Les roses de décembre...
« Vous cheminez parmi l’étrange, sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours… » (J.M.B.)

Où il est question de JAMES MATTHEW BARRIE (qui donne son nom à ce JIACO), de littérature (en particulier victorienne, mais pas exclusivement), de cinéma, de philosophie et de quelques autres petites choses qui font de mon existence un berceau pour les fées ... [Photographies offertes par Andrew Birkin - Possesseurs de MAC, utilisez de préférence SAFARI pour lire ce Journal Intime à Ciel Ouvert ! Les commentaires anonymes sont systématiquement effacés.]

lundi 6 juillet 2009
Maison d'enfance
{extrait de quelque autre chose, parce que cela explique, finalement, ce qui précède}

Il faut trouver en nous où est logée la balle en or tiré par le revolver du Temps.
Cet agrégat de métal est le noyau d’enfance, qui a partie liée avec l’inconscient en nous, qui ce qui permet la dualité affirmée chez certains être littéraires, le pivot qui articule le latent au manifeste, le rêve au réel. Enfance n’est pas la compilation des événements que l’on raconte à ses petits-enfants ou à ses enfants. Enfance n’est pas une durée que l’on peut émietter en faits. Enfance est un secret, celui de la conscience qui naît, qui se surprend en train d’être et qui se regarde penser. Acteur et spectateur de l’action. Le rosebud de Welles, dans son Citizen Kane, est le symbole ou la métaphore du noyau d’enfance. Métaphore qui bouge et court prendre place et rôle dans le film de Truffaut, Les quatre cents coups, lorsque l’enfant-héros, avec son ami, vole une affiche du film d’Orson Welles…
Nous brisons très vite les vitres du royaume de l’enfance. Nous caressions le monde, nous jouions avec son idée ; désormais, le corps nous appelle à la maturation et nous maltraitons le petit royaume que nous habitions, qui nous abritait et que nous voulons habiter et posséder, essayant de lui imprimer par la force notre empreinte. La gratuité n’est plus de mise. On fait payer à l’univers sa venue au monde. On veut du sens !

Songeons au poème de Handke qui ouvre Les Ailes du désir, important film de Wim Wenders :

Extrait.

« Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants,
voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, que cette flaque soit la mer ...
Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant,
tout pour lui avait une âme et toutes les âmes étaient une ...
Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes,
il s'asseyait en tailleur, démarrait en courant,
avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mines quand on le photographiait ...
Lorsque l'enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes :
pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil n'est-elle pas un rêve ?
Ce que je vois, entends, sens,
n'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde ?
Le mal existe-t-il vraiment et des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi, qui suis moi, avant de devenir,
je n'étais pas, et qu'un jour moi, qui suis moi,
je ne serai plus ce moi que je suis ? » (1)

Poème que l’on peut mettre en regard de ces lignes :

« Je suis sûre que ce n'est pas par avidité de posséder que les enfants ne peuvent pas se séparer des choses, c'est par peur. Ils éprouvent une terreur quasi animale lorsqu'une chose qui faisait encore partie d'eux se trouve tout à coup ailleurs, quand l'endroit où elle se trouvait est, tout à coup, vide. Eux-mêmes ne savent plus où est leur place. » (2)

Retrouver, si cela est possible, la pensée de l’enfant, sa pensée de possession et de perte, son questionnement primordial, c’est trouver le germe de toute interrogation véritable. Il faut imaginer l’avant. L’enfant s’investit dans les objets, se projette dans les choses qui l’entourent et qui sont comme une peau. Puis, en grandissant, il intériorisera cette protection, matérialisée non plus par des objets mais par des idées, une vision du monde.
Il me semble qu’elle – pensée rationnelle ou plus versée dans la création - s’élabore ainsi, par la naissance d’une conscience de soi, et que la comparaison n’est point farfelue. Mais tout le monde n’est pas capable de se rappeler l’acte de naissance de cette conscience de soi, le moment où s’élabore dans le sujet cette autre naissance, cette fusion de soi avec son autre soi, lorsque le noyau intime est recouvert et enterré en nous, puis scellé par l’amnésie infantile et par l’oubli, plus ou moins volontaire de l’adulte. À jamais.
Nous étions deux et nous ne sommes plus qu’un. Nous avions trois yeux et l’un d’entre eux est désormais crevé.
Mais sur cette conscience de soi se fonde une vision du monde, une pensée, et nous n’en sommes guère conscients. Que savons-nous de ce que nous devons à notre enfance, aux pensées qui ont germé à cette époque ? Elles n’ont pas disparu tout à fait. On pourrait peut-être retrouver des vestiges de l’enfance de Proust dans le personnage de Marcel, ou bien des ruines enfantines dans la philosophie de Kant. Mais l’idée est inacceptable pour la plupart des philosophes, je crois. Tout simplement parce que la raison est une puissance adulte, qui se sentirait diminuée, perdant de son crédit, si on mettait à jour son acte de naissance, qui n’est pas raison. La raison n’est pas née parfaite et seule. Le non-rationnel la borde de toute part. La sensibilité l’irrigue et l’imagination lui a fait téter son lait.
Toute œuvre – d’art ou une construction intellectuelle - est une maison. La pensée est une forme d’œuvre, de fiction, une « otobiographie » également, pour reprendre le mot de Derrida.Une maison de maîtres à étage, avec des dépendances peut-être, pourvue d’une cave et d’un grenier. Une maison avec des pièces secrètes, peut-être, des couloirs, des fissures, des fragilités ici et là, et une charpente plus ou moins solide. Une maison est horizontale et verticale. Elle possède des planchers et des plafonds. Chaque pièce isole, sépare, comme le font les concepts. Notre maison se bâtit dans l’enfance.
Tous les enfants ont une maison mi-imaginaire mi-réelle dans leur maison familiale, qui est tout à fait solide et réelle, elle. C’est une petite île, le petit coin provisoire et imaginaire aménagé quelque part dans l’habitat ; il s’agit aussi d’une petite morgue en devenir, lorsque la raison aura raison de ce qui n’est pas raison en eux. L’enfance d’abord.
Une des fonctions de la rêverie, dit Bachelard, est de « réimaginer notre passé» et de nous maintenir en cette enfance interdite. À mon sens, cette fonction est aussi celle qui permet d’ouvrir les portes jamais totalement refermées chez certains êtres. « Les mots — je l'imagine souvent — sont de petites maisons, avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de chaussée, toujours prêt au "commerce extérieur", de plain-pied avec autrui, ce passant qui n'est jamais un rêveur. Monter l'escalier dans la maison du mot c'est, de degré en degré, abstraire. Descendre à la cave, c'est rêver, c'est se perdre dans les lointains couloirs d'une étymologie incertaine, c'est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots mêmes, c'est la vie du poète. Monter trop haut, descendre trop bas est permis au poète qui joint le terrestre à l'aérien. Seul le philosophe sera-t-il condamné par ses pairs à vivre toujours au rez-de-chaussée ? » (3)
Le littéraire a accès à toutes les pièces de la maison – ou presque - et aime à la faire visiter sous certaines conditions, avec certaines restrictions.
Très peu d’écrivains – philosophes ou littéraires purs - possèdent une cave (ou veulent en être propriétaires, car la cave est sale et dangereuse) quand la plupart consentent à entretenir un grenier. On vit dans une meilleure entente avec les fantômes de l’esprit qu’avec les cadavres du passé. La cave est un cimetière excavé dans la terre gourmande qui demande toujours davantage de choses décédées et le grenier un herbier où les défunts sont en suspens, attendant le baiser du Prince Charmant (la Mémoire) pour revenir à la vie. Les gens normaux vivent dans l’entre-deux du paradis et de l’enfer. Le purgatoire n’existe pas. Ou plus exactement, ce n’est pas un lieu que l’on visite, c’est une tombe que l’on porte en soi dans notre ventre stérile et que l’on creuse peu à peu pour l’autre, pour quelqu’un de notre choix, et que l’on nomme amour. C’est l’autre nom de la peur, de la grande frousse des adultes.
L’écriture est un vertige, une pointe éphémère. On n’écrit jamais que pour l’entretenir, presque reconnaissants de zigzaguer et d’avoir impression de vivre quand on ne fait qu’épuiser la lancée, pauvres poids de compétition que nous sommes, jetés dans la mêlée par quelques fous, des gens en mal d’enfants, des parents, des déraisonnables qui jouent aux quilles avec la vie d’autrui. A défaut de pouvoir trouver meilleur équilibre dans la véritable existence, nous nous dandinons entre deux pages que l’on écrit pour rien, pour personne (qui entend ?), nous nous promenons en enfer, comme si nous avions permission de sortie le dimanche après-midi, mais tout ceci n’est que l’antichambre de la mort, de la défaite. Dans l’entre-deux, nous nous illusionnons, nous nous fixons à la patère de l’éternité pour trois lignes mal dégrossies, pour une métaphore gangrénée, pour un petit attentat syntaxique ou bien une griffure sur la triste réalité de notre combat raté. Il faudrait ne pas naître ou bien ne plus parler pour comprendre les vertus de l’imminence et recaler toute velléité d’enfantement, réel ou symbolique. Écrire sa pensée, c’est écrire la tête coincée entre les quatre planches du concept. Ces planches qui craquent sous la poussée des images sauvages.

***
(1) Lied Vom Kindsein de Peter Handke

Als das Kind Kind war,

ging es mit hängenden Armen,

wollte der Bach sei ein Fluß,

der Fluß sei ein Strom,

und diese Pfütze das Meer.

Als das Kind Kind war,

wußte es nicht, daß es Kind war,

alles war ihm beseelt,

und alle Seelen waren eins.

Als das Kind Kind war,

hatte es von nichts eine Meinung,

hatte keine Gewohnheit,

saß oft im Schneidersitz,

lief aus dem Stand,

hatte einen Wirbel im Haar

und machte kein Gesicht beim fotografieren.

Als das Kind Kind war,

war es die Zeit der folgenden Fragen:

Warum bin ich ich und warum nicht du?

Warum bin ich hier und warum nicht dort?

Wann begann die Zeit und wo endet der Raum?

Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum?

Ist was ich sehe und höre und rieche

nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt?

Gibt es tatsächlich das Böse und Leute,

die wirklich die Bösen sind?

Wie kann es sein, daß ich, der ich bin,

bevor ich wurde, nicht war,

und daß einmal ich, der ich bin,

nicht mehr der ich bin, sein werde?

Als das Kind Kind war,

würgte es am Spinat, an den Erbsen, am Milchreis,

und am gedünsteten Blumenkohl.

und ißt jetzt das alles und nicht nur zur Not.

Als das Kind Kind war,

erwachte es einmal in einem fremden Bett

und jetzt immer wieder,

erschienen ihm viele Menschen schön

und jetzt nur noch im Glücksfall,

stellte es sich klar ein Paradies vor

und kann es jetzt höchstens ahnen,

konnte es sich Nichts nicht denken

und schaudert heute davor.

Als das Kind Kind war,

spielte es mit Begeisterung

und jetzt, so ganz bei der Sache wie damals, nur noch,

wenn diese Sache seine Arbeit ist.

Als das Kind Kind war,

genügten ihm als Nahrung Apfel, Brot,

und so ist es immer noch.

Als das Kind Kind war,

fielen ihm die Beeren wie nur Beeren in die Hand

und jetzt immer noch,

machten ihm die frischen Walnüsse eine rauhe Zunge

und jetzt immer noch,

hatte es auf jedem Berg

die Sehnsucht nach dem immer höheren Berg,

und in jeden Stadt

die Sehnsucht nach der noch größeren Stadt,

und das ist immer noch so,

griff im Wipfel eines Baums nach dem Kirschen in einemHochgefühl

wie auch heute noch,

eine Scheu vor jedem Fremden

und hat sie immer noch,

wartete es auf den ersten Schnee,

und wartet so immer noch.

Als das Kind Kind war,

warf es einen Stock als Lanze gegen den Baum,

und sie zittert da heute noch.


(2)Handke (Peter), La courte lettre pour un long adieu, Paris, Folio, 1986.
(3) Bachelard (Gaston), La poétique de l'espace, Paris, PUF, 1961, p. 139

{Je prendrai mon temps pour revenir poster les vidéos de mes voyages, cette fois-ci... Ne m'attendez pas avant un long moment.}

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Auld Lang Syne
La saison des promesses est advenue.

Beaucoup de choses en devenir. Un peu d'effroi dans les doigts engourdis qui n'ont jamais su battre la pulsation. Le cœur qui se serre en se surprenant (à peine, car je me connais trop bien) à éprouver autant de peur que de joie à réaliser ses rêves.

Ce matin, j'ai signé un contrat de traduction. Je le posterai demain. Je suis même plus heureuse pour mon bien-aimé Barrie que pour moi-même. Mon amour pour lui est inconditionnel.

Tant d'heures de travail devant moi et, toujours, si peu de temps.

Mais je suis vaillante.

Holly, bien potelée et hilare, reviendra, bientôt, amis, lecteurs et vilains de tout genre.
Si les trains ne déraillent pas. Si les avions demeurent sages. Si la grippe Zx' ne la tue pas. Si M. Golightly ne la perd pas sur une île - il pourrait être tenté, car vivre avec moi est épuisant. Il semble que les journaux soient aux adultes ce que les contes sont aux enfants : des épouvantails qui leur rappellent qu'ils sont des êtres faits pour la mort, que le monde est dangereux. N'est-ce pas évident, même sans eux ?
J'emporte avec moi beaucoup de travail : une pièce de théâtre à traduire, un discours à écrire, un roman au long cours qui divague, des corrections à prendre au sérieux... Je ne suis jamais en vacances et je le suis toujours. J'aime cette vie de flibuste au sein de mon propre univers, gros comme une main, mais qui peut exploser à tout instant. J'aime ne pas avoir cet âge qui devrait être le mien et qui ne le sera, je l'espère, jamais.
Je me sens vraiment pirate. Il me suffit de vraiment peu pour ressentir l'émotion et la vérité de mes jeux d'autrefois. Je me cache sous la table et je suis dans une cabane construite dans un arbre, au cœur d'une forêt J'ai toujours su jouer mieux que personne. Peut-être parce que j'ai toujours joué seule, enfant. Je n'ai jamais cessé depuis que j'ai découvert cette magie.
Hier, la journée fut douce et terrible. Souvent, les jours passent en moi entre ces deux extrêmes. Ce week-end, seulement deux films à mon actif: Black Jack (adapté d'un roman de Leon Garfield, pour qui j'éprouve une grande tendresse, et qui vaut plus que la qualification de "sous-Stevenson" qu'on lui a souvent attribuée ; j'ai mordu dans ce film comme dans un souvenir) au cinéma et Mariage à l'italienne en DVD.

Sophia Loren (fantasme de M. Golightly), qui brisa en son temps le coeur de Cary Grant, trouve un rôle magnifique ici ; elle y est presque aussi émouvante que dans La Ciociara. Mes larmes ont coulé sans que j'en sois d'abord consciente. Je fus troublée par cette émotion si discrète avec ma conscience. Je sais la raison. Filumena est une mère comme j'ai longtemps espéré en avoir une : elle finirait par venir et par briser les apparences de l'abandon, elle me regarderait de loin et prendrait soin de moi à distance. Non, je suis réellement une enfant perdue et cela me va.
Et, toujours, pour entrecouper les pages d'écriture, un épisode par-ci par-là de Kavanagh Q.C. avec l'extraordinaire John Thaw (fantasme absolu de Holly, hormis Cary Grant - et comme j'ai épuisé tous les épisodes de L'inspecteur Morse, Frost ou Lewis...) ou des Rues de San Francisco. Je songe, bien sûr, à Karl Malden, dont la disparition n'a pas fait assez pleurer, dont le visage a apaisé et illuminé mon adolescence. Acteur d'une humanité exceptionnel, notamment dans Baby Doll d'Elia Kazan. Son visage était comme la mer : la moindre vague s'y lisait et y laissait un message. Je l'aimais et le respectais.

Je ne suis décidément pas de mon époque...

Je pars prochainement pour explorer les cratères de mes rêves (Londres et ses Kensington Gardens, assister à la représentation d'une pièce de Shakespeare avec mon ami Robert et manger - des yeux seulement, oh dear je le promets ! - des scones ; l'Écosse et ses Castles, en espérant saluer Nessie ; Venise, là où je veux mourir).

Je vous offre, avant de partir, un bouquet d'images du temps jadis, le genre d'images qui m'entourent chaque jour de l'année. Sépia, noir et blanc.
Et vous ? En quelle couleur rêvez-vous ?






(Cette image, particulièrement, m'émeut : Peter prend le haut-de-forme de John, découpe son fond, et en fait une cheminée pour la maison de Wendy, qui est construite autour d’elle. On dirait bien que cette maison ressemble à celle que je construisais dans mon enfance, avec moins de moyens... Cf. mon billet suivant. On ne quitte jamais sa première maison, vous savez.)

Et si vous voulez retrouver les étés de votre enfance... rejoignez Jack Hollborn (toujours d'après Leon Garfield). Le temps de l'enfant n'est pas celui de l'adulte, c'est bien là tout le secret prosaïque de ces longs été d'enfance qui n'en finissaient - mes vacances d'été me semblaient être une autre vie possible - et ceux d'aujourd'hui, qui disparaissent en moins de temps qu'il n'en faut pour s'habituer à ce quart de saison mensonger. Une heure de la vie d'un enfant de dix ans représente en durée subjective cinq heures de la vie d'un homme de soixante ans... Ce n'est pas moi qui le dis mais Pierre Lecomte du Noüy... et je crois qu'il a raison. Il me suffit vraiment de très peu pour retrouver le chemin de ma maison... Je suis une nostalgique. Avec ou sans Jankélévitch. Mais je n'ai pas assez perdu pour l'être douloureusement...





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vendredi 3 juillet 2009
Changement provisoire de propriétaire (2)
Je pense également à mon ami J.S. en publiant ce billet, qui n'est pas de moi, mais qui est celui d'un remarquable fan. Il avait, lui aussi, son ticket pour Londres...


J'avais déjà ouvert les pages-pétales de mes Roses à mon ami David, l'ami de toujours, celui au monde qui sait mes pires secrets. David est l'ami de l'enfance jamais achevée et l'ami de la personne (je ne dis pas femme, car je me sens davantage un petit garçon de huit ans qu'une femme de plus de trente ans) que je suis aujourd'hui. Je souhaite qu'il soit l'ami de mes derniers jours également. Il est, pour moi, le miroir inversé de ce que je suis. Nous évoluons comme deux lignes parallèles mais, miraculeusement, quelles que soient les routes fort différentes que nous empruntons, nous nous regardons toujours en face à la fin. Il a trahi la cause des enfants perdus en devenant père, récemment, mais mes sentiments n'ont pas changé à son égard. Il aime dire des horreurs, collectionner des amis qui ont tous quelque chose de monstrueux, Twin Peaks, les comics à la folie (il les cellophane !) et Michael Jackson. David n'est pas tout à fait réel. Un être qui avoue qu'il n'a jamais ressenti de peines réelles, hormis deux émotions violentes liées à une perte ( "J'ai été profondément bouleversé par la mort de mon chat quand j'avais dix ans et par le départ de Chris Claremont du scénario des X-Men en 1991.") est un être forcément exceptionnel.
La première fois que je l'ai rencontré, il y a très longtemps, par l'intermédiaire de mon autre ami viscéral, Olivier, j'ai été fascinée par sa personnalité si différente de la mienne et je me serais coupé une main plutôt que de passer inaperçue et de manquer la chance de devenir son amie. Nulle amputation ne fut requise. C'est arrivé, sans efforts. J'ai toujours aimé cette délicate pourriture. Il est un peu comme Peter Pan : jeune, cruel, et sans cœur, mais pas insouciant. ll m'a dit dernièrement que je pouvais mourir et qu'il n'en éprouverait certainement pas de chagrin. J'aime sa franchise. Elle est la garante de notre relation. Je préfère cela aux fausses déclarations d'amis éphémères, comme j'en ai croisé ici un ou deux. Toujours se méfier de ceux qui sont trop onctueux et prompts à des déclarations fulgurantes d'amitié. Je préfère parfois ceux qui disent ne pas tenir du tout à moi.
Aujourd'hui, par conséquent, le billet suivant est de lui. Il ne ressemble pas du tout à ce que j'attendais de lui. Tant mieux, David a encore cette capacité de me surprendre.
Et j'aime encore plus son explication que je reproduis ci-contre, sans son autorisation... J'avais demandé à David quelles images et quelle chanson il désirait pour illustrer son texte.

"J'ai volontairement écrit un texte différent de celui que vous attendiez. Je voulais éviter toute émotion. A dire vrai, je ne parle même pas de Michael dans ce texte, je fais juste une analogie entre la découverte du sexe et celle de sa musique. Puisqu'on l'accuse à tort d'être pédophile, j'en ai joué en essayant de ne pas salir sa mémoire. Je ne voulais pas de politiquement correct larmoyant. Michael comptait pour moi plus que n'importe quel artiste. Il compte toujours autant aujourd'hui, et peut-être même plus. Mais je ne ressens pas le besoin de l'exprimer.
Pour votre information, j'ai failli vous envoyer deux autres textes :
- un qui dénoncerait tous ces hommages à Michael Jackson, alors qu'il ne s'agit que d'un personnage de fiction (et j'aurais apporté cent preuves qu'un tel être ne peut pas exister). Cela aurait montré à quel point Michael est unique, mais j'ai eu peur d'un côté répétitif du texte (même si celui que je vous ai envoyé souffre de ce travers),

- un qui éclairerait sa vie d'une lumière cynique (j'aurais, par exemple, rendu hommage à son père, sans le ceinturon duquel nous n'aurions jamais connu son fils, je me serais moqué de ses nombreux dons aux associations, de sa philanthropie et de son amour des enfants qui ne lui ont amené que des soucis). La cruauté du texte aurait rendu le personnage de Michael plus attachant. Quelque chose entre
Zadig et Justine ou les infortunes de la vertu. Mais cela n'aurait rien eu de personnel. Même si je n'ai vraiment rien dit sur moi ni sur Michael dans le texte envoyé, j'évoque quand même un point important : cette extase qui nous forme, qu'on ne peut connaître qu'une fois et après laquelle on court pourtant pathétiquement le reste de notre existence. Une bonne définition de l'enfance, somme toute. Mais, si j'aime mon idée, je déplore le style qui affiche clairement mon manque de temps et d'inspiration. Je vous autorise à l'améliorer, ce sera facile. Si vous n'aimez pas ce texte ou si vous ne le trouvez pas adapté à votre jiaco, ne le publiez pas. Si vous voulez le modifier ou supprimer la dernière phrase (que j'ai hésité à mettre), n'hésitez pas. Pour la musique, je choisis State of shock,

parce qu'elle n'est pas très connue et parce le titre convient parfaitement au texte (j'y parle de choc). Pour la photo, je souhaite Michael en train de se tripoter comme on le voit dans les clips Black or White ou Bad. Je n'ai pas trouvé mon bonheur mais en voici quelques-unes.
"





*************


On peut toujours compter sur ses amis pour nous faire des vacheries. Figurez-vous que ma meilleure amie, Céline, m'a demandé d'écrire un texte sur Michael Jackson. Rien de moins.

Je suis ce qu'on appelle un fan de Michael Jackson depuis 25 ans, comme il en existe des millions, et Céline pense qu'il me serait utile de retranscrire ce que je ressens suite à sa mort par écrit. Mais que puis-je dire sur Michael qui n'ait pas été dit dix millions de fois lors des dernières 24 heures ? Comment éviter les banalités et les poncifs ? J'ai tout d'abord envisagé de décrire ce que Michael représentait pour moi, comment il m'a influencé, de raconter des souvenirs comme la première diffusion du clip Thriller lors de l'émission "Champs Elysées". A peine cette idée commençait-elle à se faire un chemin dans mon esprit que je lisais un article décrivant des souvenirs totalement identiques aux miens. J'aurais pu signer ce feuillet si ma plume était aussi élégante que celle du journaliste. Et pour cause : nous sommes toute une génération à avoir eu la chance de découvrir au moment où nous nous construisions un artiste exceptionnel, unique et inégalé. Je ne crois pas en l'universalité mais s'il y avait bien quelqu'un qui s'en approchait, c'était bien Bambi.

Mes proches trouvent étrange que je ne sois pas triste de la mort de Michael Jackson. D'une certaine façon, il était mort pour moi depuis longtemps. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Michael Jackson a atteint la perfection et c'est là son malheur : comment pouvait-il faire pour surpasser ce qu'il avait accompli en révolutionnant la musique et le vidéoclip ? Si son œuvre a tant marqué, c'est que personne n'était préparé alors à un tel choc. On ne découvre hélas qu'une fois. Le premier amour, le premier orgasme vous marquent à vie (du moins, je vous le souhaite). A l'intensité de l'émotion ressentie à ces moments-là s'ajoute l'incomparable plaisir de la découverte. On aura beau retomber amoureux cent fois et jouir 100 000 nouvelles fois, avec bien plus d'expérience et de sagesse pour en profiter pleinement, on ne pourra pas reproduire la magie de l'exploration d'un monde d'émerveillement totalement vierge. C'est à Michael Jackson que je dois, comme tant d'autres enfants, la perte de ma virginité musicale. Quand on vous dépucèle avec ce que beaucoup appellent le meilleur album de tous les temps, aucun des albums que vous écouterez par la suite, de Michael Jackson ou d'un autre, ne pourra jamais vous toucher avec tant de force. C'est là le drame de ses fans, juste pendant du malheur de leur idole. Ils chercheront toujours à retrouver cet émerveillement initial. Ils le frôleront bien souvent, ils pourront jouir éternellement de cette musique sans jamais s'en lasser mais ils auront toujours cette petite mort en eux, cette perte, nécessaire, mais dont on ne se remet jamais vraiment. On appelle parfois l'orgasme la petite mort. Pour moi, Michael Jackson était mort depuis longtemps, depuis mon premier orgasme musical lors de la diffusion du clip Thriller dans l'émission de Michel Drucker. Comme la première fois que j'ai aimé ou que j'ai joui, il y avait quelque chose de divin dans ce moment-là. Le King of pop est mort. Vive le God of pop. Vive le Gode of pop.

**********
Sites d'intérêt : MJ Legaçy et MJ Tunes.
Et je vous recommande son autobiographie, Moonwalk, que m'a fait connaître mon ami David. On y lit quelques pages bouleversantes.









Il faut signaler la sortie de ce coffret, qui était prévue avant la mort de l'artiste. On peut le commander sur amazon.com.
Article à lire ici.

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jeudi 25 juin 2009
Nectar
{Robert Demachy, Mignon, 1900}

Parfois, il existe des êtres reliés à leur enfance par une sorte de cordon ombilical imperceptible à la plupart des regards ; une espèce de lien de laine les traverse de part en part, reliant chaque fragment de leur être et se constituant soudain - quand on perd le fil de son déroulement - en un écheveau de veines et d’artères poreuses, qui tremperait d’un côté dans le lait de la mémoire et qui s’égoutterait de l’autre dans l’être adulte, le nourrissant en permanence de ce nectar interdit dans l’univers d’efficience scientifique, de rationalité philosophique, ou de sens banalement commun, pourvu de l’utile, du nécessaire, du vital ou prosaïque. Il y a donc ceux qui boivent le nectar et ceux qui s’enivrent de Léthé. Il y a les dieux et les hommes et ce n’est pas qu’une hiérarchie ou une image mythologique. Entre les deux races ou strates supérieures du monde, il existe des hybrides, ceux qui doivent fabriquer leur nectar avec l’alambic de leur imaginaire, les artistes et, très spécialement, les écrivains. Le Léthé est le contrepoison des hommes ordinaires ; le nectar est le filtre d’amour que l’artiste absorbe pour se convaincre d’aimer ce qui est. Il lui permet d’enchanter le prosaïque et d’en tirer à lui un charme qu’il ne fait peut-être qu’inventer.


{Robert Demachy, Médaillon, 1897}

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lundi 22 juin 2009
Demeures de l'esprit
Renaud Camus est un très grand écrivain français. Je vous enjoins à lire son site - et ses livres. Sans omettre de contempler ses magnifiques photographies ici.
Même si je ne prise pas entièrement son œuvre, pour des raisons tout à fait subjectives dont il n'y a pas lieu de faire état ici, il me semble, cependant, impossible de ne pas reconnaître en lui la trempe de l'érudit, l'exigence extrême, la passion et la plume d'un valeureux chevalier des lettres, comme il n'en existe plus guère à notre époque et comme il risque de ne plus en exister, puisque nous sommes à l'ère de la médiocrité. Je n'ai pas l'optimisme d'un Deleuze qui estime que tout ceci fonctionne par cycles. En tout cas, je serai morte avant que la gloire des esprits neufs ne rayonne de nouveau sur ce monde.
Si j'avais plus de cervelle et plus de courage, si j'avais une once de talent tout simplement, il serait pour moi un modèle. Mais il est taillé, dans son domaine, à la mesure d'un dieu grec et je ne suis qu'un papillon dans le mien.
Son œuvre est impressionnante et l'homme a des courages tout aussi grandioses, d'autant plus méritoires que l'on vit dans un temps et un pays où certaines idées et certains mots sont interdits.
Il publie un deuxième volume consacré aux demeures d'écrivain. Il me semble avoir signalé ici même l'existence d'un premier ouvrage, qui m'avait fort enthousiasmée.
Celui-là, reçu ce matin - un beau cadeau* inattendu - comporte quelques pages dévolues à James Matthew Barrie et à sa maison natale, à Kirriemuir. Renaud Camus a fait pour une multitude d'écrivains, en mille fois mieux que je ne pourrais jamais le faire, ce que j'ai essayé de faire (mieux que lui en cette seule occasion, mais j'y consacre une part de ma vie !) pour Barrie et quelques rares autres (une sorte de cartographie-biographie). Je suis une monomaniaque ; son esprit s'engouffre dans des dizaines de lieux vécus par des hommes du passé. Je crois que sa démarche illustre mon propos sur les lieux comme sédiments de l'œuvre.
J'ai l'agréable surprise de ne constater aucune erreur factuelle ou approximation déplacée dans ces pages qui parlent de Barrie et ce fait est tellement rare que je dois le dire. L'auteur parle en connaissance de cause, même si le propos demeure nécessairement extérieur. Sans être flatteuse ou trop dépréciative, la présentation est juste. Trop peut-être, pour l'être vraiment, mais au moins il parle assez bien de Barrie. Et il s'est abreuvé, sans nul doute à une excellente source, l'oeuvre d'Andrew Birkin. L'autre source, très perceptible, est assez exécrable ; mais Renaud Camus est trop intelligent pour s'y être laissé prendre, même s'il me semble avoir retenu quelques éléments (la relation de Barrie avec George Du Maurier, qu'il évoque mal, parce qu'elle est mal évoquée dans sa source).
Ma seule restriction concernant ces quelques pages, très précises et solidement documentées, c'est donc le sentiment que Renaud Camus semble ne pas croire que Barrie soit tout à fait innocent - même s'il le défend, par exemple, contre l'ignoble livre de Piers Dudgeon, le livre le plus malhonnête qu'il m'ait été donné de lire et un modèle du genre, sa seconde source identifiée, un ramassis de saloperies qu'il aurait mieux fait de ne pas lire - et donne le sentiment de rechercher le maléfice possible. Parce que la légende mortifère encadre mieux le portrait de l'auteur ? D'où la citation de D.H. Lawrence qu'il relève : "J. M. Barrie has a fatal touch for those he loves". Probablement, Renaud Camus a-t-il pêché la citation dans le livre excrémentiel de Dudgeon. Il faut la resituer, ce qu'il ne fait pas, et je ne le lui reproche pas. Il ne s'agit que d'une miniature, pas d'un portrait grandeur nature. D.H. Lawrence, qui était un ami de l'ex-femme de Barrie, écrit ceci dans une lettre à cette dernière, après la mort de Michael. Je crois que ceci donne de la perspective et cette remarque à l'emporte-pièce va aussi dans le sens des idées-forces personnelles de Lawrence à l'oeuvre dans son art.
C'est légitime. Mais il a tort. Il est facile de se laisser emporter par ce genre de superstitions. Moi-même, je tremble un peu en songeant à la parole de Barrie : "Malheur à celui qui écrira ma biographie !"
Pourquoi ne pas parler du tout de Nico, l'un des fils Llewelyn Davies ? Celui-là même qui, peut-être, a le mieux compris Barrie ?
Et plus qu'une malédiction engendrée par Barrie, il faudrait peut-être considérer d'abord celle dont il fut victime.
Je ne crois pas que Barrie ait "imparfaitement perçu" l'amour de sa mère, bien au contraire ; selon moi, cet amour n'était pas spécialement le genre d'amour que l'on peut attendre de la part d'une mère "suffisamment bonne".
Et il semble ignorer qu'en plus d'être objectif le livre de mon ami Andrew Birkin est également un chant d'amour pour Barrie. On n'offre pas trente ans de sa vie à quelqu'un que l'on n'aime pas avec passion, inconditionnellement. Je ne vois pas en quoi le livre d'Andrew peut laisser "une impression de malaise" dans le cœur du lecteur...

***

À recommander aussi ce très beau livre.
Renaud Camus a également publié un premier volume des Demeures de l'esprit en France.

Et le site de son "exégète" que j'ai renoncé à lire, il y a des mois de cela, mais qui présente une compilation passionnante d'éléments disparates.

* Merci infiniment, Jim.

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dimanche 21 juin 2009
Fred Astaire, Adele et J.M. Barrie : petite note pour plus tard...
[Je dédie ce "bébé billet" à ma petite A., ma chienne, qui est malade. Je lui promets d'écrire la suite de cette histoire bientôt. Un jour, je vous parlerai d'elle, parce que c'est un personnage tout à fait essentiel dans mon existence et un sacré personnage.]

Je crois bien que l'image qui précède (Fred et Adele Astaire) symbolise parfaitement la manière dont j'entends l'existence. Si la vie ne ressemble pas à cela, alors cela ne vaut pas la peine de vivre. Si la vie ne m'inspirait plus, un jour, cette exaltation permanente et des désespoirs tout aussi violents que leur contrepoints d'extase, alors je tirerais ma révérence pour de bon. Les gens honnêtes m'ont prédit une fin encore plus triste que leurs visages de prophète, parce que je ne thésaurise rien, parce que je me fais flamber au contact de tous les feux de joie. Ils m'en veulent d'être trop heureuse ou trop malheureuse, de n'être point allumée comme un réverbère, à des bonheurs ou des joies communs, à heures fixes, avec une décente intensité. Ils ne savent pas sur quel pied danser avec moi. Ils ne savent pas danser de toute façon. Ils n'ont jamais compris que je suis prête à payer le prix de ma liberté - il y a longtemps que j'ai signé un pacte avec le diable qui est en moi et qui est la meilleure part de moi-même...- et que j'ai toujours su que je n'étais pas faite pour avoir une place définie en ce monde. Cela ressemble trop à une concession dans un cimetière. Mon seul regret, si je mourais demain, ce serait de n'avoir jamais eu une paire de chaussures magiques pour apprendre les claquettes.

À la lecture d'une biographie de Fred Astaire, un de mes héros, j'ai vérifié une fois de plus mon hypothèse selon laquelle chaque chose, dans un univers donné (le mien, en l'occurrence), est liée à une autre et qu'il suffit de tirer sur le bon fil pour remonter jusqu'aux premiers éléments d'une généalogie.

Fred - né Frederick Austerlitz, II- et sa soeur Adele ont débuté ensemble. L'histoire est bien connue. Adele était considérée comme le membre le plus génial de leur duo, mais elle abandonna au début des années 30, à l'âge de 35 ans, sa carrière et se maria. Fred, le perfectionniste, perdit sa meilleure partenaire et n'en retrouva jamais une autre comme elle, même pas Ginger. Je crois qu'Adele ne se sentait plus à la hauteur de l'immense talent de son frère, tyrannique envers lui-même lorsqu'il s'agissait de son art, talent qui ne cessait de croître alors qu'Adele se contentait de sa perfection naturelle, de ce don qu'elle n'était guère encline à sculpter davantage en travaillant.
Fred et Adele ont connu tous les deux James Matthew Barrie à Londres, lorsqu'ils se produisaient sur les scènes de cette ville que j'ai toujours aimée. Et Barrie envisageait de donner le rôle de Peter Pan à Adele. Barrie, comme Céline, a toujours aimé les danseuses - j'ai commencé à simplement l'évoquer ici et - et ce vieux grincheux de Shaw en pinçait aussi pour Adele. Je ne sais pas exactement pourquoi l'affaire ne fut pas conclue. J'enquête... Mais je suis émue et amusée à l'idée que les fils de mes vies imaginaires se tordent et se tressent.






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jeudi 18 juin 2009
Tourments / Hets (1944)

Le film s'ouvre comme un fruit encore trop frais ou trop vert pour que l'on ose y planter les dents ; il se dévoile d'emblée sans autre forme de délicat procédé, mais trompeur doit-il être.
Première image, brutale : l'enlacement de la gravité brune et de l'enfance blonde ; nous sommes témoins d'une valse immobile, d'un discours muet, ceux de deux visages insérés dans un cadre noir, tapissé d'obscurité, gansé de pleurs soyeux. Simple, lent, triste, tout se tait, comme la vie qui sort de nous à chaque instant ; nous ne savons vraiment ce qui se passe en nous - un processus de démolition, celui-là même dont Fitzgerald nous fait ressentir les vibrations dans The Crack-Up - que lorsque nous oublions toute autre forme de savoir.
Celui qui sait la vie ne sait pas la mort, et réciproquement. On ne se sait jamais passager de ces deux royaumes mouvants à la fois. Il faut devenir soi-même passage, pour les faire coexister, le temps des derniers soupirs, en quelques fractions de temporalité acérées. Il est ensuite trop tard.

Un homme et une femme. Beaux comme une mort, soudain incarnée et adulte, qui se réveille d'un sommeil qui avait l'apparence de l'éternel, qui prend au dépourvu la jeunesse et lui rompt d'un coup de mâchoire franc les ailes. Mais la jeunesse vole encore un instant, sans comprendre qu'elle n'en a plus les moyens. Et sombre. Le coup de dents est le tailleur d'abîme en nous. Un abîme dans lequel on plonge pour devenir à jamais mortel. Ceux qui tentent d'échapper à cette malédiction sont toujours un peu monstrueux et boiteux. Ce sont les artistes, des enfants égoïstes et cruels, qui ne veulent pas renoncer à leurs jeux avec le réel et qui tuent leurs personnages quand ils en sont lassés. Ils veulent être la mort et non ses enfants. Le jeune Bergman me semble particulièrement répondre à ce trait. Le héros de cette histoire, lui, se rendra à l'appel de l'abîme et rompra les amarres de l'idéal (il voulait n'aimer qu'une seule femme dans toute son existence et une femme pure - le contraire adviendra puisqu'il s'éprendra d'une fille déchue). Il y a moins de noblesse que de beauté humaine dans cette déchéance consentie. Je préfère toutefois les causes perdues et ceux qui claudiquent, ceux qui, comme je le dis souvent, sont les porteurs d'une enfance incapable de se désincarner complètement pour se dissoudre dans le sang et l’épaissir, une enfance inapte à s’incarner autrement dans l’homme ou la femme.
La fille sur l'écran, d'une autre race que le garçon, on le pressent, glisse comme au ralenti sous le voile du tragique, malgré la protection offerte par les mains de l'homme - ou à cause d'elle ; son regard à lui, qui semble étreindre le sien, le dissimule peu à peu à notre propre regard, comme s'il voulait l'étouffer. Cette obscurité protectrice qu'il offre de ses mains et de son corps tout entier possède également quelque chose d'étrangement ambigu. Le mystère poinçonne cette étreinte. Et si la main qui caresse et met à l'abri était faite à l'image de celle qui tue tout aussi bien ?

Ce n'est pas le premier film de Bergman, à strictement parler, mais le premier film auquel il a participé. Bien qu'auteur de plus de trente mises en scène au théâtre, Bergman n'avait encore réalisé aucun film. Il en a écrit l'histoire mais le film fut réalisé par Alf Sjöberg. Il me paraît nécessaire de redire cette paternité, car il serait très injuste de minimiser le travail de ce dernier pour ce film - comme c'est, hélas, souvent le cas. Mais nous entrons, cependant, d'emblée dans ce cinéma de la névrose et de l'angoisse qui qualifie, pour une part, l'œuvre de Bergman.

En regardant ce film, en observant le déplacement des ombres, les plans en plongée, et mille autres détails, il est impossible de ne pas penser à Carl Theodor Dreyer



ou à Fritz Lang, par exemple - deux cinéastes que j'affectionne. Le film s'inscrit esthétiquement dans le sillage de l'expressionnisme allemand (les ombres étirées, les contrastes, les lignes horizontales, par exemple),
mais également par la vision subjective du monde, qui ne tient qu'à l'émotion, c'est ici une évidence. Ici et là, certaines rémanences surprennent le spectateur et le bordent dans un climat à la limite de l'inquiétante étrangeté. Mais cette limite n'est jamais franchie et c'est peut-être ce cran d'arrêt qui donne l'atmosphère très particulière du film, l'empêchant d'appartenir à un genre défini.

Un professeur de latin terrorise ses élèves. J'ai rencontré de tels spécimens - non pas en classe de latin ou de grec, parce que je me débrouillais assez bien en ces matières et que les professeurs étaient ravis d'avoir encore des élèves -, mais en classe de sport et en cours d'éducation manuelle et technique (deux disciplines qui ne m'ont jamais servi dans la vie et que je méprisais). Nous avons tous croisé le chemin d'un tel être, imbu de son pouvoir à proportion de sa médiocrité à l'exercer en dignité.

Le professeur de latin sadique, provoque un malaise identique à celui que l'on a pu ressentir au contact de M. le Maudit : une fascination pour l'âme gothique des personnages, mais surtout pour le Mal qui est tellement lui-même qu'il n'a pas en contrepoint la conscience de ce qui n'est pas lui. La véritable fascination vient peut-être de là. À cette seule restriction peut-être que ce mal provoqué ou secrété n'est pas celui que diffuse le sadique - dont Deleuze parle avec une prodigieuse intelligence, en consacrant tout un essai à l'auteur de la Vénus à la fourrure, qui n'est pas le complément ou l'opposé du divin Marquis si mal compris. L'homme maléfique brise les esprits par la peur, une peur dont on découvrira qu'elle est sienne et qu'il projette sur les autres pour s'en débarrasser, en vain. Il fait peur parce qu'il a peur ; il veut lire sur la face des autres cette peur anonyme qui vit dans ses entrailles et qu'il ne peut voir, sauf s'il la transmet à un autre. L'autre est le miroir de sa propre peur qui, sans cette projection, demeurerait invisible et indéfinie. Il élit pour proie un jeune homme de ses élèves, Jan-Erik, qui entretient une relation avec une jeune fille (Bertha) un peu perdue, rencontrée un soir, alors qu'elle tombe sur le chemin, ivre. Jeune fille également étranglée de peur face à cet homme, qui la pousse à boire (elle s'adonne à la boisson pour calmer les cris de sa peur, pour nourrir les milles bouches de cette peur qui lui dévore le ventre), avec qui il entretient peut-être même des relations sexuelles, c'est suggéré ; il pénètre chez elle contre sa volonté - mais il n'est pas précisé comment il s'y prend. Il semble que son ombre glisse sous la porte... Il domine la jeune fille et force l'entrée de sa chambre. Mais il ne possède pas de clef, seul Jan-Erik en a une qu'il donnera au monstre après la mort de la jeune fille, afin qu'il prenne place - symboliquement, du moins - au sein de cet endroit, qui est comme une toile d'araignée.
Caligula, puisque tel est le nom de cette créature malfaisante, pourrait faire penser, pendant quelques secondes, au professeur de grec de The Browning Version, mais seulement un instant.
Car Caligula est l'incarnation du Mal absolu, tandis que le professeur dans le film d'Asquith est simplement un être gelé dans sa sensibilité, qui ne demande qu'à laisser se craqueler son indifférence de surface.
Caligula est le parangon du Croquemitaine de l'enfance (seuls les enfants éprouvent la peur qui est ainsi décrite, une peur qui semble n'avoir pas d'objet sur lequel se fixer à jamais, car la mort est le seul objet possible et c'est une idée qui demande de la maturité ; et ce n'est donc pas un hasard si la classe qu'il terrorise est une classe de jeunes gens qui préparent l'équivalent du baccalauréat, qui ne sont pas adultes d'un point de vue légal, et donc de grands enfants), c'est aussi le mal métaphysique incarné dans et par un être dépassé par ce mal dont il est responsable mais dont il ne saisit pas toute la portée, ni le mécanisme. Il est effrayé lui-même, sincèrement, par ce qu'il fait ; il est comme dominé par cette essence maléfique. D'où ses dénégations et l'accent mis sur une maladie jamais nommée. Il est une proie pour ce mal qui le gouverne et qu'il ne peut s'empêcher de répandre, comme s'il suintait de lui, malgré lui.
Autre scène, il reprend son antienne, après la mort de Bertha qu'il a provoquée, du moins par suggestion. Bertha est morte... de peur.


Il se donne comme victime du Mal qu'il incarne.
Au fond, Caligula se comporte exactement comme un enfant, qui blesse et tue sans conscience, mais demeure, néanmoins, vulnérable de toute part.
À cet égard, une scène est frappante.
Un jour dans la chambre de Bertha, (on notera le décor de cette chambre, qui n'est pas anodin), Jan-Erik retrouvera Bertha, morte.
Et Caligula, bien mal caché derrière des manteaux - une cachette d'enfant - clame son innocence. Seul un enfant croit que, s'il ferme les yeux, les autres ne le verront pas, même s'il dépasse de sa cachette... Cette peur, véritable maîtresse du film, permet selon moi de retrouver la langue perdue de l'enfance.

Bergman écrivit, pour ses marionnettes, entre autres histoires, une petite nouvelle qui peut être mise en relation avec le film dont il est question ici, A Shorter Tale About One of Jack the Ripper's Earliest Childhood Memories. [Celle-ci a été partiellement traduite en français dans une revue, le numéro 34 de Cinéma 59, en mars 1959] Ce Jack n'a de commun avec l'Éventreur bien connu que le nom ou presque seulement le nom... puisqu'il est, à sa façon, un tueur. En effet, Jack tue deux fois : à trois ans, il assassine une sorte de lutin dont il s'était épris pensant qu'il s'agissait d'un lutin femelle (il s'était mis nu devant lui, éprouvant du plaisir à cela) et qui était, en réalité, un garçon de quinze centimètres déguisé en fille ; puis, à l'âge adulte, il supprime sa maîtresse (Marie), afin de dédommager, en quelque sorte, le père du lutin qu'il avait tué et qui revenait le tourmenter chaque nuit, réclamant vengeance.
La nouvelle sert de révélateur au film ou permet de confirmer certaines hypothèses que le spectateur ne manquera pas de formuler.
Tourments est un film qui parle de la peur et de l'enfance non cachetée, un état primal de la conscience humaine.
Caligula est un enfant, prisonnier d'un traumatisme que l'on suppose très violent, dans un corps d'adulte. Son sadisme est la quête inversée d'un amour auquel on n'a pas répondu. Les sadiques de ce type - car il en est plusieurs genres et j'emploie le terme de sadisme dans un sens commun, sans me référer expressément aux études de Freud -, veulent recevoir de l'amour mais ils ne le peuvent et leur cruauté est le fruit de cette impuissance initiale à être aimé.
Risto Fried
, un pychanalyste (digression : lire cet article) cité par Frank Gado, dans une étude sur Bergman Cf. Le livre de Frank Gado, The Passion of Ingmar Bergman, publié par Duke University Press, 1986), explique que certains êtres victime de sadisme dans l'enfance peuvent développer une attitude protectrice envers les plus faibles, enfants ou animaux, et laisser s'exprimer ainsi leurs tendances sadiques dans l'art, là où ils peuvent manipuler, maîtriser et diriger les émotions des spectateurs. Les films de Bergman, même les plus lumineux, répondent sans conteste à cette définition. Ceci explique probablement certain malaise, parfois provoqué par des détails ou des scènes qui, au premier abord, semblent inoffensifs.

Il faut citer Bergman. Cf. le superbe livre édité par Taschen - dont je possède plusieurs publications de rêve, dont les Kubrick Archives.
"Je voudrais que Tourments agisse comme un couteau sur un abcès, qu'il purge l'infection (...) Je voudrais que Caligula soit dénoncé, blâmé, écrasé. Vous savez qu'il existe toutes sortes de Caligula, des grands, des petits, relativement inoffensifs, ou totalement monstrueux, œuvrant de façon ouverte ou détournée... Mais il y a quelque chose qui permet toujours de les reconnaître. Car ce genre d'hommes crée la haine, l'équivoque, sème la destruction chez ses semblables. Il est étranger à toute communauté, incapable du moindre contact et de toute compassion authentique. (...) Je voudrais que l'on éprouve de la sympathie pour Caligula car il n'est pas responsable de la situation dans laquelle il se trouve. Il est comme une vipère, une bactérie, comme de la vermine qui ne peut comprendre le mal qu'elle cause. Il est condamné à la solitude, poursuivi par des furies enragées, par sa propre peur et par la nécessité de faire le mal."
"Je veux décrire l'activité universelle du Mal, avec ses procédés les plus ténus et les plus secrets de propagation, comme une chose animée d'une vie indépendante, à la manière, par exemple, d'un germe dans une vaste chaîne de causes et d'effets."

L'ironie des choses veut que le personnage dont s'est inspiré Bergman pour écrire cette histoire soit un professeur qui lui avait inspiré force craintes et tremblements, celui-là même qui avait également tourmenté Alf Sjöberg ! Plus étonnant, Himmler sert aussi de "modèle" au personnage et le film s'inscrit dans le cadre d'une campagne antinazisme à l'époque. Il me paraît intéressant de souligner ce contexte.

Il semble que Bergman souhaitait une fin plus sombre que celle donnée effectivement.

Le professeur fera exclure Jan-Erik, au motif qu'il fréquentait une fille de mauvaise vie, et tous les élèves, lui excepté, recevront leur diplôme. Ils ont revêtu le costume traditionnel de remise des diplômes.


Le sadique professeur savourant cette scène, par la fenêtre.

Tandis que celui qui a été exclu observe, seul, la scène. Il a la tête nue, alors que les autres sont "coiffés", comme ceints d'une couronne mais aussi comme protégés, et doublement, puisqu'ils vont ensuite se réfugier sous un toit de parapluies. Ils ont un "casque" que Jan-Erik ne possède pas. Sa tête nue est un symbole. Le film devait se terminer ainsi.
Et l'on ressent bien une coupure dans le film qui verse presque notre esprit dans un autre espace - temps.
Mais nous assisterons de loin à l'enterrement de Bertha. Un enterrement de théâtre, dirait-on, sans émotion ni bruit.Jan-Erik a quitté ses parents, qui ne le comprennent pas et qui sont humiliés par son échec. Seul au monde, il décide d'habiter la chambre de Bertha et, par un étonnant travestissement de situation, de prendre sa place et d'être hanté, à son tour, par Caligula, du moins un instant.

Le chat de Bertha, adopté par le jeune homme, rappelle une anecdote assez éprouvante racontée précédemment à Bertha par Caligula. Je n'insisterai pas sur ce point. Quand Caligula tue un chat, Jan-Erik, lui, en sauve un, marquant par cet acte opposé à la fois leur différence (ils sont des contraires) mais aussi leur complémentarité.

En effet, Jan-Erik et Caligula forment un couple au sein d'un triangle œdipien. Plusieurs combinaisons sont possibles. Bertha pouvant se déplacer de l'un à l'autre. Mais, elle, morte, rompu est le maléfice qui mettait en regard le bourreau et la victime, Caligula et Jan-Erik.
Le film se termine avec le départ de Jan-Erik, avec la victoire de la lumière sur l'obscurité. Si, comme l'explique Deleuze à propos de Leibniz, le damné n'est pas éternellement damné, mais toujours damnable car il se damne à chaque instant, on peut dire que Caligula n'est pas damné mais bien plutôt maudit par quelque force extérieure à sa volonté et à son entendement.

Le film s'achève avec l'image du visage de Jan-Erik, presque magnifiée par la lumière éclatante.



Ce sourire de conquérant ou de vainqueur, ce visage qui porte l'aube pleine d'un monde neuf, dépouillé de tout ce qui précède, vierge de toute scorie de l'expérience, est peut-être la plus belle image du film. L'adulte-insecte est sorti du cocon de l'enfance. Il est achevé par la mort de Bertha. Le meutre ou la mort de Bertha est nécessaire à la délivrance de Jan-Erik, qui entre dans l'âge adulte par cette épreuve ou ce sacrifice.
Mais, on le comprend d'instinct, ce regard qui exprime à la fois la pureté et le soulagement, par cette franchise même, cette presque brutalité, dit l'ambiguïté du film. Le héros tue le passé et tout ce qui lui appartient pour s'élever au sommet de cette autre vie, celle de l'adulte devenu. Mais le prix est celui de la mort de l'idéal et du compromis engagé envers soi et les autres. Le jeune héros, pour être fidèle à Bertha, devrait mourir à son tour.
Ce rite de passage est le même pour tous, mais tous ne peuvent ou ne veulent s'y soumettre. C'est toute la différence entre ceux qui s'adaptent et nous autres...
À mes yeux, c'est tout autant une heureuse fin qu'un triste début, car Jan-Erik renonce tout à fait à cette différence d'avec les autres, à sa particularité (il est d'abord banni de la société en n'obtenant pas son diplôme, mais le proviseur lui donne moyen de "revenir" dans le cercle social et il accepte cette autre chance) qui aurait pu lui permettre de faire de sa vie une œuvre, peut-être.
Pour la première fois, la tête nue (toujours), il s'avance vers l'avenir, les mains et le cœur vides. Et ce dépouillement, la tête nue, est un symbole qu'il convient, je crois, d'interpréter. Ce que je ne ferai pas tout à fait...

[Merci de ne pas réutiliser mes captures d'écran du DVD.]

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mercredi 17 juin 2009
Merveilleuse nouvelle

J'ai toujours dit que je croyais aux fées...
Une personne travaillant au sein d'une grande maison d'édition vient de m'appeler et, l'année prochaine, une de mes traductions d'un livre de James Matthew Barrie sera publiée par l'un des meilleurs éditeurs français. Je me demandais comment j'allais fêter l'anniversaire de mon bien-aimé Barrie... et, même si j'avais prévu quelques surprises à lui faire, celle-ci sera, sans conteste, un autre très beau cadeau.
Tout vient à point à qui sait attendre. Je suis une impatiente, mais j'ai la foi chevillée au cœur et à l'esprit. Je crois aux miracles.
Mon émotion est telle que je me demande si je vais pouvoir y survivre...

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vendredi 12 juin 2009
Panne
L'hébergeur de mon site - je crois que c'est ainsi que parlent les gens modernes - m'informe que mes aimables visiteurs devront se passer un moment de la compagnie de James Matthew Barrie, puisqu'ils rencontrent des difficultés techniques : une surchauffe de leur système, visiblement... et, par conséquent, mon site n'est plus en ligne à l'heure actuelle.
Dieu merci, j'ai des copies de sauvegarde au cas où il faudrait télécharger à nouveau tout le site, soit des centaines de pages, soit plusieurs heures / jours de travail pour cette pauvre Holly, qui est déjà retard, surmenée et qui n'avait nul besoin de ce désagrément supplémentaire. Donc, ne vous étonnez pas si je ne donne pas signe de vie tout de suite... Le site sera remis en ligne dès que le dieu de l'informatique l'aura décidé... Il est également possible que certaines images n'apparaissent plus sur ce JIACO ou sur certains de mes autres sites, puisque une partie de mes fichiers est hébergée au même endroit...

Ajout du 14 juin 2009 : Je pense avoir réussi à remettre (quasiment) tout à sa place. Le site avait totalement disparu. J'espère pouvoir faire des mises à jour avant mon départ en Écosse et en Italie. À bientôt !


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jeudi 11 juin 2009
Ils ont osé ! Est-ce possible ?
Hier, je lui disais à quel point j'étais heureuse à l'idée de mon futur voyage à Londres (afin de découvrir ce film de Barrie mis à disposition du public au BFI, entre autres bonheurs annoncés), puis en Écosse et à Venise ; ce matin, il me demande si je suis toujours heureuse. Tout d'abord, je ne comprends pas sa question, jusqu'à ce que je lise.
Mon très cher ami anglais, Robert, vient de m'envoyer une coupure du Times.
Les Jardins de Kensington, qui abritent le spectacle consacré à Peter Pan, ont été témoins de la première, hier soir. Je suis dans un état de colère rarement atteint - si ce n'est lorsqu'une drôlesse a écrit, avec son pied gauche enflé de pus, une "suite" à Peter Pan, dont j'attends de lui demander raison l'année prochaine, à Kirriemuir, si elle ose montrer sa sale tronche de fouine, son sourire satisfait d'imposteur en liberté -, car j'y lis une critique du ("du" et non "de") Peter Pan donné dans les Jardins de Kensington. L'idée était magnifique : faire revivre Peter Pan dans l'un des endroits symboliques de sa création. Vous pensez bien que j'étais la première à acheter ma place, il y a des mois de cela.
On dit souvent de moi que je suis une pessimiste. Je sais bien, moi, que je suis une fragile fleur bleue déguisée en chardon, pour tromper son monde.
Il faut croire que j'accorde encore bien trop de confiance à l'humanité. Le pire étant toujours certain.
En effet, à la lecture de cet article, puis de certaines autres coupures de presse, j'apprends que les organisateurs de ce spectacle à gros budget ont OSÉ tripatouiller le texte de Barrie - non pas un peu, mais complètement, imaginant même une fin différente... Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
Pourquoi ne suis-je qu'à moitié surprise et pourquoi est-ce que je ne me donne pas une grande gifle pour n'avoir pas écouté cette voix en moi qui me disait que l'ignominie était toujours certaine dans ces cas-là ?
Mon argent a contribué à engraisser cette bête immonde.
J'aurais dû me douter que gros budget et littérature n'ont rien à faire ensemble. Les gens veulent du clinquant, du "mignon", comme dirait mon Amie Sophie. Du bruit et de la fureur, des émois dociles, de la saccharine, de la douceur et du mimosa dans la culotte ! Vaches ! Ils faut qu'ils s'en prennent plein les mirettes, qu'on leur masturbe violemment et proprement le cerveau, il faut les guider, il faut même les faire bander et jouir avec de grosses machines, parce qu'ils n'en sont pas capables seuls, ces méprisables, qui ne sauront jamais reconnaître un chef-d'oeuvre d'une merde. Et, encore, le mot est injuste, car j'ai le plus grand respect pour les excréments.
Du bel ouvrage que la merde, et complexe avec ça, et puis ça fertilise.
Ces gens ne savent pas chier. Ils n'ont pas d'estomac, ni un cul digne de ce nom. Rien qu'une gueule qui gobe l'air du temps.
Ce sont des pourritures tous ces gens qui raisonnent, d'un côté, en terme de fric à gagner et, de l'autre, en terme de facilité orgasmique.
Pour moi, ce ne sont que des cons, des inutiles, des parasites.
Ils veulent de la littérature facile pour les distraire de leur petite médiocrité, journalière (Oh ! Pas Louis-Ferdinand Céline, c'est noir, si noir et j'ai peur dans le noir ! Oh, pas Proust, c'est trop dur à lire ! Oh, pas Hegel, je ne comprends pas ! Pauvres petits caniches qui ne songent qu'à la reproduction!), de leur vie fade qu'ils sont incapables de vivre autrement qu'à crédit, sans ambition flamboyante, ni passion violente ou chagrin mortel, aspirant juste à un bonheur riquiqui, duplicata du bonheur de leurs voisins. Ils veulent être normaux. Ils ne le sont que trop. Jusqu'à extinction de l'humanité. Putain de gros animal. Platon avait raison.
Ce sont les mêmes spécimens qui bouffent de la connerie en tube cathodique, des oies et des cochons frémissants pour des demi- ou quart-ratés, vite sacrés, vite oubliés – il suffit de tirer la chasse. Ce sont les mêmes qui lisent Gavalda et Musso ou autres débonnaires du style, clients du même tripot. Ils puent, ces charognes. Et, parmi eux, deux ou trois qui vont m'écrire, pour me dire qu'enfin tant de haine, tant de mépris, ça cache (et donc exprime) forcément quelque chose de triste en moi. Quand vous énoncez de traviole les vérités pourtant ordinaires et évidentes, les gens vous accusent du pire : de malheur ! D'être malheureux, simplement parce que vous portez votre haine aussi haut que votre amour, sans comprendre que la haine bien ciblée n'est que le moyen de ne pas l'étendre à tout et à tous ? Une purification. La haine que certains jugent comme une passion triste (pas moi) n'est parfois, dans le meilleur des cas, que la capacité de révolte des gens forts jusqu'à la pliure, qui aiment jusqu'à l'aveuglement, qui respirent aussi viscéralement qu'ils éprouvent. Mais ne leur demandez pas de comprendre cela. Ils sont impuissants.

Il me reste un choix simple : ou gager que les critiques expriment une réalité de la situation, brûler mes billets sur place et passer ma journée dans les Jardins sans me soucier de cette saloperie que l'on fait peut-être encore à un immense écrivain, condamné à la méconnaissance, ou bien assister au spectacle et foutre un gigantesque bordel pendant la représentation, si la trahison est flagrante ? Ai-je besoin de voir pour être sûre ? J'attends de lire les sentiments de ceux qui connaissent réellement l'oeuvre barrienne. Je n'aimerais pas me découvrir a posteriori injuste. Mais je n'ai aucun espoir. Les plus forts sont toujours les faibles, par une ironique très cruelle.
Je vous donnerai des nouvelles, cependant.

À quand Bardamu dans une comédie musicale ?

Je ne devrais pas dire cela : ils sont capables de le faire !

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dimanche 10 mai 2009
"A wee black mon" (Un petit homme noir)
"He doesna likit to be looked at."
"Il n'aimait pas qu'on le regarde."

Moi non plus, je n'aime pas.

Par ces termes choisis dans la langue scots, un journaliste, selon toute évidence anglais, se rendit à Kirriemuir pour y mener un reportage sur la petite ville natale de J. M. Barrie et afin de recueillir des témoignages des autochtones, qui semblent au mieux circonspects face à l'œuvre de celui qui rendit immortelle Kirriemuir (renommée Thrums). Mais le temps changea cette opinion, dans un sens favorable au grand écrivain.

Je ne connais pas la date à laquelle parut cet article dans le Ladies' Home Journal, mais à sa lecture on déduit que ce fut après la mort de Margaret Ogilvy (1895) et avant le divorce de Barrie (1909).


{Merci de ne pas reproduire sans mon autorisation cet article, qui fait partie de ma collection personnelle, article que j'ai eu de la peine à obtenir...}

Il fait partie des archives que je suis en train de scanner et que je vais mettre en ligne au fur et à mesure sur le site Barrie. Vous pouvez également regarder d'anciennes vues de Kirriemuir ici (page en refonte - la mise ne page est désastreuse, pardon).
Comme à l'accoutumée, mon voyage en terre écossaise sera relaté avec de petites différences sur ce même site, puisqu'il constitue une partie de la cartographie barrienne que je dessine, au fil des années.
En juillet, indépendamment de mon salut habituel et respectueux à la Sérénissime, et comme indiqué précédemment, je prendrai part à deux événements barriens , puis je me rendrai également aux Hébrides intérieures (l'île de Skye pour des motifs proprement barriens ou jacobites...) et à Inverness, au bord du Loch Ness... M. Golightly est présentement affairé à donner vie à cet autre rêve.
Je vous relaterai ceci si votre bon plaisir est au rendez-vous et si Dieu me prête vie, qu'Il existe ou non.

[Petit billet écrit en écoutant le merveilleux album que m'a offert ma Sophie, Paris Spleen d'Ataraxia]

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samedi 9 mai 2009
Holyrood
Happy birthday to you, Mister Anon.


***
Who could ever hope to tell all its story, or the story of a single wynd in it?
J.M. Barrie




Je vais terminer ce récit un tantinet décousu, du moins provisoirement, par une petite visite au château de Holyrood. Je ne serais peut-être pas allée à Holyrood si je n'avais pas su la dévotion que le personnage de Mary Stuart, Mary Queen of Scots,

(une biographie possible du personnage)

inspira à Barrie. Dans Margaret Ogilvy, par exemple, il écrit ceci :

"Dans un vieux livre, je trouve des colonnes de notes au sujet de travaux projetés à cette époque, qui consistent presque tous en des essais sur des sujets profondément inintéressants. Le plus gracieux devait être un volume sur les anciens satiristes, commençant avec Skelton et Tom Nash. La moitié de ce manuscrit repose encore dans un coffre poussiéreux. La seule histoire était au sujet de Mary, Reine d’Écosse, qui était aussi le sujet de nombreux articles non écrits. La Reine Mary semble m’attirer à ma perte depuis que je vis Holyrood. Que je puisse me lancer dans ce roman me fait terriblement peur encore aujourd’hui. "

Dans la plupart de ses histoires, il n'est pas rare qu'une allusion à Mary traverse le récit. Mary Stuart, Bonnie Prince Charlie et Flora MacDonald sont des personnages héroïques aux yeux de Barrie. Comment ne le seraient-ils pas aux miens ?


À l'intérieur de ce château, la visite est somptueuse, et je suis heureuse d'avoir pris sur mes dernières forces pour m'y rendre. On peut traverser et se recueillir dans les appartements de Mary Queen of Scots [Gravure extrait de ce livre-ci, absolument fabuleux.]

et frémir à l'endroit où fut tué, sous ses yeux, son secrétaire, David Rizzio, par son mari jaloux, Darnley - qui sera lui aussi assassiné avec la complicité de Mary par son futur et troisième mari, le comte de Bothwell. La figure de Mary est difficile à percevoir nettement. Il y a tant d'ombres dans son histoire et cette femme est à la fois victime et tout autant coupable.

Mais qui peut juger un autre que soi-même ?



Mary y épousa son deuxième mari.

Je vous renvoie à cette page-ci.

À BIENTÔT.

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vendredi 8 mai 2009
Mon petit regret...
... de ne pas avoir eu le temps de rendre hommage, à Édimbourg, à Greyfriars Bobby.

TO BE CONTINUED...

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The old College
J.M. Barrie fut étudiant à l'université d'Édimbourg. Ce ne fut pas une période particulièrement heureuse de son existence. Il se nourrissait presque exclusivement de pommes de terre qu'il conservait dans un sac, dans sa chambre (au 3 Great King Street)... (Cf. la description de Cynthia Asquith dans son Portrait of Barrie.)

Il n'alla à l'université que pour satisfaire les ambitions de sa mère, alors qu'il savait que son seul et unique désir était de devenir écrivain (bien qu'à mon sens l'un ne soit pas incompatible avec l'autre, à son époque en tout cas, car aujourd'hui l'université est souvent une indigne Alma Mater, tant du côté de ses maîtres que de ses élèves... Qui enseigne encore pour exalter chez les jeunes gens autant la vertu et l'audace d'être soi-même que l'émulation et le savoir ? Qui étudie afin de tirer de soi le meilleur et non pas dans l'idée de se faire une misérable place à la table du banquet des lâches orgueilleux ? Il en reste trop peu de ces gens-là qui n'ont que le désir de la connaissance et la féroce joie de la transmission...). Il souffrit donc de la faim à Édimbourg et de solitude, car les autres semblaient étonnés en présence de ce jeune homme de la taille d'un enfant. Ou peut-être était-ce déjà son regard qui les inquiétait...

Plus tard, par l'ironie des choses, par une justice qu'il me plaît de croire liée à son destin de génie littéraire - destin fabriqué et non subi -, il devient "Chancellor" de cette université. À l'occasion de cette cérémonie, il délivra un vibrant discours, The Entrancing Life [que l'on peut traduire par "La vie enchanteresse" - mais une vie que l'on enchante soi-même, une vie qui a un charme au sens magique presque...], en 1930.


J.M. Barrie avait un talent inouï pour les discours, distillant autant l'humour un peu cruel qu'un sens profondément humain de l'essentiel dans l'existence de tout homme. Tout le monde connaît d'instinct cet essentiel, même les moins intelligents d'entre nous, mais cette vérité semble tellement simple que nous l'abandonnons souvent pour des idées que nous croyons plus promptes à nous mettre en valeur et en position de force face aux autres. Une erreur, bien entendu.

Je vous traduis, trop rapidement hélas, un petit extrait significatif, je le crois, de l'état d'âme de J.M. Barrie. Ne croyez pas, et il le dit lui-même à la fin du discours qu'il s'agisse d'une "prêche".

"Ce que vous avez appris vous a-t-il enseigné que la Jalousie est l'un des vices qui consume et détruit le plus, mais est également le plus grand pouvoir en n'importe quel endroit du monde ? Êtes-vous un peu plus modéré dans vos idées ? Possédez-vous davantage de charité ? Suivez-vous un peu mieux - et ceci vaut autant pour le reste d'entre nous que pour vous - les préceptes de la gentillesse et de la vérité ? Il se peut que vous soyez très intelligents, destinés à recevoir les lauriers, et il est possible que vous ayez ri des malchanceux qui se battirent pour une bourse d'étude ou pour réussir, puis qui échouèrent et durent abandonner là les ambitions qui leur étaient chères. Mais si cet échec leur a appris ces leçons-là, il se peut bien qu'ils aient reçu un meilleur enseignement que le vôtre.

Il est possible que vous découvriez, à la fin, que votre vie n'est pas une pièce en trois actes dont le deuxième serait omis. Dans l'agencement soigneux de la pièce, sur scène, chaque acte conduit doucement au suivant ; ils s'expliquent l'un l'autre ; mais il se peut que cela ne soit pas le cas dans votre pièce, et c'est ce qui advient pour beaucoup d'entre nous. En moins de temps qu'il ne m'en faut pour l'espérer - car je souhaite que vous soyez joyeux, en ce matin qui est celui de la remise de vos diplômes -, vous pensez possible que, dans l'acte final, vous serez loin devant. Il y a eu un deuxième acte, le plus long de vos actes, mais vous avez probablement gardé peu de souvenir de celui-ci. Tout ce que vous pouvez savoir est simplement que cet homme ou cette femme que vous êtes devenu n'est pas celui ou celle que vous aviez pour but de devenir en ces jours passés sur les rivages du Firth of Forth. Il est même possible que cela n'ait pas calmé vos ambitions si la prospérité vous a permis de satisfaire de vieilles aspirations. Vous pouvez n'être pas conscient de l'heure ni de la façon dont le voleur s'est introduit, une nuit, ni même savoir que c'est vous qui lui avez ouvert la porte. Mais quelque chose de mauvais vous a pénétré pendant le deuxième acte et cette chose est demeurée calme en vous jusqu'à ce qu'elle soit devenue votre démon intime. Lentement, furtivement, elle vous a poussé ; elle n'a jamais cessé de vous pousser doucement, car elle ne se fatigue jamais, jusqu'à ce qu'elle vous ait fait sortir de vous-même et ait pris votre place. Vous pouvez quelquefois faire le tour du logement terrestre qui, jadis, vous contenait, essayant de le regagner. Peut-être y parviendrez-vous. Cela arrive parfois. Cependant, nous pouvons espérer que, par la grâce de Dieu, ce qui vous a pénétré était bon. Tout ce que je peux vous assurer c'est que, pendant ce deuxième acte sur le point de débuter, quelque chose pénétrera en vous : cette chose vous fera ou vous détruira. (...) Tenez-vous à savoir ce que je crois être une vie enchanteresse ? Cette conjecture résume tout ce que j'ai essayé de vous dire aujourd'hui. Carlyle tenait le génie pour un don infini à se donner du mal. Je ne sais rien du génie, mais la vie enchanteresse, je le pense, doit être l'amour infini que l'on éprouve à se donner du mal. Faites-en l'expérience. "

Le fantôme de la Grande Guerre hante ce discours ; l'ombre de la suivante le traverse.

Barrie prononça ces mots sept ans avant sa mort devant des étudiants et des professeurs.

[Image offerte par Andrew Birkin]

C'est à ce discours auquel j'ai songé en pénétrant dans la cour de cette université.

Il le prononça le 25 octobre 1930.







TO BE CONTINUED...

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jeudi 7 mai 2009
Evénements barriens

En juillet prochain, je me rendrai à Londres afin d'assister, dans les Kensington Gardens, à une représentation de Peter Pan. J'attends beaucoup de ce spectacle et j'ai acquis des billets, il y a quelques mois, sur la simple foi que l'événement pourrait être à la hauteur de mes attentes, puisqu'il se déroulera dans l'un des lieux même où l'imaginaire de James Matthew Barrie a pris feu, brasier au sein duquel il a modelé son histoire et ses personnages immortels. J'espère que J.M.B. sera respecté dans la lettre et l'esprit. Comptez sur moi pour vous donner mon sentiment ! Je suis - ai-je besoin de le redire ? -, d'une manière générale, très rétive lorsqu'il s'agit de grand spectacle autour de l'oeuvre barrienne. Tant de non-sens et de contre-sens entourent déjà son œuvre qu'il n'est point besoin d'en rajouter.

J'en profiterai pour me rendre à la médiathèque du British Film Institute, afin de pouvoir y découvrir un film amateur de 42 minutes, dont je ne connaissais que quelques secondes jusqu'à présent,





Source.


un film réalisé par... J. M. Barrie - on sait que le cinéma le fascinait et je prépare un dossier sur le sujet, qui me demandera quelques heures de travail - que le BFI vient de mettre à la disposition du public il y a très peu de temps.

Le film est catalogué comme il suit :

Yellow Week at Stanway


1923 | 42 mins
J.M. Barrie's whimsical home-movie record of a summer house party in the Cotswolds [Stanway sera certainement la destination d'un de mes voyages au printemps prochain.]
Collection: Pandora's Box

Et le détail des scènes se présente ainsi :

AMATEUR. Whimsical record of the activities and antics of J.M. Barrie's guests at a summer house-party at Stanway in Gloucestershire, August/September 1923. Reel 1: "THE YELLOW WEEK AT STANWAY. A record of fair women and brainy men. 1923" (11). Iris out to LS Stanway house with man walking towards it (49). Two women and a man and a woman walking towards one another along path in front of tithe barn (94). The group of four (Lord and Lady Wemyss and their daughters Cynthia Asquith and Mary Strickland, with pet dogs) seated on bench (118). LS Stanway house, panning right (134). LS grounds with group of people (148). CS small child, Simon Asquith, in pram (173). MLS Nicholas Llewellyn-Davies (Nico) standing by gateway. Walks backwards through gateway (reverse action) (195). He walks through gateway correctly (212). CS Nico smoking and putting on a comic manner for the camera (231). MCS Nico by another gateway awaiting guests for the Cricket Week (259). Maurice arrives and shakes him by the hand (304). Two young men, one of them Ocker, arrive by car (332). Antony and Edward approach Nico, who mockingly spurns them, then greets them before they walk off arm in arm (371). Sam and Peter join Nico and another man playing croquet (388). Nico and two other men seated on bench: Pasty, Jimmy and Ralph clamber over and through a wall then creep up behind them. Having surprised them they walk off together towards the camera (446). Sequence shown in reverse (478). Six young women - Cynthia, Mary, Pamela, Hermione, Bunty and Joan - all come through doorway (516). They walk alongside house (562). LS Cynthia and Mary hurtling round lawn playing `croquet'. They shake hands and kick one another (616). Cricketers on field before game, including man in ordinary clothes (Barrie?) acting as umpire (662). Match between Etonians and village team begins, with man in ordinary clothes seated on shooting stick at square leg (671). Close shots of Maurice, Pasty, Sam and Jimmy bowling. General shot of game, Harry Holmes of village team bowling? (735). Close shot of Nico stumping Harry Last (750). Elderly man, James Prew [former coachman to Lord Wemyss], standing with Simon before ground (763). Two women by war memorial (785). Further shot of cricket game (810). CS Harry Holmes playing a stroke with Nico as wicket-keeper (826). Newspaper headline - "Strange disappearance of an Oxford blood. Vanished while meditating on the roof at Stanway" (835). Nico on flat roof walks forward, `disappears' then `reappears' (865). Group of young men in croquet lawn (869). Woman and child on bicycles plus Simon on a tricycle with woman beside him, all cycling backwards (reverse action) (909). CS Simon pedalling but not moving (961). Woman walks out of wood ["the forest of Arden"] past camera (993). CS Peter and Hermione lying on bank with Simon as Eros standing behind them. He `shoots' her in the heart (1022). MCS Nico lies down and falls asleep (1081). Long `dream' sequence where Nico seeks "his Rosalind" but sees all the other house guests pair up without him: Mary leaves him for Antony (1130); Edward and Pamela walk away from him when he greets them (1171); Sam and Rosemary hit croquet balls at him (1208); Pasty and Hermione sit on bench and he edges nearer to her (1252); Ocker and Hermione sit on same bench and she edges nearer to him (1297); Pasty and Cynthia cycle hand in hand past Nico (1332); Teddy and Ralph push Mary to and fro like a pendulum, walking off when Nico intervenes [filmed in rapid and normal motion] (1365); Maurice and Bunty walk off when Nico joins them on a bench (1412); Jimmy and Pamela walk together followed by Nico carrying their golf bags (1455); Greville serenades Joan with a banjo as Nico walks past (1479); Nico's dog abandons him (1538). LS the women creep up on the sleeping Nico and all sit round him as he wakes. The men approach, then walk away in disgust. Nico, surrounded, lights a cigarette (1631). Nico being petted by the eight young women (1684). The cricket match (1719). Reverse action shot of six of the women coming through door [same action as 478-516 but closer] (1747). LS Prew by fence outside his cottage (1775). Dissolve to CS of Prew (1788). Mr Allen at Didbrook comes through gate and poses for camera (1832). Nico comes up to small table on roof at Stanway. Takes lid off soup tureen and sponges soup into bowls (1894). Reel 2: Double exposure shot of Nico talking to himself (25). CS baby girl in pram [Pamela, daughter of Mary Strickland] (78). "The Pirates' Lagoon. An intruder" (84). J.M. Barrie and Michael Asquith on a small punt on a pond, Barrie punting (128). "Michael the captain could stand when pressed. But drink and the devil had done for the rest" (140). Michael and three other children, including Simon, in boat (204). "`Ware the redskins" (208). Michael pointing gun and smaller boy with bow and arrow on punt (235). Michael alone on punt pointing gun (250). "Escaping the tomahawks by a miracle, Red Michael reached Stanway by a perilous descent" (261). Michael climbing through window set in high wall (284). Two close-ups of Nico (306). Nico on roof of building [presumably Stanway] pretending to sleep and embracing someone (322). CS Nico surrounded by the young women at Stanway (331). Return to previous shot as Nico wakes (331). "A last look round" - the women coming through the door, six young men walking in the grounds, two women playing croquet, Nico waiting by the gateway (352). Panning shot of Stanway (386). LS through gateway of members of the house party. Eventually they walk towards the camera - mostly young people, but possibly Barrie among group at back. Fade (452). Panning shot of Stanway (488). Eton schoolboys outside the school, many looking at the camera (534). Panning shot of Eton area (550). THE END (554). MCS Simon and Michael waving handkerchieves through windows in garden wall (589). 2483ft. English intertitles. Note: J.M. Barrie first rented Stanway, the Cotswolds home of Lord and Lady Wemyss, in 1921, and held regular summer house-parties at Stanway thereafter. From 25 July 1923 Barrie invited his secretary Cynthia Asquith (the eldest daughter of Lord Wemyss) and her family, Nicholas Llewellyn-Davies and his Eton friends (who arrived late August and left by 10 September) and a number of other guests. Cricket and croquet matches were a feature of the house- parties, and there were `entertainments' planned - on this occasion the project was to make a film, and a professional cameraman was hired. Barrie wrote the `screenplay' [see Asquith, p 158] and most likely the titles, some of which are in verse. It is probable, given the above and Barrie's past enthusiasm for film projects, that he also directed the action. The film was premiered before the participants at a Wardour Street projection room on 11 October 1923. Nicholas (Nico) Llewellyn-Davies was one of the five sons of Arthur and Sylvia Llewellyn-Davies who were the models for the `Lost Boys' and Barrie's "Peter Pan". The sequence on the pond (Reel 2 78-284ft) recalls "Peter Pan" and Barrie's photo-story `The Boy Castaways'. Barrie features in this sequence and may also be one of the umpires at the cricket match and a member of the house party in Reel 2 386-452ft. The eleven friends of Nicholas Llewellyn-Davies shown in the film are: Maurice Bridgeman, Sam Webber, Teddy Jessel, Antony Lytton, Evan (`Ocker') Talbot, Peter Thirsby, Edward Woodall, Ralph Tennyson d'Eyncourt, Pasty Barrett, Greville Worthington and Jimmy (unidentified). The young women shown are Cynthia Asquith (née Charteris), Mary Strickland (née Charteris, sister of Cynthia Asquith), Pamela ?Beckett, Hermione Lytton (later Lady Cobbold), Joan Talbot, Bunty (unidentified), Rosemary (unidentified) and one other. The two children most featured are Cynthia Asquith's children Simon and Michael. Other guests at Stanway that summer were J.M. Barrie himself, Lord Wemyss (the owner), Mr and Mrs William Winter (Barrie's sister), Hamlin Garland (with wife and two daughters, Constance and Mary), Lord Darling with daughter Diana, Lady Lytton (daughter and son referred to above), Elizabeth Lucas, Basil Dean, G.W. `Tuppy' Headlam, David Cecil, A.B. Walkley and T.L. Gilmour. Details of guests from notes supplied by Lady Cobbold and works cited below. Some of the titles in the first half of the film are numbered, and if correct do not always follow sequentially. Many have small cartoon illustrations. A separate record of the full titles has been made. The original print was donated to the Archive in 1985 by Lady Cobbold, whose mother-in-law is Hermione Lytton in the film. References: Cynthia Asquith: `Portrait of Barrie' (1954), pp 132-148, 156-9. [Details of summer parties at Stanway, mentioning filming p 158] Denis Mackail: `The Story of J.M.B.' (1941), pp 584-5. [Refers to filming and film's exhibition]
***Source et le forum ANON***

Pendant plus de dix ans, Barrie a passé ses mois d'août à Stanway et s'est adonné avec une passion dévorante à de mémorables parties de cricket. Comme j'aurais aimé y être invitée !
Je frissonne de plaisir à l'idée de pouvoir rencontrer grâce à ce film tant de visages qui, pour moi, sont figés depuis des années entre les pages des livres que j'ai acquis lorsque j'ai commencé à aimer J. M. Barrie. Des visages qui vont prendre mouvement et vie. S'il y a moyen de pénétrer dans le film, de m'inspirer en cela de La rose pourpre du Caire de Woody Allen, croyez bien que je le trouverai ! Imaginez cela ! Comme il serait glorieux de me retrouver au milieu de tous ces personnages et de découvrir qu'ils continuent, pour l'éternité, à vivre de merveilleux étés, sans conscience qu'ils ont quitté le temps ou que ce dernier les a quittés...!

Vex not his ghost ; O let him pass ; he hates him
That would upon the rack of this tough world
Stretch him out longer


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Edinburgh Castle
Bonnie Prince Charlie échoua, comme chacun sait, et le siège jacobite de 1745 fut le dernier de son histoire...
Depuis longtemps, le château d'Édimbourg, construit sur un roc volcanique, qui surplombe la ville, est une icône de l'Écosse à de nombreux titres... Mon intérêt s'y est déporté tout naturellement puisque je m'intéresse à l'histoire de l'Écosse, dont la connaissance est fondamentale pour comprendre la littérature issue de ce pays et également, mais dans une moindre mesure, l'oeuvre de J. M. Barrie.
Je partage avec ce peuple l'amour des animaux et des chiens en particulier, c'est ainsi que je fus très émue par un petit cimetière pour chiens que l'on peut apercevoir en ce lieu. Les cimetières d'animaux provoquent en moi un élan que j'ai déjà indiqué ici, en plusieurs occasions, notamment celle qui me conduisit à relater ma visite au Glamis Castle.
L'un des attraits majeurs de ce château pour les visiteurs est, bien entendu, l'exposition des "Honours of Scotland", qui furent retrouvés par Sir Walter Scott, et la Stone of Destiny.
Cf. cette page.
J'espère avoir un peu de temps pour parler comme il se doit de ce château, lorsque j'aurai mis en ligne toutes mes vidéos.
Nous l'avons visité un jour de grand vent ; la pneumonie est l'un des dangers immédiats encourus lors d'une telle visite...


















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Interlude musical
L'une de mes manies est de vouloir absolument partager avec le monde entier ce qui enchante mon esprit et y fait pousser toutes sortes de fleurs, des sauvages à celles, trop délicates pour l'exposition franche, qui ne survivent pas hors des serres de mon imaginaire... Il est des choses aimées dont le partage décuple le bonheur engendré par cette forme de dépossession. Tel est le cas de l'art, du langage universel des âmes qui se retrouvent sœurs par le fait d'un détail, d'une image, d'un son, d'un sentiment fugace.
En Écosse, par l'intermédiaire des propriétaires de notre Guest House, j'ai découvert une artiste, originaire de Uist (Hébrides extérieures, toujours), qui chante en gaélique et qui a su toucher mon cœur, même si je ne comprends pas cette langue. Il s'agit de Julie Fowlis, dont je vous recommande bien chaleureusement ce disque :
A l'intérieur du livret qui accompagne le disque, on peut découvrir les paroles, qui sont également traduites en anglais.

J'ai encodé pour vous un des titres que je préfère sur cet album.

Fowlis





Sa page MySpace.

TO BE CONTINUED...

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