Qu’attendaient-ils ?
De manger.
Petit-déjeuner à 7 h.
Déjeuner à midi.
Goûter à 15 h 30.
Dîner à 18 h 30.
C’est fou ce que ça mange un vieux, avec ou sans dents.
Et puis ils attendent aussi le courrier le matin ; le plus valide d’entre eux va chercher les lettres, en bas. C’est à la fois un privilège et la tâche la plus ingrate. Quand il n’y a pas de courrier, et il n’y en a pas souvent permettez-moi de vous le dire, ils attendent les visites l’après-midi. Ils sont avides de vous dès que vous pénétrez dans l'endroit. Vous passez devant eux le regard serré, tandis que leurs yeux vous palpent avec convoitise. Vous êtes de l'extérieur. Vous avez du prestige. Vous portez l'espoir, le saint sacrement des vivants.
Ensuite, ils attendent le lendemain.
La nuit est le moment redouté parce que l’attente est la plus longue, avec ou sans réveil à aiguilles fluorescentes. La nuit est un voyage sans guide. Ni chaud ni froid. Ni faim ni satiété. Je sais à peine si j’existe quand il fait noir. Il m’arrive même de me demander si je ne suis pas moi-même une sorte de nuit qui n’existerait que pour nous, nous les vieux, qui ne dormons pas. Je me confonds avec le néant des choses qui n'ont plus de noms. Je suis la dormeuse de la chambre 454. Je suis la dépouille d'une autre, qui portait manteau d'astracan et hauts talons et faisait valser les têtes des hommes, d'un homme.
Je me suis foutue par la fenêtre du quatrième étage, quand il est mort. Je me suis jetée dans le four de l'éternité, dans ce que j'espérais être la dernière nuit du monde. Mais je ne suis pas morte. On m'a ranimée et puis j'ai atterri ici. Le purgatoire sur terre. J'attends la prochaine station.
C’est à cet instant qu’on comprend que la vieillesse est vraiment terrifiante : quand on est clouté dans un endroit.
Avec ou sans enfant. C’est peut-être même pire quand on en a : ils vous poussent vers la sortie. Comme si ça allait de soi ; ils n’imaginent pas qu’on puisse s’offusquer. On a l’impression qu’on doit accepter sans rechigner une date limite de péremption. Toute sa vie, on attend des tas de choses, parfois même on les redoute ; quand on est vieux - et ça vous prend sans prévenir d’être vieux -, vous attendez toujours, parce que vous êtes habitués à cette pose, mais vous vous rendez compte que vous n’attendez plus rien d’autre que l’attente elle-même. Parce que, quand on perd cette envie de savoir la suite, on est perdu. Pour de bon. Pour les médecins et pour les enfants, qui sont à ce moment les rois de la fête. On ne meurt jamais que de lassitude. Pas de tristesse ou de désespoir. Simplement de fatigue. Il en faut beaucoup, vous savez, pour fatiguer un vieux. Être vieux, c’est comme d’étrenner une seconde enfance, mais sans la foi, avec un trou à la place de la mémoire. Tout s’écoule. C’est un robinet qui fuit. On écosse ses souvenirs et on se rend compte, finalement, qu’il n’y en pas cinq ou six sur plusieurs dizaines d’années vécues pour lesquels on serait prêts à échanger une heure de sa vie actuelle, aussi triste et prévisible soit-elle… Ça rend modeste d’être vieux. Être vieux signifie perdre, vivre au milieu de spectres, s’élimer comme un vêtement usé, ou avoir l’air d’un écusson qui se détache progressivement d’une veste, fil par fil. On ballotte. Tous mes amis sont morts, par exemple. Être orphelin à quatre-vingts ans n’inspire aucun apitoiement de la part des gens, pourtant ce n’est pas moins triste ou grave de l’être à cet âge qu’enfant… Les gens ne pensent pas, je crois bien…

[Photographie prise cet après-midi dans un mouroir comme un autre. La mort est très longue, aussi longue que cette embouchure, que cette langue de l'enfer.]

Je vous prie de me pardonner. J'avais prévu quelque chose de plus enjoué. Du sucré à gogo, comme les bordures de mes pages guimauve que vous pouvez toujours lécher, si vous êtes en hypoglycémie. Vous savez bien, je suis un joyeux drille. Je suis une midinette. J'ai du sucre glace plein les doigts et mes baisers sentent l'enfance, à condition de ne pas trop me respirer, car je pue également l'enfer, la merde et la mort. Il y a quelques personnes qui savent à quel point je ne suis pas fréquentable. J'ai la peste et cette maladie se nomme la conscience.
Le germe se développe lorsque l'adolescence ivre déchire le voile de Maya de l'enfance et proclame sa malédiction commune.
L'enfant croit et espère. Il ressent, mais il ne comprend pas.
Vous êtes tous atteints, jusqu'à un certain point, lorsque le faire semblant se craquelle suffisamment pour que l'on voit à travers les volets du futur.
Je suis une dame plus noire que vous ne le pensez. Je suis une exquise petite nihiliste. Non, je suis réaliste. Cela ne m'empêche pas de me bâfrer de l'existence. Ce sont les autres qui sont aveugles et cette cécité les arrange. Je me crève donc les yeux pour jouir de mon égoïsme en paix.
Mais, voyez-vous, aujourd'hui, rien n'y fait et j'ai la mort à la gorge, qui me bouffe le coeur, comme un chien enragé. J'aimerais avoir le talent de Céline ou de Zola pour vous dire l'horreur de ce Tartare, pour vous parler des habitants de ces tombes vermoulues, où pas un rai de lumière naturelle ne filtre. Ils sont tous crevés pour l'extérieur.
A quoi ça rime toute cette mort en suspension ? A quoi ça sert de vivre ? Hein, vous le savez ?
J'aimerais savoir vous dire pour que vous compreniez. J'aimerais que vous ayez mal, de cette douleur qui me brise en éclats, pour avoir moins mal. Il faut que vous imaginiez. Un espace géométrique qui sent le désaveu et l'incontinence. Un vilain cimetière de province, où chaque pensionnaire suinte l'asticot et la tristesse.
De longs couloirs atteints de lèpre.
Ô terreur. Un long ver qui sort du plafond. Une guirlande de Noël qui pend, ici et là. Image ridicule et pitoyable d'un ailleurs. Incohérence. Faire semblant, c'est cela que l'on nous demande ? Faire semblant de croire que tout est en ordre et normal, quand des êtres humains vivent dans des conditions pareilles ? Mes chiens et mes chats ont droit à plus d'égards, de tendresse et de luxe.
Je crois que ce sont les guirlandes qui m'ont donné l'envie de me pendre. En finir tout de suite, parce que je n'ai pas les tripes. Je vais dégueuler mon bonheur.
Je pose un pied, l'un devant l'autre.
Un petit carrelage, brisé par endroits, pour tout chemin de croix. Tout pue ici. J'ai envie de me tirer.
Une vieille, avec son déambulateur, qui hurle. "J'veux pisser !" Et elle se laisse aller devant moi. Cela éclabousse mes godasses. Ce n'est pas répugnant. C'est juste normal. La normalité est théorique et rassurante. C'est du statistique que l'on vous donne à bouffer.
Dieu est mort depuis bien longtemps et, s'Il ne l'était pas, il ne mériterait pas de vivre. Je me proposerais même pour lui faire la peau à cette ordure. Dieu à la potence et la vie avec. Qu'on en finisse ! Qu'on crève de dégoût de soi-même. Nous sommes tous coupables, moi la première. On paiera. Nous prendrons leur place quand ils seront pourris sous terre.
Si j'avais un coeur, un véritable coeur je veux dire, pas cette chose que l'on m'a greffée de force à la naissance, j'enlèverais cette dame - celle que je suis venue visiter - et je prendrais soin d'elle. C'est à ma portée. J'ai les moyens matériels de le faire. J'ai une grande maison.
Mais je n'ai pas de coeur.
Et ce qui me console, c'est que pas un être humain sur terre n'a de coeur, de véritable coeur. Un tel mécanisme d'horlogerie a peut-être existé jadis. Ou ce n'est qu'un mythe de l'âge d'or. Mais on l'a remplacé par un moteur plus sophistiqué : l'indifférence et le mépris.
L'efficience.
Savez-vous la raison de l'étrange disparition de cet organe ?
Le coeur était fait de cristal et il se brisait quand une émotion réelle l'habitait. Alors, ce n'était pas pratique.
Mais nos coeurs actuels sont faits d'un autre matériau et c'est pour cela qu'ils sont si durs et impénétrables. Réjouissons-nous de ce progrès.
mercredi 19 décembre 2007

J'ai toujours su et compris que l'acte d'écrire se produisait presque complètement en amont de la main qui s'épanche sur la page ou qui fait des gammes sur le clavier. Notre corps et notre esprit sont un laboratoire intérieur, dissimulé à tous les regards, et au nôtre en particulier. Cela s'écrit en nous avant d'être écrit hors de nous. Sinon l'acte d'écrire n'est qu'une imitation vaine et une pose bête et maladroite. Ecrire, c'est puiser dans les fluides vitaux, faire s'égoutter la grosse veine du dessus de la main dans l'encrier.

Les associations d'idées ne sont donc, selon moi, jamais gratuites, même si leurs ramifications ne sont pas toujours aisées à démêler. Il n'est d'ailleurs pas toujours profitable de les comprendre pleinement pour celui qui les tisse, de gré et de force.
Vivons donc comme l'araignée au sein de la forêt intérieure.
Ecrire demande maîtrise et rigueur du procédé opératoire, mais auparavant un total abandon face aux revenants de l'intime abîme. Le danger est là. Le courage aussi. Le reste n'est rien d'autre qu'une purge nécessaire et c'est l'événement le plus simple et le moins intéressant qui soit au monde, car le combat est déjà gagné (ou perdu).

Une fantaisie de trois idées fait la culbute en moi et je la dépose ici, sans rien expliquer, pour le plaisir de la suggestion.

1.


Cyrano de Bergerac, le véritable, martyre de la pensée libre.

Extrait des Etats et empire de la Lune (et souvenir d'un séminaire que je suivis autrefois en Sorbonne...)


2.




Le voyage dans la lune, par un alchimiste des grains de lumière, Georges Méliès.


3.

                                

Petit diaporama que j'ai mis en scène à partir des œuvres de deux photographes américains, tout à fait surprenants. Poésie de l'image, inspiration un tantinet "steampunk", ambiance à peine étrange qui me fait également songer à Tom Waits par certains aspects. Les titres de leurs œuvres sont joliment évocateurs : "Cloud Burst", "Forestbed", "Breathing Machine", "Mending the Earth", "Cloud Cleaner", "Turning the Spring"...

Liens :

Faites de beaux rêves, enfants d'ailleurs !
Et... « Songez à librement vivre » !


mardi 18 décembre 2007
James Matthew Barrie parle de lui-même, dans un discours qu’il prononce devant un parterre de critiques d’art dramatique et laisse confondu n’importe lequel de ses éventuels détracteurs ou laudateurs: «Aucun de vos adjectifs ne peut mieux toucher au but que celui que j’ai trouvé pour me désigner :“ l’inoffensif Barrie ”. Je constate à quel point cela vous frappe d’emblée, vous tous. Une comprimé amer à avaler, mais il semble que, au moins en ce qui concerne ce seul sujet, je sois le critique le plus qualifié dans cette pièce. Le mot que vous choisiriez pour moi serait probablement formidable. J’étais tout à fait préparé à l’entendre de la bouche du Président de cette assemblée, parce que j’ai pressenti qu’il ne pouvait pas être mesquin au point de dire “ fantasque ” et qu’il était possible qu’il oubliât de dire “ insaisissable ”. Si vous saviez combien ces mots m’ont souvent déprimé ! Je suis tout à fait sérieux ! Je n’ai jamais cru être jamais désigné par ces choses jusqu’à ce que vous les enfonciez en moi. Peu ont autant que moi essayé d’être simple et direct. J’ai toujours également pensé que j’étais plutôt réaliste.» Du point de vue de Barrie lui-même, ce discours est parfaitement cohérent. Il ne feint pas. Il ne joue pas un rôle. Il ne se crée pas une persona, à l’instar d’un Charlie Chaplin ou d’un Woody Allen, par exemple, au point que les autres confondent le rôle et l’acteur. Il est lui-même autant que l'on peut l'être, dans les limites de la liberté et de la facticité, telles que décrites par Sartre, par exemple. Mais c’est trop exiger de la plupart de nos contemporains.
Qui, dans son for intérieur, se trouverait étranger à soi-même, en marge du comportement normal ou moyen attendu par la société, s’il n’existait pas des êtres pour vous désigner autre et vous contraindre du regard à abdiquer toute forme de singularité ? La plupart d’entre nous adoptera les manières qui s’accordent avec la couleur du rang et de la position. Barrie, lui, n’est en harmonie qu’avec lui-même, exposant par cette aisance à être lui ce que d’aucuns cacheraient ou exprimeraient par d’autres chemins ou détours. Or, Barrie, lui, use de la voie droite, celle qui part à droite jusqu’au matin. Barrie est une île au milieu posée sur la mer de la bienséance, de l’hypocrisie, de la norme. Alors, Barrie n’a rien d’un homme étrange, loufoque, excentrique, extraordinaire si on le considère du point de vue de son regard intérieur, mais il devient tout ceci, indéniablement, à l’égard de nous-mêmes qui n’osons pas, qui n’avons ni génie ni force. C’est une belle âme, au sens où peut-être les anciens désignaient un certain type de courage. En ceci, comme en d'autres qualités, J.M. Barrie est un modèle pour moi.
Traduction effectuée par nos soins, souligné par nous. Reproduction interdite.
lundi 17 décembre 2007
Noël approche à grands pas et j'espère avoir le temps d'écrire quelques lignes obliques concernant cet événement d'importance. Ma robe en gaze noire est prête et mon cœur de petite fille est astiqué pour refléter avec le plus de vérité possible toutes les émotions de cette période. J'attends de pied ferme et vernis le Père Noël. Mais, eu égard au fait que je suis sa légitime épouse, je ne suis guère inquiète quant à sa venue.

Le volume Barrie, en préparation depuis des mois, dont la publication est toujours prévue en 2008, verra très certainement le jour, mais chez un autre éditeur que celui qui était prévu au départ. Dans de meilleures conditions, à la fois pour le volume lui-même et pour moi-même, car je ne transige pas avec certains principes, même si la liberté que je m'octroie semble être impertinente ou exagérée à certains. Le fait est que j'ai la chance et l'impudence de ne pas travailler pour gagner ma vie et que je peux choisir mes conditions. L'argent ne m'intéresse pas. Ainsi, je ne vends pas ma liberté d'être, de penser et de publier.

Et, dans cet intervalle, je donne des miettes à mes aimables oiseaux-lecteurs.

Je dédie cette miette ou cette croûte de pain frais à Kaguya qui m'a écrit une lettre magnifique et bouleversante (l'une des plus belles que j'aie reçues depuis que j'écris ce JIACO et que j'aie créé le site J. M. Barrie).

****************
J'ai la tête qui tourne un peu. Vertige du sentiment amoureux pour cet auteur.

Tout au plus s’agira-t-il ici d’exécuter quelques pas de danse autour de la tombe de l’auteur, avec la grâce supposée d’une danseuse étoile russe


[Cf. le billet de mon très cher et tendre ami Robert]

– de celles dont on peut essayer de tomber amoureux pour la simple beauté du geste (1) - ou bien se risquera-t-on à des entrechats, ratés, animés par la diablerie du rusé Peter Pan. Mais nous n’écrirons probablement jamais, à strictement parler, une biographie de Barrie. Ne maudissait-il pas, par avance, de toute éternité dirait-on, ceux qui essaieraient de « déterrer le mort et de fourrer un doigt dans ses orbites» ? Nous nous tenons sur le côté, figée dans une esquisse, une jambe tordue, parce que, soudain, nous nous souvenons de ce qu’il a écrit dans le labyrinthe de ses Carnets : « Je déteste les explications ! » Nous respectons cette farouche volonté d’indépendance tandis que nos doigts, comme les siens, « dégoulinent d’encre »… et se meuvent dans l’ombre de cette sage et impossible résolution. Se taire et l’écouter avec tous ses sens. Ces raisons pourraient suffire à faire préférer le silence ou, à tout le moins, à faire durablement pencher la volonté de ce côté-ci… La danseuse est à terre.
Il est d’autres motifs qui relèvent moins d’une faiblesse pour la formule aiguisée, celle qui en impose et tient à distance. Pourquoi coucher entre quatre pages sa biographie quand, brillamment, elle fut écrite par d’autres (Denis Mackail et mon ami Andrew Birkin, pour ne citer que les plus illustres et les mieux informés), même si au premier Mary Ansell-ex-Barrie-devenue-Cannan reprocha, à tort certainement (2), de n’avoir pas su cerner le grand petit homme. Emprisonne-t-on l’esprit de la nuit et la magie des fées dans un pot de confiture et, a fortiori, dans un livre ? Mary, Mary, Mary, trouvez un autre argument et si vous vous décidez à parler tout ce même, nous n’aurons d’autre choix que de vous écouter. « Ce n’est certainement pas le J. M. que j’ai connu pendant seize ans. M. Mackail l’a serré de si près avec ses propos étroits et un snobisme tel que l’on entrevoit très peu de l’homme véritable. Il avait un esprit fin et une immense dignité. Sa tragédie fut de savoir qu’il avait échoué en tant qu’homme et que l’amour, dans son sens le plus complet, ne pouvait être ressenti par lui ou même expérimenté, et c’est cette connaissance qui le conduisit à ses batifolages sentimentaux. On pouvait presque l’entendre, à l’instar de Peter Pan, croasser de triomphe, mais son cœur était malade en permanence. L'immense tragédie de son existence, M. Mackail l'a ignorée. Une tragédie qui ne peut être traitée avec de l’humour ou de la légèreté. M. Mackail a une passion pour le mot “petit” et au bout d’un certain temps cela devient ennuyeux. » (3) Ces protestations recevraient meilleur accueil de notre part si Mary A. avait toujours manifesté pareille loyauté à l’égard de son premier époux. Et pourquoi, si volonté de protection elle ressentait si fort, refusa-t-elle d’aider le biographe à écrire cette immense biographie, qui fait toujours autorité ? Pourquoi ne fut-elle pas plutôt reconnaissante à l’auteur de celer aux yeux des indiscrets les rapports platoniques forcés de son ex-mari, cette malédiction qu’il évoque à plusieurs reprises avec un tact non dépourvu de sincérité dans le dityque consacré à son alter ego, Tommy Sandys (4) ? N’avait-elle pas demandé à Sir J. M. Barrie de censurer certaines lignes qu’elle jugeait exhibitionnistes ? Dans ses Carnets, n’écrivait-il pas deux jours avant leur mariage : « Notre amour ne m’a rien apporté, sinon la souffrance. » ; « Comment ? Devons-nous vous instruire des mystères de l’amour physique ? » Certes, ces lignes n’étaient pas destinées à la publication, mais leur existence rend hommage au biographe de Barrie. Plus tard, lorsque le mariage sera, non pas consommé, mais prendra le goût vert-de-gris de la ruine, il écrira en plein jour : « Ce que Dieu trouvera le plus difficile à lui [Tommy] pardonner, je pense, c’est que Grizel n’eut jamais d’enfants. » Ce sont ces lignes que Mary lui demandera d’effacer. Le propos de Mary Cannan n’est pas dépourvu d’ambiguïté mais nous ne saurions la juger, quand l’époux déchu lui-même s’y refusa et jusqu’à sa mort se montra d’une bienveillance peu commune l’égard de celle qui l’avait pourtant abandonné pour un autre. Non, il ne s’agit pas d’établir une biographie qui, pour être à la mesure de l’homme, se devrait d’adopter un romanesque de chaque instant. Il faudrait une balance bien précise et bien étonnante pour peser des choses aussi légères qu’un rêve, l’essence d’un conte de fées ou les trois tonnes d’un regret. Malraux précisa ainsi cette pensée : « Il faut beaucoup de réel pour faire un conte de fées, mais il faut que ce réel y perde son poids. » Et si Peter Pan peut voler, c’est parce que sa mère, dans son incurie, a oublié de le peser… Malheureusement, nous ne sommes pas disciples de cet Icare qui n’avait pas besoin d’ailes, mais qui manquait d’elle, et nous ne pouvons ni voler ni entrevoir la couleur des cieux lorsqu’ils s’enfoncent au-delà des nuages, dans cet ailleurs rêvé qui a le goût d’un trouble, celui qui nous agite quand nous songeons à notre perte, lorsque nous croyons tomber de notre lit, comme Little Nemo, alors que nous ne faisons qu’être tirés par les pieds par le Marchand de Sable ou l’Homme dans la Lune.
Il est des choses aussi plus prosaïquement cruelles que, d’un trait de plume, en regardant par-dessus son épaule, en se donnant du Monsieur Anonyme, dans ses mémoires (4), Barrie désarme avec la brutale et salutaire franchise qui est la sienne : « En résumé, Monsieur Anon, cet homme qui abrite des chagrins secrets, trouvait inutile d’aimer car, après un regard jaugeant sa longueur et sa largeur, personne ne l’aurait écouté. » Ou encore, dans cette lettre à Mrs. Fred Oliver (21 décembre 1931, soit six ans avant sa mort) : « Six pieds et trois pouces (…) si j’avais atteint cette hauteur, cela aurait fait une grande différence dans ma vie. Je n’aurais pas eu l’ennui de faire tourner les machines des imprimeurs. Mon seul but aurait été de devenir le favori de ses dames – ce qui, entre vous et moi, a toujours été mon ambition malheureuse. Les choses que j’aurais pu dire si mes jambes avaient été plus longues. Lisez ceci, entrecoupé, de pleurs amers (…) » A peine transposé on retrouve cette même plainte dans des œuvres de jeunesse, telle que Le petit Ministre : « Il est dommage, mère, que je sois si petit, dit-il dans un soupir. - Tu n’es pas ce que j’appellerais un homme particulièrement grand, dit Margaret, mais tu es juste de la taille que j’aime. Même si Margaret n’en était pas consciente, la petitesse de Gavin avait affligé toute son existence. »
Il est tentant de prendre au premier degré cette souffrance qui est celle d’un homme qui aimerait avoir la taille d’un homme « normal » et qui, cependant, était moins court qu’il ne le dit et que je ne l’ai cru pendant longtemps.


[Extrait de la base de données d'Andrew Birkin.]

Sa femme était haute de 5 pieds (à peine un mètre et cinquante-trois centimètres). La taille est un prétexte, bien sûr, qui permet de parler ouvertement d’un problème physique ou psychique plus intime.
Et, en dernier recours, comme pour s’excuser de ne rien en faire, il faut bien admettre qu’il fut le premier à l’écrire cette maudite biographie ! Et parce qu’il l’a mieux écrite que personne, étant aux premières loges de son existence, mais sans s’aveugler sur son sujet - car il aurait pu être facile de le faire -, il donna à lire son existence à travers tous ses textes, même le plus petit et le plus insignifiant d’entre eux (ses lettres sont un modèle du genre).

Dormez bien, M. Barrie. Je veille sur vous à la lisière du temps. Je vous aime, comme l'enfant que je suis.

(1) Cf. ci-contre La vérité sur les danseurs russes, une fantaisie barrienne presque oubliée de tous.
(2) L’ex-femme de J. M. Barrie avait certains arrangements, condamnables, avec la vérité et le mauvais procès qu’elle fait à Denis Mackail paraît plutôt dicté par des motifs personnels, égoïstes. Mais loin de moi l'idée de vouloir la juger, puisque Barrie lui conserva son amitié ; je ne puis la concevoir ni subjectivement ni objectivement. Je ne la saisis pas du tout. Elle se dérobe sous ma pensée.
(3) Lettre de Mary Cannan à Peter Davies, le 14 avril 1941 (source : la remarquable base de données du site internet d’Andrew Birkin).
(4) « T. et G. Ce livre contient ce que les biographes ordinaires omettent. » (Carnet)

Toutes les citations ont été traduites par nos soins.
vendredi 7 décembre 2007
L’interstice tragique


L'envie s'empare de moi aujourd'hui de revenir à l'une des plus belles expressions donnée par Keats.






[John Keats]




FILL for me a brimming bowl


FILL for me a brimming bowl
And in it let me drown my soul:
But put therein some drug, designed
To Banish Women from my mind:
For I want not the stream inspiring
That fills the mind with--fond desiring,
But I want as deep a draught
As e'er from Lethe's wave was quaff'd;
From my despairing heart to charm
The Image of the fairest form
That e'er my reveling eyes beheld,
That e'er my wandering fancy spell'd.
In vain! away I cannot chace
The melting softness of that face,
The beaminess of those bright eyes,
That breast--earth's only Paradise.
My sight will never more be blest;
For all I see has lost its zest:
Nor with delight can I explore,
The Classic page, or Muse's lore.
Had she but known how beat my heart,
And with one smile reliev'd its smart
I should have felt a sweet relief,
I should have felt ``the joy of grief.''
Yet as the Tuscan mid the snow
Of Lapland dreams on sweet Arno,
Even so for ever shall she be
The Halo of my Memory.




Traduction rapide, littérale et sans beauté, pour les non-déchiffreurs d'anglais (je suis hermétique à la poésie traduite) :



Remplis pour moi à ras bord une coupe
Et laisse-moi y noyer mon âme
Mais ajoute un philtre dans l’intention
De bannir les femmes de mon esprit
Car je ne veux pas du flot inspirateur
Qui remplit l’esprit d’un désir tendre
Je veux boire autant
Que jamais l’on a bu de l’eau du Léthé
Afin de charmer mon cœur désespéré et de chasser
L’image de la plus belle femme
Qu’aient jamais vue mes yeux enchantés
Que mon imagination vagabonde ait jamais rêvée
En vain ! Au loin je ne peux chasser
La douceur éthérée qui fait fondre celui qui le regarde
La luminosité de ces yeux brillants
Ce sein - le seul paradis sur terre
Ma vue ne sera plus jamais autant bénie
Car tout ce que je vois a perdu sa gaieté
Je ne peux non plus avec délice explorer
Les livres classiques ni la tradition de la muse
Si seulement elle avait su comme mon cœur battait
Et comment, avec un sourire, elle soulageait ma douleur
J’aurais ressenti un doux réconfort
J’aurais ressenti « la joie de la peine»
Pourtant, à l’instar du Toscan, au milieu de la neige
De Laponie, qui rêve du doux Arno
Elle demeurera toujours
Le Halo de mon Souvenir



(Merci à Jim, mon inestimable ami, qui a corrigé mes bêtises.)




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« The joy of grief » est la « joie de la douleur » ; ce n'est point la douce mélancolie mais plutôt l’ivresse de la douleur, qui est telle qu’elle rend presque euphorique : parvenue à un certain degré la douleur ne peut plus augmenter, elle stagne et sécrète son propre antidote. Le paroxysme de la douleur rejoint paradoxalement l'acmé du plaisir : de même qu’un grand plaisir physique est aux confins de la douleur, de même une grande douleur devient bientôt quasiment source de jouissance. [Cf. ce petit billet sur les grandeurs négatives]

"La joie de la douleur" est la joie gravée dans la douleur, c'est la nervure de l'âme éplorée quand elle sent monter en elle l'écume de la peine. La joie mousse sur la peine. C'est ainsi que, au plus bas niveau de ce plaisir un peu sadique, la petite fille se fait pleurer devant la glace pour se satisfaire de cette ambiguïté.

La douleur et le plaisir, lorsqu’ils ne peuvent plus augmenter ni diminuer, anesthésient le sujet qui les éprouve. Un équilibre provisoire s'installe avant un retournement contradictoire. Ainsi, d’un point de vue physique du moins, ce n’est pas tant, dans un premier temps, de « joie de la douleur » dont il convient de parler que de l’apaisement d’une conscience qui comprend qu’elle ne subira rien de pire. C’est aussi l’insoluble et incompréhensible paradoxe des grands plaisirs et des grandes douleurs que de sembler sur le point de verser en leur contraire. Plaisir et douleur se rejoignent et se fondent en un point. Psychiquement ou moralement, on pourrait retrouver les mêmes réflexions : ce qui procure une (trop) grande joie laisse abattu et apathique, dépressif (qu’y a-t-il de pire que de ne plus rien désirer ? qu’y aurait-t-il de plus ennuyeux que la perfection dans la durée ?), de même un grand malheur, un accablement extrême, une douleur insurmontable peuvent éveiller dans le sujet désespéré une envie de revanche, voire de vengeance, un esprit de défi face au malheur ou à l’extrême souffrance. C’est cette rébellion du sujet à l’encontre de ce qui l’accable, voire de cette jubilation qu’il en éprouve que naît cette belle expression de « joy of grief ».


Inversement, le poète Keats écrivait – et Cioran à repris cette formule – « Je ne puis supporter la souffrance d’être heureux ». Tout se passe comme si l’homme était incapable de pureté, de sérénité ou de plénitude dans ce qu’il éprouve : dans le bonheur le malheur n’est jamais loin et vice-versa. Nous tanguons mais le pire est l'immobilité. Le tragique exprime l’exacerbation de cette contradiction toute humaine. Le malheur éveille en l’homme sa force, de même le bonheur amollit l’être. Le malheur est bien plus exigeant envers l’homme que le bonheur, mais le bonheur est un état autrement plus insupportable. Le malheur suggère l’excellence de l’être qui le subit, c’est en ce sens que l’on peut comprendre l’association des mots « grandeur », « noblesse », etc. attachés à l’évocation du tragique subi par un homme courageux [1]. De même, les stoïciens pensaient que les épreuves fortifiaient l’homme et que celles-ci n’incombaient qu’à des êtres dignes de les surmonter ou, plus modestement, de les accepter. Le malheur est une grâce accordée par la divinité. Le malheur est un exercice pour l’homme sage. Un exemple de cette bonne santé psychique est le cas d’Emil Mihai Cioran ; ses écrits sont résolument empreints de cette « joy of grief » si vivifiante, si roborative.
Dans toute l’histoire de la philosophie et de la littérature, on trouve des exemples de ce traitement du malheur par la joie. Homère, dans son Odyssée et son Iliade, ne cesse de faire preuve de cet étrange sentiment, qui est le cœur du tragique. A cet égard, il n’est pas inutile de renvoyer à Emile Littré qui cite La Fontaine dans son Dictionnaire : "En cet endroit où il [Homère] fait pleurer Achille et Priam, l'un du souvenir de Patrocle, l'autre de la mort du dernier de ses enfants, il dit qu'ils se soûlent de ce plaisir, il les fait jouir du pleurer comme si c'était quelque chose de délicieux, LA FONT. Psyché, I, p. 96." [2] Tout le sens de l’expression à laquelle nous nous attachons et toute sa difficulté résident dans le « comme si », qui nous livre un indice substantiel : le tragique ou la douleur exquise n’est peut-être qu’un point de vue, le fruit d’un perspectivisme. Cela nous apprend déjà que le plaisir (ou la joie) et la douleur ne sont pas des états aussi simples qu’il n'y paraît, des sentiments stables. Cette fluctuation de la joie vers la peine et de la peine vers la joie, cette ambivalence ou ambiguïté indiquent un trouble. L'eau de notre âme est changeante et le bateau de notre esprit chavire. Notre ancre est la raison.


Homère emploie souvent l’expression « se rassasier de pleurs », « se rassasier de larmes et de deuils », « se rassasier de douleur » [3] etc. Ménélas affirme aussi au chant 4 de l’Odyssée : « je me plais à m'attrister ». Il y a dans cette manière homérique de s’exprimer comme l’affirmation d’une satisfaction à l’encontre du malheur, de la douleur, du chagrin, comme une sorte de purification par le mal. La douleur remplit les personnages d’Homère et les nourrit, les fortifie, les guérit même. Qu’est-ce à dire ? Peut-être que cette douleur donne un sens – même négatif – à leur vie et peut-être est-ce là le sens de la « joy of grief » : se réjouir de souffrir, c’est se réjouir d’être homme, de subir un destin qui me justifie en même temps qu’il m’écrase. Ce destin me laisse présupposer que quelque chose me domine et me met à ma place. Si l’homme ne souffrait pas, il ne serait qu’une chose. La douleur est aussi la condition du plaisir. Paradoxalement, nous pourrions même affirmer que la douleur est plus nécessaire à l’homme que le plaisir. C’est ce lien de la douleur et de « l’ex-sistence » que l’expression « joy of grief » contient. Et ce point de vue, que nous appelons tragique, est peut-être ce qu’il y a de plus essentiel à l’homme, ce sans quoi l’homme perdrait peut-être sa qualité d’homme. En effet, il n’y a qu’à l’homme à qui il arrive des événements, qu’il s’attribue comme lui étant personnellement destinés, tandis qu’aucun accident n’arrive pas, à proprement parler, à une chose ou même à un animal - sinon métaphoriquement. C’est alors dans ce sens que Camus écrivit ce qui suit : « Il y a aussi un bonheur métaphysique à soutenir l’absurdité du monde. La conquête ou le jeu, l’amour innombrable, ce sont des hommages que l’homme rend à sa dignité dans une campagne où il d’avance vaincu. »[4] Cette « joy of grief » est à rapprocher de l’ « amor fati » nietzchéen.

[1] Jacqueline de Romilly, dans son livre sur La tragédie grecque, utilise un nombre incalculable de fois le mot « grandeur » ou des mots appartenant au même champ lexical, par exemple «majesté ». Mais c’est le mot « grandeur » qui revient le plus souvent sous sa plume. Ceci n’est pas un fait anodin mais montre – à défaut de démontrer – que la tragédie est ce qui exalte l’homme, le grandit, c’est-à-dire lui ajoute quelque chose qui le fortifie. Ce « quelque chose » est la vertu au sens grec du terme.

[2] Article « Pleurer », je souligne.
[3] Nous utilisons les traductions de Leconte de Lisle
[4] Le mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1961, p. 127
jeudi 6 décembre 2007
Mon JIACO possède un système de protection qui me permet de savoir qui réutilise mon modeste travail ailleurs sur Internet. Hier, quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que l'on avait transvasé de ce journal vers un blog de fortune (constitué d'un bric à brac grapillé ici et là et dédié à Marilyn Monroe) toutes les captures d'écran que j'avais faites du film Love Happy, sans bien sûr m'en demander permission - ce qui était, à mes yeux, une politesse des plus élémentaires. Mais il faut croire que certaines valeurs sont décédées de nos jours.

On me rétorquera à bon droit que je n'ai pas plus de légitimité à user de ce film ou de certaines photographies, certes mais il ne s'agit pas du même tort. J'use d'un droit de citation, qui ne cause pas de préjudice aux auteurs. J'apporte, par mon travail (faire des captures d'un film et les améliorer avec un logiciel prend un temps, non négligeable), une once de plus-value. Je me plais à m'imaginer un instant cicérone. Mais qu'en est-il de celui qui détrousse et qui ne prend aucune peine, qui ne paie pas un peu de sa personne ?
Internet est un imbroglio en matière de droits d'auteur, mais je pense que le bon sens et cet autre sens, que l'on dit moral, devrait simplement guider les consciences. Il s'agit aussi de cette qualité, presque morale, que l'on appelle le tact. Et, si vous ne savez pas de quoi il s'agit, lisez Jankélévitch.

Je demande, agacée mais courtoise, à la personne d'enlever ces captures et celle-ci a le front de me répondre, sans éprouver la moindre gêne, par l'insulte caractérisée. Sur son blog et sur ce journal - je n'ai bien sûr pas posté ce commentaire, émaillé de fautes d'orthographe et autres réjouissances stylistiques. En outre, elle se permet de me faire remarquer qu'elle avait indiqué la source de ces captures - ce qui ne constitue pas un droit sur le travail d'autrui ; associer mon petit journal à un blog qui n'a pas mes faveurs n'est pas un privilège dont je puisse me prévaloir - et qu'ainsi elle me faisait l'honneur de me citer ! Elle ajoute qu'elle aurait pu se servir sans rien dire et que je n'ai donc aucun motif de me plaindre !

J'en ris de bon coeur, ce matin, puisque le péché est véniel, même si virtuellement il possède en lui les ressources d'un mal plus grand... Je ne compte plus le nombre de personnes qui reprennent mes textes - et, là, c'est plus grave à mes yeux - sans vergogne. Récemment, une personne avait recopié des pages entières du site consacré à J.M.Barrie, sans avoir idée que cet acte pût être apparenté à une exécrable piraterie. J'ai déposé plainte auprès de l'hébergeur et le blog fut fermé. Je le ferai à chaque fois que je prendrai en défaut qui abuse de ma foi en l'autre.

Quelle tristesse de voir mes mots et mes petits travaux forcés par d'autres ! Sont-ils démunis à ce point ? A leur place, j'aurais plus d'ambition dans le plagiat et dans le vol.

Allez piller M. Assouline, par exemple, ou d'autres professionnels, et laissez les dilettantes en paix.

Ce journal est un herbier. D'abord, un carnet de mémoire pour son auteur, puis un partage avec ceux qui s'égarent ici. Je n'ai aucune prétention, aucun autre désir que celui de solidifier certaines idées vagabondes, mais je n'accepte pas que l'on agisse sans noblesse avec l'intention qui préside à la floraison des roses. Je continuerai à offrir les dérisoires présents que je peux à ceux qui veulent les recueillir, mais je n'admets pas le vol et l'usurpation.
mercredi 28 novembre 2007
J’ai déjà laissé entendre, ici, avec ma maladresse coutumière, mon admiration pour Kant et mon amour de dévotion pour Hume.
Un autre de mes philosophes préférés, qui figure en bonne place dans mon bestiaire improvisé, n’est autre que Leibniz. Et pas seulement parce qu’il rabat son caquet à Descartes, que je ne nourris pas tellement de ma sympathie. Et pas seulement parce qu’il entretient certains rapports avec la Chine, qui me fait rêver dans sa langue.
J’ai lu le Discours de métaphysique à 17 ans, en classe de terminale. Ou plus exactement, pendant l’année que je passai à l’hôpital, en chimiothérapie, à raison de trois jours par semaine. Même si je ne subissais pas personnellement les foudres de ce remède, parfois pire que le mal en question, l’association de Leibniz et de la mort en ligne de fuite m’a suppliciée dans ce goût pour Gottfried Wilhelm. Je crois que, finalement, mon choix de lecture était approprié. J’ai à jamais connu la mort avant l’amour et, de cette préséance, est née mon impossible tranquillité d’âme. Mais de cette mort annoncée est aussi né, par une de ces ironies que nous nous plaisons à lire dans le marc de nos existences passées, le seul amour que je connaîtrai jamais, le grand amour.
Si je reviens à Leibniz, aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour des raisons qui prennent corps dans mes divers petits travaux du moment, mais aussi à la suite d’une conversation, ce matin, avec mon professeur de violon – dont je ne dirais goutte, car, malgré les apparences, parfois, ce journal n’est pas réellement intime. Il n’est que la trace solidifiée des jours qui passent et encore cette trace est-elle celle que je creuse avec beaucoup de conscience, certainement, et fort peu d’abandon. Cette démission des apparences, je ne la donne qu’aux rares amis et à l’amour.
Leibniz n’était pas au programme de mon année de terminale – seule année heureuse de toute ma scolarité, où je m’adonnais au grec et à la philosophie avec une ferveur de bénédictine -, mais le titre de ce premier opuscule, Le Discours de métaphysique, m’avait tentée et j’étais aventureuse – je le suis moins aujourd’hui, car mes goûts sont faits et affirmés, et je ne me trompe guère (même si je laisse à Maître Hasard la grâce de me surprendre, de temps en temps) : je sais d’évidence ce qui me plaira et ce qui est mauvais pour mes nerfs. Je n’ai cure de Dieu et de ses saints, et Leibniz, ma foi, a bien besoin de Dieu pour tenir son système, de même qu’un index ou un pouce étrangers sont utiles pour faire un nœud solide sur un paquet cadeau. Je crois que Dieu ne m’a jamais fait de clin d’œil. Dommage car j’aime bien que l’on m’aguiche. Ou peut-être que je suis aveugle au point d’être sourde ! Non, Dieu répond à trop de nos désirs d’ogre pour n’être pas une charmante illusion ! Et les douces illusions, je les broie. Je suis comme celui qui écrase une fée en songeant, après coup, qu’elle n’était que libellule.

Trois textes de Leibniz m’excitent au plus haut point : La monadologie, De l’origine radicale des choses (ce sont deux textes courts mais d’une richesse, d’une concision, d’une précision admirable ; l’exercice de la logique s’y expose dans une forme de perfection ; j’appelle ceci du brou de pensée – alors savoir pourquoi…) et Les nouveaux essais sur l’entendement humain.

Ce dernier texte est une réponse à un livre de Locke, Les essais sur l’entendement humain.
Je les ai lus à 19 ans. Je me rappelle parfaitement de ces premiers émois intellectuels, de ce bonheur facile qui ne consistait qu’à comprendre des mots, des phrases, à voler des pensées et à les croire siennes, sans même avoir l’idée de les contredire. Le monde naissait sous mes yeux. Je me croyais élue. Je possédais la joie pure des enfants. J’étais en grâce mais je l’ignorais. Triste leçon qu’une vie entière ne parvient pas à nous apprendre, car il m’arrive de temps en temps de revenir à ces sensations bénies d’un autre temps, mais je préfère le présent. En ceci, je ne suis plus tout à fait une enfant ou de ces enfants que l’on a amputé de leur démesure. La raison de ma claudication, entre ce pouvoir et ce devoir qui ne sont pas égaux.

Aujourd’hui, ce bonheur d’étude, de claustration dans la lecture et la méditation, n’est pas mort, mais il est plus exigeant, plus erratique et, parfois, faux. Pourtant, au détour d’une phrase, quelque chose s’éveille à nouveau en moi. J’ai ressenti la pointe d’une hallebarde en relisant quelques passages du texte cité dans ce paragraphe. Les nouveaux essais sur l’entendement ont été écrits par Leibniz en français. Il s’agit d’un dialogue entre Philalèthe et Théophile. Le premier expose les idées de Locke, le second les objections de Leibniz lui-même ! Puisque Locke refusait de discuter avec lui des objections qu’il lui opposait, Leibniz prit à témoin le monde d’une manière quelque peu ironique. Mais Locke meurt en 1704 et se dérobe d’une autre manière à la confrontation. Leibniz renonce à publier son livre, qu’il ne juge pas achevé, et ce dernier ne ressortira des limbes qu’après sa propre mort.
Dans la préface (édition G.F., p. 41 et suivantes), il est question de ce que l’on nomme « les petites perceptions » ou comment Leibniz devance Freud en évoquant, sans le savoir, l’inconscient, et je ne résiste pas au plaisir de partager le mien avec vous, sans autre finalité. Ces parties insensibles de nos perceptions sensibles sont ce que l’atome est à la matière quant à nos sens.


« Ces petites perceptions sont donc de plus grande efficace qu’on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images des qualités des sens, claires dans l’assemblage, mais confuses dans les parties, ces impressions que les corps environnants font sur nous, et qui enveloppent l’infini, cette liaison que chaque être a avec tout le reste de l’univers. On peut même dire qu’en conséquence de ces petites perceptions le présent est plein de l’avenir et chargé du passé, que tout est conspirant (...) et que dans la moindre des substances, des yeux aussi perçants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l’univers :
Quae sint, quae fuerint, quae mox futura trahantur. »

C’est ainsi que je conçois les Roses de décembre. Comme une myriade de gouttelettes que l’on n’entend pas, en arrière-plan, et qui forment une vague que l’on perçoit, sans pour autant savoir ses parties les plus fines. C’est aussi ce que nous sommes les uns pour les autres et ainsi que nous est scellée, souvent ou toujours, la part d’indéfinissable qui nous attache ou nous sépare d’autrui et de nous-même. De la vie à la mort, nous passons imperceptiblement et pourtant ce passage a une réalité, une matérialité même ; chaque grain du sablier que nous sommes tombe à chaque instant dans le néant, presque sans bruit. Mais ce bruit existe : c’est celui qui est attaché à notre chute, qui se produit au ralenti depuis notre naissance. Puis, le sablier se brise.
Un jour, nous ne serons plus, mais nous avons déjà commencé à ne plus être.



jeudi 22 novembre 2007
[Les captures d'écran qui illustraient ce billet ont disparu, suite à la fausse manœuvre qui m'a fait perdre une grande partie des images de ce JIACO, fin 2011.]

Encore une fois, les choix des distributeurs de films en matière de titres me sont toujours impénétrables et, si le titre retenu pour l'exposition de ce film en France n'est pas complètement mauvais, je ne comprends pas pourquoi infléchir à ce point l'histoire avec une énonciation un peu à contresens, pour un film qui dit davantage la lumière que l'ombre. De plus, l'énonciation originale est cardinale, réaliste, et non pas métaphorique.

Les promesses en question ne sont pas celles contenues dans la situation qu'il nous est donnée d'observer (puisqu'il y a une forme de fatalisme qui laisse songer que tout est déjà terminé pour chacun des protagonistes, à l'image de blessure infligée, en guise de vengeance, au cou d'un gamin un peu débile qui tue pour le compte d'un parent lâche et vil, de laquelle le sang ne jaillit pas immédiatement), mais dans une genèse qui nous est plus ou moins tue, qui se situe en Russie. Le mirage de l'Occident, où des filles innocentes, qui se frottent contre cette aube mensongère, sont prostituées malgré elles.


Beaucoup de symboles christiques entaillent le film, de part en part. La nuit de Noël, un enfant naît et sa mère paie de sa vie cette autre vie. Les corps tatoués qui sont le palimpseste de vies antérieures et qui sont autant des signes de crucifixions pour certains que des signes claniques. Tout est symbole et rien n'est métaphore. Le tatouage est le souvenir qui doit être lisible par tous. Cette mutilation volontaire ou involontaire a plus d'importance qu'un état civil.

Contrairement aux films sur la "Famille", la mafia italienne, dont la meilleure représentation tient dans les films de Coppola, mais aussi dans la série des Sopranos (dont je hais le dernier épisode), l'une n'est pas la métaphore de l'autre. Au contraire, le clan ici remplace la famille, qui doit être détruite, du moins symboliquement. Voir la scène d'intronisation du chauffeur qui accède aux "étoiles" et qui, de ce fait, renie père et mère. C'est aussi la raison pour laquelle, finalement, le lien du sang est dangereux (l'enfant né le jour de Noël, qui va causer la perte du chef de clan) et c'est pourquoi on lui refuse tout sens. Dans ce prolongement, l'héroïne sage-femme va adopter un enfant, qui va compenser la perte de son enfant naturel, qui n'a pas vécu. Le lien n'est pas donné, il se construit, il est le fruit d'un choix, d'un désir de maîtrise. C'est le refus de la tragédie, qui passe par la transmission d'un état, de gènes, etc. Mais peut-on refuser l'hérédité ?

Ce film navigue entre le visible et l'invisible, entre le dit et le non dit, sans jamais s'écraser sur l'écueil du trop ou du pas assez. Dans cette chorégraphie de l'humaine horreur, certaines scènes relèvent de la plastique ou de l'esthétique exacerbée d'un opéra, paradoxalement presque muet. A ce qui se tapit dans l'obscurité des choses défuntes, au cri de la genèse, nous sommes reliés par la voix de l'héroïne morte et dont le terrible journal est lu par la morte (une gamine de quatorze ans, engrossée par le vieux chef du clan russe) et par celle de ceux qui le découvrent, dont l'héroïne -remarquable Naomi Watts, qui trouve un rôle aussi puissant que celui qu'elle avait épousé dans 21 grammes le film de Alejandro González Iñárritu.


Précédemment, j'écrivais que ce film était l'un de ceux dont je me souviendrai plus tard pour illustrer mon année 2007. Il possède toutes les qualités que je recherche au cinéma : l'amplitude, la narration parfaite, un souffle romanesque, des personnages charismatiques, la vie et la mort siamoises, une qualité d'image somptueuse et une force qui vous ravit et vous brutalise. Oui, ce film est violent, mais moins pour les trois ou quatre scènes véritablement abominables, que je n'ai pas pu regarder en face - y compris celle de la naissance -, que pour le propos même du film. Si beaucoup de gorges sont tranchées net et si les corps se vident de leur sang, c'est peut-être pour expurger le film d'une violence plus grande et plus viscérale, qui ne peut être montrée, parce qu'ancrée dans l'âme des individus et dans les liens qu'ils entretiennent les uns avec les autres.



De David Cronenberg, je ne connais que peu de films, mais je chéris tous ceux que j'ai eu la chance de découvrir. Il y a ici un érotisme magnifique, diffus, qui traverse le film sans même que les personnages principaux ne se touchent, ceux qui dans d'autres circonstances seraient appelés à s'aimer. Voici qui bouleverse le spectateur tant dans sa sensualité que dans son intellect. Ce degré d'inachevé, dans chacun des personnages, est plus important que tout ce qu'ils peuvent faire ou dire. La bonté - une sorte de soleil liquide qui vous réchauffe quand on entend sa voix et que ses yeux croisent les nôtres - de ce gangster qui a infiltré le clan semble presque incongrue ou accidentelle dans cet univers qu'il doit gangrener et, pour ce faire, accepter d'être plus ou moins perverti. Agit-il dans un souci de rédemption, vivant à contre-courant des autres ? La possible histoire d'amour se réduit à un baiser très chaste, douloureux et salvateur, qui advient à l'extrême fin du film.
Et, dans cet inachèvement, réside la grande force du film et sa séduction persistante.


*************

Extraits :


Le fossoyeur... Viggo Mortensen, qui était déjà le héros du précédent film de Cronenberg, A History of Violence, est le personnage central du film. Le visage de cet acteur est modifiable à volonté, dirait-on. Il fait réellement partie de son jeu et manifeste une capacité étonnante d'adaptation au désir des réalisateurs, de rôle en rôle. Son charme sexuel, parfois vénéneux, est atténué par son regard, tout droit inspiré d'une contemplation que l'on dirait divine. Il est d'abord un sous-fifre, qui débarrasse des cadavres, en les découpant pour les rendre non identifiables. Il transmet aussi parfois ses rapports à ses supérieurs de la police par cadavre interposé... Faussement désinvolte, on ne sait rien de son passé, que l'on devine impossible à dire.





"Je ne suis qu'un chauffeur..." Cette scène de séduction et de contact des personnages est tout à fait exemplaire de cette capacité qu'ont le réalisateur et les acteurs à maintenir à distance le sentiment pour mieux le faire imploser.



Le père, le patron, qui menace très gentiment la vie de ce bébé, fruit du viol qu'il a commis sur une adolescente de quatorze ans. Sous ce physique paisible se dissimule un monstre.




Deux mondes... Celui des "honnêtes gens" et celui dont la seule loi est le mal absurde. L'impossibilité d'une pénétration de l'un par l'autre est incarnée par diverses scènes, qui jouent sur les limites de l'espace. Seul le "fossoyeur" vit cet entre-deux, en lui-même.



Personnage profondément désespéré et déglingué, le mauvais fils, peut-être meilleur que le père, apprend que son ami va hériter des "étoiles", ces tatouages qui symbolisent l'appartenance au clan ; tandis que lui les possède de naissance (elles ne valent donc rien), puisque fils du Père, celles-ci sont pour les autres acquises au mérite. Il y voit, sans doute, une trahison de son père et fait mine d'avoir été mis au courant. Or, le père veut sacrifier le fossoyeur à la place de son fils et lui donne les étoiles, dans le but de faire passer l'un pour l'autre aux yeux de ceux qui veulent faire la peau à son rejeton. Détournement ironique de certains passages bibliques ?

Vincent Cassel (je suis une amoureuse de son défunt père) est un acteur qui possède une "gueule" étrange, qui me rappelle certains tableaux de Bosch et la séduction qu'il opère sur moi puise dans une manière de dégoût que m'inspire ce physique que je qualifierais d'animal et de déroutant - non sans beautés d'ailleurs. Dans ce film, la réalisation et le scénario s'appuient, me semble-t-il, sur ce physique particulier, qui est un don en soi. Le personnage qu'il joue est un homme éprouvé, qui projette sur son ami le "fossoyeur" et même y décharge les violences que lui inflige un père cruel. Ce dernier pressent certainement la nature homosexuelle de ce fils qui n'est pas conforme à ses attentes de patriarche, en mal de descendance. Le personnage de Viggo Mortensen donne le sentiment d'éprouver une forme de compassion pour cet être, avec qui il entretient des relations presque maternelles à certains égards. Il reçoit avec indulgence l'amour non-dit de cet être qui a hérité de la cruauté de son père, mais à laquelle une part de lui-même ne peut se résoudre. Refus, là encore, de l'atavisme et liberté dans le déterminisme. Son sadisme est trop outré pour qu'il y adhère. Il dit son emprisonnement. Belle scène, lorsqu'il est chargé de tuer le bébé, qui est une preuve vivante contre son père, et qu'il défaille face à ce devoir.





jeudi 15 novembre 2007
Je possède quelques petits trésors dans ma bibliothèque. Ils ne sont pas vraiment des trésors du point de vue de leur valeur marchande, mais certains livres sont néanmoins assez rares, comme celui-ci, dont l'édition est limitée à cinq cents exemplaires.

Je ne possède presque rien de mon enfance et n'en sais pas davantage sur ma généalogie, puisque je suis, je l'ai décrété, avec l'humour qui est le mien et qui est peut-être raté, un "enfant autochtone" (Littré : "Autokhthôn, de autos, même, et de khthôn, terre : qui est de la terre même.") c'est-à-dire un enfant naturel. De là, peut-être, sûrement, mon intérêt pour l'enfance et la biographie des auteurs aimés. Mon lieu de naissance est mon imagination et mes parents sont les livres. Nul doute que James Matthew Barrie est un ascendant que j'adopte de tout cœur si l'enfant est condamné à devenir le parent de ses parents.
J'ai hérité de Barrie mon affection pour Stevenson. Je cherche entre eux les points de contact (l'Écosse, un certain imaginaire, une mère qui s'appelle Margaret...), ce qui est aussi une manière pour moi de m'imprégner de l'Écosse, pays que je chéris, autant en imagination que dans ce désir d'y revenir - l'année prochaine, je découvrirai les îles Hébrides.
La mère de Stevenson eut l'idée d'écrire ce livre, qui se révèle être le premier chapitre de la biographie de celui qui allait devenir le grand auteur que nous connaissons. Tout y est consigné avec une précision et des détails plutôt touchants : les maladies (le croup, mais pas seulement ; Stevenson eut une enfance maladive) du petit Robert Louis Balfour Stevenson (surnommé Smout, qui signifie en scots, entre autres, un petit enfant ou un petit animal, c'est un terme affectueux, qui peut aussi désigner quelque chose de léger ou de frivole, mais aussi une truite mouchetée), ses jeux, la mort de son canari, l'adoption d'un chien, ses questions métaphysiques d'enfant, etc. On y entrevoit la figure de "Cummy" (Alison Cunningham), à qui sera dédié son Child's Garden of Verses. Cette femme fut son infirmière et sa "nounou". "Ma seconde mère, ma première femme, l'ange de mon enfance (...)"


Les petits garçons de l'époque étaient habillés comme des petites filles et réciproquement : avec une robe - et ce, jusqu'à l'âge de cinq ou six ans, mais leurs robes se différenciaient à certains détails.





Le livre est composé d'un fac-similé du journal tenu par sa mère et d'une transcription imprimée de ce dernier.


[Cliquez sur les images pour les agrandir.]

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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