qui confine à l’auto-parodie involontaire. Pourtant, c’est de cette veine rose poisseuse qu’il tira une œuvre qui obtint la Palme à Cannes en 1966 et deux oscars (ce qui, en soi, n’est aucunement un indice de qualité), Un homme et une femme – un film qu’étrangement je ne prise guère, ou plutôt que par principe et par entêtement je refuse d’aimer, dont il ne me reste qu’une chanson gnangnan et le vacillement de deux corps-atomes qui finissent par s’entrechoquer et que l’on aimerait éclater violemment l’un contre l’autre, comme les deux coquilles vides qu’ils sont. Ce serait logique. Je n’ai jamais souhaité voir la suite.
    Roman de gare pourrait être un condensé ou plutôt un précipité lelouchien, mais il est plus que ça et mieux que la réponse que le cinéaste adresse à ses détracteurs. Il n'y a aucune ironie mauvaise ou vacharde en lui, simplement un rire qui s'élève parfois trop fort pour sonner juste. De même que certaines répliques paraissent trop bien pesées pour produire l'effet attendu : le rire est mécanique. Il n'en demeure pas moins un plaisir honnête et véritable. Mystère.
    Il a d’abord présenté le film comme celui d’un inconnu, afin d’essayer de tromper la critique qu’il estime, plus ou moins lucidement, injuste dans ses jugements à son égard. Bien sûr qu’il existe un snobisme de la part de la critique et du cinéphile de base, attitude méprisante qui exige que l’on vomisse sur son cinéma. De même qu’il existe la Littérature majuscule et des œuvres qui s’essaient en pleine et honnête conscience à la littérature minuscule - la distinction que je trace très simplement entre l’art et l’artisanat (prétendant pour ma part œuvrer dans cette seconde catégorie lorsque je m’adonne à la fiction) -, de même il existe un cinéma majeur, celui des génies, et un cinéma plus modeste, moins large, mais pas nécessairement médiocre ou de seconde zone. Certaines œuvres géniales comportent aussi leur part de médiocrité et leurs facilités mesquines. La différence est toujours une question de profondeur et d’amplitude, mais paradoxalement il n’y pas toujours une différence proportionnelle d’intelligence entre ces deux versions d’un même effort pour dire, raconter, expliquer et interroger l’homme par une succession d’images, du moins dans l'instant. Le jugement s'impose, lui, dans la durée. La différence est portée par le temps, par le développement. Il peut y avoir une grandeur dans la bêtise, une fulgurance inconsciente de l’imbécile, un sublime accident de l’esprit. De bêtise il n’est pas question dans ce film, bien au contraire. Mais de ratage on ne parle que de cela, pas celui du film, mais de la vie des personnages, qui sont tous en souffrance ou sur le bord d’une autoroute, réelle ou métaphorique. Quelle plus belle image pour un purgatoire qu’une station-service ? Excepté le fait que je ne crois qu'en l'enfer, qui est notre quotidien, même s'il existe des mondes éphémères par-delà l'arc-en-ciel. Et puis il y a le regretté Bécaud qui est un peu le démiurge de cet homme et de ces femmes, par la magie d’une voix morte qui, cependant, faufile l’existence des personnages et les tire les uns vers les autres. Il y a des instants de grâce qui m’ont enchantée et menée haut dans la stratosphère des émotions simples, directes, belles. Lelouch a toujours été assez généreux avec ses personnages, leur offrant de multiples chances (Hasard ou coïncidences, mon film préféré du réalisateur ) ou des rédemptions spectaculaires (le personnage de Fanny Ardant s’élève dans sa chute, et elle devient la plus « innocente des coupables »). Et le personnage de Dominique Pignon de citer le dernier échange entre Vautrin et Rastignac... Hé oui, Lelouch s’inscrit dans un classicisme, bien que cela ne paraisse pas toujours évident. Il est un scrutateur des palpitations, un observateur de la comédie des sentiments (merveilleuse citation du fiancé qui éconduit sa belle, dans la voiture, et qui lui explique que, sur le chemin de Brest, où il rejoignait un amour de pacotille, plus il pleuvait moins il aimait sa fiancée de l'époque), où le tragique et le dérisoire ne sont jamais là où on les placerait tout d'abord. Je ne peux que jubiler devant cette peinture du monde de l'édition (et de ces "écrivains" de merde qui crachent leurs poumons pour une pompeuse virgule mal placée), que j'ai le malheur de connaîre un peu.
    Une belle femme écrit des best-sellers (Fanny Ardant), en réalité composés par un nègre (toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas du tout fortuite ; si vous saviez, lecteurs… !) un peu magicien, qui vit par procuration un succès qui ne peut lui appartenir qu’à une condition : tuer celle dont il n'est que l'ombre. La réciproque est tout aussi juste. Dominique Pinon (acteur fétiche de Jeunet, et pour cause !),


    qui donne corps et âme à ce personnage ambigu, est un acteur qui possède une gueule et une prestance fabuleuses. Tour à tour, serial killer pédophile, prof de lettres en banlieue, nègre, personnage, il est crédible dans chacune des versions qu’il offre de son moi, avant de dire la vérité.
    Il rencontrera Huguette (Audrey Dana),


    le "papillon de nuit", une pute, une coiffeuse qui fantasme sur la célébrité (manucurer une femme écrivain et shampouiner Lady Di la veille de sa mort !), qui mène en bateau sa vie et sa famille, une mère indigne qui a fait de la vie de son enfant un désert, mais que l'on ne peut détester. Elle ressemble tellement à celle que je n'ai pas eue, qui n'a pas voulu de moi, que j'aurais pu avoir mal en me reconnaissant dans son adolescente de fille. Peut-être ai-je eu mal un petit moment, mais j'ai aimé cette douleur d'être comprise, finalement. Et de me dire, à cet instant, que Lelouch saisit davantage que certains ne pourraient le croire.
    Et peut-être qu'effectivement "Dieu est un autre" - le titre du roman qui lie entre elles toutes les mises en abyme - et que l'essence de la midinette est de croire en l'impossible, puisque Dieu est mort et que tout est permis, y compris le remplacer.
    Sachant que Holly G. est une authentique midinette, ce film ne pouvait que l'agréer. N'est-il pas ? Tout le monde est une midinette, en vérité, mais il est des coriaces qui n'osent pas l'avouer, car ils ont un peu honte de ce qu'ils estiment une faiblesse d'enfant, une croyance pérenne aux contes de fées en quelque sorte. Ce sont eux les premiers qui nous ont nourris et, pour citer mon ami David, je dirais ceci : "C'est ignoble de faire croire aux enfants que le Père Noël n'existe pas !" Idem pour le Prince Charmant et tout le reste. Et Lelouch de rétablir la vérité. La morale de tout ceci, puisque toutes les histoires dignes de ce nom en possèdent une, est que le Prince Charmant n'existe que pour celles qui osent croire en lui.
    Mauvaise nouvelle pour les autres : j'ai épousé le dernier exemplaire existant.

    *****************
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  • vendredi 6 juillet 2007
    Pour Fauna, toujours, ma vénitienne.



    Non, je ne quitte pas le Carnaval, mais un mot tout de même que je répands ici, qui pisse au long cours, parce qu'il me faut célébrer la conjoncture des événements et parce que je peux rendre un peu grâce à ce temps qui m'est accordé en le gaspillant - le bon travail décuple parfois le temps. J'ai raté à moitié mon rendez-vous avec le Gilles (Pierrot) de Watteau,



    mais nous nous verrons bientôt. Il est des promesses que l'on ne peut briser, surtout si elles ont été contractées dans un songe... J'ai rencontré d'autres personnages à Venise : Corto Maltese, Henry James, cette satanée George Sand, des détrousseurs de venelles, des curieux aux fenêtres et des gens qui pleurent amer. Je me suis reconnue dans les pierres que j'avais griffées lors de mes précédents voyages en cette terre multicolore. Je tourne en rond dans le labyrinthe de mon existence mais un nouveau fil d'Ariane, rouge sang et, quelquefois, orangé comme les intestins d'un poisson crevé, pend quelque part. Je le tire un peu à moi et la mémoire se confond alors avec une vision nocturne, celle du futur. J'ai trouvé ce que je suis venue chercher.

    Je ne suis pas cinéphile si, par cinéphile, on entend celui qui est le gardien de la mémoire du cinéma et qui finit par ne revoir que les films, quand d'autres, comme moi, en découvrent encore beaucoup. Déjà presque vieille - après vingt-cinq ans, tout le monde est vieux pour moi -, le temps m'est compté et il me faut choisir entre creuser ou bien survoler. La décision s'impose presque d'elle-même et je vois davantage que je ne revois. Toutefois, Mort à Venise, est l'un des films que je rencontre encore quelquefois, avec ce frisson qui m'étrangle les sens et l'esprit.

    Bien sûr, j'ai un lien particulier avec ce film, parce que Venise est mon amie depuis déjà onze ans. Une ou deux fois par an, je vais vérifier dans son ventre gonflé et verdâtre de noyé que mes sens ne se sont point émoussés et que je suis toujours mortelle, que je puis souffrir de sa beauté et de sa déchéance charnelle. Mon union à cette ville est organique, sensuelle, viscérale, irrationnelle, au-delà de toute séduction, puisque la Sérénissime ne s'abaisse pas à vous lancer des oeillades. Elle est, distante, hautaine, royale, courtisane dans ses bas-fonds, peut-être, paradoxalement, mais toujours aristocrate lorsque vous vous avisez de croire la comprendre. Elle vous donne une pichenette de mépris lorsque vous la pensez conquise. Vous devez vous efforcer d'être digne d'elle. Vous n'êtes qu'une veinule, qui charrie les déchets de ce corps gigantesque. Vous n'êtes que le fragment ou le plus infime pigment de ses pierres roses ou ocre.


    Hors de question, vous le comprenez bien, de consentir à la vulgarité dans ce lieu. L'Hôtel des Bains



    [L'hôtel des Bains de face]




    [L'hôtel des Bains et sa façade arrière...]


    est l'un des endroits, avec le Gritti et quelques rares hôtels, où l'on peut lui rendre hommage. Vous m'y trouverez si vous me cherchez là-bas. En robe de soirée, embaumée avec de la soie et des drapés cotonneux, je froufrouterai dans les longs corridors. De noir vêtue, avec une ombrelle peut-être, je me poserai sur le rebord de sable de la plage privée de l'hôtel mythique, là où s'alignent des cabines de bain à l'ancienne et néanmoins exotiques.


    J'attendrai le moment que vient embrasser une vague ou deux. Mon jupon de coton ou de crêpe sera trempé et le léger froid me saisira , comme à un coeur à vif qui demande un peu de cuisson, lorsque la vague remontera sur mes jambes et mon buste.







    Je ne me retournerai pas complètement, car je sais que l'ombre décatie de Gustav est derrière moi. Je ne veux pas encore entrer dans son sillage ; il n'est pas l'heure. Son maquillage coule, la teinture de ses cheveux fond sous le soleil impitoyable. Et un homme de plage le découvre mort,



    tandis que Tadzio se confond avec l'horizon, toujours naissant. Tout est dit. L'implacable déclin de la vieillesse qui se condamne d'elle-même à la bouffonnerie et la jeunesse éternelle et distante, qui fait mine de vous aimer de loin, de son air boudeur.

    Point de cruauté, mais le Temps, tel qu'il se dit dans les sonnets de Shakespeare ou entre les mots gorgés de magnifique pourriture de Baudelaire.




    Tadzio et Gustav.




    Holly et son ombre.

    J'ai songé à cette ligne tranversale qui coupe toutes les histoires de Thomas Mann, à sa conception douloureuse et contradictoire de la nature de l'art. J'ai ouvert à nouveau Tonio Kröger :


    "La littérature n'est pas un métier, mais une malédiction, sachez-le. Quand cette malédiction commence-t-elle à se faire sentir ? Tôt, terriblement tôt ; à une période de la vie où l'on devrait encore avoir le droit de vivre en paix et en harmonie avec Dieu et l'univers. Vous commencez à vous sentir marqué, en incompréhensible opposition avec les autres êtres, les gens normaux et comme il faut ; l'abîme d'ironie, de doute, de contradictions, de connaissances, de sentiments, qui vous sépare des hommes, se creuse de plus en plus, vous êtes solitaire et désormais il n'y a plus d'entente possible. Quelle destinée ! A supposer que le coeur soit resté assez vivant, assez aimant pour en sentir l'horreur !..." (trad. Félix Bertaux, Charles Sigwalt et Geneviève Maury, souligné par l'auteur)
    Que l'on soit un raté ou non ne change rien à l'affaire. On ne vit plus que pour percevoir en soi la perfection de l'instant à écrire. Venise et la littérature on beaucoup en commun : l'une et l'autre aiment leur élus comme une mère. Et la meilleure mère au monde, c'est la mort.
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