Le roi des Aulnes


« Le bonheur, c’est très simple. Il n’y a qu’une seule condition, mais alors absolument nécessaire : aimer passionnément quelque chose ou quelqu’un. Si vous n’aimez rien, ni personne, vous êtes perdu, votre vie est finie avant d’avoir commencé. Au contraire, si vous vous passionnez pour la botanique, la musique indienne, le rugby ou les timbres postes, si vous voulez absolument tout savoir sur l’Egypte des pharaons, si vous passez vos nuits l’œil collé à un télescope parce que les étoiles vous fascinent, si vous adorez par-dessus tout une femme, un homme ou un enfant (ou les trois à la fois), et si vous êtes prêt à tous les sacrifices qu’exigera votre passion… alors peut-être serez-vous un grand écrivain, un peintre célèbre ou un naturaliste de renommée mondiale, mais ce qui est sûr et certain, c’est que vous aurez une vie digne d’être vécue. »
« Le caractère philosophique de ce roman d’aventures est couronné par un coup de théâtre qui sort tout droit de La critique de la raison pure de Kant. Le philosophe allemand nous explique en effet que le temps et l’espace, même réduits à leurs dimensions les plus purement théoriques, n’en sont pas moins des intuitions de la sensibilité qui ne peuvent se réduire aux concepts de la raison abstraite.* Le temps et l’espace, il faut les vivre avec nos yeux et nos muscles, aucune construction abstraite ne remplacera cela. Et il nous donne l’illustration saisissante de son propos : “ Si le monde entier se composait d’un seul gant encore faudrait-il que ce fût un gant droit ou un gant gauche, et cela la raison seule ne le comprendra jamais.”»


"Je suis ainsi pourvu de deux écritures, l'une adroite, aimable, sociale, commerciale, reflétant le personnage masqué que je feins d'être aux yeux de la société, l'autre sinistre, déformée par toutes les gaucheries du génie, pleine d'éclairs et de cris, habitée en un mot par l'esprit de Nestor." (souligné par l'auteur) Inutile que je radote. Cf. ici et ici. "Je me suis arrêté à l'âge de douze ans, âge de l'enfant par excellence [vérité d'il y a 30 ans, moins authentique dans notre société décadente], ayant atteint en quelque sorte sa pleine maturité enfantine, parvenu à son bel épanouissement et aussi hélas au seuil de la catastrophe pubertaire." Barrie exprime autrement cette idée en affirmant qu'après douze ans il ne se passe rien d'important. "Comme si les enfants étaient des brutes épaisses, aussi peu intelligentes et sensibles que possible, que seules des histoires abominables - véritables tord-boyaux littéraires - peuvent réussir à émouvoir ! Perrault, Carroll, Busch, des sadiques auxquels le divin marquis n'aurait rien à apprendre."
James Matthew B. semble avoir compris la nature de l'enfant. J'y reviendrai bientôt...
Au fond de chaque chose un poisson nage
Ne serait-ce que par égard pour cette lucidité, Tournier demeurera important pour moi.Ces vers de Lanza del Vasto décrivent la démarche de ces auteurs dits " pour les jeunes ". Ayant des vérités trop graves à exprimer, ils les dissimulent sous des histoires de voyage, de pêche, de chasse, de naïves amours. Si les lecteurs adultes les prennent à la légère et rangent leurs livres dans le rayon du second ordre de leur bibliothèque, c'est qu'ils ont réussi leur coup : le manteau d'images a joué son rôle. Les jeunes lecteurs, eux, ne s'y trompent pas. Ils dévorent ces vérités mystérieuses, profondes et cruelles si joliment enveloppées et qui nourrissent leur sensibilité. On dit parfois d'un enfant qui aime la lecture qu'il est " sage comme une image ". A-t-on mesuré toute la dangereuse et profonde sagesse des images ?

"Je suis ainsi pourvu de deux écritures, l'une adroite, aimable, sociale, commerciale, reflétant le personnage masqué que je feins d'être aux yeux de la société, l'autre sinistre, déformée par toutes les gaucheries du génie, pleine d'éclairs et de cris, habitée en un mot par l'esprit de Nestor." (souligné par l'auteur) Inutile que je radote. Cf. ici et ici. "Je me suis arrêté à l'âge de douze ans, âge de l'enfant par excellence [vérité d'il y a 30 ans, moins authentique dans notre société décadente], ayant atteint en quelque sorte sa pleine maturité enfantine, parvenu à son bel épanouissement et aussi hélas au seuil de la catastrophe pubertaire." Barrie exprime autrement cette idée en affirmant qu'après douze ans il ne se passe rien d'important. "Comme si les enfants étaient des brutes épaisses, aussi peu intelligentes et sensibles que possible, que seules des histoires abominables - véritables tord-boyaux littéraires - peuvent réussir à émouvoir ! Perrault, Carroll, Busch, des sadiques auxquels le divin marquis n'aurait rien à apprendre."
James Matthew B. semble avoir compris la nature de l'enfant. J'y reviendrai bientôt...
"Vous aurez seulement un avertissement ce qui se passe en vous. Un message de votre corps traduisant une émotion, probablement une émotion, en tout cas quelque chose de douloureux, une douleur à la poitrine, comme un point de côté, l'impression que quelque chose entre en force alors qu'il s'agit peut-être du contraire, quelque chose qui sort de vous, un sentiment, une émotion - avec du recul, c'est facile d'appeler ça comme ça -, mais ça vous fait mal."
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************** Catégorie :
Cela faisait environ vingt-cinq ans que Prague était inscrit à notre firmament. Prague présente un attrait singulier, c'est un lieu qui diffuse à rebours ses enchantements. Sa magie s’empare avec discrétion du voyageur et s’impose à l’esprit et aux sens par petites touches ; Prague, à la différence de Venise, par exemple, se vit avec un peu de recul, trois pas de côté ou en arrière. Sa beauté n'assaille pas de plein fouet. Cette ville est mystérieuse comme le cœur triste et torturé de Kafka, et elle ne susurre ses secrets qu'à l'oreille fine. Nous y sommes restés seulement quatre jours et trois nuits, mais j’espère y revenir avant ma mort. Le véritable charme de cette presque miniature est donc de s’emparer de vous comme par inadvertance. Prague est la ville baroque par excellence, qui, selon Jankélévitch, qui y vécut cinq ans, est l'aveu de la tentation. Le baroque est une prédilection pour les formes instables, saisies dans leur fragile équilibre, tout au bord des toits. L’objet penché exprime la condition de l’homme sur le point de céder à la pesanteur du péché, de la sensualité. Il ne tient qu’à un fil, celui du péché et lutte contre l’obsession de la précipitation dans le vide. Surprendre la conscience en instance de l'acte, c’est un problème de flagrance, c’est celui de Jankélévitch, qui a développé dans sa philosophie une éthique du baroque, de l’homme en suspens.
Je n'ai cessé de penser au philosophe en découvrant la ville, où nous nous étions aussi rendus pour assister à un récital de Bryn Terfel, que ma fille adore plus que tout. Nous avons eu la chance de le rencontrer, ainsi qu'Hannah, la fiancée de Bryn, belle harpiste, qui attendait alors la petite Lili (née en mai dernier). A. est vraisemblablement la plus jeune ou l'une des plus jeunes fans de Bryn !
Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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