jeudi 1 mai 2008
Dimanche 27 avril


C'est mon Jour.
Mon ami Jean-Christophe le dit joliment dans une délicieuse carte-lettre dont lui seul a le secret : "(...) je vous souhaite donc 26 + 1 (qui ne font pas pour autant 27, mais vous font entamer un deuxième cycle de 26 années) printemps colorés." Voici qui est charmant et vrai. Jamais je n'aurai plus de vingt-six ans.
Nous quittons Haworth à regret et nous rentrons à Londres par divers trains. J'imagine pendant le chemin le délicieux gâteau au chocolat que je mangerai chez Valérie et je caresse avec dévotion un des cadeaux de M. Golightly - qu'il a réussi à dissimuler à ma barbe dans les valises (pourtant, j'ai fouillé) :



(le volume est sorti, il y a peu, et je suis une fondue de la Pléiade... Je n'ose plus compter le nombre de volumes dans mes bibliothèques...)
Nous avons une mission très spéciale : retrouver les pierres de Peter Pan dans les Jardins de Kensington.
Je vous laisse découvrir en vidéo si nous y sommes parvenus...









Bien avant moi, Andrew les avait trouvées, et son fils Anno également...







Le soir, je m'endormirai en rêvant de M. Barrie, tout en sachant que le lendemain sera encore un jour merveilleux, passé en sa compagnie...
A SUIVRE...
Il est évident que, dans le cadre restreint de ce JIACO, je n'ai pas l'occasion de dire ce qui nécessiterait de longues et passionnantes études. Je demeure dans le registre de l'anecdote. Néanmoins, j'escompte, au fil du temps, et en dehors de ces billets consacrés à mon voyage, parler davantage des Brontë. De manière sérieuse, j'entends, même si la baguenauderie a son charme... Pour l'heure, je me contenterai de vous recommander quelques ouvrages :




The Gaelic Source of the Brontë Genius de Cathal O'Byrne, London, Sands and Co, 1933 (je possède une édition originale achetée à Haworth). Petit livre absolument charmant qui discute d'un point très précis : le protestantisme des Brontë, la "tentation catholique" de Charlotte et, surtout, l'histoire d'amour (le coup de foudre et l'enlèvement de la belle) de ses grands-parents. Il s'agit de la genèse miniature d'une famille de génies, que je trouve très éclairante.
Hugh Prunty (Brontë se prononce donc à l'anglaise "Bronti", car le nom est une modification de Prunty...), le père de Patrick Brontë (le père des soeurs et du frère) était un shanachie irlandais (à savoir, un raconteur d'histoires, un conteur, un menteur, a story-teller if you prefer). Charlotte, pour le moins, parmi la fratrie, connaissait ses origines et le langage, les tournures de ses ancêtres. Et c'est ainsi que Jane Eyre en réponse à la demande de Rochester ("Jane suits me, do I suit Jane?") dit : "To the finest fibre of my nature, sir." et rend hommage à un poème de son grand-père à l'adresse de sa femme :
The finest fibres of my soul
Entwine with thine in love's strong fold.
Our tin cup is a golden bowl,
Love fills my cot with wealth untold

L'ouvrage du père d'un de mes maîtres, Jacques Blondel, spécialiste d'Emily Brontë, mais aussi de Blake et de Milton.



A Note on Charlotte Brontë par Swinburne, parmi des centaines et des centaines de livres sur cette famille. 



Sans parler du livre de Daphné du Maurier déjà évoqué ou bien celui de Gaskell, qui sont très connus (et contradictoires). Swinburne qualifie très justement Emily et Charlotte de deux "twnin-born genius", et c'est ainsi que s'explique, très certainement, la place excentrée d'Anne, sans compter le fait que celle-ci ne possède pas le talent de ses deux soeurs. Et, à la différence de Branwell, qui a consumé tous ses dons sans rien en faire, du moins en apparence, sinon les mettre au service de sa destruction, Anne paraît presque effacée du cadre familial. Et, comme par une ironie, ma foi logique, elle seule, n'est pas enterrée sous le pilier de l'église mentionné précédemment.
Charlotte adorait Emily, et réciproquement. A elles deux, elle formait une sorte de communauté d'esprit jumeaux. Mais Emily était sauvage et Charlotte plus raisonnable, du moins ai-je ce sentiment. Emily était la plus forte mais aussi la plus faible des deux. Jusqu'aux dernières heures avant sa mort, elle prétendra ne pas être malade et refusera tout docteur, puis sombrera. Ce sera certainement la plus grande peine de toute la vie Charlotte...
Après la visite à la Bontë waterfall, nous avons trouvé moyen de pénétrer dans l'église qui était enfin ouverte au public. L'endroit était désert.

Sur les murs de cette église est inscrit en substance le récit tragique des vies de la famille Brontë. Je vous le donne à lire en images et en vidéos.

Si l'histoire de cette église vous passionne, je vous recommande ce DVD acheté sur place :



Emily et Charlotte ne sont pas enterrées dans le cimetière, mais sous un des piliers de l'église, à l'endroit précis où se situait leur banc dans l'ancienne église...











[Cliquez sur les photographies pour les agrandir et lire...]





Les Moors étaient le « wild workshop » (littéralement l'atelier naturel, « wild » signifie aussi «sauvage ») des soeurs Brontë. Charlotte nous l'apprend dans la « Biographical notice » à l'édition de 1850 de Wuthering Heights.

"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."


Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
Il y a trois bouquinistes à Haworth, mais seuls deux ont de l'intérêt – le troisième semble versé dans l'ésotérisme de pacotille. J'ai trouvé quelques livres intéressant, dont celui de Whiteley Turner, A Spring-time Saunter, Round and About Brontëland. Une édition originale, illustrée par de bien jolies gravures.
On se promène entre les pages comme dans les Moors.
L'auteur trouve la cascade des Brontë décevante, je ne saisis pas pourquoi. L'endroit est plutôt surprenant, un endroit calme, presque douillet.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
Charlotte écrit ceci à une amie, quelques temps avant sa mort - lettre citée dans la biographie de Gaskell :

"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
Et elle en tomba malade et peina à s'en remettre, puis...
A SUIVRE...

Un peu d'autodérision ne nuit pas à la santé mentale...
Samedi 26 avril
Une grande aventure, une immense aventure ! Nous allons vraiment partir pour "les hauteurs tourmentées".

[Cliquez pour agrandir le plan, ainsi vous pourrez suivre notre route à partir des vidéos que je vais disposer dans l'ordre.]
Trois heures de marche au bas mot. Si M. Golightly en est capable sans efforts, c'est moins mon cas, car mon coeur est, de naissance, en mauvais état (ce qui prouve que j'en ai un, même s'il bat trop fort d'après les médecins). Mais nous décidons néanmoins d'entreprendre ce voyage jusqu'à la Brontë Waterfall, bien connue.
La route sera longue, escarpée, de celles qui brisent les chevilles. On nous a déconseillé cette route, parce que nous n'étions pas équipés comme les émules du Vieux Campeur. J'ai voulu renoncer avant même de commencer, je l'avoue, quand j'ai compris les difficultés, mais M. Golightly m'a dit que nous irions, même s'il devait me porter ! Il sait que je le regretterais plus tard si je n'y allais pas.
L'immensité des lieux provoquera en moi un de ces accès de "mysticisme naturel" qui me sont rares et que je n'ai éprouvé que dans le glen barrien, l'année dernière. Cette immensité, cette profondeur, ces vents qui battent les sangs et frictionnent les sens ont fait éclater en moi bien des résistances.
Quelle sauvagerie !

Le bruit désagréable que vous entendrez sur les vidéos est celui du vent. Vous n'imaginez pas sa puissance sur les hauteurs ! Le rire me secoue de la tête aux pieds en regardant cette vidéo du départ (la route était bien entamée depuis le village de Haworth et je suis déjà essouflée) - j'ai un sens inné du ridicule et j'ai tout de l'enfant :

Au départ, je ne suis pas méfiante. Je ne sais pas quelles créatures terribles peuvent être les moutons...

Être courtisée d'aussi près par une cinquantaine de moutons ne m'était jamais arrivé. Je n'ai commencé à blêmir que lorsque que M. Golightly m'a dit : "Ne te retourne pas, nous sommes suivis !" Et, bien sûr, je me suis retournée... Et nous étions tellement haut que je ne pouvais pas courir, tant le souffle me manquait. Le péril était immense ! Imaginez ces créatures féroces qui me lorgnaient, prêtes à me lacérer d'un coup de corne ! Ne vous fiez pas à leur air inoffensif. Rendez-vous compte du culot de ces bêtes : elles nous suivaient ! Et cela me fait penser à une chanson de Philippe Katerine, qui est un peu mon "maître" involontaire dans certains registres... M. Golightly n'a d'ailleurs pas cessé de me dire que je lui rappelais l'absurde de cet artiste...

Un quart de mile avant l'arrivée - sauf que nous nous sommes un peu perdus dans les champs à perte de vue, dans les pleins et déliés de cette nature assez rude :

L'arrivée - il faut préciser que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu et je pense que nous nous sommes égarés car nous n'avons pas retrouvé les portes-échelles (stile gate) qui séparent les champs... Je vous épargne les photographies les plus scabreuses, celle-ci donne déjà une idée de mon adresse pour la tâche... Je suis une fille de la ville et j'ai le vertige sur une échelle, comme Monsieur Monk.



Et puis je n'avais pas l'équipement requis...

La cascade de loin :

A SUIVRE...
Petit aperçu de la rue principale de Haworth...
Des petites maisons avec des fenêtres qui s'exposent au regard des passants du monde entier.
Quelques scènes kitsch...

Une rue pavée qui monte, qui monte, qui n'en finit pas de monter et mon coeur, lui, sombre.
Branwell Brontë, le mouton noir de la famille, le frère maudit mais pourtant génial à sa manière (j'ai un faible pour les damnés), allait acheter son laudanum chez cet apothicaire.


Haworth a, je le crois, assez peu changé au fil des derniers siècles. On éprouve ce sentiment dès l'arrivée.
Nous avons eu la chance d'atteindre le village un jour de semaine et il n'y a avait qu'une poignée de touristes. Lorsque nous sommes repartis, la foule commençait à grossir.
Après la visite du cimetière - j'y suis restée des heures, j'y suis revenue plusieurs fois, j'y retournerai un jour -, il faut absolument visiter le presbytère connu dans le monde entier. J'étais très fière de présenter ma carte de membre de la Brontë Society et d'entrer sans m'acquitter de la taxe.
Hélas, je ne pourrai pas vous montrer l'intérieur, car il est interdit de filmer.
Sachez simplement que l'on y trouve divers objets de la famille Brontë (parfois très émouvants, comme les petits cahiers cousus de la taille d'un gros timbre où les petits génies du lieu écrivaient des histoires) et que le musée entretient avec ferveur l'esprit du lieu. Le papier peint a même été reconstitué à partir de fragments d'origine ! Souci du détail et sobre, mais pourtant frappante, mise en scène des objets. Tout le contraire de la maison de Jane Austen, dont je parlerai ensuite (nous avons eu le loisir de tout filmer), qui donne le sentiment d'un endroit où sont "stockés" des objets, tandis que le presbytère essaie de reconstituer un climat, une impression : celle d'une maison encore habitée par ses anciens occupants, qui seraient sur le point de revenir.
Ceux qui ne seraient pas familiers de la vie des Brontë y prendraient tout de même intérêt - ce qui n'est pas tellement le cas de la maison Jane Austen, où les objets exposés manquent d'explication pour le néophyte.
En guise de bibliographie, je vous conseille ces livres que j'ai achetés sur place et qui me semblent assez intéressants.




Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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