mardi 22 novembre 2005

Extrait du chapitre X de Margaret Ogilvy (traduit par mes soins) : Pendant des années, j’avais essayé de me préparer à la mort de ma mère, essayant d’imaginer comment elle serait susceptible de trouver la mort, imaginant en mon for intérieur le moment où elle mourrait. Bien que j’eusse conscience que c’était là une chose vaine à faire, je le faisais ; mais je suis sûr qu’il n’y avait rien de morbide là-dedans. J’espérais que je serais avec elle à la fin, non pas à la place de celui qu’elle regarderait en dernier, mais dans le rôle de celui vers lequel elle se tournerait afin qu’il prît soin de sa préférée ; ce ne serait pas mon bras mais celui de ma sœur qui l’enlacerait quand elle mourrait, ce ne serait pas ma main mais celle de ma sœur qui lui fermerait les yeux. Je savais que je risquais d’arriver trop tard jusqu’à elle ; je me vis ouvrir une porte, là où il n’y avait personne pour m’accueillir, et monter le vieil escalier jusqu’à sa chambre. Mais c’est que je n’avais pas prévu qui advint. (...)

Pendant ces dernières semaines, bien que nous ne le sussions pas, ma sœur était en train de mourir sur pied. Pendant de nombreuses années, elle avait donné sa vie à sa mère, peu à peu, à chaque instant : pendant une autre année, pendant un autre mois, et dernièrement pendant un autre jour, et maintenant elle était usée jusqu’à la corde.

«Je ne te quitterai jamais, mère !

- Bien sûr, je sais que tu ne me quitteras jamais. »

Je pensais que ce cri était pitoyable à l’époque, mais je n’étais pas supposé connaître totalement sa signification, jusqu’à ce qu’il ne fût plus que l’écho d’un cri. Regardant ces deux-là , tout se passait comme si ma mère s’était mise en route pour un nouveau pays et que ma sœur l’avait retenue en arrière. Mais j’ai une vision plus claire désormais. Ce n’est plus la mère qui est au premier plan, mais la fille, et elle crie : « Mère, vous vous attardez tellement à la fin que je n’en peux plus de vous attendre ! »

Mais elle ne savait pas plus que nous comment les choses étaient censées se passer ; si elle semblait lasse quand nous la rencontrâmes sur le perron, elle était encore la plus vive, la plus active des silhouettes dans la chambre de ma mère ; elle ne s’est jamais plainte, sauf quand elle dut partir sur ce chemin qui les sépara pendant une demi-heure. Avec quelle répugnance, elle mit son bonnet ! Combien de fois nous dûmes la presser de le faire ! Et combien de fois, n’étant pas partie plus loin que la porte d’entrée, elle revint aux côtés de sa mère. Quelquefois, quand nous regardions par la fenêtre, je ne pouvais m’empêcher de rire. Pourtant, avec de la peine dans le cœur, je la voyais se précipiter obstinément : pas un œil à droite ou à gauche, rien à l’esprit, sinon l’idée du retour. Il y avait toujours mon père à la maison, et personne n’avait un mari plus dévoué que lui, et souvent il y avait d’autres personnes : une fille, en particulier. Mais ils étaient peu nombreux à oser surveiller ma mère. Cette dernière leur enlevait jalousement la coupe des mains. Ma mère préférait mieux l’obtenir des mains de ma soeur. Nous savions tous cela. «Je les aime bien, mais je ne peux le faire sans toi. » Ma sœur, si peu égoïste en ce qui concernait toutes les autres choses, avait une infatigable passion pour faire étalage de cette coupe devant nous. C’était la riche récompense de sa vie.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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