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jeudi 1 mai 2008
Les Moors étaient le « wild workshop » (littéralement l'atelier naturel, « wild » signifie aussi «sauvage ») des soeurs Brontë. Charlotte nous l'apprend dans la « Biographical notice » à l'édition de 1850 de Wuthering Heights.

"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."


Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
Il y a trois bouquinistes à Haworth, mais seuls deux ont de l'intérêt – le troisième semble versé dans l'ésotérisme de pacotille. J'ai trouvé quelques livres intéressant, dont celui de Whiteley Turner, A Spring-time Saunter, Round and About Brontëland. Une édition originale, illustrée par de bien jolies gravures.
On se promène entre les pages comme dans les Moors.
L'auteur trouve la cascade des Brontë décevante, je ne saisis pas pourquoi. L'endroit est plutôt surprenant, un endroit calme, presque douillet.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
Charlotte écrit ceci à une amie, quelques temps avant sa mort - lettre citée dans la biographie de Gaskell :

"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
Et elle en tomba malade et peina à s'en remettre, puis...
A SUIVRE...
Il est évident que, dans le cadre restreint de ce JIACO, je n'ai pas l'occasion de dire ce qui nécessiterait de longues et passionnantes études. Je demeure dans le registre de l'anecdote. Néanmoins, j'escompte, au fil du temps, et en dehors de ces billets consacrés à mon voyage, parler davantage des Brontë. De manière sérieuse, j'entends, même si la baguenauderie a son charme... Pour l'heure, je me contenterai de vous recommander quelques ouvrages :




The Gaelic Source of the Brontë Genius de Cathal O'Byrne, London, Sands and Co, 1933 (je possède une édition originale achetée à Haworth). Petit livre absolument charmant qui discute d'un point très précis : le protestantisme des Brontë, la "tentation catholique" de Charlotte et, surtout, l'histoire d'amour (le coup de foudre et l'enlèvement de la belle) de ses grands-parents. Il s'agit de la genèse miniature d'une famille de génies, que je trouve très éclairante.
Hugh Prunty (Brontë se prononce donc à l'anglaise "Bronti", car le nom est une modification de Prunty...), le père de Patrick Brontë (le père des soeurs et du frère) était un shanachie irlandais (à savoir, un raconteur d'histoires, un conteur, un menteur, a story-teller if you prefer). Charlotte, pour le moins, parmi la fratrie, connaissait ses origines et le langage, les tournures de ses ancêtres. Et c'est ainsi que Jane Eyre en réponse à la demande de Rochester ("Jane suits me, do I suit Jane?") dit : "To the finest fibre of my nature, sir." et rend hommage à un poème de son grand-père à l'adresse de sa femme :
The finest fibres of my soul
Entwine with thine in love's strong fold.
Our tin cup is a golden bowl,
Love fills my cot with wealth untold

L'ouvrage du père d'un de mes maîtres, Jacques Blondel, spécialiste d'Emily Brontë, mais aussi de Blake et de Milton.



A Note on Charlotte Brontë par Swinburne, parmi des centaines et des centaines de livres sur cette famille. 



Sans parler du livre de Daphné du Maurier déjà évoqué ou bien celui de Gaskell, qui sont très connus (et contradictoires). Swinburne qualifie très justement Emily et Charlotte de deux "twnin-born genius", et c'est ainsi que s'explique, très certainement, la place excentrée d'Anne, sans compter le fait que celle-ci ne possède pas le talent de ses deux soeurs. Et, à la différence de Branwell, qui a consumé tous ses dons sans rien en faire, du moins en apparence, sinon les mettre au service de sa destruction, Anne paraît presque effacée du cadre familial. Et, comme par une ironie, ma foi logique, elle seule, n'est pas enterrée sous le pilier de l'église mentionné précédemment.
Charlotte adorait Emily, et réciproquement. A elles deux, elle formait une sorte de communauté d'esprit jumeaux. Mais Emily était sauvage et Charlotte plus raisonnable, du moins ai-je ce sentiment. Emily était la plus forte mais aussi la plus faible des deux. Jusqu'aux dernières heures avant sa mort, elle prétendra ne pas être malade et refusera tout docteur, puis sombrera. Ce sera certainement la plus grande peine de toute la vie Charlotte...
vendredi 7 mars 2008
"Seule une pure pensée serait capable d'englober l'effectivité de la mort sans être concernée par les circonstances spatio-temporelles de cette mort. A défaut d'une telle super-conscience, c'est encore notre demi-savoir qui préserve le mieux notre demi-pouvoir. Mais ce n'est qu'un demi-savoir. L'homme sait qu'il mourra, mais il ne s'explique pas pourquoi il doit disparaître, ni comment il peut être nihilisé ; il pense et conçoit la mort, mais il ne la comprend pas ; c'est-à-dire qu'il ne jauge jamais la mort dans toutes ses dimensions à la fois : si intensément qu'il approfondisse le problème, si loin qu'il conduise le cours de ses pensées, il y a toujours une dimension qui lui échappe ; toujours le mystère se reforme au-delà du problème : l'a priori opaque a déjà devancé la conscience. La conscience de la mort ne retenant de la mort qu'une vide effectivité, reste sans contenu et nous laisse dans un état d'impréparation totale."
Vladimir Jankélévitch, extrait de son très beau livre, La mort, Paris, Ed. Champs-Flammarion, 1992, p. 430, je souligne.


La mort nous concerne et ne nous concerne pas, parce que nous sommes de raison, puis de sensibilité et d'imagination. Il faudrait être raison pure pour n'être traversé que de son idée sans trembler, pas plus que la feuille de papier ne s'émeut de la lame qui la coupe en deux. Mais nous sommes tous des Entre-Deux. Nous savons sans comprendre ; nous pleurons sans être noyé de ce flux, plus littéraire que réellement sentimental. Nous sommes dérobés à notre fin et nous vivons et crevons comme des chiens.


***

J'ai décidé d'écrire de nouveau quelques billets ici même, plus rapidement que prévu, suite à la mort de Marie, parce que, je l'avoue, cela va constituer pour moi un antidote contre cette crainte que j'éprouve à l'idée d'ouvrir à nouveau les pages de ce JIACO et de ressentir de plein fouet son absence. A l'idée que jamais plus elle n'écrira ici, pour déposer une marque de tendresse, je me sens désemparée. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir écrire en ce lieu, si j'attends pour le faire. J'ai le sentiment que ma crainte va estampiller chacun des jours passés et à venir et amputer le présent de ses saines racines.


Ne pas nourrir la peine avec la peine, afin de ne pas la métamorphoser en ce qui n'est pas elle, à savoir vague sensiblerie et caricature de l'émotion première. Être présent à son absence, mais être vivant à soi-même.
Emily Dickinson, que j'aurais aimé faire mieux connaître à Marie, parle de ce grand Indicible, de cet incendie de la raison, de la mort, pour qui s'adonne trop à sa contemplation.


Et, alors que je songeais à ces vers, un peu difficiles à traduire en français :

"If I shouldn't be alive
When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb."


quelques heures après un rouge-gorge est venu cogner à ma fenêtre de cuisine. La coïncidence entre ma pensée et l'occurrence de ce réel, que je sais bien dépourvu d'intentionnalité, me fait comprendre comment l'on peut croire qu'il existe un ailleurs, même si cet autre de la réalité ne m'a jamais semblé assez solide pour que j'y abandonne totalement ma pensée. C'est ainsi que je suis un être plus rationnel qu'il n'y paraît, peut-être, mais pas totalement, ce qui me permet de laisser filtrer un peu de merveilleux et d'illusoire beauté d'outre-monde entre les briques de mon univers de verre et de sable, où Raison est reine, où je suis sujette d'un royaume condamné à la dislocation permanente.


Puisque de ma chère Emily, il est question, je ne saurais trop vous recommander de lire le livre
de Bobin, qui atteint à une forme de sublime et de communion rarement égalée avec le poète, tout en ne cessant de parler de lui et de nous, de biais.




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[Cf. ce billet-ci que j'ai particulièrement apprécié. Je suis une inconditionnelle de ces livres marqués d'un pingouin. Depuis très longtemps. ]




Bien que je traduise et que j'apprenne en faisant ce qu'implique le fait même de traduire, j'apprécie de moins en moins de lire des traductions de livres en anglais ou en allemand. Qui peut prétendre connaître vraiment un auteur s'il n'a pas lu ses propres mots ? Lire les Brontë, Dickens, Barrie ou Jane Austen en français m'est inconcevable sans pouvoir me désaltérer à la source vive de leur langue. Certes, j'aime plus que tout certaines traductions, je suis fière de ma collection de Dickens en Pléiade, mais ma passion me conduit à passer à travers l'écheveau des mots et même à tréfiler leurs pas presque effacés dans des terres un peu lointaines.


C'est ainsi que je prépare ma visite à la famille Brontë, qui aura lieu dans plusieurs semaines. Je les relis et, hier, j'ai reçu cet essai, dont on m'a dit grand bien. (Petit clin d'oeil à Malice.)





Avril est le mois de mon anniversaire, mais aussi le mois choisi afin d'effectuer ce qui est en passe de devenir un voyage annuel en Angleterre. Les voyages forment la jeunesse et ma prononciation de la langue de Shakespeare. Mon royal ami Robert m'a mise en garde un jour de ne pas perdre mon intonation française - très peu de risques à mon avis ! - sous peine de rogner sur mon potentiel charismatique... ! Je songe à m'installer quelques mois à Oxford, un jour, afin de suivre des cours. L'idée me séduit et puis, pendant des années, lorsque des importuns me téléphonaient, j'avais coutume de faire dire par "M. Golightly" que son épouse était à Oxford, ce qui était une manière polie - bien que peu vraisemblable eu égard à la fréquence de l'affirmation - de signifier que je ne leur parlerai pas. Alors, j'aime imaginer y aller pour de vrai. J'appartiens aux contrées où l'on parle Anglais.


Cette année, l'idée est de visiter, bien évidemment, un lieu barrien, dont je vous réserve la surprise - ce n'est guère difficile à deviner - mais aussi le pays de la famille Brontë (Patrick, Branwell, Anne, Emily et Charlotte) : HAWORTH.




Wuthering Heights et




Jane Eyre




sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.


Mais Emily Brontë est pour moi la plus grande de la famille.


Comment résister à celle qui écrivit - même si c'est Branwell ! n'est-ce pas Robert ?- ces vers :







[In Cahiers de poèmes, traduction de Claire Malroux, qui traduit également avec talent Emily Dickinson, Ed. José Corti]
Il y a fort longtemps - depuis l'enfance - que je rêve de visiter Haworth. J'ai pris mon temps, comme pour beaucoup de choses. Marie ne disait-elle pas de moi que j'étais une petite abeille travailleuse ? Cela me convient bien. Je tire tout le jus que je peux du réel. Je le mâche jusqu'au néant. Je prends tellement mon temps que je serai sûrement en retard à ma mort.
Je suis fièrement membre de la Brontë Society .


La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.

Haworth, contrée sauvage et rude des Brontë, se situe ici :
Il faut prendre le train à Londres et s'arrêter à Keighley - 3 heures de voyage - et d'ici prendre un bus (lignes 663,664 ou 665) ou un taxi pour vous rendre au pays des Brontë (assez peu éloigné de Keighley).


Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :

J'irai hanter les landes et saluer les fantômes du temps jadis.


Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/


Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :


traduite en Français :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...






Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.


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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :


De Londres, en train, il faut compter environ une heure de voyage, ce qui nous permettra de passer une journée là-bas et de rentrer à Londres, le soir, pour y fêter l'année supplémentaire qui me tombe, assez légèrement, sur les épaules.
A Farnham, un ami très cher à mon coeur attendra sera le guide vers... Comment vous n'avez pas deviné ? Je ne sais pas encore si je pourrais pénétrer au coeur du lieu où tout a commencé, mais au moins, je serai en mesure de m'imprégner de l'atmosphère... Nous verrons. L'aventure, l'aventure, l'aventure !
Je reviendrai en Ecosse - aux Hébrides - l'année prochaine pour ce lieu barrien, qui était d'abord élu pour l'année 2008, et que je réserve pour dans quelques mois, si la vie ne se retire pas de moi.
Je vous raconterai tout ceci, bientôt, en images et en vidéo, comme j'en ai pris l'habitude.


Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.


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Ce billet a été rédigé le coeur en Alsace, la tête ailleurs et les pieds flottants sous mon bureau. L'accompagnement musical fut de premier ordre, puisqu'il s'agit d'un disque offert par mon très fidèle ami, Jean-Christophe. Je n'ai pas fini de saisir toute la substance de ce disque très étonnant, dont j'aurai l'occasion de reparler en détail, je l'espère.


J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :


Et ma semaine a oscillé entre deux autres disques qui possèdent pour l'un une audace et une force peu communes :et pour l'autre la rigueur et la sensibilité de Maurizio Pollini dans les Nocturnes de Chopin.
A bientôt, peut-être.
lundi 19 mai 2008
Il y a longtemps que je me suis absentée. J'ai reçu beaucoup de courrier, glissé entre les fentes des volets.
Je n'ai pas le temps de répondre. Pardon. Je lis, cependant, et je vous remercie, tous et toutes. Plus tard, je viendrai à votre rencontre, le temps d'une petite lettre manuscrite ou électronique.
Le temps, je n'en aurai jamais assez ; je devrais imaginer qu'il n'est qu'une fiction destinée à m'empêcher d'aller au bout de moi-même, afin que je ne sois jamais complète ni rassasiée. Je devrais lui rendre grâce, peut-être.
Je ne suis pas encore guérie de l'existence.
Le voyage en Angleterre se range bientôt parmi les souvenirs, dans la naphtaline qui préserve les jolies choses, entre deux sachets de lavande fleuris, alors qu'il me reste encore tant à dire et à montrer et que d'autres voyages à "vocation cartographique" (je qualifie ainsi mes déplacements sur terre, puisque je pars toujours à la recherche de quelqu'un, d'un mort de préférence, et que j'en trace ainsi, en quelque sorte, la géographie intime et que je fais craquer les articulations des existences défuntes) se profilent sur la crête de l'horizon: l'Allemagne et l'Italie. La Bavière (Cher Ludwig II...) et Venise (mon escapade annuelle dans la Sérénissime). Me suivrez-vous jusque là ?
Mes herbiers sont vides. J'ai faim !
En attendant, mon très cher ami Robert a complété ce voyage chez les Brontë, à la faveur de déplacements personnels, puisqu'il s'est rendu à Penzance et qu'il m'a ramené des photographies de la maison natale de Maria Branwell, future mère des génies.
La maison est située au 25 Chapel Street. Le nom me fait tressaillir de joie.
Je vous la laisse découvrir :



Un petit arbre généalogique s'impose peut-être :


J'ai scanné quelques photographies extraites du livre vendu au musée-presbytère de Haworth, afin de vous donner une idée des petites merveilles que l'on peut trouver dans cette demeure, qui paraît encore occupée par ses anciens habitants... Et peut-être est-ce d'ailleurs le cas...

Petits effets et silhouette de la tante Branwell, qui prit soin des enfants, tendrement et financièrement, après la mort de leur mère :


Méridienne où Emily Brontë est supposée être passée de vie à trépas, à deux heures de l'après-midi, au mois de décembre de l'année 1848 :


Robes de Charlotte :



Cabinet de travail de l'austère père Brontë :



Dans la salle à manger - ou petit salon (Jane Eyre et Wuthering Heights ont été écrits ici) :



La cuisine :


Maybe more later...
dimanche 31 décembre 2006
Avec ou sans disque dur, ma mémoire est encore vaillante et mes forces intactes, puisque j'ai envie ce matin, contre toute attente, d'écrire quelques lignes pour refermer cette année, qui m'a offert de belles rencontres livresques et humaines. D'autres relations se sont épanouies et je suis toujours étonnée par l'amitié, qui vous rend décidément beaucoup plus fort et peut-être même plus beau. Je n'ai pas spécialement de bonnes résolutions pour l'avenir, sinon de donner plus de puissance à mon travail, de mieux me concentrer et d'oser davantage l'écriture qui me tiraille. Demeurer dilettante, car les spécialistes sont souvent stériles lorsqu'il atteignent certain niveau de complexité, mais laisser se sédimenter mes aspirations les plus violentes et construire sur ce socle mon existence. Le reste, je le laisse à Maître Hasard.

2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë

[The Brontë Sisters, peinture de Patrick Branwell Brontë, vers 1834. De gauche à droite : Anne, Emily, and Charlotte ; Branwell s'était représenté au départ entre Emily et Charlotte mais il a effacé sa présence par la suite... Très étrange l'impression suscitée par cet espace vide... ]


(sans oublier Branwell). Je m'identifie beaucoup à Emily, [Emily peinte par son frère]

qui demeure ma préférée, car Wuthering Heights et ses poèmes sont d'une telle incandescence que j'aime à m'y brûler, mais Charlotte a conquis mon affection la première, dans l'enfance.

A DAY DREAM (par Emily Brontë)

ON a sunny brae alone I lay
One summer afternoon;
It was the marriage-time of May,
With her young lover, June.

From her mother's heart seemed loath to part
That queen of bridal charms,
But her father smiled on the fairest child
He ever held in his arms.

The trees did wave their plumy crests,
The glad birds carolled clear;
And I, of all the wedding guests,
Was only sullen there!

There was not one, but wished to shun
My aspect void of cheer;
The very gray rocks, looking on,
Asked, "What do you here?"

And I could utter no reply;
In sooth, I did not know
Why I had brought a clouded eye
To greet the general glow.

So, resting on a heathy bank,
I took my heart to me;
And we together sadly sank
Into a reverie.

We thought,
"When winter comes again,
Where will these bright things be?
All vanished, like a vision vain,
An unreal mockery!

"The birds that now so blithely sing,
Through deserts, frozen dry,
Poor spectres of the perished spring,
In famished troops will fly.

"And why should we be glad at all?
The leaf is hardly green,
Before a token of its fallIs on the surface seen!"

Now, whether it were really so,
I never could be sure;
But as in fit of peevish woe,
I stretched me on the moor,

A thousand thousand gleaming fires
Seemed kindling in the air;
A thousand thousand silvery lyres
Resounded far and near:

Methought, the very breath I breathed
Was full of sparks divine,
And all my heather-couch was wreathed
By that celestial shine!

And, while the wide earth echoing rung
To that strange minstrelsy
The little glittering spirits sung,
Or seemed to sing, to me:

"O mortal! mortal! let them die;
Let time and tears destroy,
That we may overflow the sky
With universal joy!
"Let grief distract the sufferer's breast,
And night obscure his way;
They hasten him to endless rest,
And everlasting day.

"To thee the world is like a tomb,
A desert's naked shore;
To us, in unimagined bloom,
It brightens more and more!

"And, could we lift the veil, and give
One brief glimpse to thine eye,
Thou wouldst rejoice for those that live,
BECAUSE they live to die."
The music ceased; the noonday dream,
Like dream of night, withdrew;
But Fancy, still, will sometimes deem
Her fond creation true.

Je retournerai à Londres le temps de revoir les lieux barriens que je connais déjà pour certains. Bien sûr, je rendrai compte de ce voyage, ici même, si mes lecteurs sont toujours présents.

*

Walter Scott (1771-1832) m'est davantage familier, au fur et à mesure que je travaille à mon étude qui devrait accompagner les textes de Barrie que je traduis. Je ne savais pas dans quel engrenage je mettais le doigt en m'attelant à ce gros volume barrien. Pénétrer dans le monde des légendes celtiques, afin de mieux saisir et de mettre en perspective les sources de James Matthew Barrie, est à la fois un enchantement et un motif d'inquiétude constante : une part de mon esprit n'est-elle pas désormais captive de l'autre monde ? Et si ces divers livres étaient un appât pour piéger mon âme et mon esprit ? Serai-je comme ces pauvres hères prisonniers d'un cercle de fées et qui sont obligés de danser jusqu'à l'épuisement et la mort ? Ou bien peut-être ne suis-je pas humaine mais une enfant née sur les îles de Tir Nan'Og et qui vit en marge des hommes, sur la frange de leurs rêves éveillés ? Qui sait ce que nous sommes réellement ? Berkeley ou Shakespeare et bien d'autres ont posé cette question, chacun à leur manière.
J'ai déjà une bibliographie longue comme le bras gauche et mon esprit ne sait où tourner ses vacillantes lumières. Mais quel bonheur ! Je ne vis jamais aussi intensément que dans l'étude et lorsque mes doigts s'agitent sur le clavier (et lorsque l'ordinateur ronronne au lieu de flamber, aussi excité que je le suis dans la découverte). Je me sens également légitimée dans ma propre tentative romanesque, comme si j'avais trouvé ma véritable famille littéraire et acceptait enfin cette ascendance.
En 1830, après une première attaque de paralysie, pendant sa convalescence, Scott écrivit les Letters on Demonology and Witchcraft ;





il y fut incité par son beau-fils. L'ouvrage se compose de dix longues lettres à lui adressées. Bien sûr, Scott est un enfant des Lumières et il fait oeuvre de rapporteur de légendes et d'opinions, de conteur ; il critique également les procès de sorcellerie qui ne laissaient aucune chance aux accusés.
Il suffit de lire l'effroyable Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières) de Henry Institoris et Jacques Sprenger (1486), pour avoir la chair de poule.
Comme toujours, chez Walter Scott, le propos est précis et copieux, d'un sérieux mâtiné de quelque souffle épique.

Je joins plus loin des extraits de la lettre IV (traduction d'Albert Montémont) où il est question de changelins et de Thomas le Rimeur... Ce dernier est le personnage d'une fameuse ballade des Borders (la région d'Ecosse, où beaucoup de sang fut versé par les écossais et les anglais, car elle servait de tampon entre les deux pays). A lire :

Pour faire plus ample connaissance avec les chansons des Borders vous pouvez visiter cette page bilingue. Cette chanson-ci est citée par J.M. Barrie, qui fait beaucoup référence aux Borders, à l'histoire et à la mythologie écossaise dans Adieu Mademoiselle Julie Logan, son conte de noël et / ou d'hiver qui met en scène un fantôme qui pourrait être l'ancêtre de la bien vivante Mary A., connue de ceux qui ont lu Le petit Oiseau blanc. Les ballades sont souvent teintées de surnaturel et sont la source de contes plus étoffés. Barrie s'ingénie à reprendre dans cette histoire un certain nombres d'éléments du folklore écossais - la pierre de Logan, par exemple... il existe plusieurs pierres de cette sorte... - et de l'histoire terrible des luttes entre anglais protestants et écossais jacobites (catholiques) partisans des Stuarts, dont "Bonnie Prince Charlie" (le Prince Charles-Edouard)

est la figure de proue dans le conte de Barrie. Le jacobitisme dont il est question, par allusions chez Barrie, est très connu aussi des lecteurs de Walter Scott ou de Stevenson (Cf. Kidnapped). Il n'est pas non plus innocent de songer que l'autre prénom du Capitaine Crochet (Hook) est Jacobus... Mais c'est une autre histoire que je raconterai ailleurs. Qui m'aime me suive...


*


(...)











[Cliquez sur les petits extraits pour les agrandir.]

******************
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mercredi 30 avril 2008
Vendredi 25 avril

Nous embarquons à la gare de King's Cross, pour un train qui s'arrêtera à Leeds où nous prendrons un autre train, direction Haworth - ou plus exactement Keighley, d'où nous irons à Haworth en taxi. Les premières classes de ce train sont particulièrement raffinées, plus qu'en France. On dirait un petit restaurant. Il y a des prises électriques pour les ordinateurs. Certains Anglais, parmi les personnes âgées, sont tout de même vraiment conformes à l'image que nous nous faisons des Anglais. Les jeunes sont, comme partout ailleurs : dévergondés, assez mal embouchés et habillés comme des voyous.
Les Anglais de Londres sont assez énervés, toujours en partance, lisant les journaux gratuits distribués un peu partout dans les rues et buvant des cafés sans répit.
Installés à nos places réservées – le train est peu rempli - , je décide de dormir un peu, car une longue journée nous attend.
Lorsque je m'éveillerai, je serai chez les Brontë. Je me frotte les yeux, je les écarquille. Est-ce bien vrai ? Il faut préciser que j'en rêve depuis au moins dix ans, sinon plus. Mais si nous n'y sommes pas venus avant, c'est uniquement par ma faute. J'ai dû apprivoiser beaucoup de mes craintes.

Arrivés à Haworth, nous découvrons d'abord notre lieu de résidence, une luxueuse Guest House de style victorien avec tout le confort moderne. Ashmount est son nom. Je la recommande chaleureusement aux futurs visiteurs de Haworth. Les propriétaires sont charmants.

C'est l'ancienne demeure du Docteur Ingham qui la construisit en 1870. C'est lui qui se rendit au chevet de Charlotte, quand elle mourut en 1855 et à celui de son père, six ans plus tard.
Notre chambre comporte un lit à baldaquin, comme chez nous, et une vue magnifique.

Très vite, nous partons à la découverte de Haworth. Un premier cimetière, qui n'est pas celui que nous cherchons.


Le lieu ressemble à ce que je connais de l'Ecosse : des petites maisons à pierres grises et des hauteurs vallonnées. La rue principale, pavée, qui monte jusqu'au ciel. Et puis le cimetière attenant au presbytère des Brontë.


Un choc. Des dizaines et des dizaines de tombes, à perte de vue, des pierres tombales majestueuses ou penchées, parfois brisées.

Un monde bordé d'un liseré de mousse. Plus étonnant: des centaines de corbeaux qui parlent, qui hurlent à la mort ou à la vie et qui font leur nid dans les arbres torturés. Leur chant funèbre est sublime.






Je reviendrai parler de ce cimetière de manière plus sérieuse et, en attendant, je vous recommande ce livre-ci (que j'ai acheté) :
L'auteur est un guide qui propose un tour du cimetière. Il narre des choses assez troublantes. Nous y reviendrons.
La tour de l'ancienne église que nous apercevons sur les vidéos est demeurée intacte – puisque l'église a été reconstruite – et c'est sous un des piliers que sont enterrés les Brontë (mais pas Anne...). L'église n'est pas ouverte et nous ne pourrons pas la visiter avant le lendemain. Vous devrez donc attendre, vous aussi, un peu.

A SUIVRE...

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Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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