vendredi 5 février 2016
Hier soir, j'étais accablée et j'écrivais ceci à mes amis :

Je me sens extrêmement déprimée, ce soir. Parfois, je me dis que tout est vraiment foutu. Tout. Je n'ai, dans ces moments-là, plus envie d'écrire, plus envie de publier, plus envie d'apprendre... J'appartiens à un monde qui n'existe plus. Depuis que je suis enfant, j'essaie de toutes mes forces de rendre hommage à la langue française, d'en connaître les pièges et les secrets, et de transmettre aux autres ce que j'ai appris. Je suis consciente de mes lacunes et de mes imperfections en la matière, mais jamais je n'ai pensé, par exemple, que cela n'avait pas d'importance, en me comparant à d'autres, encore plus nuls que moi. Mon but a toujours été de progresser et d'avoir pour modèles des êtres qui valaient mieux que moi. Et, ce soir, j'ai le sentiment que cette exigence n'est plus de mise. Nous avons perdu. Nous sommes déjà morts, mais nous ne le savons pas encore. 
En 2010 — déjà, en 2010 —, un de mes éditeurs (admirable, malgré tout) ne voulait pas que j'employasse le mot « giron », car c'était, d'après cette personne, un mot trop « difficile » pour les lecteurs. J'avais ri face à cette déclaration que je jugeais alors ridicule, puis résisté et obtenu gain de cause. Je me rends compte à présent qu'elle avait une meilleure perception que moi du « niveau » probable des lecteurs français et de l'évolution de la société et de ses modes — il faut prendre ce mot dans toutes ses acceptions.
En ce qui me concerne, je n'appliquerai jamais les rectifications de l'orthographe, j'enseignerai à ma fille ce que je considère être l'orthographe correcte, ainsi que le grec et le latin. Je lui offrirai Victor Hugo et tous les grands génies de la littérature française, ceux qui ont construit la France de mes rêves et de mes désirs.
En vérité, ce qui me chagrine le plus, ce n'est pas ce que l'école est capable ou non de transmettre (je me sens de taille à lutter et à lui opposer ce que je crois juste — je le fais déjà —, voire à retirer notre fille du système et suivre, en cela, l'exemple magnifique de nombreux parents qui ne scolarisent pas leurs enfants), mais l'idée que les jeux sont déjà faits. Les incultes entérineront le nouvel usage (la féminisation des noms en « eur », si laide et si bête, a du succès et se propage) sans se poser de questions. La populace sur internet, les journalistes (tous cons comme des balais ou à la solde de ceux qui ont le pouvoir) et très certainement les éditeurs seront le relais de cette inutile application d'une réforme qui n'avait guère fait d'émules en 1990 et qui, en vérité, est un camouflet pour une certaine catégorie de Français. Ce n'est pas un hasard si elle ressurgit aujourd'hui, quoi qu'en dise le sourire carnassier de madame LE ministre de la non-éducation nationale, qui prétend n'y être absolument pour rien. Bien sûr, une langue évolue ; mais, en l'occurrence, il s'agit de tout autre chose et il faudrait être bien aveugle pour ne point le comprendre... Je n'oublie pas que c'est l'Académie française qui a permis tout cela... Mais il n'est pas anodin que l'application soudaine et généralisée de cette réforme ait lieu en ce moment, alors que la France est soumise aux décisions — plus folles les unes que les autres — d'un gouvernement sans ventre ni esprit. Le cynisme des uns et des autres ne connaît aucune limite. 

Grevisse, l'édition de 2009, se faisait déjà le chantre de la réforme (mise en branle, il faut le redire, par Rocard — encore un gaucho !). Je ne le savais pas. J'utilise à dessein des dictionnaires et des livres anciens.


Après une bonne nuit de sommeil, la guerrière qui veille toujours en moi est plus déterminée que jamais à ne pas s'en laisser conter ! Il n'y a qu'une seule façon de combattre le mal (en ce domaine comme en d'autres) : lui faire face sans ciller, sans plier. Refusez d'employer cette orthographe à la sauce coco et démago, même si vous perdez du crédit auprès de ceux qui ont du pouvoir sur vous. Enseignez ce que vous estimez être la justesse à vos enfants, même s'ils doivent être mal jugés à cause de cela. Expliquez-leur ce qu'il en est, même s'ils doivent perdre tout respect pour leurs « maîtres ». Les enfants n'appartiennent pas à l'État, mais à eux-mêmes, et ils méritent les meilleurs guides pour atteindre la majorité de l'esprit. Résistez, quel que soit le prix à payer. N'achetez pas les nouveaux dictionnaires et méprisez ceux qui se plieront de bonne grâce à cette nouvelle mode. Ce sont des ennemis de la France, des forçats de la médiocrité, au service d'une caste cynique qui veut conserver ses privilèges en œuvrant contre l'esprit, contre le peuple, sous prétexte d'égalité. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'égalité, mais d'un égalitarisme pernicieux, d'une injustice ! On estime que certains enfants ne sont pas capables d'apprendre la langue et qu'ils sont lésés, à cause de leur situation sociale ou de leur origine étrangère ; on décide alors d'imposer le même niveau médiocre à tous, au lieu de faire en sorte que chaque enfant ait un droit à l'excellence, par son mérite personnel, par son travail, par ses propres forces. 
Je ne travaillerai jamais avec un éditeur qui aurait envie de m'imposer cela et je ne laisserai pas un maître ou un professeur apprendre à ma fille que « chauve-souris » s'écrit « chauvesouris » ou lui faire accroire que le roi Henri IV est « Henri 4 » (les chiffres romains disparaissent peu à peu). Cette « réforme » mourra, si personne ne la suit. Il s'agit d'un choix linguistique, moral, politique et esthétique. Honte aux traîtres à la nation ! 
RÉSISTEZ, chaque jour, là où vous vous trouvez. Consentir ne serait-ce qu'un peu, c'est abdiquer. L'ennemi est fort et déjà dans la place.

Je vais chercher consolation auprès Montaigne et relire quelques passages dans une édition qui me sied. Il n'est de meilleur remède... 








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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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