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lundi 15 avril 2013
{H. C. Andersen...}
Donnons des nouvelles, et des bonnes, puisque certains m'en demandent !
Après une expérience désagréable, mais fondatrice (si nous ne sommes pas trop friables, nous apprenons toujours de ceux qui nous blessent et nous mentent sans états d'âme), avec un metteur en scène hypocrite, mercenaire, vampire et inculte, dont le seul talent consiste à piller, toute honte bue, les autres pour mettre en scène des choses mortes et vulgaires, un metteur en scène qui pense pouvoir obtenir deux tiers (!) de mes droits d'auteur sur un texte dont il n'a pas écrit une ligne (il en serait bien en peine...), un metteur en scène qui m'appelait, les larmes au bord des yeux, sa "sœur", un metteur en scène excellent comédien (accordons-lui cela, comme on jette un morceau de pain rassis à une mauvaise bête) que j'ai aidé (et bien plus qu'il ne l'a jamais avoué à quiconque) à mettre en scène un beau Peter Pan... je suis revenue au vrai, avec notamment deux projets théâtraux en cours – à moyen et long terme...
Et la vie est belle ! Et je compte bien le prouver, sans rien renier ou rogner, et surtout pas mon cœur d'enfant si avide d'amour et d'absolu qu'il en devient, parfois, mauvais conseiller !
Après une expérience désagréable, mais fondatrice (si nous ne sommes pas trop friables, nous apprenons toujours de ceux qui nous blessent et nous mentent sans états d'âme), avec un metteur en scène hypocrite, mercenaire, vampire et inculte, dont le seul talent consiste à piller, toute honte bue, les autres pour mettre en scène des choses mortes et vulgaires, un metteur en scène qui pense pouvoir obtenir deux tiers (!) de mes droits d'auteur sur un texte dont il n'a pas écrit une ligne (il en serait bien en peine...), un metteur en scène qui m'appelait, les larmes au bord des yeux, sa "sœur", un metteur en scène excellent comédien (accordons-lui cela, comme on jette un morceau de pain rassis à une mauvaise bête) que j'ai aidé (et bien plus qu'il ne l'a jamais avoué à quiconque) à mettre en scène un beau Peter Pan... je suis revenue au vrai, avec notamment deux projets théâtraux en cours – à moyen et long terme...
Et la vie est belle ! Et je compte bien le prouver, sans rien renier ou rogner, et surtout pas mon cœur d'enfant si avide d'amour et d'absolu qu'il en devient, parfois, mauvais conseiller !
On m'a souvent dit, depuis l'enfance, que je faisais peur – encore récemment. Je ne sais à quoi cela tient, peut-être au fait que, moi, je n'ai pas peur : ni de me montrer telle que je suis – y compris jusque dans mes laideurs –, ni de dire ce que je pense et ressens, entièrement, sans souci de ménager les autres et, surtout, sans calcul. Je ne pense pas devoir ma vérité à mes seuls amis ; ma générosité en cette matière est universelle. Je suis consciente que cette liberté que je me donne a un prix et je le paie comptant ; je suis consciente que cette liberté extrême du dire et du faire me rend monstrueuse aux yeux de certains. Et, voyez-vous, je le suis, car mon agir procède d'un manque de politesse certain. Mais la politesse est-elle toujours altruisme, ou même simple souci de l'autre, quel qu'il soit ? Personne n'est assez sot pour le croire.
Mon manque de politesse révèle sûrement une extrême vanité ou prétention : celle d'être aimée tout entière. Je veux que l'on m'aime (ou me haïsse) absolument. Et j'en ai autant pour les autres, pour tous les autres : je les aime ou les hais comme je veux l'être. Ma seule limite est le mensonge sous toutes ses formes. La pire d'entre elles étant le mensonge par omission, car au mensonge on ajoute la lâcheté.
Travailler avec moi n'est pas facile, pas plus qu'il ne m'est facile de travailler avec les autres, de leur faire une place. Nous sommes donc à égalité, dans une époque qui ne revendique, très hypocritement, que cela... (Mais cela n'existe pas et fort heureusement ! La nature n'a rien de démocratique : il ne manquerait plus que cela !)
Le monde tel qu'il va me dégoûte. Notre civilisation est morte. Mon rôle n'est point de politiser, mais je n'en pense pas moins. Quoi qu'il arrive, cependant, rien ne m'ôtera ma pure joie de vivre, cette joie qui est apparentée aux mystères de l'univers et en est l'écho – à ne pas confondre avec le vil plaisir des insatiables pourceaux qui font la culture et la politique de cette triste époque, ne jurant que par la satisfaction immédiate, et dont le metteur en scène de ma sirène n'est que le pitoyable représentant !
Mon manque de politesse révèle sûrement une extrême vanité ou prétention : celle d'être aimée tout entière. Je veux que l'on m'aime (ou me haïsse) absolument. Et j'en ai autant pour les autres, pour tous les autres : je les aime ou les hais comme je veux l'être. Ma seule limite est le mensonge sous toutes ses formes. La pire d'entre elles étant le mensonge par omission, car au mensonge on ajoute la lâcheté.
Travailler avec moi n'est pas facile, pas plus qu'il ne m'est facile de travailler avec les autres, de leur faire une place. Nous sommes donc à égalité, dans une époque qui ne revendique, très hypocritement, que cela... (Mais cela n'existe pas et fort heureusement ! La nature n'a rien de démocratique : il ne manquerait plus que cela !)
Le monde tel qu'il va me dégoûte. Notre civilisation est morte. Mon rôle n'est point de politiser, mais je n'en pense pas moins. Quoi qu'il arrive, cependant, rien ne m'ôtera ma pure joie de vivre, cette joie qui est apparentée aux mystères de l'univers et en est l'écho – à ne pas confondre avec le vil plaisir des insatiables pourceaux qui font la culture et la politique de cette triste époque, ne jurant que par la satisfaction immédiate, et dont le metteur en scène de ma sirène n'est que le pitoyable représentant !
Libellés :humeur,joie,miscellanées
lundi 9 juillet 2012
{Cliquez pour agrandir les images}
J'aime beaucoup cette image et la légende...
Journal extrait de mes archives personnelles.
Libellés :Copenhague,Danemark,exil,Louis-Ferdinand Céline,miscellanées
mardi 8 mai 2012
L'Almanach barrien qui, jadis, était abrité par Facebook est désormais disponible à cette adresse. Le compte Facebook est définitivement supprimé. (Facebook est, selon moi, un espace particulièrement répugnant où se côtoient voyeurs et exhibitionnistes de tout acabit.)

Libellés :miscellanées
mardi 13 mars 2012
Je reviens ici, en coup de vent, à cause du billet qui suivra celui-ci, tout à l'heure ; mais je m'installe durablement là-bas. Symboliquement.
Ici, Barrie guide ma main ; là-bas, ce sont d'autres bons génies.
L'hiver fut impoli. Un véritable goujat, crotté des pieds à la figure.
Il y eut beaucoup de travail et peu de santé.
Tonalité mineure.
Pleine nuit sans gué.
Éclats de joie mordorés, ici et là, pourtant, souvent.
J'aime mon travail, car personne ne me l'a imposé, et parce qu'il n'est soumis à aucune contrainte, pas même celle de devoir m'y plier pour gagner le pain quotidien. Je ne travaille pas ; j'aime et je sillonne. Je vis l'extrême luxe de ne faire que ce que je choisis. Je ressens l'exigence de bien choisir. Je ressens l'anxiété qui accompagne à la fois ce refus et cette probabilité de l'erreur. Mon travail me comble lorsqu'il est achevé, mais se révèle peu valorisant la plupart du temps puisqu'il me confronte à mes limites presque à chaque instant – en tout cas, lorsque je sors de l'ivresse qu'il me faut éprouver pour le faire. Je dois m'aveugler pour écrire, traduire, imaginer... On ne peut pas tricher, lorsque l'on est en permanence face à soi-même, sans autre intermédiaire qu'une vilaine conscience de ses défauts et de ses lacunes, lorsque l'on a pour maîtresse une exigence impossible à satisfaire, même si l'on valait cent fois mieux que ce que l'on vaut effectivement. Ce sillon que je trace et retrace est une figure simple, une ligne ; une artère qu'il ne faut pas couper ; ce travail ne laisse encore rien voir, mais il est pourtant comme ces visages que l'on finit par trouver beau à force d'ingratitude. On apprend, un jour, à les regarder autrement.
C'est le travail du coureur de fond, celui auquel on se donne aveuglément, en sachant que l'on n'en savourera les fruits que bien plus tard, si fruits il y a. De tout son coeur, cependant, il faut aimer ce labeur dont la seule récompense immédiate est la joie pure et chaleureuse du travail bien fait (selon ses possibilités de l'instant), la satisfaction de savoir que, simplement, l'on fit de son mieux et , surtout, que l'on fit oeuvre utile pour un but que l'on est le seul à connaître.
Ici, Barrie guide ma main ; là-bas, ce sont d'autres bons génies.
L'hiver fut impoli. Un véritable goujat, crotté des pieds à la figure.
Il y eut beaucoup de travail et peu de santé.
Tonalité mineure.
Pleine nuit sans gué.
Éclats de joie mordorés, ici et là, pourtant, souvent.
J'aime mon travail, car personne ne me l'a imposé, et parce qu'il n'est soumis à aucune contrainte, pas même celle de devoir m'y plier pour gagner le pain quotidien. Je ne travaille pas ; j'aime et je sillonne. Je vis l'extrême luxe de ne faire que ce que je choisis. Je ressens l'exigence de bien choisir. Je ressens l'anxiété qui accompagne à la fois ce refus et cette probabilité de l'erreur. Mon travail me comble lorsqu'il est achevé, mais se révèle peu valorisant la plupart du temps puisqu'il me confronte à mes limites presque à chaque instant – en tout cas, lorsque je sors de l'ivresse qu'il me faut éprouver pour le faire. Je dois m'aveugler pour écrire, traduire, imaginer... On ne peut pas tricher, lorsque l'on est en permanence face à soi-même, sans autre intermédiaire qu'une vilaine conscience de ses défauts et de ses lacunes, lorsque l'on a pour maîtresse une exigence impossible à satisfaire, même si l'on valait cent fois mieux que ce que l'on vaut effectivement. Ce sillon que je trace et retrace est une figure simple, une ligne ; une artère qu'il ne faut pas couper ; ce travail ne laisse encore rien voir, mais il est pourtant comme ces visages que l'on finit par trouver beau à force d'ingratitude. On apprend, un jour, à les regarder autrement.
C'est le travail du coureur de fond, celui auquel on se donne aveuglément, en sachant que l'on n'en savourera les fruits que bien plus tard, si fruits il y a. De tout son coeur, cependant, il faut aimer ce labeur dont la seule récompense immédiate est la joie pure et chaleureuse du travail bien fait (selon ses possibilités de l'instant), la satisfaction de savoir que, simplement, l'on fit de son mieux et , surtout, que l'on fit oeuvre utile pour un but que l'on est le seul à connaître.
Ma patience fut néanmoins mise à rude épreuve pendant tout un long hiver.
Cela dit, je devrais publier un ou deux livres barriens cette année. Et je m'engage dans un autre amour, celui du théâtre.
Tout cela ressemble à l'attente amoureuse, à la délicieuse promesse d'un retour et d'une délivrance.
Tout cela ressemble à l'attente amoureuse, à la délicieuse promesse d'un retour et d'une délivrance.
L'hiver fut trop long, n'est-ce pas ?
J'aime l'hiver qui précède Noël. J'aime la saison des prémices, voilà tout.
Je hais l'hiver qui s'éternise, cet hiver bégayant de silence qui me fait le même effet que la neige sale qui colle des jours durant aux semelles. Je n'aime que les aubes, même l'aube du dernier jour, mais pas les dernières heures de ce dernier jour. Il en va de même pour tout dans mon existence.
J'aime l'hiver qui précède Noël. J'aime la saison des prémices, voilà tout.
Je hais l'hiver qui s'éternise, cet hiver bégayant de silence qui me fait le même effet que la neige sale qui colle des jours durant aux semelles. Je n'aime que les aubes, même l'aube du dernier jour, mais pas les dernières heures de ce dernier jour. Il en va de même pour tout dans mon existence.
Je sors d'un hiver valétudinaire. D'un épuisement réel. Physique, pas moral. Je n'ai que mépris pour ceux qui s'adonnent aux funestes plaisirs de la déprime. Il y a très peu de raisons nobles d'être affecté dans une vie : la mort et la maladie. Le reste contient assez d'espoirs de guérison pour rendre injuste toute tentation de céder au découragement et à l'angoisse.
Je suis donc revenue de certaines impressions favorables ; il m'a fallu du temps pour accepter la réalité ; je m'étais enlisée dans certaines déceptions humaines – pas surprenantes ni évitables ; des déceptions bénéfiques, somme toute. Il faut s'alléger. Rien de vraiment regrettable, dans le fond. Sauf le manque de classe, qui est le péché capital. Il faut résister au manque de classe provoqué par ceux qui n'en ont jamais eu, qui font manteau épais de leurs litanies. Cela vire au mantra. C'est lassant. Je n'aime pas la répétition.
Ceux qui vous aiment vraiment et ceux que l'on aime vraiment ne sont guère plus nombreux que les quatre points de la boussole. Les autres ne résistent pas à toutes les épreuves que, consciemment ou inconsciemment, ils nous infligent. Le tri se fait de lui-même. Il suffit d'attendre sagement le moment où l'on pourrait avoir besoin de l'autre pour se retrouver seul.
Ceux qui vous aiment vraiment et ceux que l'on aime vraiment ne sont guère plus nombreux que les quatre points de la boussole. Les autres ne résistent pas à toutes les épreuves que, consciemment ou inconsciemment, ils nous infligent. Le tri se fait de lui-même. Il suffit d'attendre sagement le moment où l'on pourrait avoir besoin de l'autre pour se retrouver seul.
Je ne prétends pas valoir mieux que d'autres ; mais, moi, je ne (me) mens pas. C'est probablement mon tort. J'ai la faiblesse de penser que c'est ma grande force. Je n'attends rien des autres, je ne compte pas sur eux, donc je peux mettre en danger n'importe quelle relation. J'aime la gratuité.
Ma patience fut mise à rude épreuve dans divers domaines.
Et puis le printemps a fini par poindre ; et, enfin, je redeviens moi-même : une exaltée, brandissant mon bonheur comme un défi jeté à la face des dieux.
Il faut tout de même prendre garde à cette catégorie de personnes que je nomme les "Éteigneurs d'âme".
Folie et sincérité sont les deux qualités qui gouvernent tout le reste dans l'âme humaine, la race d'âme à laquelle je suis sensible. Tout ce qui n'est pas dominé par la folie et la sincérité n'est que mauvaise foi. Et la mauvaise foi engendre l'insatisfaction chronique de celui qui la cultive. Je ne supporte plus cela chez les autres, à présent que l'hiver est passé. Je ne supporte plus ceux qui ne sont pas amoureux de leur existence, ceux qui, gâtés et pourris jusqu'à la moelle, se plaignent sans cesse. Des autres, d'eux-mêmes. De tout.
S'ils sont des ratés, c'est bien leur choix et leur entière faute. Mais ils ne vont même pas au bout de l'échec. Ils se parent de mauvaise foi comme de vertu.
Je n'aime pas les demi-mesures.
Tout ou rien.
Et je fais l'économie de ce qui gît entre.
****
Illustration sonore des lignes qui précèdent... Un très beau duo de Nana Mouskouri et d'Alain Delon que j'aime passionnément – autant l'homme que l'acteur. La chanson est extraite du dernier album, très réussi, de Nana. Cette femme appartient à une époque où la variété pouvait encore avoir la grâce et la beauté de son innocence, d'une certaine innocence...
C'est bel et bien fini. Nana n'est plus que l'écho merveilleux de quelque chose qui est déjà mort. Hélas !
S'ils sont des ratés, c'est bien leur choix et leur entière faute. Mais ils ne vont même pas au bout de l'échec. Ils se parent de mauvaise foi comme de vertu.
Je n'aime pas les demi-mesures.
Tout ou rien.
Et je fais l'économie de ce qui gît entre.
****
Illustration sonore des lignes qui précèdent... Un très beau duo de Nana Mouskouri et d'Alain Delon que j'aime passionnément – autant l'homme que l'acteur. La chanson est extraite du dernier album, très réussi, de Nana. Cette femme appartient à une époque où la variété pouvait encore avoir la grâce et la beauté de son innocence, d'une certaine innocence...
C'est bel et bien fini. Nana n'est plus que l'écho merveilleux de quelque chose qui est déjà mort. Hélas !
Impossible de ne pas penser à l'indépassable version originale, celle de Léo Ferré – qui cabotine un peu, mais demeure génial.
Aucun risque que notre époque toujours davantage médiocre, à la dangereuse bêtise et à la mauvaise foi éhontée fasse encore éclore de tels artistes... Notre civilisation est morte. (Eh, oui, je n'ai pas peur du mot "civilisation", ni même du mot "race" d'ailleurs... Ceux qui ont peur des mots méritent qu'on les fasse taire.)
Libellés :états d'âme,miscellanées
jeudi 15 septembre 2011
Une dizaine de billets sont en attente, destinés à la page Lewis Carroll, mais je manque encore et toujours de temps pour les mettre en ligne... Bientôt. Que ceux qui ont encore foi en moi ne désespèrent pas tout à fait... En attendant, j'ai déposé deux petits "diaporamas" là-bas, avec pour premier destinataire celle qui fut l'Amie, celle qui avait toujours les clefs de mon imaginaire, lorsque, décidément, celui-ci ne voulait plus s'ouvrir sous la pression de mes exigences.
Je demande pardon à ceux qui m'ont écrit depuis plusieurs semaines (je n'ose plus compter les jours et je me berce alors, bien lâchement, dans l'illusion d'une éternité possible) de ne pas avoir encore eu le temps de leur répondre. Je le ferai. Parfois cela me prend des mois, mais j'essaie de ne jamais laisser un courriel orphelin.
Libellés :Lewis Carroll,miscellanées
jeudi 26 mai 2011
Quel est l'ordre des préséances entre la crème et la confiture ?
Je n'ai pas la réponse à cette question, mais je suis certaine, en revanche, que les meilleurs scones du monde se dégustent à l'Orangery. Et, comme le dit mon ami Robert : The customer is always right.
Libellés :Angleterre,miscellanées,scone
jeudi 14 octobre 2010
Très lentement, je mets à jour mes divers sites internet, entre deux pages d'un roman ou d'une traduction, le tout entrecoupé de divers projets théâtraux... et de quelques surprises littéraires que je prépare secrètement dans mon antre.
Aujourd'hui, je vous renvoie simplement, si le coeur vous en dit, à certaine page pour y découvrir deux petites raretés musicales que je viens de déposer sur mon site Cary Grant – qui n'est pas encore véritablement né, faute de temps. Mais Cary Grant est presque aussi important pour moi que Barrie et j'ai l'intention de le prouver... Depuis des années, je collecte des documents et des pièces rares, qui sont autant de preuves de mon amour et de ma dévotion à l'un des plus grands acteurs de tous les temps. Je suis un être constant, aux passions multiples, mais d'une fidélité à toute épreuve à ces dernières. Je tiens fermement les rênes et, jamais, je ne renonce avant d'avoir réalisé mes rêves, et ce, quoi qu'il advienne. Probablement que, de l'extérieur, certains m'imaginent comme un papillon ivre, voletant, affolé, d'un point à un autre, mais il n'y a rien de plus faux. Chacune de mes pensées et de mes passions, chacun de mes actes, est la perle d'un même collier. Il y a une cohérence en moi que bien peu perçoivent – en particulier, ceux qui attendent de moi que je fasse des choix. J'éprouve le besoin de préciser cet état afin, une fois pour toutes, que mes lecteurs (ceux qui ont la bonté de m'écrire et pour qui, d'une manière générale, j'éprouve de l'amitié) me pardonnent de n'avoir pas toujours le temps de leur répondre comme ils le mériteraient certainement. Parfois, je préfère laisser un courrier orphelin plutôt que de n'accorder que des miettes. Peut-être ai-je tort. Probablement ai-je blessé des êtres (qui attendaient trop de moi, et à qui, cependant, je n'avais rien promis), mais Holly n'est pas tout à fait Céline, et si la première oeuvre avec l'accord et toute la sincérité possible de la seconde, il me semble que le meilleur de moi est ici, dans mes divers sites, dans les livres que j'essaie de publier... et qu'il n'est guère utile de vouloir mieux me connaître. Louis-Ferdinand Céline, mon autre versant – de même que Barrie avait une écriture dextre et sénestre, il me semble que ma persona a deux hémisphères – disait ceci, dans une lettre à l'une de ses amies :
"Si on se laissait aller à aimer les gens qui sont gentils la vie deviendrait atroce. Je ne sais pourquoi mais ce serait ainsi. Il faut se raidir pour vivre."
Et ceci, dans Mort à crédit :
"L'essentiel c'est pas de savoir si on a tort ou raison. Ce qu'il faut c'est décourager le monde qu'il s'occupe de vous.. Le reste c'est du vice."
J'ai toujours, plus ou moins consciemment, adopté ces préceptes dans ma vie, depuis l'enfance, probablement pour me défendre de la tendance inverse. Mais force est de constater que, de temps en temps, j'oublie ces règles d'hygiène existentielle.
Je me souviens d'une ancienne relation amicale, qui a beaucoup compté pour moi à l'époque, qui m'a même aidée à progresser, mais qui voulait, à tout prix, me soumettre au joug de la raison et de l'équilibre, me restreindre dans mon appétit, rogner sur mes possibles... et qui s'étonnait que l'on puisse se consacrer à Barrie et à Louis-Ferdinand Céline, priser Cary Grant et Hegel, aimer à la folie Bach et Michael Jackson... Il en est trop de ces tristes sires qui, jamais, ne comprendront que la vie n'est belle qu'entrelacée de mille fils - de fer, de coton, d'or ou prélevé sur une toile d'araignée – mais qui tous concourent à dessiner le même motif dans une existence.
Libellés :Cary Grant,je ne suis pas aimable,miscellanées
jeudi 7 octobre 2010
– "Jamais plus, jamais plus !"
– Et pourtant, contradiction : ce "jamais plus" n'est pas éternel puisque vous mourrez vous-même un jour.
"Jamais plus" est un mot d'immortel.
Roland Barthes
Journal de deuil
Libellés :citations,deuil,miscellanées,Roland Barthes
vendredi 21 mai 2010
Mon JIACO, "Les roses de décembre", fait actuellement peau neuve...
Après bientôt cinq ans d'existence, il est temps de tourner quelques pages.
J'ai décidé de lui donner un aspect qui s'apparente davantage à celui d'un site (je n'ai jamais eu le sentiment de tenir un "blog" ; il s'est toujours agi dans mon esprit d'un herbier, d'un laboratoire, d'un carnet...). Cette métamorphose est en harmonie avec ma propre mue et avec d'autres désirs qui se sont faits jour lors des derniers mois.
Après bientôt cinq ans d'existence, il est temps de tourner quelques pages.
J'ai décidé de lui donner un aspect qui s'apparente davantage à celui d'un site (je n'ai jamais eu le sentiment de tenir un "blog" ; il s'est toujours agi dans mon esprit d'un herbier, d'un laboratoire, d'un carnet...). Cette métamorphose est en harmonie avec ma propre mue et avec d'autres désirs qui se sont faits jour lors des derniers mois.
Il revêtira ses habits définitifs dans quelques jours. Un peu de patience...
Je prépare également, sur mon site, une page spéciale dévolue aux festivités qui ont eu lieu en l'honneur des 150 ans de Barrie, dans son pays natal, Kirriemuir. Je reviens de cette contrée magique, le coeur enrubanné de souvenirs merveilleux.
Je prépare également, sur mon site, une page spéciale dévolue aux festivités qui ont eu lieu en l'honneur des 150 ans de Barrie, dans son pays natal, Kirriemuir. Je reviens de cette contrée magique, le coeur enrubanné de souvenirs merveilleux.
Ne manquez pas de lire "Le Figaro littéraire" du 3 juin : "ma" chère Margaret Ogilvy y sera présentée ! Et, ce jour, dans "Livres Hebdo", une avant-critique de ce livre si particulier de J. M. Barrie est publiée (je n'ai pas eu l'occasion de la lire).
Margaret Ogilvy, livre dont je suis très fière, sera en librairie le 2 juin.
Arte diffusera la pièce que j'ai eu l'honneur de traduire en novembre prochain.
Vous découvrirez également un documentaire auquel toute la troupe et moi-même (si je ne suis pas coupée au montage !) avons participé.
Et, en septembre, si tout va bien, je devrais publier un autre livre de Barrie...
À très bientôt, sur cette page et ailleurs !
Margaret Ogilvy, livre dont je suis très fière, sera en librairie le 2 juin.
Arte diffusera la pièce que j'ai eu l'honneur de traduire en novembre prochain.
Vous découvrirez également un documentaire auquel toute la troupe et moi-même (si je ne suis pas coupée au montage !) avons participé.
Et, en septembre, si tout va bien, je devrais publier un autre livre de Barrie...
À très bientôt, sur cette page et ailleurs !
Libellés :James Matthew Barrie,miscellanées
mardi 27 avril 2010
[The Umbrella - Heinrich Kühn]
La sensation ressemble à l’effet produit par ces images de personnes disparues, longtemps évanouies, avec lesquelles l’esprit et les sens ne peuvent plus susciter la rencontre, mais auxquelles le cœur et les sens, ou bien notre sale petite histoire, ne peuvent renoncer. De loin, en fermant les yeux, elles s’avancent vers nous, les traits dilués par la distance ; toujours trop floues, ces silhouettes provoquent une illusion : nous pouvons nous approcher assez près pour les voir et nous essayons de nous en saisir en fermant très fort les yeux, comme pour les contraindre à l’immobilité et les faire prisonnières de nos paupières, au prix d’un trop grand effort, insistant pour découvrir l’image derrière le voile brumeux qui les tient hors de notre claire vision et de notre portée. Mais il faut tricher et regarder l’image de biais pour avoir la chance, une fois sur cent, de la voir entière, une fraction de seconde, et parfois de l’épingler pour un jour ou deux. Mais, toujours, elle finit par se détacher pour nous laisser seuls. Et, lorsque nous retrouvons l’image perdue de l’être dont nous sommes séparés, nous entrevoyons à travers elle une assez réelle image de ce que sont l’oubli et la mort – celle des êtres et des choses...
Les métaphores sont le seul moyen que nous possédons pour extérioriser et, peut-être, dans une certaine mesure, pour communiquer et partager avec autrui notre intimité, le for intérieur, le sens privé que l'on donne aux êtres et aux choses. Nommer et imaginer, c’est avoir le pouvoir de faire exister.
À la différence des vérités du sens commun ou de la science qui s'expriment dans une langue morte, plus ou moins objective et dépourvue de métaphores ambiguës, car le propre d'une belle métaphore est de n'avoir le même sens intérieur que pour ceux qui parlent la même langue (vivante celle-ci), et d'autres sens possibles pour ceux qui ne maîtrisent pas vraiment cet idiome. Comprendre la langue du for intérieur, sa logique, sa nécessité, suppose entre ceux qui partagent un dialecte commun une forme de communion d'émotions, une intuition du sens intime des mots. Un intérieur et un extérieur de la langue. Le partage d'une même émotion vécue en creux réconcilie l'intérieur et l'extérieur. Dans l'esprit de tout artiste, et donc de tout littéraire, se produit une sorte de big bang, souvent à l'insu du créateur. L'intérieur et l'extérieur, le dedans et le dehors sont collés, indifférenciés, il faut une séparation qui ne peut naître que de l'opposition de l'altérité. Le langage de la métaphore, comme celui du rêve, nous dit ce que nous sommes en-deçà ou au-delà de ce que le concept met en forme.
C'est à la fois trop simple et trop complexe pour être dit : tous les hommes ont besoin d'un monde hors ou derrière le monde censé être non ambigu. Tous les hommes ont besoin d'un autre réel, d'un double, d'un inexprimable censé dire ou contenir ce que l'exprimé échoue à dire. Cet inexprimable, cet au-delà du ressenti et du pensé, cet endroit ou ce je-ne-sais-quoi flou, vaporeux, insaisissable n'existe que par la présence de ce qui existe déjà mais ne suffit pas, par opposition à lui, dans ses plis et ses interstices. Nous ne tirons le sens de notre existence que là où nous ne sommes pas, où ne nous pouvons pas être. C'est toute l'étrangeté de l'homme qui semble ne pouvoir se contenter d'être simplement.
L'impuissance de la forme discursive n'est ressentie que par une certaine catégorie d'êtres humains, ceux qui ne peuvent se satisfaire d'un ordre qui ne prend pas en compte leur réalité singulière ni celle des choses abîmées. A contrario, «La fiction consiste donc non pas à faire voir l’invisible, mais à faire voir combien est invisible l’invisibilité du visible. » (1) La fiction est également, à sa manière, discursive, mais seulement de biais…
C'est ainsi que - D. H. Lawrence, avec certains accents nietzschéens, décrit (2) superbement ce phénomène - les hommes ne cessent de fabriquer une ombrelle qui les abrite du chaos extérieur. Ils vivent dessous. À l'abri de tout ce qui peut les blesser et les tuer. Sur ce dessous ou cette voûte de l'ombrelle, ils peignent un firmament et gravent opinions, conventions et sentiments, etc. Ils sécrètent des eidola. L'artiste, le poète, eux fendent l'ombrelle. Un coup de lame dans le tissu et un rai de lumière venant de l'extérieur pénètre sous l'ombrelle. Le poète déchire un fragment de firmament pour laisser entrer un peu de chaos. Puis, il crée (un fragment, une pièce pour réparer la fente ?) à partir de cette vision violente entrevue par la fente. Les imitateurs, eux, vont raccommoder la fente avec une copie de la vision de l'artiste. Cette vision faisant écho à celle de Deleuze qui s'en inspire : « L'art lutte contre le chaos, mais pour le rendre sensible, même à travers le personnage le plus charmant, le paysage le plus enchanté (Watteau) » (3)
L’art apprivoise davantage le chaos qu’il ne lutte contre lui. Sa ruse se nomme beau ou sublime, ou la laideur rendue extraordinairement fascinante à contempler (les peintures de Francis Bacon, par exemple, sublimes, dans leur dépassement de ce qui serait laid dans l’ailleurs de ses toiles). Il faut apprivoiser le chaos et le rendre aimable à nos sens. Il le rend acceptable d’abord par la sensibilité, qui serait un intermédiaire pour plaider en sa faveur auprès de l’entendement ou de la raison. «La qualité essentielle de la poésie est qu’elle produit un nouvel effort d’attention et “découvre” un nouveau monde dans le monde connu. (...) Le chaos auquel nous sommes habitués, nous l’appelons chaos. L’inexprimable chaos intérieur dont nous sommes composés nous l’appelons conscience, esprit et même civilisation. Mais c’est, en fin de compte, le chaos, éclairé par des visions. Exactement comme l’arc-en-ciel peut éclairer la tempête. Et, comme l’arc-en-ciel, la vision périra.» (4) Ces visions sont celles de la poésie, de l’art en général, car « L’homme doit s’envelopper dans une vision, faire une demeure qui ait une structure et une stabilité apparentes, une permanence » (5) : la notion d’enveloppement est terriblement juste.
Mais l’art ne peut venir apporter son pouvoir de cautérisation – et parfois de cautérisation du mal par le mal – qu’après le « décillement ». Tel Shakespeare et son Hamlet. L’art agit comme ces greffes de peau que l’on pratique sur les grands brûlés, après arrachement ou destruction de la peau originelle, qui est l’ignorance, volontaire ou non. Mais cette peau dans laquelle on s’enveloppe ou cette ombrelle sous laquelle on se promène vaut surtout pour les premiers hommes, ceux qui créent ces protections. Mais, lorsqu’elles se transmettent, elles perdent heureusement un peu de leur pouvoir lorsque l’artiste ou celui qui pense autrement les déchire. Elles en sont réduites à devenir un héritage inconscient, une première peau, qui méritait bien d’être arrachée, raccommodée, puis lacérée à nouveau. Mais les lacérations de la voûte et les pièces collées par les poètes forment, au fur et à mesure, une nouvelle ombrelle intacte ; à la longue, la peau se régénère entièrement, et tout est à recommencer. Mais, parfois, la peau est si dure que l’on ne peut plus atteindre son hypoderme. Et c’est ainsi que certains hommes en viennent à éprouver ce que Lawrence appelle « la nostalgie du chaos ». Dans ces périodes, l’humanité en est réduite à dessiner des tatouages sur cette peau morte, qui est sa prison.
Le poète, dit Lawrence, ou le littéraire, dirions-nous, est le seul homme parmi les hommes qui montre en même temps l’ambivalent « désir du chaos et la peur du chaos ». Le chaos est la vie réelle, mais la vie réelle est sauvage. « Cruelle » dit l’homme du commun frappé par le malheur ordinaire.
Et l’on tend à réduire la vie (le chaos) à un ordre. Rationnel, par exemple. Ou artistique, quand l’art se soumet à des règles qui le brisent, quand il crée pour servir un but non artistique et non le jeu de l’art pur. L’art ni le chaos ne s’apprivoisent. Sinon ils ne sont qu’évitements. « (...) la poésie d’un cosmos ordonné n’est rien d’autre qu’une cage à oiseaux en fil de fer. » (6) L’art véritable fait vivre le chaos en lui sans le soumettre à ce qu’il n’est pas, à un ordre que seule la raison reconnaît comme tel. Bien sûr, le poète échoue souvent, mais son échec participe du chaos : cette réalité qui n’est pas faite pour lui et, en cet effort vain, il est encore poète.
Il vaut encore davantage, dans son échec même, que l’homme qui prend conscience de lui-même, nous dit encore Lawrence, dans ce texte sublime et pénétrant. Cet homme, qui, prenant peur, s’invente un Dieu à son image, pour le protéger. De même que certains hommes (je songe à Henry Darger) portent en eux un dieu auquel ils s’offrent au moyen de rituels, parce que ce dieu est le gardien de leur ordre universel et singulier, double légèrement déformé de l'ordre de l'homme « sain » ou du philosophe, peut-être.
Il semble que la conscience de soi, ou la connaissance qui advient à l’homme, telle que la décrit Milton dans son Paradis perdu, engendre l’évitement-ombrelle ou, inexplicablement, presque par une grâce refusée à l'homme depuis la Chute, une œuvre d'art. Un poème, une image, un cri qui fendent le ciel de pacotille de notre univers…
(1) Foucault (Michel), La pensée du dehors, Paris, Fata Morgana, 2003, p. 24.
(2) Lawrence (D.H.), « Introduction to Harry Crosby's Chariot of the Sun ».
(3) Deleuze (Gilles), Qu'est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, p. 192.
(4) Lawrence (D. H.), op. cit.
(5) Ibidem.
(6) Ibidem.
[Come - Malgorzata Maj ]
Libellés :miscellanées,philosophie
mardi 10 novembre 2009
Je vous demande pardon de me faire rare ici, de ne point me glisser autant que jadis entre les pétales de mes Roses de décembre. Je termine les corrections de ma traduction du roman de Barrie qui sera publié en mai prochain chez Actes Sud, j'écris une histoire, je travaille à ma biographie de Barrie et à divers petits projets littéraires. Il y aura peut-être également des surprises...
Depuis peu, vous pouvez retrouver un modeste almanach barrien ici. [Étant de mon époque, même si je le déplore assez souvent, j'use de tous les instruments mis à disposition pour faire connaître ce cher JMB.] Bientôt, j'espère avoir le temps de mettre à jour mes divers sites et de répondre à ceux qui m'écrivent. Et puissé-je avoir le temps de vous parler, en particulier, du Ruban blanc de Michael Haneke (M. Golightly a exigé un billet consacré à ce film !), des Herbes folles de Resnais et de mes passions de cinéphile en général... Je n'évoque pas le dernier roman en date de John Irving
qui m'a enchantée, ni celui de Paul Auster
qui m'attend sagement, posé près de moi, exhalant le délicieux parfum des promesses.
***
***
Il est temps de vous révéler un tout petit secret...
"Never trust a woman who wears mauve, whatever her age may be, or a woman over thirty-five who is fond of pink ribbons. It always means they have a history."
Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 1891Hormis la première partie de la citation, le reste ne s'applique certainement guère à moi, notamment parce que j'ai toujours trouvé fâcheux et vulgaire d'avoir plus de (vingt-)cinq ans.
D'aucuns semblent ne s'être jamais posé la question de savoir pourquoi mes Roses de décembre et mon site Barrie sont mauves et pourquoi j'affectionne tant le violet et ses teintes dérivées, des plus sombres au plus claires ; il ne s'agit pas d'une lubie étrange, d'un goût que l'on pourrait croire typiquement féminin (pris en mauvaise part) ou d'une propension à aimer les couleurs du (demi-)deuil et de la mélancolie - puisque le noir est ma couleur favorite, avant même le mauve.
Le mauve exprime pour moi, avant tout, avant d'être un penchant, avant d'exprimer les frivolités de mon coeur joyeux, cruel et désinvolte, une appartenance aux époques victorienne et édouardienne, un signe un peu secret, compréhensible des seuls initiés.En effet, le mauve est la couleur typiquement victorienne, comme vous l'apprendra ce livre-ci.
Voir également cette page-ci.
Le nom de cette couleur provient de la fleur que nous, Français, appelons mauve.
Le mauve fut d'abord la couleur de la déception : en 1856, un très jeune chimiste âgé de dix-huit ans, William Henry Perkins, qui recherchait un moyen de synthétiser la quinine, trouva cette couleur à la place. Il aima cette teinte et eut l'idée de faire tremper de la soie dans le mélange obtenu, puis il envoya l'étoffe à un teinturier écossais. Très rapidement, on devint fou de cette couleur. Punch se moqua dans ses pages de la "mauvemania", de cette maladie infectieuse qui n'épargna personne, mais la moquerie ne put détourner les passionnés de cette mode qui était née et qui demeurerait.
La Reine Victoria donna le ton en arborant cette couleur pour le mariage de sa fille au Prince Frederick William en janvier 1858. C'est alors que tout le monde se mit à porter du mauve et la face de la science (à cause du développement de la chimie industrielle) s'en trouva changée. Ce fut l'ère de la couleur synthétique.
Peu à peu la signification du mauve varia : d'abord couleur de la frivolité, le mauve s'associa ensuite de manière durable au deuil. De nos jours, ce n'est presque plus le cas et le mauve est de nouveau une couleur associée à des passions et à des émotions heureuses.
Barrie n'est pas étranger, dans mon esprit, à cette couleur, puisque les fées mauves, nous apprend Wendy, sont des garçons, tandis que les blanches sont des filles et que les bleues sont des indécises qui ne savent pas ce qu'elles sont.
Dans mon coeur, Barrie demeurera à jamais cette créature féerique de couleur mauve. Un jour, peut-être, vous révélerai-je un autre secret à ce sujet... Ou pas.
Libellés :mauve,miscellanées
jeudi 17 septembre 2009
Hier, c'était l'anniversaire de Marie, morte au mois de mars de l'année 2008. Je sais qu'elle était présente - aux pays des âmes ou simplement dans mon cœur et, peut-être, est-ce la même chose - à la Sorbonne, dans la salle Duroselle, pour assister à la soutenance de ma thèse de doctorat de philosophie.
J'ai recréé, de manière à peine plus discrète que chez moi,
sur ma table de torture, dans cette salle, un autel entourant mon discours. de soutenance. J'aimais fort cette image. Elle me faisait songer à Henry James et à François Truffaut. Il fallait qu'aux côtés des présents les fantômes et les absents, mes aimés, soient présents. Ils l'ont été au-delà de mes espérances.
En quatre ans, beaucoup de choses ont changé. J'ai construit avec les intéressé(e)s de nouvelles amitiés, solides - même si d'autres ont fini par avouer n'être que des illusions -, grâce aux Roses et au travail que j'ai accompli pour l'amour de James Matthew Barrie.
Hier, le passé et le présent se sont tenu la main. Mes amis d'enfance, d'adolescence, et ceux de l'âge que l'on dit adulte étaient presque tous présents. Il y avait même le messager d'une nouvelle amitié. Et ceux qui n'étaient pas là physiquement l'étaient tout de même, parfois par la simple présence d'une photo ou d'un objet. Mes amis de toujours et ceux qui le sont devenus étaient là. Mon premier professeur de philosophie de faculté, qui était membre de mon jury, fut donc présent au début et à la fin de mon parcours, comme il l'a dit. Mon mari était au premier rang de l'assemblée, lui, qui, il y a 17 ans, m'a fait découvrir la philosophie et lire Louis-Ferdinand Céline, est celui à qui je dédie cette réussite. C'est autant la sienne que la mienne, même si j'ai bataillé dur. J'ai écrit plus de deux mille pages en 9 ans et j'en ai présenté 700, hier.
Cette épreuve fut pénible (il paraît que c'est un rite de passage ; en tout cas, c'est tout aussi violent) et, plus que cette réussite avec les honneurs, je retiendrai la force de la présence, celle de la grande majorité de mes amis, qui m'ont littéralement protégée et portée vers la fin de ce chemin. Sans eux, je n'aurais pas pu y arriver.
Et il faut louer, en premier lieu, mon ami James, professeur américain, qui m'a aidée plus que n'importe quelle autre personne à finir ce travail. Jusqu'aux dernières heures qui ont précédé ce 16 septembre 2009, il a travaillé pour me rendre forte. Croyez-le bien, travailler avec moi n'est pas un plaisir... Sans les Roses de décembre, je ne l'aurais jamais rencontré, il y a 901 jours. La chance n'existe pas, on la suscite.
Mon discours était constitué, au départ, d'une soixantaine de pages qui ne furent plus que huit le 16 septembre.
J'ai coupé un passage, en particulier, concernant Henry Darger, et j'ai eu envie de le déposer ici, accompagné de la magnifique chanson de Natalie Merchant. Elle est extraite d'un album qui m'a ravie.
Henry, je l'ai rencontré, grâce à une amie merveilleuse, une artiste, qui fait des collages sublimes, qui m'ont beaucoup inspirée pour écrire la fin de ma thèse. Je la remercie. Elle se reconnaîtra... Je souligne l'existence de ce DVD (zone 1) :

Fragment coupé :
Je ne suis pas certaine que le nom de Henry Darger soit familier à beaucoup. Cet américain né en 1892 et mort en 1973 était un auteur dont la particularité, outre un immense livre de plus de 15 000 pages avec beaucoup d'illustrations, découvert après sa mort par son logeur, fut de vivre tout à fait reclus. Cet enfermement choque et interroge autant, sinon davantage, que son œuvre, par ailleurs, impossible à se représenter.
(la vie est belle)
J'ai recréé, de manière à peine plus discrète que chez moi,
sur ma table de torture, dans cette salle, un autel entourant mon discours. de soutenance. J'aimais fort cette image. Elle me faisait songer à Henry James et à François Truffaut. Il fallait qu'aux côtés des présents les fantômes et les absents, mes aimés, soient présents. Ils l'ont été au-delà de mes espérances.
En quatre ans, beaucoup de choses ont changé. J'ai construit avec les intéressé(e)s de nouvelles amitiés, solides - même si d'autres ont fini par avouer n'être que des illusions -, grâce aux Roses et au travail que j'ai accompli pour l'amour de James Matthew Barrie.
Hier, le passé et le présent se sont tenu la main. Mes amis d'enfance, d'adolescence, et ceux de l'âge que l'on dit adulte étaient presque tous présents. Il y avait même le messager d'une nouvelle amitié. Et ceux qui n'étaient pas là physiquement l'étaient tout de même, parfois par la simple présence d'une photo ou d'un objet. Mes amis de toujours et ceux qui le sont devenus étaient là. Mon premier professeur de philosophie de faculté, qui était membre de mon jury, fut donc présent au début et à la fin de mon parcours, comme il l'a dit. Mon mari était au premier rang de l'assemblée, lui, qui, il y a 17 ans, m'a fait découvrir la philosophie et lire Louis-Ferdinand Céline, est celui à qui je dédie cette réussite. C'est autant la sienne que la mienne, même si j'ai bataillé dur. J'ai écrit plus de deux mille pages en 9 ans et j'en ai présenté 700, hier.
Cette épreuve fut pénible (il paraît que c'est un rite de passage ; en tout cas, c'est tout aussi violent) et, plus que cette réussite avec les honneurs, je retiendrai la force de la présence, celle de la grande majorité de mes amis, qui m'ont littéralement protégée et portée vers la fin de ce chemin. Sans eux, je n'aurais pas pu y arriver.
Et il faut louer, en premier lieu, mon ami James, professeur américain, qui m'a aidée plus que n'importe quelle autre personne à finir ce travail. Jusqu'aux dernières heures qui ont précédé ce 16 septembre 2009, il a travaillé pour me rendre forte. Croyez-le bien, travailler avec moi n'est pas un plaisir... Sans les Roses de décembre, je ne l'aurais jamais rencontré, il y a 901 jours. La chance n'existe pas, on la suscite.
Mon discours était constitué, au départ, d'une soixantaine de pages qui ne furent plus que huit le 16 septembre.
J'ai coupé un passage, en particulier, concernant Henry Darger, et j'ai eu envie de le déposer ici, accompagné de la magnifique chanson de Natalie Merchant. Elle est extraite d'un album qui m'a ravie.
Henry, je l'ai rencontré, grâce à une amie merveilleuse, une artiste, qui fait des collages sublimes, qui m'ont beaucoup inspirée pour écrire la fin de ma thèse. Je la remercie. Elle se reconnaîtra... Je souligne l'existence de ce DVD (zone 1) :
Fragment coupé :
Je ne suis pas certaine que le nom de Henry Darger soit familier à beaucoup. Cet américain né en 1892 et mort en 1973 était un auteur dont la particularité, outre un immense livre de plus de 15 000 pages avec beaucoup d'illustrations, découvert après sa mort par son logeur, fut de vivre tout à fait reclus. Cet enfermement choque et interroge autant, sinon davantage, que son œuvre, par ailleurs, impossible à se représenter.
Imaginez, pourtant, un instant un immense collage hétéroclite, un patchwork auquel un être humain consacrerait des dizaines d'années, qu'il alimenterait du soir au matin avec la moindre de ses pensées et la plus petite et banale de ses émotions. J'ai toujours été fascinée par les reclus volontaires, par ces gens qui prennent le gros rocher de Sisyphe pour boucher l'entrée de leur Caverne et qui macèrent à l'intérieur de cette grotte de Cyclope. Jusqu'à leur propre pourriture. Ce ne sont ni des ascètes ni des ermites à proprement parler, puisque chez ces derniers la solitude procède probablement davantage d'une décision en vue d'atteindre un certain idéal. Ce ne sont que des hommes qui vivent en projetant de manière assez brutale leur intériorité dans le monde extérieur. Tout ça, avec une inconscience terrible et un immense danger, d'abord pour eux-mêmes, puis pour nous. Ils se retrouvent alors face à face avec leur fond, avec cette intimité invisible - qui devrait demeurer telle, car la regarder en face revient à périr de la vision. Pour vivre, il faut douter, ne serait-ce qu'un peu, de ce que l'on est au fond. Il faut même douter de l'idée que l'on ait un fond. Il faut se construire, en s'érodant à des possibles. L'art réel, lui, marchande. La philosophie, elle, évite de savoir ses raisons viscérales et crée une vision du monde qui tend au plus grand englobement possible du réel. L'art est ce qui permet de pactiser avec cet inconnu qui nous habite et de le sublimer, c'est ce qui autorise une vision de ce soi fantomal qui fait ordinairement la pantomime à travers une œuvre élaborée ; c'est un spectre qui suinte entre les interstices du texte ou les jointures de l'objet d'art. Parfois l'œuvre d'art ne possède pas assez de raison et de conscience pour tenir à distance, sous le voile, cet intérieur qui veut se faire (bien) voir et cette impossible métaphorisation du soi caché prend possession de l'artiste et le broie dans sa folie. Il s'identifie à lui et devient lui. Le moi devient ce soi, sans retour possible, et perd le doute. Il n'est plus homme. Il est fou. Il est intérieur sans extérieur. Il n'a plus de peau. Il est prisonnier à l'intérieur.
Darger, lui, semble s'être reclus, comme cela, sans vraiment s'en apercevoir, absorbé par une œuvre qui a pris la place de son existence, de son être. Claustration volontaire et fermeture au monde qui ne répond pas à une décision claire. Darger lavait la vaisselle dans un hôpital, ne parlait à personne, ou très peu, et vécut seul la majeure partie de sa vie. Enfermé dans ses pensées, il semblait soumis au tropisme d'obsessions qui l'ont conduit à se consumer pour une œuvre écrite pour personne, pour un soleil dont il était la lune, peut-être. La plupart des spécialistes en la matière, vous diront, peut-être moins crûment mais cela revient au même, que Darger était fou. Il y a une assimilation parfois assez problématique entre la notion d'art et celle de folie. Voir Artaud. Voir le plancher de Jeannot, exposée au dehors de l'hôpital St-Anne. L'art est parfois folie, pactise avec elle, mais la folie n'est certainement pas de l'art. Ni de même de l'art brut, comme disent pudiquement certains. La philosophie, elle aussi, est art et folie virtuelle mais un art qui refuse ses dépendances obscènes ou viscérales et une folie désamorcée ou inhabitée, puisque le philosophe fait mine de pas vraiment penser en première personne, de la pointe de sa singularité, mais des cimes de l'universel. À moins qu’il ne soit un philosophe scientifique, et encore, je ne crois pas que l’on puisse parler hors de sa singularité. La folie ne fait que libérer ce qui existe déjà, caché. Parfois, c'est une trempe d'artiste avorté ou mutilé, parfois ce n'est que la monstruosité. Et la monstruosité peut être belle. Pendant quarante ans, Darger a vécu dans un même appartement. Chaque chose qu'il apportait dans ce lieu n'en ressortait jamais. L'appartement de Darger ressemblait en tous points aux logis des malades dont l'affection est décrite par les spécialistes comme étant un « syndrome de Diogène », des gens qui vivent dans un univers confiné et rempli de choses, de détritus souvent, incapables qu'ils sont de jeter les choses, créant une sorte de nid dans lequel ils se posent pour n'en presque plus jamais bouger. Mais ces gens-là ne couvent, pour la plupart, rien. Sinon leur maladie d'être. Certains philosophes, de même, nidifient, mais avec des pensées, des objets abstraits.
J'ai connu certains êtres qui vivaient de la sorte et qui ne laissaient personne entrer chez eux, un certain Roger V., avec qui j'étais devenu amie et que l'on a retrouvé mort sous un tas de détritus, des années après. Très peu de ces Diogène sont des artistes fendus comme Darger, mais ils nous apprennent quelque chose de fondamental sur nous-mêmes, je crois. Ils vivent l'absurdité de notre condition. Ils vivent à l'extérieur comme nous vivons à l'intérieur de nous-mêmes. Notre monde intérieur n'est-il pas une sorte de nid, dont chaque brindille ou éléments est une chose décédée, un petit détritus du passé, une peau morte ?
The Realms of Unreal1, Les royaumes de l'irréel, tel était le nom de l'œuvre que l'on retrouva à la mort de l'auteur, lorsque l'on nettoya son appartement – qui consistait en une chambre. Son œuvre est une sorte de gigantesque collage de mots et d'images, une collection hétéroclites d'objets. Il faut également voir l'univers dans lequel il vivait à cette image. Les journaux, les livres qu'il possédait, tout ce qu'il ne jetait pas était le combustible de ces royaumes qu'il créait et qui prenaient naissance en lui et l'asséchait, le dévorant en cannibales. La plupart des artistes créent dans l'entre-deux du monde quotidien et de la fantaisie. Darger, lui, passa toute sa vie à cela et uniquement cela. Il ne vécut que dans cet entre-deux de l'intérieur et de l'extérieur, dans une béance, sur un nid ou une île, ne colonisant pas le vaste monde, comme la plupart d'entre nous. Cette obsession pathologique, artistique, on ne sait quel nom lui donner, on la retrouve dans une certaine mesure dans les grands systèmes philosophiques.
1 Nom raccourci : The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the landeco-angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion.
(la vie est belle)
vendredi 3 juillet 2009
Je pense également à mon ami J.S. en publiant ce billet, qui n'est pas de moi, mais qui est celui d'un remarquable fan. Il avait, lui aussi, son ticket pour Londres...
J'avais déjà ouvert les pages-pétales de mes Roses à mon ami David, l'ami de toujours, celui au monde qui sait mes pires secrets. David est l'ami de l'enfance jamais achevée et l'ami de la personne (je ne dis pas femme, car je me sens davantage un petit garçon de huit ans qu'une femme de plus de trente ans) que je suis aujourd'hui. Je souhaite qu'il soit l'ami de mes derniers jours également. Il est, pour moi, le miroir inversé de ce que je suis. Nous évoluons comme deux lignes parallèles mais, miraculeusement, quelles que soient les routes fort différentes que nous empruntons, nous nous regardons toujours en face à la fin. Il a trahi la cause des enfants perdus en devenant père, récemment, mais mes sentiments n'ont pas changé à son égard. Il aime dire des horreurs, collectionner des amis qui ont tous quelque chose de monstrueux, Twin Peaks, les comics à la folie (il les cellophane !) et Michael Jackson. David n'est pas tout à fait réel. Un être qui avoue qu'il n'a jamais ressenti de peines réelles, hormis deux émotions violentes liées à une perte ( "J'ai été profondément bouleversé par la mort de mon chat quand j'avais dix ans et par le départ de Chris Claremont du scénario des X-Men en 1991.") est un être forcément exceptionnel.
La première fois que je l'ai rencontré, il y a très longtemps, par l'intermédiaire de mon autre ami viscéral, Olivier, j'ai été fascinée par sa personnalité si différente de la mienne et je me serais coupé une main plutôt que de passer inaperçue et de manquer la chance de devenir son amie. Nulle amputation ne fut requise. C'est arrivé, sans efforts. J'ai toujours aimé cette délicate pourriture. Il est un peu comme Peter Pan : jeune, cruel, et sans cœur, mais pas insouciant. ll m'a dit dernièrement que je pouvais mourir et qu'il n'en éprouverait certainement pas de chagrin. J'aime sa franchise. Elle est la garante de notre relation. Je préfère cela aux fausses déclarations d'amis éphémères, comme j'en ai croisé ici un ou deux. Toujours se méfier de ceux qui sont trop onctueux et prompts à des déclarations fulgurantes d'amitié. Je préfère parfois ceux qui disent ne pas tenir du tout à moi.
Aujourd'hui, par conséquent, le billet suivant est de lui. Il ne ressemble pas du tout à ce que j'attendais de lui. Tant mieux, David a encore cette capacité de me surprendre.
Et j'aime encore plus son explication que je reproduis ci-contre, sans son autorisation... J'avais demandé à David quelles images et quelle chanson il désirait pour illustrer son texte.
"J'ai volontairement écrit un texte différent de celui que vous attendiez. Je voulais éviter toute émotion. A dire vrai, je ne parle même pas de Michael dans ce texte, je fais juste une analogie entre la découverte du sexe et celle de sa musique. Puisqu'on l'accuse à tort d'être pédophile, j'en ai joué en essayant de ne pas salir sa mémoire. Je ne voulais pas de politiquement correct larmoyant. Michael comptait pour moi plus que n'importe quel artiste. Il compte toujours autant aujourd'hui, et peut-être même plus. Mais je ne ressens pas le besoin de l'exprimer. Pour votre information, j'ai failli vous envoyer deux autres textes :
- un qui dénoncerait tous ces hommages à Michael Jackson, alors qu'il ne s'agit que d'un personnage de fiction (et j'aurais apporté cent preuves qu'un tel être ne peut pas exister). Cela aurait montré à quel point Michael est unique, mais j'ai eu peur d'un côté répétitif du texte (même si celui que je vous ai envoyé souffre de ce travers),
- un qui éclairerait sa vie d'une lumière cynique (j'aurais, par exemple, rendu hommage à son père, sans le ceinturon duquel nous n'aurions jamais connu son fils, je me serais moqué de ses nombreux dons aux associations, de sa philanthropie et de son amour des enfants qui ne lui ont amené que des soucis). La cruauté du texte aurait rendu le personnage de Michael plus attachant. Quelque chose entre Zadig et Justine ou les infortunes de la vertu. Mais cela n'aurait rien eu de personnel. Même si je n'ai vraiment rien dit sur moi ni sur Michael dans le texte envoyé, j'évoque quand même un point important : cette extase qui nous forme, qu'on ne peut connaître qu'une fois et après laquelle on court pourtant pathétiquement le reste de notre existence. Une bonne définition de l'enfance, somme toute. Mais, si j'aime mon idée, je déplore le style qui affiche clairement mon manque de temps et d'inspiration. Je vous autorise à l'améliorer, ce sera facile. Si vous n'aimez pas ce texte ou si vous ne le trouvez pas adapté à votre jiaco, ne le publiez pas. Si vous voulez le modifier ou supprimer la dernière phrase (que j'ai hésité à mettre), n'hésitez pas. Pour la musique, je choisis State of shock,
parce qu'elle n'est pas très connue et parce le titre convient parfaitement au texte (j'y parle de choc). Pour la photo, je souhaite Michael en train de se tripoter comme on le voit dans les clips Black or White ou Bad. Je n'ai pas trouvé mon bonheur mais en voici quelques-unes."
*************
On peut toujours compter sur ses amis pour nous faire des vacheries. Figurez-vous que ma meilleure amie, Céline, m'a demandé d'écrire un texte sur Michael Jackson. Rien de moins.
Je suis ce qu'on appelle un fan de Michael Jackson depuis 25 ans, comme il en existe des millions, et Céline pense qu'il me serait utile de retranscrire ce que je ressens suite à sa mort par écrit. Mais que puis-je dire sur Michael qui n'ait pas été dit dix millions de fois lors des dernières 24 heures ? Comment éviter les banalités et les poncifs ? J'ai tout d'abord envisagé de décrire ce que Michael représentait pour moi, comment il m'a influencé, de raconter des souvenirs comme la première diffusion du clip Thriller lors de l'émission "Champs Elysées". A peine cette idée commençait-elle à se faire un chemin dans mon esprit que je lisais un article décrivant des souvenirs totalement identiques aux miens. J'aurais pu signer ce feuillet si ma plume était aussi élégante que celle du journaliste. Et pour cause : nous sommes toute une génération à avoir eu la chance de découvrir au moment où nous nous construisions un artiste exceptionnel, unique et inégalé. Je ne crois pas en l'universalité mais s'il y avait bien quelqu'un qui s'en approchait, c'était bien Bambi.
Mes proches trouvent étrange que je ne sois pas triste de la mort de Michael Jackson. D'une certaine façon, il était mort pour moi depuis longtemps. Et je vais vous expliquer pourquoi.
Michael Jackson a atteint la perfection et c'est là son malheur : comment pouvait-il faire pour surpasser ce qu'il avait accompli en révolutionnant la musique et le vidéoclip ? Si son œuvre a tant marqué, c'est que personne n'était préparé alors à un tel choc. On ne découvre hélas qu'une fois. Le premier amour, le premier orgasme vous marquent à vie (du moins, je vous le souhaite). A l'intensité de l'émotion ressentie à ces moments-là s'ajoute l'incomparable plaisir de la découverte. On aura beau retomber amoureux cent fois et jouir 100 000 nouvelles fois, avec bien plus d'expérience et de sagesse pour en profiter pleinement, on ne pourra pas reproduire la magie de l'exploration d'un monde d'émerveillement totalement vierge. C'est à Michael Jackson que je dois, comme tant d'autres enfants, la perte de ma virginité musicale. Quand on vous dépucèle avec ce que beaucoup appellent le meilleur album de tous les temps, aucun des albums que vous écouterez par la suite, de Michael Jackson ou d'un autre, ne pourra jamais vous toucher avec tant de force. C'est là le drame de ses fans, juste pendant du malheur de leur idole. Ils chercheront toujours à retrouver cet émerveillement initial. Ils le frôleront bien souvent, ils pourront jouir éternellement de cette musique sans jamais s'en lasser mais ils auront toujours cette petite mort en eux, cette perte, nécessaire, mais dont on ne se remet jamais vraiment. On appelle parfois l'orgasme la petite mort. Pour moi, Michael Jackson était mort depuis longtemps, depuis mon premier orgasme musical lors de la diffusion du clip Thriller dans l'émission de Michel Drucker. Comme la première fois que j'ai aimé ou que j'ai joui, il y avait quelque chose de divin dans ce moment-là. Le King of pop est mort. Vive le God of pop. Vive le Gode of pop.
**********
Sites d'intérêt : MJ Legaçy et MJ Tunes.
Et je vous recommande son autobiographie, Moonwalk, que m'a fait connaître mon ami David. On y lit quelques pages bouleversantes.
Michael Jackson était l'épigone de Fred Astaire et de Charlie Chaplin. Nul doute qu'ils se sont retrouvés...
La première fois que je l'ai rencontré, il y a très longtemps, par l'intermédiaire de mon autre ami viscéral, Olivier, j'ai été fascinée par sa personnalité si différente de la mienne et je me serais coupé une main plutôt que de passer inaperçue et de manquer la chance de devenir son amie. Nulle amputation ne fut requise. C'est arrivé, sans efforts. J'ai toujours aimé cette délicate pourriture. Il est un peu comme Peter Pan : jeune, cruel, et sans cœur, mais pas insouciant. ll m'a dit dernièrement que je pouvais mourir et qu'il n'en éprouverait certainement pas de chagrin. J'aime sa franchise. Elle est la garante de notre relation. Je préfère cela aux fausses déclarations d'amis éphémères, comme j'en ai croisé ici un ou deux. Toujours se méfier de ceux qui sont trop onctueux et prompts à des déclarations fulgurantes d'amitié. Je préfère parfois ceux qui disent ne pas tenir du tout à moi.
Aujourd'hui, par conséquent, le billet suivant est de lui. Il ne ressemble pas du tout à ce que j'attendais de lui. Tant mieux, David a encore cette capacité de me surprendre.
Et j'aime encore plus son explication que je reproduis ci-contre, sans son autorisation... J'avais demandé à David quelles images et quelle chanson il désirait pour illustrer son texte.
"J'ai volontairement écrit un texte différent de celui que vous attendiez. Je voulais éviter toute émotion. A dire vrai, je ne parle même pas de Michael dans ce texte, je fais juste une analogie entre la découverte du sexe et celle de sa musique. Puisqu'on l'accuse à tort d'être pédophile, j'en ai joué en essayant de ne pas salir sa mémoire. Je ne voulais pas de politiquement correct larmoyant. Michael comptait pour moi plus que n'importe quel artiste. Il compte toujours autant aujourd'hui, et peut-être même plus. Mais je ne ressens pas le besoin de l'exprimer. Pour votre information, j'ai failli vous envoyer deux autres textes :
- un qui dénoncerait tous ces hommages à Michael Jackson, alors qu'il ne s'agit que d'un personnage de fiction (et j'aurais apporté cent preuves qu'un tel être ne peut pas exister). Cela aurait montré à quel point Michael est unique, mais j'ai eu peur d'un côté répétitif du texte (même si celui que je vous ai envoyé souffre de ce travers),
- un qui éclairerait sa vie d'une lumière cynique (j'aurais, par exemple, rendu hommage à son père, sans le ceinturon duquel nous n'aurions jamais connu son fils, je me serais moqué de ses nombreux dons aux associations, de sa philanthropie et de son amour des enfants qui ne lui ont amené que des soucis). La cruauté du texte aurait rendu le personnage de Michael plus attachant. Quelque chose entre Zadig et Justine ou les infortunes de la vertu. Mais cela n'aurait rien eu de personnel. Même si je n'ai vraiment rien dit sur moi ni sur Michael dans le texte envoyé, j'évoque quand même un point important : cette extase qui nous forme, qu'on ne peut connaître qu'une fois et après laquelle on court pourtant pathétiquement le reste de notre existence. Une bonne définition de l'enfance, somme toute. Mais, si j'aime mon idée, je déplore le style qui affiche clairement mon manque de temps et d'inspiration. Je vous autorise à l'améliorer, ce sera facile. Si vous n'aimez pas ce texte ou si vous ne le trouvez pas adapté à votre jiaco, ne le publiez pas. Si vous voulez le modifier ou supprimer la dernière phrase (que j'ai hésité à mettre), n'hésitez pas. Pour la musique, je choisis State of shock,
*************
On peut toujours compter sur ses amis pour nous faire des vacheries. Figurez-vous que ma meilleure amie, Céline, m'a demandé d'écrire un texte sur Michael Jackson. Rien de moins.
Je suis ce qu'on appelle un fan de Michael Jackson depuis 25 ans, comme il en existe des millions, et Céline pense qu'il me serait utile de retranscrire ce que je ressens suite à sa mort par écrit. Mais que puis-je dire sur Michael qui n'ait pas été dit dix millions de fois lors des dernières 24 heures ? Comment éviter les banalités et les poncifs ? J'ai tout d'abord envisagé de décrire ce que Michael représentait pour moi, comment il m'a influencé, de raconter des souvenirs comme la première diffusion du clip Thriller lors de l'émission "Champs Elysées". A peine cette idée commençait-elle à se faire un chemin dans mon esprit que je lisais un article décrivant des souvenirs totalement identiques aux miens. J'aurais pu signer ce feuillet si ma plume était aussi élégante que celle du journaliste. Et pour cause : nous sommes toute une génération à avoir eu la chance de découvrir au moment où nous nous construisions un artiste exceptionnel, unique et inégalé. Je ne crois pas en l'universalité mais s'il y avait bien quelqu'un qui s'en approchait, c'était bien Bambi.
Mes proches trouvent étrange que je ne sois pas triste de la mort de Michael Jackson. D'une certaine façon, il était mort pour moi depuis longtemps. Et je vais vous expliquer pourquoi.
Michael Jackson a atteint la perfection et c'est là son malheur : comment pouvait-il faire pour surpasser ce qu'il avait accompli en révolutionnant la musique et le vidéoclip ? Si son œuvre a tant marqué, c'est que personne n'était préparé alors à un tel choc. On ne découvre hélas qu'une fois. Le premier amour, le premier orgasme vous marquent à vie (du moins, je vous le souhaite). A l'intensité de l'émotion ressentie à ces moments-là s'ajoute l'incomparable plaisir de la découverte. On aura beau retomber amoureux cent fois et jouir 100 000 nouvelles fois, avec bien plus d'expérience et de sagesse pour en profiter pleinement, on ne pourra pas reproduire la magie de l'exploration d'un monde d'émerveillement totalement vierge. C'est à Michael Jackson que je dois, comme tant d'autres enfants, la perte de ma virginité musicale. Quand on vous dépucèle avec ce que beaucoup appellent le meilleur album de tous les temps, aucun des albums que vous écouterez par la suite, de Michael Jackson ou d'un autre, ne pourra jamais vous toucher avec tant de force. C'est là le drame de ses fans, juste pendant du malheur de leur idole. Ils chercheront toujours à retrouver cet émerveillement initial. Ils le frôleront bien souvent, ils pourront jouir éternellement de cette musique sans jamais s'en lasser mais ils auront toujours cette petite mort en eux, cette perte, nécessaire, mais dont on ne se remet jamais vraiment. On appelle parfois l'orgasme la petite mort. Pour moi, Michael Jackson était mort depuis longtemps, depuis mon premier orgasme musical lors de la diffusion du clip Thriller dans l'émission de Michel Drucker. Comme la première fois que j'ai aimé ou que j'ai joui, il y avait quelque chose de divin dans ce moment-là. Le King of pop est mort. Vive le God of pop. Vive le Gode of pop.
**********
Sites d'intérêt : MJ Legaçy et MJ Tunes.
Et je vous recommande son autobiographie, Moonwalk, que m'a fait connaître mon ami David. On y lit quelques pages bouleversantes.
Michael Jackson était l'épigone de Fred Astaire et de Charlie Chaplin. Nul doute qu'ils se sont retrouvés...
Article à lire ici.
Libellés :David,Michael Jackson,miscellanées
jeudi 25 juin 2009
Parfois, il existe des êtres reliés à leur enfance par une sorte de cordon ombilical imperceptible à la plupart des regards ; une espèce de lien de laine les traverse de part en part, reliant chaque fragment de leur être et se constituant soudain - quand on perd le fil de son déroulement - en un écheveau de veines et d’artères poreuses, qui tremperait d’un côté dans le lait de la mémoire et qui s’égoutterait de l’autre dans l’être adulte, le nourrissant en permanence de ce nectar interdit dans l’univers d’efficience scientifique, de rationalité philosophique, ou de sens banalement commun, pourvu de l’utile, du nécessaire, du vital ou prosaïque. Il y a donc ceux qui boivent le nectar et ceux qui s’enivrent de Léthé. Il y a les dieux et les hommes et ce n’est pas qu’une hiérarchie ou une image mythologique. Entre les deux races ou strates supérieures du monde, il existe des hybrides, ceux qui doivent fabriquer leur nectar avec l’alambic de leur imaginaire, les artistes et, très spécialement, les écrivains. Le Léthé est le contrepoison des hommes ordinaires ; le nectar est le filtre d’amour que l’artiste absorbe pour se convaincre d’aimer ce qui est. Il lui permet d’enchanter le prosaïque et d’en tirer à lui un charme qu’il ne fait peut-être qu’inventer.
{Robert Demachy, Médaillon, 1897}
Libellés :miscellanées
lundi 22 juin 2009
Renaud Camus est un très grand écrivain français. Je vous enjoins à lire son site - et ses livres. Sans omettre de contempler ses magnifiques photographies ici.
Même si je ne prise pas entièrement son œuvre, pour des raisons tout à fait subjectives dont il n'y a pas lieu de faire état ici, il me semble, cependant, impossible de ne pas reconnaître en lui la trempe de l'érudit, l'exigence extrême, la passion et la plume d'un valeureux chevalier des lettres, comme il n'en existe plus guère à notre époque et comme il risque de ne plus en exister, puisque nous sommes à l'ère de la médiocrité. Je n'ai pas l'optimisme d'un Deleuze qui estime que tout ceci fonctionne par cycles. En tout cas, je serai morte avant que la gloire des esprits neufs ne rayonne de nouveau sur ce monde.
Si j'avais plus de cervelle et plus de courage, si j'avais une once de talent tout simplement, il serait pour moi un modèle. Mais il est taillé, dans son domaine, à la mesure d'un dieu grec et je ne suis qu'un papillon dans le mien.
Son œuvre est impressionnante et l'homme a des courages tout aussi grandioses, d'autant plus méritoires que l'on vit dans un temps et un pays où certaines idées et certains mots sont interdits.
Il publie un deuxième volume
consacré aux demeures d'écrivain. Il me semble avoir signalé ici même l'existence d'un premier ouvrage, qui m'avait fort enthousiasmée.
Celui-là, reçu ce matin - un beau cadeau* inattendu - comporte quelques pages dévolues à James Matthew Barrie et à sa maison natale, à Kirriemuir. Renaud Camus a fait pour une multitude d'écrivains, en mille fois mieux que je ne pourrais jamais le faire, ce que j'ai essayé de faire (mieux que lui en cette seule occasion, mais j'y consacre une part de ma vie !) pour Barrie et quelques rares autres (une sorte de cartographie-biographie). Je suis une monomaniaque ; son esprit s'engouffre dans des dizaines de lieux vécus par des hommes du passé. Je crois que sa démarche illustre mon propos sur les lieux comme sédiments de l'œuvre.
Si j'avais plus de cervelle et plus de courage, si j'avais une once de talent tout simplement, il serait pour moi un modèle. Mais il est taillé, dans son domaine, à la mesure d'un dieu grec et je ne suis qu'un papillon dans le mien.
Son œuvre est impressionnante et l'homme a des courages tout aussi grandioses, d'autant plus méritoires que l'on vit dans un temps et un pays où certaines idées et certains mots sont interdits.
Il publie un deuxième volume
consacré aux demeures d'écrivain. Il me semble avoir signalé ici même l'existence d'un premier ouvrage, qui m'avait fort enthousiasmée.
Celui-là, reçu ce matin - un beau cadeau* inattendu - comporte quelques pages dévolues à James Matthew Barrie et à sa maison natale, à Kirriemuir. Renaud Camus a fait pour une multitude d'écrivains, en mille fois mieux que je ne pourrais jamais le faire, ce que j'ai essayé de faire (mieux que lui en cette seule occasion, mais j'y consacre une part de ma vie !) pour Barrie et quelques rares autres (une sorte de cartographie-biographie). Je suis une monomaniaque ; son esprit s'engouffre dans des dizaines de lieux vécus par des hommes du passé. Je crois que sa démarche illustre mon propos sur les lieux comme sédiments de l'œuvre.
J'ai l'agréable surprise de ne constater aucune erreur factuelle ou approximation déplacée dans ces pages qui parlent de Barrie et ce fait est tellement rare que je dois le dire. L'auteur parle en connaissance de cause, même si le propos demeure nécessairement extérieur. Sans être flatteuse ou trop dépréciative, la présentation est juste. Trop peut-être, pour l'être vraiment, mais au moins il parle assez bien de Barrie. Et il s'est abreuvé, sans nul doute à une excellente source, l'oeuvre d'Andrew Birkin. L'autre source, très perceptible, est assez exécrable ; mais Renaud Camus est trop intelligent pour s'y être laissé prendre, même s'il me semble avoir retenu quelques éléments (la relation de Barrie avec George Du Maurier, qu'il évoque mal, parce qu'elle est mal évoquée dans sa source).
Ma seule restriction concernant ces quelques pages, très précises et solidement documentées, c'est donc le sentiment que Renaud Camus semble ne pas croire que Barrie soit tout à fait innocent - même s'il le défend, par exemple, contre l'ignoble livre de Piers Dudgeon, le livre le plus malhonnête qu'il m'ait été donné de lire et un modèle du genre, sa seconde source identifiée, un ramassis de saloperies qu'il aurait mieux fait de ne pas lire - et donne le sentiment de rechercher le maléfice possible. Parce que la légende mortifère encadre mieux le portrait de l'auteur ? D'où la citation de D.H. Lawrence qu'il relève : "J. M. Barrie has a fatal touch for those he loves". Probablement, Renaud Camus a-t-il pêché la citation dans le livre excrémentiel de Dudgeon. Il faut la resituer, ce qu'il ne fait pas, et je ne le lui reproche pas. Il ne s'agit que d'une miniature, pas d'un portrait grandeur nature. D.H. Lawrence, qui était un ami de l'ex-femme de Barrie, écrit ceci dans une lettre à cette dernière, après la mort de Michael. Je crois que ceci donne de la perspective et cette remarque à l'emporte-pièce va aussi dans le sens des idées-forces personnelles de Lawrence à l'oeuvre dans son art.
C'est légitime. Mais il a tort. Il est facile de se laisser emporter par ce genre de superstitions. Moi-même, je tremble un peu en songeant à la parole de Barrie : "Malheur à celui qui écrira ma biographie !"
Pourquoi ne pas parler du tout de Nico, l'un des fils Llewelyn Davies ? Celui-là même qui, peut-être, a le mieux compris Barrie ?
Et plus qu'une malédiction engendrée par Barrie, il faudrait peut-être considérer d'abord celle dont il fut victime.
Je ne crois pas que Barrie ait "imparfaitement perçu" l'amour de sa mère, bien au contraire ; selon moi, cet amour n'était pas spécialement le genre d'amour que l'on peut attendre de la part d'une mère "suffisamment bonne".
Et il semble ignorer qu'en plus d'être objectif le livre de mon ami Andrew Birkin est également un chant d'amour pour Barrie. On n'offre pas trente ans de sa vie à quelqu'un que l'on n'aime pas avec passion, inconditionnellement. Je ne vois pas en quoi le livre d'Andrew peut laisser "une impression de malaise" dans le cœur du lecteur...
***
À recommander aussi ce très beau livre.
Renaud Camus a également publié un premier volume des Demeures de l'esprit en France.
Et le site de son "exégète" que j'ai renoncé à lire, il y a des mois de cela, mais qui présente une compilation passionnante d'éléments disparates.
* Merci infiniment, Jim.
Ma seule restriction concernant ces quelques pages, très précises et solidement documentées, c'est donc le sentiment que Renaud Camus semble ne pas croire que Barrie soit tout à fait innocent - même s'il le défend, par exemple, contre l'ignoble livre de Piers Dudgeon, le livre le plus malhonnête qu'il m'ait été donné de lire et un modèle du genre, sa seconde source identifiée, un ramassis de saloperies qu'il aurait mieux fait de ne pas lire - et donne le sentiment de rechercher le maléfice possible. Parce que la légende mortifère encadre mieux le portrait de l'auteur ? D'où la citation de D.H. Lawrence qu'il relève : "J. M. Barrie has a fatal touch for those he loves". Probablement, Renaud Camus a-t-il pêché la citation dans le livre excrémentiel de Dudgeon. Il faut la resituer, ce qu'il ne fait pas, et je ne le lui reproche pas. Il ne s'agit que d'une miniature, pas d'un portrait grandeur nature. D.H. Lawrence, qui était un ami de l'ex-femme de Barrie, écrit ceci dans une lettre à cette dernière, après la mort de Michael. Je crois que ceci donne de la perspective et cette remarque à l'emporte-pièce va aussi dans le sens des idées-forces personnelles de Lawrence à l'oeuvre dans son art.
C'est légitime. Mais il a tort. Il est facile de se laisser emporter par ce genre de superstitions. Moi-même, je tremble un peu en songeant à la parole de Barrie : "Malheur à celui qui écrira ma biographie !"
Pourquoi ne pas parler du tout de Nico, l'un des fils Llewelyn Davies ? Celui-là même qui, peut-être, a le mieux compris Barrie ?
Et plus qu'une malédiction engendrée par Barrie, il faudrait peut-être considérer d'abord celle dont il fut victime.
Je ne crois pas que Barrie ait "imparfaitement perçu" l'amour de sa mère, bien au contraire ; selon moi, cet amour n'était pas spécialement le genre d'amour que l'on peut attendre de la part d'une mère "suffisamment bonne".
Et il semble ignorer qu'en plus d'être objectif le livre de mon ami Andrew Birkin est également un chant d'amour pour Barrie. On n'offre pas trente ans de sa vie à quelqu'un que l'on n'aime pas avec passion, inconditionnellement. Je ne vois pas en quoi le livre d'Andrew peut laisser "une impression de malaise" dans le cœur du lecteur...
***
À recommander aussi ce très beau livre.
Et le site de son "exégète" que j'ai renoncé à lire, il y a des mois de cela, mais qui présente une compilation passionnante d'éléments disparates.
* Merci infiniment, Jim.
Libellés :James Matthew Barrie,livres,miscellanées,Renaud Camus
dimanche 21 juin 2009
[Je dédie ce "bébé billet" à ma petite A., ma chienne, qui est malade. Je lui promets d'écrire la suite de cette histoire bientôt. Un jour, je vous parlerai d'elle, parce que c'est un personnage tout à fait essentiel dans mon existence et un sacré personnage.]
Je crois bien que l'image qui précède (Fred et Adele Astaire) symbolise parfaitement la manière dont j'entends l'existence. Si la vie ne ressemble pas à cela, alors cela ne vaut pas la peine de vivre. Si la vie ne m'inspirait plus, un jour, cette exaltation permanente et des désespoirs tout aussi violents que leur contrepoints d'extase, alors je tirerais ma révérence pour de bon. Les gens honnêtes m'ont prédit une fin encore plus triste que leurs visages de prophète, parce que je ne thésaurise rien, parce que je me fais flamber au contact de tous les feux de joie. Ils m'en veulent d'être trop heureuse ou trop malheureuse, de n'être point allumée comme un réverbère, à des bonheurs ou des joies communs, à heures fixes, avec une décente intensité. Ils ne savent pas sur quel pied danser avec moi. Ils ne savent pas danser de toute façon. Ils n'ont jamais compris que je suis prête à payer le prix de ma liberté - il y a longtemps que j'ai signé un pacte avec le diable qui est en moi et qui est la meilleure part de moi-même...- et que j'ai toujours su que je n'étais pas faite pour avoir une place définie en ce monde. Cela ressemble trop à une concession dans un cimetière. Mon seul regret, si je mourais demain, ce serait de n'avoir jamais eu une paire de chaussures magiques pour apprendre les claquettes.
À la lecture d'une biographie de Fred Astaire, un de mes héros, j'ai vérifié une fois de plus mon hypothèse selon laquelle chaque chose, dans un univers donné (le mien, en l'occurrence), est liée à une autre et qu'il suffit de tirer sur le bon fil pour remonter jusqu'aux premiers éléments d'une généalogie.
Fred - né Frederick Austerlitz, II- et sa soeur Adele ont débuté ensemble. L'histoire est bien connue. Adele était considérée comme le membre le plus génial de leur duo, mais elle abandonna au début des années 30, à l'âge de 35 ans, sa carrière et se maria. Fred, le perfectionniste, perdit sa meilleure partenaire et n'en retrouva jamais une autre comme elle, même pas Ginger. Je crois qu'Adele ne se sentait plus à la hauteur de l'immense talent de son frère, tyrannique envers lui-même lorsqu'il s'agissait de son art, talent qui ne cessait de croître alors qu'Adele se contentait de sa perfection naturelle, de ce don qu'elle n'était guère encline à sculpter davantage en travaillant.
Fred et Adele ont connu tous les deux James Matthew Barrie à Londres, lorsqu'ils se produisaient sur les scènes de cette ville que j'ai toujours aimée. Et Barrie envisageait de donner le rôle de Peter Pan à Adele. Barrie, comme Céline, a toujours aimé les danseuses - j'ai commencé à simplement l'évoquer ici et là - et ce vieux grincheux de Shaw en pinçait aussi pour Adele. Je ne sais pas exactement pourquoi l'affaire ne fut pas conclue. J'enquête... Mais je suis émue et amusée à l'idée que les fils de mes vies imaginaires se tordent et se tressent.
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