mercredi 29 décembre 2010
http://videos.arte.tv/fr/videos/pass_pass_theatre-3604642.html

Je précise que la pièce a, hélas, subi des coupes, afin de respecter le "format" du programme, et que c'est fort dommageable. Cela dit, l'esprit est, je le crois, respecté et j'ai retrouvé les émotions ressenties lors des représentations et des répétitions. La pièce était assez forte pour subir un passage à la télévision. Et elle le doit à son metteur en scène très talentueux (que j'aime de tout mon coeur) et à une équipe magnifique, très soudée, qui constitue une sorte de famille au meilleur sens du terme. 
En revanche, je demeure très réservée quant au documentaire, notamment en ce qui concerne la présentatrice qui énonce avec un immense sourire une énorme bêtise, dès l'introduction, concernant l'âge de Peter Pan... Et ce n'est pas faute de lui avoir expliqué... Le documentaire, en lui-même, est assez décevant, de mon point de vue, si l'on tient compte de toute la matière qui avait été offerte au réalisateur : pas de fil conducteur serré, éléments contradictoires, pas de mention de l'auteur de la pièce (mon ami Andrew Birkin), et à peine Barrie est-il nommé... 


mercredi 15 décembre 2010
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance.
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance, parce que je n’ai jamais été un enfant. 
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance, parce que je n’ai jamais cessé d’être un enfant. 
Je ne sais pas ce qu’est l’enfant. Je sais ce qu’il n’est pas. 
Je sais simplement quel cœur, quel esprit et quel abîme je portais en moi lorsque j’avais l’âge d’être cet enfant. 
De cette nuit éternelle, indistincte et sans fond, je sentais palpiter le cœur de l’abîme, et j'avais dans ma bouche le goût de cette eau sourde et profonde, cette salive de mort ardente. 
Mais le temps n’est pas lorsqu’on est éternel et, lorsqu’on ne l’est plus, il coule en nous. 
L’éternité est une mémoire sans souvenirs. 
L’enfance est désormais une fiction pour ce double dénaturé de l’enfance : l’ogre adulte qui se repaît des heures et de la chair de l’enfant poète. 
Aujourd’hui, seule la révolte me sied. Seuls la guerre et le crime m'importent. Il n'y a rien de vivant sinon cette violence nécessaire contre soi-même et les autres : le désir. Les gens qui implorent le calme et l’immobilité me dégoûtent. Ils puent la mort. Il n'y a, en ce monde, absolument aucune raison d'être en paix. Être en paix, c'est abdiquer notre raison d'être la plus pure, notre pure raison d'être. Vivre, c'est fouetter au sang nos plus grands remords. 
Il me fallait de l'irrémédiable pur. Il me fallait ressentir en moi le galop de l'effroi. 
Que l’on ait eu une enfance heureuse ou terrible, peu importe, car ce qui compte, c’est le pouvoir de régénération propre à cette époque des possibles infinis et presque inhumains, pouvoir dont on a été dépossédé, qui s’évanouit peu à peu avec le temps, par le fait de l’expérience, du vécu et de la découverte de ces deux monstres que sont l’échec et la peur. Ce pouvoir, cette chutzpah, ce sens de la réconciliation de soi à soi s’écoule goutte à goutte pendant l’enfance sans que rien ne puisse mettre un terme à cette hémorragie. Ce qui est réellement perdu (« wasted » autant que « lost »), c’est toujours simplement le désir réel, celui qui ne peut s’exprimer que dans ce présent éternel des enfants, qu’ils sont les seuls à vivre, à percevoir et à gaspiller sans états d’âme. L’innocence que l’on attribue aux enfants n’est peut-être que cela : une sauvagerie à nulle autre pareille qui consiste à mettre en pièces le monde des adultes. [Et je songe à la magnifique adaptation du classique de Sendak par  Spike Jonze...] 
On peut bien trouer l’univers des enfants,  accabler leurs constructions imaginaires de tous les maux, ils finissent toujours par faire ressusciter leurs mythes intimes, ceux dont ils ont réellement besoin pour construire leur identité. Ils y parviennent toujours, jusqu’au jour où le prodige définitivement prend fin : le mythe se fane, s’effrite puis s’effondre, tombe en poudre, mais il demeure le socle sur lequel s’élève le sujet dépouillé des attributs de la royauté de l'enfance. Peut-être que cela n’advient pas brutalement, peut-être ne sont-ils pas attentifs aux prodromes du changement, mais un beau jour ils se retrouvent les mains vides et les ponts entre le château d’enfance et leur être sont à jamais brûlés. Pour la majorité d’entre eux, en tout cas. D’autres, à la fois bénis et maudits, demeurent pris, pour une part, dans ce présent éternel dont rien ne viendra jamais les sevrer. Les artistes appartiennent à cette catégorie de maudits magnifiques ; car il y a bien pire que grandir (et accepter, in fine, de guerre lasse, de mourir et d’épouser notre destin d’homme), c’est ne jamais expérimenter la perte et de vivre dans l’illusion du possible-phénix. Pour aimer parfaitement, il faut perdre totalement l’objet aimé, qu’il soit réel, matériel ou une simple construction imaginaire. Le tragique, c’est que le grandir implique l’impossibilité du retour en arrière, vers ce paradis si bien mis en vers par Wordsworth, mais que le non-grandir comporte lui aussi une malédiction peut-être encore plus grande : devenir une caricature de soi-même, un automate à l’intérieur d’un vivant de façade. Faire vivre ce petit royaume, caché dans la grande demeure de l’adulte est toute la difficulté de l’adulte fait, son œuvre et le seul mérite que l’on puisse réellement lui attribuer. Il faut que l’éternité du présent de l’enfance tienne dans la temporalité de l’adulte ; il faut que la sensibilité et l’instinct commandent à l’intelligence, sans néanmoins neutraliser cette dernière. Certains êtres sensibles, certaines trempes d’artistes ratés ne sont guère profondes ni solides car elles appartiennent à des êtres incapables de distinguer la fiction créatrice du mensonge fait à notre nature, c’est le refus pur et simple du réel, cette mauvaise foi terrible qui consiste à nier la raison pour n’exaucer que les vœux du cœur ardent, celui qui a la foi ; d’autres usent de la raison comme d’une déesse et vampirisent la sensibilité à son profit. Je ne sais lequel de ces deux genres de personnalités est le plus à plaindre et la plus stérile. Il faut la communion de ces deux facultés et l’imagination fait la navette entre les deux. En cela, je demeure très kantienne. En cela, j’ai accepté d’être mère.



Fatalement, cela devait donc se terminer ainsi. 




{Clin d'oeil à ma très chère amie Virginia, qui sait pourquoi...} 

Nous sommes donc mère, chère Holly G. / Céline, et nous ne sommes point différente. Personne ne change. On ne fait que développer ses potentialités autour d'un irréfragable centre de gravité. On découvre peu  peu une identité, la sienne. Une identité et ses leurres. 
Il n'y a pas de métamorphose. J'étais déjà celle que je suis lorsque j'étais une enfant. 
Le monde est simplement plus large sur les bords et, surtout, bien plus dangereux. J'annexe une toute petite île à l'autre, celle qui me porte, celle que je suis... Je signe mon arrêt de mort également. 
C'est l'une des plus grandes aventures de mon existence. Non ! Une pure folie ! Et je jouis d'elle à chaque heure du jour et de la nuit. Je suis invincible. Je suis heureuse. Je me découvre autant mortelle qu'immortelle, car j'ai enfin accepté de perdre mon éternité. 
J'ai toujours su que la naissance et la mort étaient jumelles et revendiquaient l'une et l'autre leur tribut, tôt ou tard. M. Golightly et moi-même, nous l'avons presque payé comptant le jour de la naissance de cet enfant, né sous les auspices de James Matthew Barrie, qui pour une fois s'est trompé - de peu, de justesse, cependant... : 
« Que la mère doive mourir au moment même où l’enfant paraît enseigne, je pense, une grande leçon de sérénité. C’est comme s’ils se frôlaient pendant leurs voyages : quand l’un vient, l’autre part. Comment ne pas les entendre se saluer ? La naissance et la mort sont les voyages pendant lesquels nous sommes le plus confiant ; nous ne le sommes jamais autant dans l’intervalle ; tout semble si facile au début et à la fin. » (Trad. C.-A. F.)
Nous sommes donc mère (et père, cher M. Golightly...) et cela ne change rien. Nous sommes les mêmes mais différemment. 
Ainsi, nous pourrons continuer à médire des mères sans que l'on nous accuse, désormais, d'être aigrie ou frustrée de ne point avoir d'enfants... Nous pourrons parler en connaissance de cause, sans trahir, toutefois, la clique des Enfants Perdus, car nous en sommes et en serons toujours. Cette fraternité s'écrit avec le sang de l'imaginaire et le souffle des âmes abandonnées. J'ouvre la main et j'aperçois cette ligne de vie coupée court qui, soudain, s'anime, se prolonge, m'échappe et vient mourir ou naître dans cette autre main, sa petite main...


***
Ces quelques lignes, qui constituent une faire-part, doivent être lues en écoutant ceci – comprenne qui pourra...


Et, si je n'ai point le temps de vous écrire un billet digne de ce nom avant Noël - car je me suis déjà remise à mon travail barrien et ne désire point être une mère au rabais -, je vous souhaite à tous et à toutes un merveilleux 25 décembre
Amis d'ici et d'ailleurs, de France, d'Angleterre, de Grèce..., je vous remercie également de tout l'amour que m'avez manifesté, pendant cette attente, avant et après la délivrance





{Merci à Lily pour ce Nid de Grives si parfaitement trouvé...}


{Merci à Alice pour ses délicates attentions, sans cesse renouvelées...}

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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