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lundi 12 février 2007

Ce billet est dédié à celle qui se reconnaîtra et que j'ai envie d'appeler Anna, comme l'une des héroïnes d'Auster.
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Mille pardons si je ne suis pas très présente sur ce JIACO. Ce n'est pas un manque d'envie. Je suis également très en retard dans mon courrier. Il me faudra du temps pour répondre. Je ne suis pas aux abonnés absents, chers Az et JS, chère Véronique. Soyez patients mes autres correspondants et / ou amis. Je n'ai que très peu de temps en ce moment. Je me consacre à Barrie et à mon travail d'écriture. Je ne possède pas la légèreté de répondre avec inconséquence.


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"It's important to me, Mr Blank. My whole life depends on it. Without that dream, I'm nothing, literally nothing." (Travels in the Scriptorium, p.53 de l'édition anglaise)
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"New York was an inexhaustible space, a labyrinth of endless steps and that it is a neverland of fragments, a place of wordless things and thingless words." (City of Glass)


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Je suis une lectrice. Je suis méticuleuse jusqu'à l'obsession du mot que je lis et je ne vis que dans l'ourlet de l'imaginaire, pour autant je ne suis pas rembourrée d'illusions, comme ces poupées de son détricotées par le temps, lorsque l'enfance est passée. Revenir dans le réel est pour moi une impossibilité, consommée dès le premier jour. Autant aller sur la lune sans combinaison spatiale.
Paul Auster est un auteur que j'ai "rencontré" à la fin des années 1990, alors que je fréquentais encore les bibliothèques, quand je ne m'étais pas encore mise à en construire quelques-unes autour de moi, dans l'idée que je me réfugiais dans ces châteaux de sable que je n'avais jamais eu le droit de fabriquer autrefois.

Aujourd'hui, je m'effeuille, page à page, dans le scriptorium, pourtant je ne fréquente pas les abbayes, même si je suis un peu scribe, à la manière de Bartleby.
Auster est à la fois un écrivain qui aime s'adonner à des jeux intellectuels, de ceux qui pourraient ravir les oulipiens ou certains détenteurs du nouveau roman (c'est l'une de ses veines romanesques qui s'exprime dans des romans tels La trilogie new-yorkaise, Moon Palace, Leviathan, La nuit de l'oracle... ) mais aussi un auteur qui sait faire preuve d'humanisme et de chaleur humaine (Brooklyn follies, par exemple où cette tentation est exacerbée). L'oeuvre qui est au carrefour de ces deux tendances est Le livre des illusions. Il existe peut-être une troisième voie ouverte par des oeuvres telles que Le voyage d'Anna Blume ou Monsieur Vertigo... Ce qui ne change jamais est le sentiment que Paul Auster s'applique toujours, sans répit, à une oeuvre infinie de voilement-dévoilement. Il est un hybride de Heidegger et de Nietzsche dans mon esprit. Je le sais, tout comme moi, engagé dans certains chemins philosophiques. D'ailleurs, dans le scriptorium, dès les premières pages, lorsque Monsieur Blank découvre que chaque objet porte une étiquette, il nous pousse dans la voie du nominalisme. Où l'on retrouve Berkeley - et Hume, dans une moindre mesure. Je me demande même si le cheval Whitey n'a pas rapport à cette théorie...
La première vérité de l'oeuvre d'Auster est ici et nulle part ailleurs.
Le nom ne fait que cacher le vide ou le manque d'existence. Le nom appelle le réel qui demeure sourd et muet. Ceci s'applique aussi bien aux choses (objets) qu'aux êtres (objets d'une autre catégorie, mais aussi objets en tant qu'il sont pensés par un sujet, ici un créateur). C'est pourquoi, Auster ne pose jamais qu'une seule question dans tous ses livres, celle de l'identité. Et cette question n'a aucune réponse, puisque le langage et la pensée se dérobent face à l'impossibilité de la définition. On pourrait dire que la préoccupation majeure d'Auster est de nommer. A défaut, il situe dans l'espace, ce qui est une autre manière de circonscrire, d'où son obsession des pièces fermées. Ici, nous sommes dans un scriptorium bien particulier, celui de la mémoire du démiurge... Alors que la porte soit ou non fermée de l'extérieur n'a pas d'importance, car la porte n'existe pas.

Je n'aime pas parler de lui, parce que cela me semble toujours un peu vain. Je ressens un malaise à l'idée de l'expliquer ou de l'expliciter. A quoi bon ressasser sans cesse les mêmes lieux communs brassés ici et là, journaleux et bloggueurs du dimanche confondus et compassés dans cette manie de s'extasier face à une fausse évidence, sur l'univers labyrinthique et mis en abyme (merci de ne pas écrire "abîme" dans ce cas précis, car cela heurte ma sensibilité) de Paul Auster ? Sauf que souvent ces personnes confondent mises en abyme et métalepses... C'est touchant. Peu me chaut. De toute façon, beaucoup passent à côté du sens ultime de son oeuvre en se perdant dans la forme et en supposant des intentions. Pourquoi ne pas prendre cette donnée comme un préalable et non comme une conséquence ou une donnée essentielle de son travail romanesque ?
Je crois que c'est presque un manque de tact ou de pudeur à son endroit (je partage donc ce travers avec ceux que je fustige) que de vouloir l'analyser, tant son oeuvre appelle le recueillement et le voyage intérieur.

En effet, malgré la facilité avec laquelle se prête son oeuvre à l'analyse, je crois que le meilleur moyen d'aller à la vérité de ses romans est de succomber aux intuitions qu'ils créent en nous. Il suffit de nous regarder dans un de ses livres pour faire surgir en nous une polysémie généreuse, qui nous en dira plus sur nous-mêmes que sur l'oeuvre, qui est un caméléon.

Ce livre-ci, plus qu'aucun autre peut-être, malgré son aspect serré, serait propice à plusieurs dizaines de pages de glose enfiévrée. Je laisse cela aux patients et aux laborieux. Cela ne m'amuse plus autant qu'avant. Je ne joue plus. Je suis grande. Si, si.

Il y a aussi en moi le désir de garder jalousement certaines idées ou clefs que les critiques et les lecteurs que j'ai lus ne semblent pas avoir trouvées... Je ne devrais pas dire cela car je risque de recevoir vingt courriers. Tant pis, je ne répondrai pas et puis je ne détiens aucune vérité. J'aime me laisser prendre aux pièges que je dénonce.



Indice :

J'ai lu ce livre à sa sortie en langue anglaise, il y a un petit moment déjà, et je l'ai relu en français très récemment. J'ai coutume d'acheter différentes éditions des livres de Paul Auster,




au moins l'édition en langue originale et la traduction française. J'en ai acquis trois





pour l'occasion (ils sont présents sur cette photo). C'est un rite, le mien. Je n'aime pas lire les gens réellement importants pour moi dans une traduction, bien que je déteste le snobisme qui consiste à répudier toute traduction sous prétexte que l'on a moyen de lire en deux ou trois langues. Paradoxes possibles d'une débutante en traduction.

Depuis le moment où j'ai lu la Trilogie new-yorkaise, je n'ai eu de cesse de tout lire de lui. Pour la première fois de ma vie, peut-être, je lisais quelqu'un qui me semblait rassembler tout ce que je cherchais moi-même à écrire, mais une certaine fantaisie en moins. Le talent en plus.
Paul Auster est un homme qui fait preuve d'une clarté froide. Il écrit comme on disséquerait ou opérerait un cadavre, pour atteindre ce petit ressort invisible qui donne mécaniquement la vie. Oui, car il n'y a point d'autre âme que celui d'un mouvement, celui de la lecture et de l'écriture conjointes. Et quant à la transcendance, je crains qu'elle ne se dissolve dans les méandres du cerveau reptilien, dans une immanence grisâtre, celle de l'encre qui se dissout.
Pourtant, malgré la simplicité de son style (un collégien pourrait lire ses oeuvres en langue originale), il me semble qu'il réussit depuis longtemps le prodige de n'être pas toujours compris, ou du moins pas comme il le mériterait, mais cela - je le redis - n'a aucune espèce d'importance. Je viens d'énoncer le second prodige : que vous aperceviez ou non toutes les couches superposées, vous apprécierez ce qu'il vous raconte, car à chaque niveau vous y trouverez à penser. Parfois, Auster vous tient la main et vous laisse croire que vous détenez toutes les références, puisqu'il vous les livre sur un plateau. Ne vous y fiez pas trop. Il y a toujours plus à voir qu'il ne le prétend... Il y aussi, pour les mêmes raisons, moins à comprendre et à voir que vous ne le pensez.

Ce dernier roman est, à mes yeux, bien inutile et me paraît un bouche-trou entre deux oeuvres plus conséquentes. Dire que je suis déçue n'aurait pas de sens, puisque Monsieur Auster est un des écrivains, sinon l'écrivain vivant, que j'aime et admire. Bien sûr que j'ai jubilé à tel ou tel endroit mais, dans l'ensemble, je suis un peu attristée par la facilité de ce truc dont il a trop usé. Surprenez-moi, Monsieur Auster ! Encore une fois, s'il vous plaît ! Ne me laissez pas sur le bord de la page à faire du stop.
Son dernier roman est minuscule, à peine 150 pages en version française. Il m'embarrasse. J'aimerais n'en dire que du bien, parce que j'aime son auteur. Mais je serais malhonnête.

Un homme, bien nommé Blank, est prisonnier quelque part. Des gens lui rendent visite. Il lit le manuscrit d'un autre homme. Ou plus exactement nous lisons ce que nous croyons être sa lecture. Sauf que l'ensemble est toujours plus vaste. Toujours cette histoire de contenant et de contenu. Auster, c'est toujours, à un moment ou à un autre, une histoire mathématique de bijection.


Et si tout ceci n'était qu'un encéphalogramme du travail de créateur ? Hé bien, ma foi, je conseillerais un bon neurologue à l'auteur.


On peut y voir une histoire à la Beckett (sauf que je préfère ce dernier et que le roman d'Auster n'est en rien un succédané du théâtre de l'absurde, Auster est bien trop logique), une fable métaphysique, une métaphore de la situation tragique des Etats-Unis (une critique de son histoire aussi et de son comportement face aux indiens). Le plus simple, bien entendu est de comprendre que M. Blank ou M. Vide ou M. Page Blanche est un écrivain, une figure sans visage, qui s'habille parfois de blanc, un reflet anonyme de Paul Auster. Tous les autres personnes étant ses créatures. Il suffit de reprendre Le cruel Voyage d'Anna Blume,

La trilogie New-Yorkaise

et ses autres romans pour s'en convaincre, comme ce mini-bloc-note non exhaustif vous le laisse entendre.

Travels in the Scriptorium : ce titre apparaît déjà dans Le livre des illusions ;
Benjamin Sachs : Leviathan ;
Marco Fogg : Moon Palace ;
John Trause (anagramme d'Auster pour les myopes) : La nuit de l'oracle ;
Daniel Quinn : Cité de verre ;
Walt Rawley et Molly Fitzsimmons : Monsieur Vertigo ;
Neverland et Montag : La chambre dérobée ;
James P. Flood : La chambre dérobée ;
David Zimmer : Le livre des illusions ;
Peter Stillman senior et junior : Cité de verre ;
Anna et Samuel Farr : Le voyage d'Anna Blume ;

Joubert :
Je ne parle même pas des jeux de mots et clins d'oeil dont est coutumier Auster ! On peut s'essayer, sans enthousiasme, un peu absurdément, à lancer des idées en l'air.
Sigmund Graf : personnage réel.
Closterham est-il une référence au Mystère d'Edwin Drood ?
Viaticum bluff : boutade. Viaticum désigne en latin les provisions pour un voyage. C'est aussi, bien entendu, le viatique, un terme de religieux. Le Saint Viatique, l'Extrême-Onction... Associé au mot bluff, on comprendra ce qu'on voudra... Surtout si c'est le nom du "cimetière des anonymes"...
Hopalong Cassidy :


Jacques Dupin : E. A. Poe et/ou le poère français ?
Docteur Carlos... Woburn : référence à Anna Blume qui se rend dans cette résidence.

Blank s'accommode bien de Neverland. Le Vide et le Pays du Jamais ou du Non-lieu. Une u-topie à la More, le monde tel qu'il est quand on soulève le Voile de Maya ? Ou encore "le pays des Merveils" ("veil "désignant en anglais le voile) , un "Faux-Lieu"... On peut très bien imaginer qu'il ait pensé à Lewis Carroll et à James Matthew Barrie. Tout est possible.

La seule différence, ici, c'est peut-être que d'ordinaire Auster oeuvre dans la synchronie tandis que cette fois-ci il est résolument diachronique. Ceci ne suffit pas pour enlever le récit monochrome d'une faillite, celle d'un cercle davantage vicieux que vertueux.

Mais tout ceci pas n'est-ce pas trop simple ? Non, c'est encore compliquer les choses que de les dépiauter ainsi.

Le héros de cette histoire n'est pas Blank mais Fanshawe. Si le centre de gravité est ainsi déplacé à l'extrême fin, ce n'est pas sans raison. Le lien qui unit Auster et Hawthorne est connu de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à l'écrivain. Encore un truisme.

Fanshawe est le nom du premier roman de Nathaniel Hawthorne, une oeuvre marquée du sceau de l'humiliation pour le grand auteur. En effet, il ne trouva pas d'éditeur et publia ce roman à compte d'auteur, puis éprouva un tel dégoût pour cette oeuvre qu'il essaya de détruire tous les exemplaires existants de ce livre. Il demanda à ses amis de ne jamais lui parler de ce livre. Personne n'en sut la paternité, pas même sa femme, qui ne la découvrit qu'après la mort de son époux.
Fanshawe est un nom connu pour le lecteur d'Auster. Dans La chambre dérobée, on nous explique (le narrateur) que les deux premiers volumes de la trilogie, Cité de verre et Revenants, ont été écrits afin d'exorciser la relation du narrateur avec un homme répondant au nom de Fanshawe. "Without him I would hardly know who I am" nous explique le narrateur, qui ne cesse de vampiriser la vie de l'homme, disparu, tandis que ce dernier absorbe de l'intérieur son identité.
Fanshawe est plus un motif, un symbole dans l'oeuvre d'Auster qu'une référence directe à ce roman de Hawthorne. Grâce à ce nom il peut jouer un jeu de doubles et de dupes, dont la métafiction n'est pas le fin mot. Sophie est un nom de personnage dans le monde d'Auster, c'est aussi celui de sa fille et celui de l'épouse de Hawthorne. On pourrait continuer longtemps ainsi. C'est peut-être en songeant à tous ces masques qui ne se lèvent que pour en laisser apercevoir d'autres que l'on comprendra peut-être le sens du patronyme de ce nouveau roman. L'identité est un manque à combler par tous les moyens, l'écriture en est un. Mais à quoi ça sert ? A faire tourner les imprimeries.

Je ne suis pas de celles qui donnent des bons points ou des notes aux livres. Je trouve la façon un peu vulgaire, sauf exception. Je me contente de ne parler que de ce que j'aime sans souci de hiérarchiser à outrance. Travels in the Scriptorium est peut-être un bon livre et peut-être même mieux que ça, mais je ne le crois pas et cela me peine de l'avouer. Je peux comprendre que l'on soit déçu par ce faux prodige, car l'on sait très bien, dès les dix premières pages, comment tout cela se finira. Auster a tant éculé le procédé, son procédé... Espérons que la boucle est définitivement bouclée.

On peut se sentir roulés dans la farine pour pas grand-chose. Fanshawe est l'auteur du livre que vous lisez. Rien d'étonnant à cela. Je ne gâche aucun suspense à révéler ce qui est si évident. Peut-être que le sens le plus profond du livre ne provient que de celui que le lecteur perfuse par sa lecture à cet objet inanimé. Peut-être qu'Auster a trop de talent et que l'on attend mieux de lui. Quoi qu'il en soit, j'aime ce livre, mais sans complaisance excessive. Auster n'a plus rien à me prouver. Je regrette simplement que ses derniers livres ne m'aient pas enthousiasmée autant qu'autrefois. Ce roman n'intéressera que les austériens pur jus. Je conçois mal comment on pourrait lire ce livre sans moyen de se rapporter à son oeuvre antérieure. Ce livre est davantage un bonus, un addenda qu'un roman qui puisse apporter quelque chose de plus à une oeuvre déjà riche.


L'atmosphère que certains qualifieront de beckettienne, avec assez de raison d'ailleurs parce qu'Auster est un lecteur de son oeuvre (Cf. The Grove Centenary Editions), tourne vite en rond. Nous sommes un poisson rouge maladif, qui perd ses couleurs à force de se frotter à ce monde en noir et blanc, dans un trop petit bocal. On s'ennuie et on le regrette. Pourtant, Auster est un écrivain brillant, intelligent, subtil, élégant et cultivé.
Lisez ses précédents livres.

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Mes autres billets en rapport avec Paul Auster et toute occurrence en lien : ici.

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Catégorie :
dimanche 27 août 2006
Alors que j’attends l’air de ne pas y croire, faussement blasée de crainte d’être déçue, l’arrivée du Petit oiseau blanc, dans son costume de carton, avec des fourmillements dans la tête, je suis passementée de haut en haut par une appréhension bien légitime quant au nombre de coquilles qui auront échappé à l’imprimeur, mal à l’aise à la pensée de tout ce qui lui fera fatalement défaut à cause de moi. Le pire sera ce dont je ne suis pas responsable. J’ai le sentiment de l’avoir abandonné. Puis, je me remémore les étapes de ma rencontre avec James Matthew Barrie, et je me dois d’être pleinement honnête. Bien sûr, je mentirai un peu, ici ou là, car la mémoire aime à retoucher son tableau, mais qu’importe si la vérité subsiste, entière, malgré les jolis détails qu’on lui adjoint pour la rendre plus présentable ? C’est une politesse. Un cadeau de prix de la part de quelqu’un qui ne ploie guère ses façons devant la sainte décence.
Ma grand-mère, qui n’a peut-être jamais existé ailleurs que dans mes cauchemars ou ma prose, appelait tout cela, les artifices de la pudeur et les manières gentiment tournées, des « trompe-couillons ». Au même titre que les parfums et les cosmétiques dont s’enduisaient les dames plus riches et mieux conservées qu’elle. Elle les jalousait de pied en cap. La haine était sa ferveur. La verdeur de son langage n’avait rien de tendre ou d’enfantin, car sa bouche croupissante était celle d’un ogre qui vous engloutissait plus sûrement que la baleine de Pinocchio. Il ne fallait pas la regarder sans ciller de crainte d’être prise dans ses filets rompus à l’exercice.
Acceptez-vous, par conséquent, que je vous couillonne un peu ? Tous ceux qui écrivent un peu plus que de raison, dans l’échec ou dans la réussite, ont ceci en commun d’être des acteurs dans l’âme. Le mentir-vrai et le faire-croire sont le propres des scribouillards de l’intime (quoi de plus illusoire qu’un journal intime de qualité ?) ou de la fiction. Ecrire, c’est tenir à distance. Tenir à distance, c’est se mettre de côté, réserver la meilleure part de soi (la chair tendre et faible), quelque part, pour le grand festin, tandis que l’on prête des idées et des sentiments à son ombre. Celle-ci va jouer quelques tours, devant vous, et regagner ses pénates. Rien n’est aussi vrai que ce qui est réputé faux par la mémoire et le témoignage des spectateurs. Réciproquement, les médecins légistes de l’écrit, les vaniteux blessés de l’autobiographie ne livrent, dans leur mièvrerie égotique, qu’un feu d’artifice de faux-semblants. Je le sais parce que je ne suis jamais aussi médiocre que lorsque je dis « je » en y croyant.
Si je n’avais pas été appréhendée, dans mon enfance, par mon propre reflet démultiplié à l’infini dans Le petit Chose*, si ma vieille peau de sale gosse attardé n’avait pas été mille fois attendrie par Dickens, quelques années plus tard, je n’aurais certainement pas eu l’oreille assez fine pour entendre son murmure plaintif. Et si cette ouïe avait été assez puissante, il est des chances que j’eusse été tentée de la rendre moins sensible, par peur. Tout simplement par la crainte de découvrir, ailleurs, une sentence bien frappée qui dirait mon sale petit secret. Qu’ai-je à cacher, pourtant, sinon rien de très évident ? Tous les enfants éclopés du monde entier reconnaissent cette langue particulière, qui est celle des exilés de ce que mon ami de toujours, Baudelaire, pauvre âme trempée dans la tourbe des adultes, n’appelait pas si inconsciemment vert paradis.
Mais le vert paradis des amours enfantines Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, Les violons vibrant derrière les collines, Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets, Mais le vert paradis des amours enfantines, L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine? Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs, Et l'animer encor d'une voix argentine, L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs?
Le vert est tout aussi bien celui de la jeunesse, imprégnée d’une sève vive et brûlante, que la couleur du cadavre à ses débuts, celui des souvenirs, vécus ou non. L’imaginaire est le croque-mort que j’exhorte à accomplir son ingrat labeur, avant qu’il ne soit trop tard. Je ne connais guère, à mon regret, Michael Jackson,
mais il a écrit et interprété une très belle chanson sur le sujet qui est le mien, My Childhood (Mon enfance), que m’a fait connaître un être sensible, ami de Barrie lui aussi, qui se reconnaîtra…
Have you seen my Childhood? I'm searching for that wonder in my youth Like pirates in adventurous dreams, Of conquest and kings on the throne... Before you judge me, try hard to love me, Look within your heart then ask, Have you seen my Childhood?

Jackson

Que l’on pense ce que l’on veut de lui, peu me chaut. Je l’admire d’avoir modelé une vie hors du commun, d’avoir atteint ses cieux inspirés en même temps que son inflexible enfer personnel. Avait-il le choix, un autre choix que la voie empruntée ? Il y a chez Jackson une fragilité presque métaphysique, qui alimente cette autre faiblesse, peut-être psychologique, qui se nourrit de cette enfance déficiente. A mes yeux, ce concept de résilience dont se gargarisent parfois un peu trop les psy-quelque-chose est un truisme. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Tout le monde connaît ce constat nietzschéen, voire darwinien. Mais qui se demande le prix de cette force de vie ou de survie ? Il serait fou de ne pas estimer avec précision la valeur de cette rançon exigée par la sur-vie…
La thèse de Cyrulnik concernant la résilience est simple : tout sujet qui sait résister au malheur et se construire une vie enviable est nécessairement comparable à la figure littéraire que l’on nomme l’oxymoron. Alliance de contraires. Dommage qu’il ne s’engage pas à penser davantage l’autre versant de cette réussite âprement constituée. Les bons sentiments de Boris Cyrulnik peuvent agacer, légitimement, mais sa thèse, pour simpliste et évidente qu’elle soit, expose une réalité que tous les personnages convoqués par ce billet du jour ont vécue. De là, à faire intervenir Cioran, qui exultait dans cette formule faussement blasphématoire :
« Lorsqu’on n’a pas eu la chance d’avoir des parents alcooliques, il faut
s’intoxiquer toute la vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus. »
J’ajouterai que ma haine profonde, instinctuelle, pour tout ce qui ressemble à la famille m’a sûrement sauvée de l’asile et m’économise, aujourd’hui, bien des peines et des désagréments. Une occlusion due à une tonne d’hypocrisies et de haines rentrées est le danger qui menace ceux qui plient. Au moins, je ne connaîtrais pas le léger tourment de conscience à l’idée de laisser crever dans leur pisse et leur merde mes parents. Qu’ils crèvent tous. Je suis fatiguée de jouer pour ces pauvres types. Pardon pour le plagiat. Cela m’importe moins réellement que la sauvegarde et la croissance de mon paradis intime. Je n’ai pas de cœur et je ne m’en porte pas plus mal.

Familles, je vous hais ! Qu’en est-il de la haine pour ces étrangers auquel le hasard vous a indéfectiblement liés ?

« Au soir, je regardais dans d'inconnus villages les foyers, dispersés durant le jour, se reformer. Le père rentrait, las de travail; les enfants revenaient de l'école. La porte de la maison s'entr'ouvrait un instant sur un accueil de lumière, de chaleur et de rire, et puis se refermait pour la nuit (…) — Familles, je vous hais ! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur. — Parfois, invisible de nuit, je suis resté penché vers une vitre, à longtemps regarder la coutume d'une maison. Le père était là, près de la lampe; la mère cousait; la place d'un aïeul restait vide; un enfant, près du père, étudiait (…) »

Gide, Les Nourritures terrestres, IV, I.

Certes, Gide est envieux de ces gens. Il y a toujours un peu de jalousie de la part de ceux qui n’ont pas goûté à cet état paisible de la joie domestique. Pourtant, la haine est davantage sincère que cette flammèche d’envie qui la parcourt et la chatouille de la pointe. Et puis le bonheur donne des responsabilités futures, qui entravent à jamais. La liberté est le bien le plus précieux. L’idée d’un dimanche en famille ou de vacances en compagnie d’oursins apprivoisés me paraissent plus insupportables qu’une séance chez le dentiste. Dieu merci mes crocs sont en parfait état ! Et je mords à la gorge. Faute de lait, je tête leur vice et leur sang gangrené. Serge Lama a parfaitement exprimé mon état d’esprit :

Lama Lorsque j’ouvre un livre de Barrie, j’entends des pleurs sourds. Bien sûr, il ne s’épanche comme le fait cet autre enfant que j’ai aimé en premier :

« Le vieux gymnase de l’école de marine est plein d’une ombre froide et sinistre. Par les grillages d’une fenêtre, un peu de lune descend et vient donner en plein sur le gros anneau de fer - Oh ! Cet anneau, le petit Chose ne fait qu’y penser depuis des heures-sur le gros anneau de fer qui reluit comme de l’argent... Dans un coin de la salle, un vieil escabeau dormait. Le petit Chose va le prendre, le porte sous l’anneau et monte dessus ; il ne s’est pas trompé, c’est juste la hauteur qu’il faut. Alors il détache sa cravate, une longue cravate en soie violette qu’il porte chiffonnée autour de son cou, comme un ruban. Il attache la cravate à l’anneau et fait un nœud coulant. Une heure sonne. Allons ! il faut mourir... Avec des mains qui tremblent, le petit Chose ouvre le nœud coulant. Une sorte de fièvre le transporte. Adieu, Jacques ! Adieu Mme Eyssette !... Tout à coup un poignet de fer s’abat sur lui. Il se sent saisi par le milieu du corps et planté debout sur ses pieds, au bas de l’escabeau. En même temps une voix rude et narquoise, qu’il connaît bien, lui dit : « En voilà une idée, de faire du trapèze à cette heure ! » Le petit Chose se retourne, stupéfait. C’est l’abbé Germane, l’abbé Germane sans sa soutane, en culotte courte, avec son rabat flottant sur son gilet. Sa belle figure laide sourit tristement, à demi éclairée par la lune... Une seule main lui a suffi pour mettre le suicidé par terre ; de l’autre main Il tient encore sa carafe qu’il vient de remplir à la fontaine de la cour. De voir la tête effarée et les yeux pleins de larmes du petit Chose, l’abbé Germane a cessé de sourire, et il répète, mais cette fois d’une voix douce et presque attendrie : « Quelle drôle d’idée, mon cher Daniel, de faire du trapèze à cette heure ! » Le petit Chose est tout rouge, tout interdit. « Je ne fais pas du trapèze, monsieur l’abbé, je veux mourir. ─ Comment !... mourir ?... Tu as donc bien du chagrin ? ─ Oh !... répond le petit Chose avec de grosses larmes brûlantes qui roulent sur ses joues. ─ Daniel, tu vas venir avec moi « dit l’abbé. Le petit. Daniel fait signe que non et montre l’anneau de fer avec la cravate... L’abbé Germane le prend par la main : « Voyons ! Monte dans ma chambre ; si tu veux te tuer, eh bien, tu te tueras là-haut, il y a du feu, il fait bon. » Mais le petit Chose résiste : « Laissez-moi mourir, monsieur l’abbé. Vous n’avez pas le droit de m’empêcher de mourir. » Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre : « Ah ! C’est comme cela ! » dit-il. Et prenant brusquement le petit Chose par la ceinture, il l’emporta sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses supplications... »
Daudet explore une veine autobiographique mais il ne perd pas pied. Je crois que l’autobiographie n’est acceptable pour le créateur et supportable pour le lecteur que si elle est revécue par celui qui l’écrit à la manière d’une fiction, où l’auteur peut remanier comme il le désire son passé, avec la distance et l’indifférence vermillonne d’un étranger. D’où la possibilité de la résilience. Il faut ronger la laisse, déporter en enfer la peau morte.

Mais Barrie pleure différemment. Trop subtil et trop assuré qu’il est de l’idée qu’il ne faut pas réveiller ce qu’il ne pourra pas rendormir, une ancienne douleur qu’il a colmatée avec de sacrés beaux mensonges. L’art, l’intellectualisation et surtout l’humour ou l’ironie dépersonnalisent et permettent au sujet singulier de se tenir à distance et de considérer son malheur comme détaché de lui-même.
Qui pourrait croire, en lisant l’hagiographie de sa mère, Margaret Ogilvy, qu’il aimait réellement cette femme ? Aimer sa mère au point d’en faire un dieu est selon moi à la mesure de la culpabilité qu’il ressent à la haïr. Je réserve cette analyse à un travail qui est en cours, mais je suis persuadée que cette femme fut nocive à l’extrême pour le petit Jaimie et sa sœur Jane Ann. Quelle mère digne de cette fonction accepterait que l’un de ses enfants sacrifie sa vie pour elle ? Barrie a combattu le complexe (inversé dans le cas présent) du Pélican de Strindberg.

Peter Pan était « L’enfant qui haïssait les mères ». Barrie était et n’était pas Peter Pan. Lisons le premier chapitre du livre consacré à sa génitrice.

« Le jour où je suis né, nous achetâmes six chaises cannées. Ce fut un événement d’importance, ramené à l’échelle de notre petite maison, mais cela représentait surtout une grande victoire dans la longue campagne d’une femme. La main d’œuvre qui avait été requise pour leur fabrication, le billet d’une livre et les trente-trois pennies qu’elles avaient coûtés, l’anxiété qui avait précédé leur achat, le spectacle qu’elles constituaient dans la pièce située à l’ouest, la froideur inhabituelle de mon père quand il les avait ramenées à la maison (son visage était pâle), tous ces détails étaient partie prenante de l’histoire que je devais entendre si souvent par la suite. J’ai participé à tant de triomphes de cette sorte lorsque j’étais enfant et, même ensuite, quand je fus un adulte, que l’arrivée des chaises me semble être un événement dont je suis en mesure de me rappeler, comme si j’avais sauté du lit le premier jour afin de regarder quel effet elles produisaient. Je suis persuadé que les pieds de ma mère faisaient tout leur possible afin de l’amener jusqu’à cette pièce, bien avant qu’ils ne pussent être assurés de leur stabilité. Et l’instant qui suivit, celui où elle se retrouva seule face à moi, on la trouva nus pieds dans la chambre à l’ouest en train de diagnostiquer une éraflure (qu’elle avait été la première à détecter) sur l’une des chaises, ou bien en train de s’asseoir royalement sur chacune d’entre elles, ou encore disparaissant et revenant sur ses pas ouvrir soudainement la porte, comme si elle avait l’intention de les prendre toutes les six par surprise. Et, alors, il me semble qu’un châle avait été jeté sur elle (et il m’est étrange de penser que ce n’était pas moi qui avait couru après elle avec ce châle) et elle fut fermement ramenée au lit. On lui rappela alors sa promesse de ne pas bouger. A ceci elle répondit que, probablement, elle s’était absentée, mais seulement un instant, et que l’on pouvait donc en conclure qu’elle n’avait pas quitté du tout son lit. Par conséquent, une petite part d’elle-même me fut révélée immédiatement : je me demande si, sur l’instant, je l’ai noté. Les voisins venaient afin de voir le garçon et les chaises. Je me demande si elle était sincère avec moi en affirmant qu’ils nous étaient semblables ou si je vis clair en elle dès le premier instant, car elle était si aisément transparente. Quand elle sembla d’accord avec eux sur le fait qu’il était impossible que je reçusse une éducation supérieure, me laissais-je abuser ou bien étais-je déjà conscient de la nature des ambitions brûlantes abritées par ce visage aimé ? Quand ils parlèrent des chaises comme d’un but rapidement atteint, étais-je si novice que ses lèvres timides fussent obligées de proclamer : « Elles ne sont qu’un début ! », avant même d’entendre ces mots ? Et quand nous fûmes laissés seuls en tête à tête, ai-je ri des grandes choses qui agitaient son esprit ou bien dut-elle m’en informer d’abord dans un murmure ? L’ai-je, ensuite, enlacée entre mes bras en lui disant que je l’aiderai dans ses projets ? Car il en est ainsi depuis si longtemps qu’il me paraît étrange qu’il n’en ait pas été toujours de même depuis le commencement.

Pendant six ans, tout fut matière à conjectures, et la femme que je vois et qui habite ces années-là est celle qui entra tout à coup en scène quand elles furent à l’agonie. Ses lèvres timides, ai-je dit, mais elles ne l’étaient pas à l’époque, mais elles le devinrent quand je fis sa connaissance. Le doux visage, ces années-là disent qu’il ne l’était pas autant alors… Le châle qui avait été jeté sur elle – nous n’avions pas commencé à la chasser avec un châle, nous n’avions pas fait écran avec notre corps entre elle et les courants d’air, ni pénétré sur la pointe des pieds dans sa chambre vingt fois pendant la nuit pour se tenir là pour la regarder dormir. Nous ne la voyions pas alors devenir petite, pas plus que nous ne tournions brutalement nos têtes quand elle disait d’un air étonné que ses bras avaient rapetissé. Dans ses moments les plus heureux, et jamais il n’y eut une femme plus heureuse, sa bouche n’était pas agitée par un tic soudain et les larmes n’emplissaient pas ses yeux bleus silencieux, dans lesquels je lus tout ce que j’ai jamais su et tout ce que j’ai à cœur d’écrire. En effet, lorsque vous regardiez dans les yeux de ma mère vous saviez, comme s’Il vous l’avait dit lui-même, pourquoi Dieu l’avait expédiée dans le monde. C’était pour ouvrir l’esprit de tous ceux qui se tournaient vers de belles pensées. Et ceci est le commencement et la fin de la littérature. Ces yeux que je ne peux voir avant d’avoir six ans m’ont guidé à travers la vie et je prie Dieu qu’ils puissent demeurer jusqu’au dernier jour mon seul juge sur cette terre. Ils ne furent jamais davantage mon guide que lorsque j’apportais mon aide pour la mettre en terre. Je ne pleurnichais pas parce que ma mère m’avait été reprise après soixante-seize ans d’une vie glorieuse, mais je me réjouissais en ce soir qui était le sien, devant sa tombe. Elle avait un fils qui était loin d’elle, parti à l’école. Je me rappelle si peu de lui, simplement qu’il possédait le visage joyeux d’un garçon, qu'il courait comme un écureuil jusqu’au somment d’un arbre et secouait les branches tandis que les cerises tombaient sur mes genoux. Quand il eut treize ans et que j’eus la moitié de son âge, une nouvelle affreuse arriva. On me raconta que le visage de ma mère était affreux dans son sang-froid, quand elle se mit en route pour se planter entre la Mort et son petit garçon. Nous nous dirigeâmes avec elle en direction de la colline qui menait à la gare construite en bois. Je crois que je l’enviais à cause de ce voyage dans ces mystérieux wagons. Je sais que nous jouions à ses côtés, fiers de notre droit à être présents en cet endroit, mais je ne m’en souviens pas. Je parle uniquement d’après ouï-dire. Son ticket était acheté. Elle nous avait dit au revoir avec ce visage combattant que je ne peux pas voir, quand soudain mon père sortit du bureau du télégraphe et dit d’une voix enrouée : « Il est parti. » Nous revînmes sur nos pas très silencieux et rentrâmes à la maison en montant la petite colline. Maintenant, je ne parle plus par ouï-dire. J’ai désormais fait à jamais la connaissance de ma mère. »

(Trad. rapide de Céline-Albin Faivre, je souligne.) Amour et haine confondus. Vérité et mensonge.

Culpabilité pressentie lorsque l’on relit les Carnets de Barrie et que l’on déchiffre (grâce au travail colossal d’Andrew Birkin) ceci :

« Histoire d’un amant qui, afin de faire plaisir à son aimée, tue sa propre mère et lui arrache le cœur. Il trébuche et le cœur sanguinolent dit ceci : "T’es-tu blessé, mon cher fils ?" »

Et de refermer, quelques instants, les pages de cet autre livre, celui de son existence, qui pourrait être aussi sœur de la mienne. * Les deux cariatides de mon enfance, Le petit chose et Le grand Meaulnes.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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