jeudi 5 janvier 2006

Ah, Sylvia Plath ! Quel talent, quel désespoir ...
J'ai lu presque tout ce qu'elle a écrit et je n'ai qu'un mot : ardent. C'est un auteur mythique. Beaucoup de féministes ont reproché à son mari, Ted Hugues, d'être responsable de son suicide. Celui-ci a publié les Birthday letters, avant sa mort. Voici qui donnera peut-être un autre éclairage.
Quelques citations pour illustrer le propos :
Sylvia Plath La cloche de détresse (The jar bell) - Trad. Michel Persitz, Ed. Gallimard, Coll. L’Imaginaire, Paris, 1987 -
« Je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé. » (13)
«J’ai toujours adoré observer les autres dans des situations critiques. Quand il y avait un accident de voiture, une bagarre ou un bébé conservé sous cloche dans un laboratoire, je m’arrêtais toujours et j’observais avec tant d’avidité que je m’en souvenais pour la vie. C’est ainsi que j’ai appris un tas de choses que je n’aurais jamais apprises autrement, et même lorsqu’elles me surprenaient ou me rendaient malades, je n’en disais rien, au contraire, je prétendais que j’avais toujours su que les choses se passaient ainsi. » (22-23)
« Le silence me déprimait. Ce n’était pas le silence du silence. C’était mon propre silence. » (29)
« Ensuite, Buddy m’a entraînée dans un couloir où il y avait des grands bocaux remplis de bébés morts avant terme. Le bébé du premier bocal avait une grosse tête blanche inclinée sur un minuscule corps enroulé sur lui-même pas plus gros qu’une grenouille. Celui du bocal suivant était plus grand et ainsi de suite jusqu’au bébé enfermé dans le dernier bocal qui avait la taille d’un bébé normal. Il avait l’air de me regarder en souriant de son petit air de cochonnet. » (73)
« (…) pourquoi je ne pouvais pas dormir, pourquoi je ne pouvais pas lire, pourquoi je ne pouvais pas manger et pourquoi tout ce que faisaient les gens me semblait tellement vain puisqu’au fond, ils allaient tous mourir. » (111)
« Ce matin-là, j’avais fait un essai. Je m’étais enfermé dans la salle de bains, j’avais rempli la baignoire d'eau chaude et j'avais sorti une lame Gillette. Quand on a demandé à un philosophe romain, où je ne sais plus qui, comment il voulait mourir, il répondu qu'il s'ouvrirait les veines dans un bain chaud. Je trouvais ça facile de s'ouvrir les veines dans une baignoire, d’être allongée, et de voir la rougeur s’échapper de mes poignets, vague après vague dans l’eau claire, jusqu’à ce que je m'endorme sous une surface aussi écarlate qu’un champ de coquelicots. Mais quand il a fallu passer aux actes, la peau de mes poignets avait l'air si blanche, tellement vulnérable, que je ne pouvais me résoudre à le faire. C’était comme si ce que je voulais tuer ne résidait pas dans cette peau blanche, ou sous le léger pouls bleu qui tressautait sous mon pouce, mais quelque part ailleurs, plus profondément, plus secrètement, beaucoup difficile à atteindre. Deux gestes suffiraient. Un poignet, puis l'autre. Trois gestes si l'on compte qu'il faut changer la lame de main. Alors, j'entrerais dans 1a baignoire et je m'y allongerais. Je me suis avancée devant l'armoire à pharmacie. Si en le faisant, je me regardais da ns la glace, ce serait comme si je regardais faire quelqu’un d’autre, comme dans un livre ou au théâtre. Mais la personne dans la glace était paralysée et trop stupide pour bouger. Je me suis dit qu'il ne serait pas inutile de faire couler un peu de sang, histoire de me faire la main. Je me suis donc assise sur le rebord de la baignoire et j'ai posé ma cheville droite sur mon genou gauche. J'ai élevé la main droite qui tenait la lame de rasoir et je l'ai laissée tomber de son propre poids sur mon mollet, comme une guillotine. Je n'ai d'abord rien ressenti. Mais au bout d’un instant j'ai senti une fine impression en profondeur, une grosse goutte brillante et rouge s’est gonflée sur les lèvres de la blessure. Le sang s'accumulait sombrement, comme un fruit pour finalement rouler le long de ma cheville vers le talon de ma chaussure vernie. A ce moment-là, j'ai voulu entrer dans la baignoire, mais je me suis rendu compte que j'avais perdu l’essentiel de la matinée à flirter avec mes pensées, ma mère n'allait pas tarder de rentrer à la maison et elle me trouverait avant que j’aie eu mon compte. » (159-161)
« Plus votre cas est désespéré, plus on vous cache. » (173)
« (…) je serais toujours prisonnière de cette cloche de verre, je mijoterais toujours dans le même air vicié. » (198)
« (…) nous ferons comme si tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Un mauvais rêve. Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vidé et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve. Je me souvenais de tout. » (252)
« Mais je n’en était pas du tout certaine. Pas du tout. Comment savoir ? Peut-être qu’un jour, au collège, en France, quelque part, n’importe où, la cloche de verre, avec ses déformations étouffantes descendrait de nouveau sur moi ? » (255)
Dans une lettre (ajoutée dans la postface p.266) : « Rien ne pue autant qu’un tas d’écrits non publiés »
« Je ferme les yeux et le monde disparaît » (extrait du poème - villanelle - Chant d’amour d’une jeune fille folle, cité p. 264) Une critique par Clarabel ici.

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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