Association d'idées riches. Les Marx me font penser à Laurel et Hardy et, tout à coup, je me souviens des Petites canailles (Little rascals AKA Our gang) ! en effet, l'inventeur de ces petites comédies qui mettent en scène des enfants, n'était autre que Hal Roach, celui qui a découvert Laurel et Hardy ! Savez-vous à quoi je fais allusion ? Pour ceux de ma génération (la trentaine), il vous sera peut-être facile de vous souvenir de cette série qui est passée un temps sur Antenne 2 (si ma mémoire ne me fait pas défaut, je n'ai pas pu l'inventer). Je vais vous peut-être rafraîchir la mémoire. Ensuite, dans les années 80, une série animée a été créée d'après la série originale. http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=333&sec=1 Le meilleur lien que j'ai trouvé sur le sujet : http://en.wikipedia.org/wiki/Our_Gang Celui-ci est également très intéressant : http://www.cyranos.ch/ourg-e.htm
Groucho (le moustachu, qui aime le cigare et fait des bons mots), Harpo (le muet qui joue de la harpe) et Chico (celui qui n'est ni moustachu ni muet mais qui joue du piano !), ainsi que les moins connus Zeppo (qui a joué dans 5 films) et Gummo (qui, sauf erreur de ma part, n'est jamais apparu à l'écran), ont laissé un souvenir impérissable dans l'hsitoire du cinéma.
J'ai revu, hier soir, At the circus. Même si ce n'est pas l'un de leurs meilleurs films, j'ai été ravie d'assister à leurs facéties. D'autres ont apposé leur nom sur leurs films, mais il me semble impossible de ne pas songer à quel point, les Marx sont plus que les acteurs de leurs films. En effet, ils imposent un véritable rythme, qui est leur style propre à chacune de leur apparition sur l'écran.
Je ne connais pas d'équivalent dans l'histoire du cinéma en ce qui concerne l'art de la catastrophe, qui est le leur. Hormis, peut-être, bien sûr, un film délirant, le film le plus délirant au monde : j'ai nommé Hellzapoppin de H.C. Potter. On a beau ne voir ce film qu'une seule fois dans sa vie, il est impossible de l'oublier. Imaginez une boule de neige qui ne cesse de grossir et vous aurez une idée de l'ampleur des dégâts !
A la différence d'autres acteurs burlesques [burlesque : de l'italien, burla, « moquerie », «plaisanterie », forme de comique caractérisée par une exagération du ridicule], il n'y a jamais de fond de tristesse ou d'amertume dans les films des Marx. Le comique n'est pas là pour pallier le tragique de l'existence humaine. C'est un comique pur, sain, un signe de bonne santé vitale et psychique. Tandis que chez Chaplin, Keaton, Llyod ou Langdon, le burlesque des situations expose plutôt un acharnement du réel contre le sujet humain.


Citations : "Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S'ils ne se lâchent pas c'est parce qu'ils ont peur de s'entre-tuer."
"Un homme : j'ai épousé ma femme en secret.
Groucho : En secret ? Vous ne lui avez pas dit ? Pas étonnant qu'elle sorte avec d'autres hommes."
Groucho Marx
mercredi 23 novembre 2005
Frédéric Delebecque qui, en 1925, a traduit Wuthering Heights par le génial titre Les hauts de hurlevent fut à l'origine d'une jurisprudence. Le titre même d'un roman traduit devenait oeuvre de création. "Attendu que le titre Les Hauts de Hurlevent [sic] constitue une invention originale, et non une traduction littérale du titre anglais, le mot Wuthering n'ayant pas d'équivalent direct dans la langue française, et n'étant au surplus employé que très localement dans les pays de langue anglaise — qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une traduction, mais d'une interprétation nouvelle de Delebecque, qui peut s'en prévaloir comme d'une oeuvre personnelle et, dès lors, en revendiquer la propriété, d'ailleurs cédée par lui en exclusivité aux éditions Payot." D'ailleurs, le code de la propriété intellectuelle fait référence, aujourd'hui encore, à ce cas :

    "Pour un glissement vers l'examen du mérite, v. à propos du titre Les Hauts de Hurlevent, traduction non littérale du titre du roman Wuthering Heights d'Emily Brontë, le constat que le titre était une trouvaille rendant de manière approchante, musicale et inquiétante, l'atmosphère angoissante du titre originale. "
(Code annoté de la propriété intellectuelle, Paris, Ed. Yves Marcellin, CEDAT, 2000. Article L. 112-4 ; « Protection par le droit d'auteur : originalité. »)
Chaque année, pendant la période qui précède Noël, j'aime lire Dickens. Je ne manque jamais de sacrifier à cette tradition, car je n'oublie pas que Dickens est en quelque sorte celui qui donna à Noël ses plus beaux atours. Petite anecdote à ce sujet : Paul Davis, dans son livre intitulé The Lives and Times of Ebenezer Scrooge relate cette anecdote bien connue, véhiculée par Theodore Watts-Dunton, pour la première fois (en 1870), selon laquelle il marchait dans le quartier (populaire) de Drury Lane, près du marché de Covent Garden, le 9 juin de cette année-là, quand il entendit la réaction d’une petite fille à l’annonce de la mort de Dickens. « Dickens est mort ? Alors, le Père Noël l’est aussi ? » Ceci pour prouver que Dickens a grandement contribué à la renaissance des traditions de Noël qui étaient en voie de disparition. La neige, le vent, la dinde fumante et tous les autres (sympathiques) clichés doivent beaucoup à la plume chaleureuse et acérée de Dickens. Bleak House ( dont le titre est doté d'une TRES BELLE traduction française : La maison d'âpre-vent) est le roman le plus étrange de Dickens, peut-être mon préféré, mais également le moins "abordable" de front et le plus massif. A la fois écrit à la première personne du singulier et d'une manière impersonnelle, le roman relate - entre autres ! - le récit d'un interminable procès pour l'obtention d'un héritage (le procès Jarndyce contre Jarndyce). Beaucoup considèrent que Bleak house est le meilleur roman de Dickens et je suis presque de ceux-là. Disons que je mets ce livre à part, parce qu'il est échevelé, palpitant, noir et très collinsien. Sa tructure est extrêmement complexe. Dickens tire tant de fils autour de ses personnages- marionnettes que l'on a presque peur qu'il ne finisse pas ne plus retrouver LE fil conducteur. Bien sûr, cette crainte est infondée, car Dickens est le meilleur. Je doute plus de Dieu que de lui. Beaucoup d'images sont gravées dans mon esprit lorsque l'on nomme devant moi La maison d'âpre-vent. Tout le monde se souvient, au moins, de cette intrigante mort par "combustion spontanée" dont je reparlerai ! Je relisais tout à l'heure les pages que lui consacre Sylvère Monod, dont le nom évoque beaucoup d'agréables souvenirs mais aussi d'envie. Je crois bien que Dickens est, après Louis-Ferdinand Céline, la personne qui a le plus compté dans ma vie.
John Franklin Bardin (1916-1981) Auteur à la biographie plutôt succincte. Personnage mystérieux à souhait à cause du peu que l'on sait de lui et à cause de ce que l'on devine ou croit deviner de lui en le lisant. Il a écrit une dizaine de romans, dont trois (ceux réédités chez Joelle Losfeld) sont des classiques du policier : La mort en gros sabots (The deadly percheron) , Le Diable l'emporte (Devil take the blue-tail fly ) et Qui veut la peau de Philip Banter ? (The last of Philip Banter). Je traduis de l'anglais son point de vue, exprimé en une citation souvent reprise : "Il y a un seul mobile à l'écriture d'un roman : être publié et lu. Selon moi, il n'y a aucune différence entre le roman à énigmes et le roman. La seule différence qui vaille, c'est celle qui existe entre les bons et les mauvais livres. Un bon livre emmène le lecteur dans un autre monde d'expérience ; il est en soi une expérience. Un mauvais livre, à moins que le style soit vraiment indigent, soutient l'attitude intransigeante du lecteur, qui consiste à ne pas tenter d'expérimenter un nouveau monde. Eu égard au fait qu'il y a des criminels, des psychopathes et des sociopathes dans tous mes romans, on peut dire que mes romans sont des thrillers psychologiques." Qui veut la peau de Philip Banter ? Un bon roman policier, peut-être le moins bon des trois, mais néanmoins un roman que tout amateur du genre aura plaisir à lire, et que les autres savoureront tout autant. Philip Banter est le héros ; il est marié sans passion à une femme, qui n'a guère d'épaisseur et qui entretient une relation trouble avec son père. Elle choisi pour époux le héros à la place d'un autre prétendant, Jeremy, qui est un ami du couple. Philip Banter est plutôt un anti-héros qu'un héros. Il est banal, mène une vie tout aussi banale et n'aspire à rien de bien extraordinaire. Par bien des aspects, il ressemble aux privés que l'on trouve dans certains romans américains : ennui, femmes et alcool sont le résumé de sa vie. Il collectionne donc les femmes par désoeuvrement et son épouse est complaisante, jusqu'à un certain point. Un matin, sur son bureau, il trouve une confession signée de son nom et censée relater les événements qui vont se passer le lendemain, bien que ladite confession soit écrite au passé. Etrange, n'est-ce pas ? Ce qui est plus étrange est que les événements prévus commencent à se produire le jour dit, bien que Philip Banter fasse tout pour éviter le déroulement des faits. Qui peut ainsi prévoir ce qu'il va faire le lendemain au point de l'écrire noir sur blanc ? Est-il fou et l'auteur de cette confession (et des suivantes, 3 au total) ou bien quelqu'un cherche-t-il à lui nuire, voire pire ? C'est à cette question que ce roman s'efforce de répondre. La réponse se tient en dernière page et elle n'a pas nécessairement l'allure qu'on pourrait lui prêter par avance. Le roman se lit d'une traite. L'écriture est fluide, tranchante, sans éléments superfétatoires, mais très soignée. Le procédé est chirurgical. La fin m'a un peu déçue mais j'estime grandement le roman.

Geoffrey Holiday HALL 
L’homme de nulle part (The End Is Known) - GRAND PRIX DE LITTÉRATURE POLICIERE 1953.
Nous n’avons que peu de renseignements sur la biographie de cet homme qui semble avoir écrit, par ailleurs, sous un autre pseudonyme. Il était américain.
L’homme de nulle part est un classique du genre, que l’on range aux côtés des meilleurs policiers, et qui a souvent été classé parmi les dix meilleurs romans de mystère jamais écrits. La dénomination pourrait induire en erreur, si l’on se fie au neuf dixièmes du roman. Certes, il y est bien question d’une enquête, celle du héros, mais point de criminels ou de meurtres à élucider, semble-t-il. Mais attention, ne pas trop se fier aux apparences, si claires soient-elles… Ce livre est du genre de ceux dont on ne peut rien dire sous peine de gâcher le travail de l’auteur, travail est qui, ma foi, un joli travail souterrain. J’ai cru avoir affaire à un bon roman, mais pas au point de crier au génie. Je l’ai lu rapidement, bien que le rythme qu’il imprimait à ma lecture fut lent. Je voulais savoir la même chose que le héros. Nous étions bien deux dans cette quête. Ce n’est que plus tard que j’ai compris l’habileté de l’auteur et que j’ai réévalué mon opinion : ce n’est pas un bon roman, c’est un très bon roman. Mais je ne vous dirai pas pourquoi. C’est à vous de le découvrir. La simplicité est une arme redoutable : on s’imagine être face à l’évidence et puis on tombe à cause de cette présomption. Revenons à l’histoire : un homme rentre chez lui pour voir un homme tomber de sa fenêtre. Celui-ci était venu lui demander de l’aide, il avait même prétendu, devant l’épouse, que son mari était le seul au monde à pouvoir l’aider. Puis, tout à coup, il s’est jeté par la fenêtre. Or, le mari ne connaissait pas cet homme. Il ne l’avait jamais rencontré. Ce mort va le hanter. Que lui voulait-il ? Comment aurait-il pu aider quelqu’un qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve ? Il va mener cette enquête, afin de déterminer l’identité de cet homme.
Ce livre n'est plus édité, mais on peut l'obtenir d'occasion...
Bandini, La route de Los Angeles, Demande à la Poussière et Rêves de Bunker Hill constituent une tétralogie pleine de feu et d'humanité, avec pour fil conducteur la vie du héros, le double de Fante, Bandini. Bukowski - dont une partie de sa correspondance inédite vient de sortir chez Grasset - a toujours considéré Fante comme son "maître". Effectivement, on retrouve un lien de parenté évident entre l'oeuvre des deux hommes. Mes deux livres préférés sont ceux dont je donne image dans ce billet. Ces romans sont très représentatifs de son oeuvre. Il y a une gouaille, un désespoir, un amour / haine de la vie qui transparaissent à chaque ligne, le tout saupoudré d'un humour mi-triste mi-gai. De ces lectures, il me reste un sentiment de nostalgie diffus mais tenace. J'ai lu une grande partie de l'oeuvre de Fante à un moment pénible de mon existence, où je me voyais bien dans la peau d'une ratée absolue, surtout du point de vue littéraire (c'est toujours le cas, mais je le vis mieux ; peut-être que je ne vais pas mieux, mais je vieillis, donc je suis confite dans l'acceptation de ma médiocrité), et cette lecture m'avait donné une leçon à la fois pour ma propre vie mais aussi sur ma manière d'écrire. En effet, j'ai découvert que la force d'une écriture ne réside pas nécessairement dans un style qui vous cloue le bec, mais aussi dans l'art d'être d'être pudiquement impudique, ce qu'est Fante, sans aucun doute. Quatrième de couverture : "Si vous avez des idées noires, plongez-vous dans Mon chien Stupide. Vous en sortirez revigoré. Le nouvel avatar de Fante, alias Bandini, est un quinquagénaire, vivant sur le bord du Pacifique avec sa femme et ses quatre enfants qui le font tourner en bourrique. Il recueille un énorme quadrupède, Stupide, un chien étrange qui complète la maisonnée. C'est à la fois drôle, ironique, tragique, bouleversant et merveilleusement écrit. A lire de toute urgence. " "Que ceux qui aiment Bukowski se précipitent ! Voilà du Bukowski du meilleur cru, dans une traduction parfaite, savoureuse et juste à point de Philippe Garnier, dont on ne vantera jamais assez les mérites ! A vrai dire, ce n'est pas du Bukowski, mais du John Fante, le type qui a influencé et fait verser des larmes d'admiration à Bukowski. Des histoires de loyer qu'on ne peut pas payer, et de bistrots minables où le café est pire que de l'eau de vaisselle. C'est à Los Angeles. C'est triste, c'est génial, c'est plein d'amour et ça se lit d'une traite. Hautement recommandé ! "



















J'ai découvert M. Ploog grâce au comic book Abadazad, offert par mon grand ami David. J'adore les rondeurs de ses coups de crayon, qui me mettent dans un état d'esprit particulier. L'association de son talent à l'hsitoire de Frank L. Baum nous offrent un très beau volume de saison.
Peu de gens savent que Baum a écrit autre chose que Le magicien d'Oz, et que ce dernier n'est qu'une histoire isolée dans une série.
Dommage...

Extrait du chapitre X de Margaret Ogilvy (traduit par mes soins) : Pendant des années, j’avais essayé de me préparer à la mort de ma mère, essayant d’imaginer comment elle serait susceptible de trouver la mort, imaginant en mon for intérieur le moment où elle mourrait. Bien que j’eusse conscience que c’était là une chose vaine à faire, je le faisais ; mais je suis sûr qu’il n’y avait rien de morbide là-dedans. J’espérais que je serais avec elle à la fin, non pas à la place de celui qu’elle regarderait en dernier, mais dans le rôle de celui vers lequel elle se tournerait afin qu’il prît soin de sa préférée ; ce ne serait pas mon bras mais celui de ma sœur qui l’enlacerait quand elle mourrait, ce ne serait pas ma main mais celle de ma sœur qui lui fermerait les yeux. Je savais que je risquais d’arriver trop tard jusqu’à elle ; je me vis ouvrir une porte, là où il n’y avait personne pour m’accueillir, et monter le vieil escalier jusqu’à sa chambre. Mais c’est que je n’avais pas prévu qui advint. (...)

Pendant ces dernières semaines, bien que nous ne le sussions pas, ma sœur était en train de mourir sur pied. Pendant de nombreuses années, elle avait donné sa vie à sa mère, peu à peu, à chaque instant : pendant une autre année, pendant un autre mois, et dernièrement pendant un autre jour, et maintenant elle était usée jusqu’à la corde.

«Je ne te quitterai jamais, mère !

- Bien sûr, je sais que tu ne me quitteras jamais. »

Je pensais que ce cri était pitoyable à l’époque, mais je n’étais pas supposé connaître totalement sa signification, jusqu’à ce qu’il ne fût plus que l’écho d’un cri. Regardant ces deux-là , tout se passait comme si ma mère s’était mise en route pour un nouveau pays et que ma sœur l’avait retenue en arrière. Mais j’ai une vision plus claire désormais. Ce n’est plus la mère qui est au premier plan, mais la fille, et elle crie : « Mère, vous vous attardez tellement à la fin que je n’en peux plus de vous attendre ! »

Mais elle ne savait pas plus que nous comment les choses étaient censées se passer ; si elle semblait lasse quand nous la rencontrâmes sur le perron, elle était encore la plus vive, la plus active des silhouettes dans la chambre de ma mère ; elle ne s’est jamais plainte, sauf quand elle dut partir sur ce chemin qui les sépara pendant une demi-heure. Avec quelle répugnance, elle mit son bonnet ! Combien de fois nous dûmes la presser de le faire ! Et combien de fois, n’étant pas partie plus loin que la porte d’entrée, elle revint aux côtés de sa mère. Quelquefois, quand nous regardions par la fenêtre, je ne pouvais m’empêcher de rire. Pourtant, avec de la peine dans le cœur, je la voyais se précipiter obstinément : pas un œil à droite ou à gauche, rien à l’esprit, sinon l’idée du retour. Il y avait toujours mon père à la maison, et personne n’avait un mari plus dévoué que lui, et souvent il y avait d’autres personnes : une fille, en particulier. Mais ils étaient peu nombreux à oser surveiller ma mère. Cette dernière leur enlevait jalousement la coupe des mains. Ma mère préférait mieux l’obtenir des mains de ma soeur. Nous savions tous cela. «Je les aime bien, mais je ne peux le faire sans toi. » Ma sœur, si peu égoïste en ce qui concernait toutes les autres choses, avait une infatigable passion pour faire étalage de cette coupe devant nous. C’était la riche récompense de sa vie.
Cette série des années 60 (1967-1968), qui doit presque tout à Patrick McGoohan, est sûrement l'une des meilleures que la télévision ait produite. A mon sens, c'est une oeuvre d'art à part entière. En 17 épisodes, cette série s'est imposée comme un culte dans la mémoire collective. Même si McGoohan a été contraint de terminer abruptement la série et même s'il existe une indéniable sur-interprétation de certains éléments de la part des fans, il n'en demeure pas moins que cette série est géniale de bout en bout. Et quand bien même ce serait par accident, cela n'enlève rien à la richesse du concept et de l'histoire qui en découle. Chacun peut projeter ses propres névroses sur les 17 épisodes et comprendre ce qui n'a probablement pas de sens absolu, mais qui demeure à jamais une énigme. N'est-ce pas cela la force d'une oeuvre : poser des questions sans donner de réponses définitives ? NE PAS LIRE CE QUI SUIT SI VOUS N'AVEZ PAS VU LA SERIE. Que le numéro 6 soit en réalité le numéro 1 m'est apparu très rapidement, parce qu'il me semblait que ce fût la seule possibilité intéressante. L'idée que le numéro 6 soit psychotique (paranoïaque et / ou schizophrène) est une possibilité, mais je lui préfère encore l'idée que le monde réel n'existe peut-être pas et qu'au contraire nous ne vivons que dans des doubles de la réalité, n'étant peut-être nous mêmes que des doubles d'originaux perdus... Ceci s'opposant, par exemple, à ce qu'écrit Clément Rosset, dont je révère le travail de philosophe (Le réel et son double). Quoi qu'il en soit, le numéro 1 est sans conteste le numéro 6. Mais la réciproque est-elle aussi facilement vraie ? :-) Il existe un certain nombre d' indices, qui préparent à la révélation finale, comme celui livré par l'épisode intitulé "Le retour", où l'on voit le numéro 6 revenir vers une copie de son appartement londonien, qui porte le numéro 1 sur sa porte... Ecouter le thème.

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