mardi 6 décembre 2005

DE L'ASSASSINAT CONSIDÉRÉ COMME UN DES BEAUX-ARTS précédé de DU HEURT À LA PORTE DANS « MACBETH » suivi de LES DERNIERS JOURS D'EMMANUEL KANT, JEANNE D'ARC et de LA SPHINGE THÉBAINE [1963], trad. de l'anglais par Pierre Leyris et Marcel Schwob , 296 pages, 140 x 205 mm. Collection Les Classiques anglais, Gallimard - ess. ISBN 2070253341. 

Je parlerai en détail de Thomas De Quincey un autre jour, parce que c'est un auteur important dans ma vie de lectrice. Je voudrais juste évoquer brièvement, comme une esquisse, deux des essais contenu dans ce volume : La Sphinge (autre nom de la Sphinx) thébaine et Du heurt à la porte... 

La sphinge thébaine Cet essai développe l’idée selon laquelle Œdipe aurait mal répondu à l’énigme de la Sphinx. Au lieu de répondre « homme », catégorie universelle, concept abstrait, il aurait dû dire «Oedipe», son propre nom, celui d’un individu singulier, unique. Lorsqu’il livre le mot « homme » à la Sphinge, il s’exclut de cette notion abstraite et s’inclut à la fois dans ce terme. S’il s’était reconnu, personnellement comme concerné par cette réalité « homme », aurait-il pu alors faire l’économie de toutes les transgressions inconscientes qu’il a accomplies ? De Quincey semble le penser et nous dire le fin mot de sa pensée en matière de tragique. La raison et ses concepts ne sont pas assez puissants pour éviter la mort de l’homme, pour lui épargner l’épreuve du tragique. Convaincu ou pas par la démonstration plus esthétique que philosophique de De Quincey, il vaut la peine de recueillir certaines remarques, qui, bien que dotées de la simplicité des évidences, ne manquent pas de finesse. La plus importante, selon nous, est celle qui se blottit dans une question à laquelle il ne répond pas : «Il est singulier que dans tous les cas de cette sorte [les prophéties, les horoscopes, les oracles…] – et ils sont répandus en grand nombre dans la littérature classique – les parties menacées par le sort croient à la menace (autrement pourquoi chercheraient-elles à y échapper ?) et cependant n’y croient pas (autrement, pourquoi s’imagineraient-elles capables d’y échapper ?).» Deux éléments méritent explication ou un effort d’éclaircissement. Effectivement, le thème de la prédiction est un des ressorts de la littérature mondiale populaire en général, souvent à travers les récits mythologiques, le conte et la fable, et de la tragédie en particulier. Il semble que la prophétie appartienne plutôt à « l’âge primitif » de la fiction. Nous émettons une hypothèse rapide à cet égard : les représentations fictives de notre monde évoluent en parallèle avec le développement des sciences et des technologies dans la société. Plus le monde est « maîtrisé » par les sciences, ou donne cette apparence, moins la fiction use des prophéties dans ses productions. Comment peut-on croire et ne pas croire à la prédiction ? Nous supposons qu’il en est de même pour nous de l’idée de la mort toute crue. Elle nous est prédite dès la première respiration. On croit en elle – sinon à quoi serviraient les divertissements ? - et on n’y croit pas – car nous ne cessons de faire de sérieux projets. Elle est notre seule certitude et néanmoins la seule pensée vraiment insupportable, malgré notre amour insatiable et notre besoin de certitudes. La prédiction contient, en même temps et de manière contradictoire, une certitude et un simple possible. La certitude est celle du fait général, de l’idée, du concept. Le possible, celui de notre mort en première personne. La mort est une nécessité pour le genre humain et un accident (ou un possible) pour l’individu. Un être sain d’esprit, ou plus précisément un être dont la raison est gouvernée par le principe de contradiction, ne peut croire une chose et son exact contraire. Les héros que concernent une prophétie ne croient pas avec la même intensité au contenu de la prophétie et en la puissance de leur raison (qui doit leur octroyer d’éviter la prédiction). Ce qui est prédit est un événement ou une suite d’événements dont la réalisation se présente comme possible (pas d’intervention extraordinaire ou d’éléments fantastiques ou surnaturels) bien que souvent d’apparence improbable. Ce qui est prédit ne heurte pas la conscience ordinaire que nous avons du réel. Or, le crédit accordé par le destinataire de la prophétie porte moins sur une foi en l’auteur du présage, en ses pouvoirs divinatoires, ou même en l’augure lui-même, qu’en la vague terreur produite à la fois par la possibilité de l’événement funeste (qui n’est qu’un rappel de la certitude où nous sommes de passer l’arme à gauche) et plus encore par la sensation de n’être pas libre de choisir un autre possible. A contrario un présage favorable ne suscite aucune réaction de terreur... Il le devrait tout autant, si nous étions parfaitement logiques...

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