vendredi 2 décembre 2005

Vladimir Jankélévitch a peut-être écrit là son plus beau livre, le plus important. Personne, à mon sens, n'a mieux écrit sur cet impensable.

« Mourir est la condition même de l’existence (…) c’est la mort qui donne un sens à la vie tout en lui retirant ce sens. » (Jankélévitch, Penser la mort ? )
A partir de ces propos, Vladimir Jankélévitch, philosophe de l’évanescent et de l’indicible, nous donne à penser la vie de manière pondérée. Ce poids ou cette inflexion lui étant apportés par la mort, qui nous présente la vie sous un jour nouveau, éclairée par le sérieux. La mort rend la vie sérieuse.
En effet, le sérieux peut être défini comme il suit : « (…) le sérieux est l’attitude d’un homme qui cherche à se totaliser dans chaque expérience » (Jankélévitch, l’Aventure, l’Ennui, le Sérieux, Ed. Aubier). Se « totaliser » dans chaque expérience signifie ainsi se réaliser, se déployer, s’inscrire de toutes ses forces, de tout son être, dans le réel : faire en sorte que chaque acte contienne le sujet tout entier, avec ses puissances et virtualités. Le sérieux se distingue du frivole et du tragique. Du premier, comme l’étourdissement du scrupule, du second comme le souci de l’angoisse (Cf. la distinction entre ces deux termes chez Heidegger). Le rapport au temps est révélateur de ces différences. Le sérieux tend à durer ou à s’étirer, le frivole survole l’instant et le tragique creuse le temps, chaque instant. Le tragique est horizontal et le sérieux vertical, quand le frivole n’est que pointillisme à l’horizontal.
Le sérieux est engagement dans la durée et le réel, respect du réel. Le frivole est flirt avec cette même réalité et le tragique (dés)espoir quant à ce qui est. Rien n’empêche que ces différentes profondeurs du réel ne subsistent et se juxtaposent. Le frivole cache en lui l’angoisse de la mort et fuit ce qui lui rappelle cette angoisse, le sérieux de l’existence. Le frivole se définit peut-être contre la prise de conscience sérieuse, mais ils sont moins indifférents l’un à l’autre qu’il n’y paraît.
La frivolité est conscience d’autre chose qu’elle-même ; le sérieux également, et si ce dernier tend parfois vers la frivolité, il est avant tout conscience du tragique de l’existence humaine, de même que le frivole est conscience de son sérieux. Le tragique, par excellence, est la mort, ou plutôt la pensée de la mort. La mort surplombe la frivolité et le sérieux n’est peut-être, dès lors, que l’intermédiaire entre la douloureuse conscience du tragique et l’ivresse de la frivolité. Le sérieux, c’est la mort devenue problématique à l’homme. Le sérieux est la conscience amoindrie du tragique, de notre mort. Paradoxalement, le sérieux et le frivole ont un rôle identique, nous distraire de cette pensée : l’un en nous obligeant à nous étendre sur la durée, en agissant, l’autre en nous occupant. La frivolité a intériorisé le sérieux et le sérieux a assimilé le tragique.
La totalisation du sérieux doit s’établir « sur un plan intermédiaire entre la tragédie de notre mortalité et la drôlerie de notre existence superficielle [c’est-à-dire frivole]. » En d’autres termes, « quand on parle de Sérieux, c’est que la possibilité de la mort est donnée, mais c’est aussi qu’il y a encore quelque chose à faire », le sérieux n’est pas tout à fait désespéré, c’est pourquoi il agit encore, et diffère en ce sens du tragique. La frivolité a un arrière-goût de sérieux et le sérieux un avant goût de tragique, de mort. En ce sens, ils sont à la fois contraires et doubles.
Entre le frivole et le sérieux, il y a toute la profondeur du tragique. Le frivole a l’illusion perpétuelle du nouveau, il préfère l’être au devenir, car tout ce qui se déploie dans le temps finit par s’user, vieillir, pourrir et puis mourir. Il y a désolidarisation du réel…
Le sérieux est l’attitude du sage, voie moyenne entre le frivole et le tragique .

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