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vendredi 11 novembre 2005

Figaro littéraire de ce jeudi :
La Comtesse de Ségur : au bonheur des écrivains
L'auteur des Malheurs de Sophie et des Mémoires d'un âne n'a pas vieilli. Son univers délicieusement désuet continue d'enchanter les têtes blondes, et ses livres, constamment réédités, commencent à intéresser la critique littéraire et universitaire.
Par Michel Tournier, de l'Académie Goncourt
[10 novembre 2005]
PEUT-ON imaginer une plus somptueuse entrée dans la vie ? Sophie naît le 1er août 1799 - la même année que Balzac - le jour de la sainte Sophie, à Saint-Pétersbourg. On la baptise le 9 août dans la chapelle royale du Palais d'hiver avec pour parrain le tsar Paul Ier, un tyran déséquilibré et imprévisible, dont son père, Fiodor Rostopchine, était le premier ministre. En février 1801, Fiodor tombe en disgrâce. Il quitte Saint-Pétersbourg avec sa famille et s'installe dans sa propriété de Voronovo, à une cinquantaine de kilomètres de Moscou. Le 20 mars, un message impérial l'atteint : qu'il revienne d'urgence ! Il se précipite, mais, à Moscou, il apprend que le tsar vient d'être assassiné dans des circonstances effroyables par des conjurés. Il retourne à Voronovo et se consacre à l'exploitation de son domaine. Pour en hâter la modernisation, il fait venir toute une famille d'Ecosse - les Paterson - rompue à l'agriculture actuelle. La comtesse de Ségur utilisera ses souvenirs « écossais » dans son roman Un bon petit diable, dominé par la terrible Madame Mac Miche.
Le retour aux affaires de Rostopchine est favorisé par la grande duchesse Catherine, soeur du tsar Alexandre Ier. En mars 1812, il est nommé gouverneur de Moscou. Six mois plus tard, Napoléon marche sur la ville. Sophie - qui a treize ans - est réfugiée à une soixante de kilomètres. Elle est fascinée par les rougeoiements de l'horizon : Moscou brûle. On ne peut oublier que cette même nuit, Stendhal parcourait les rues embrasées de la capitale russe. Plus tard, les historiens s'accorderont pour tenir Rostopchine responsable de l'incendie de Moscou. Il publiera en 1823 un libelle pour se disculper.Pour Napoléon, c'est ensuite la retraite et la défaite. En octobre 1817, toute la famille Rostopchine s'installe à Paris, 21, rue du Mont-Blanc - devenue depuis rue de la Chaussée -d'Antin. Sophie a dix-huit ans, elle ne retournera plus jamais en Russie. Rostopchine ne passe pas inaperçu. Ogre bonasse et soupe au lait, il servira de modèle à sa fille pour le général Dourakine. Il illustre parfaitement le féminisme agressif de Sophie, décelé par Marc Soriano : tous les hommes sont des imbéciles - quand ils ne sont pas franchement scélérats -, l'intelligence et la sagesse étant des qualités exclusivement féminines. Chateaubriand écrit dans ses mémoires : « On a vu à Paris le comte Rostopchine, homme instruit et spirituel. Dans ses écrits, la pensée se cache sous une certaine bouffonnerie. Espèce de barbare policé, de poète ironique, dépravé même, capable de généreuses dispositions, tout en méprisant les peuples et les rois. Les églises gothiques admettent dans leur grandeur des décorations grotesques. »L'accueil qui est fait aux Rostopchine par l'aristocratie parisienne est mitigé : curiosité, admiration, mais secret mépris pour ces jeunes étrangères qui ne savent ni s'habiller ni se coiffer et parlent en roulant les r. Le jugement que Sophie porte sur les Parisiens est tout aussi nuancé. Le 15 août 1818, un fait divers scandaleux secoue la bonne société. On repêche dans la Seine le corps d'Octave de Ségur. Or, une lettre de lui circule : il s'est suicidé, désespéré par les infidélités de sa femme Félicité. Il laisse trois fils, Eugène, Adolphe et Raymond, dont l'aristocratie s'écarte désormais. Sans doute les émigrés russes sont-ils moins farouches, car Eugène est accepté comme mari de Sophie qu'il épouse le 14 juillet 1819 dans la chapelle privée du cardinal de la Luzerne, place du Louvre.
La comtesse de Ségur va avoir enfants et château - les Nouettes, près de Laigle. Sa vocation littéraire est tardive. Elle a cinquante-sept ans, le début de la vieillesse à cette époque, quand elle publie son premier livre, Nouveaux Contes de fées. Mais elle saura rattraper son retard. Elle écrit en moyenne deux livres par an. On peut dire d'elle ce que Flaubert disait de George Sand: elle met un point final à un roman et, s'il lui reste une heure, elle en commence un autre.
Cette œuvre immense charme par l'atmosphère brutale et rustique où elle plonge. Les fessées du Bon Petit Diable n'ont rien à envier à celles qui faisaient jouir Jean-Jacques Rousseau. On a souvent l'impression que la vieille Russie, avec ses neiges et ses traîneaux, n'est pas loin. On se pose des questions assez savoureuses sur la part de naïveté et la part de rouerie de la comtesse. C'est le cas, notamment, pour l'histoire assez noire qu'elle nous raconte dans son roman La Fortune de Gaspard, que Gérard Blain a magnifiquement adapté à la télévision.
Tout commence comme Le Rouge et le Noir, de Stendhal. Un brave homme de paysan maltraite son fils Gaspard qu'il surprend sans cesse plongé dans des livres. C'est qu'il a des ambitions et veut échapper à son humble milieu. Son modèle est un certain Féréor qui a créé, dans le village, une usine d'effilage et de profilage des métaux. Il est à la fois la providence du village qu'il fait vivre et un objet de haine, en raison de la dureté avec laquelle il exploite ses ouvriers. Tout le roman nous décrit la ruse et la bassesse dont fait preuve Gaspard pour séduire cet homme, lui-même dépourvu de tout sentiment humain. Finalement, il réussira à se faire adopter par lui, et leur «mariage» sera célébré par une messe à laquelle assistera tout le village abasourdi. Les sentiments de la comtesse à l'égard de ses héros sont indéchiffrables. On songe à la règle du jeu formulée par Flaubert à propos de son Dictionnaire des idées reçues: faire en sorte qu'à chaque ligne le lecteur se demande si on parle sérieusement ou si on se moque de lui, sans qu'il puisse jamais répondre à cette question.
Oui, le personnage et l'écrivain Sophie sont incomparables. Au milieu des ruines fumantes de la défaite de 1871, elle écrit à son petit-fils: «Dans peu d'années, nous serons comme le Phénix qui renaît de ses cendres plus glorieux que jamais.»
De la comtesse de Ségur, je ne me suis jamais détachée. Je reviens lui rendre visite une fois ou deux l'an, non pas par nostalgie mais par souci du présent, afin de constater si, oui ou non, je suis encore sensible à mes émois d'enfants, moi qui ne suis plus tout à fait une enfant. Ses livres sont un miroir pour mon coeur défaillant, parfois.
Je ne me lasserai jamais de sangloter en lisant Pauvre Blaise - qui est le livre, qui m'a le plus marquée - et je serais toujours remplie d'admiration en faisant un saut dans ce que je considère comme son livre le plus abouti, Après la pluie le beau temps. Et que dire de son conte Ourson ?
La cruauté de la divine comtesse est à son acmé dans certains de ses romans et je la trouve à la fois délicieusement perverse et moralement irréprochable (trop pour l'être véritablement ?).
La comtesse de Ségur habite mon imaginaire à jamais. Je ne serais pas tout à fait moi sans elle. Elle m'a aidée à passer le gué de bien mauvaises journées.
Mes romans préférés de cet auteur remarquable :
Après la pluie le beau temps
Pauvre Blaise
La soeur de Gribouille
Nouveaux contes de fées
Les mémoires d'un âne
Quel amour d'enfant !
Libellés :Comtesse de Ségur,enfance
dimanche 23 avril 2006
Apologie du "comic book" et défense implicite d’autres petits plaisirs solitaires…
(A propos de mon goût prétendument frivole pour les comic books, les mangas et certaines séries télévisées.)
Le plaisir de la lecture désintéressée est un plaisir d’enfant sans aucun doute. Aussi loin que je me souvienne, je parcourais les allées de mon premier âge avec un livre et un morceau de fromage de chèvre dans chaque main. Les croûtes me servaient de marque-page. Longtemps manger et lire furent deux activités fondues en un unique esprit, celui du remplissage. La lettre de cet état se manifesta plus tard, lorsque je me mis à écrire des histoires, afin de peupler un univers désespérément vide.
Peut-on solidifier une bulle de savon pour en faire une bille ?
Le petit Chose de Daudet est mon frère jumeau.
Je pleure avec Blaise
et suce dans ma bouche le pain noir destiné aux chevaux que Sophie la gourmande avale. Je souffre avec l’âne de la Comtesse de Ségur. Je suis un émule d’Enid Blyton. Je me perds et me retrouve dans la rose, puis la verte, parfois les deux en même temps et je forge mon « Ideal-Bibliothèque ». Je fus lectrice avant d’apprendre à vivre de l’autre côté de la couverture. Je ne suis pas sûre d’avoir réellement réalisé ce prodige.
et suce dans ma bouche le pain noir destiné aux chevaux que Sophie la gourmande avale. Je souffre avec l’âne de la Comtesse de Ségur. Je suis un émule d’Enid Blyton. Je me perds et me retrouve dans la rose, puis la verte, parfois les deux en même temps et je forge mon « Ideal-Bibliothèque ». Je fus lectrice avant d’apprendre à vivre de l’autre côté de la couverture. Je ne suis pas sûre d’avoir réellement réalisé ce prodige.
Seuls les enfants croient. Vraiment. Rien n’est supérieur à la croyance du bambin. Pas même celle du plus fanatique des crédules, pas même celle du plus borné des hiérophantes. Et cette croyance primaire et primordiale n’a pas d’équivalent dans l’âge adulte. Hormis, peut-être, dans le silence spatio-temporel de la lecture, dans cette faille ou pause que l’on creuse au sein des choses urgentes pour le seul plaisir de disparaître dans une jouissance éphémère mais essentielle.
Pendant le festin de l’imagination, nul autre bruit que la mastication des fictions. Absorber une histoire, c’est revenir à la source originelle. On peut manquer de père et de mère mais pas de fiction. Les siennes et celles des autres. Les unes nourrissent les autres et réciproquement.
Entre mon livre préféré et une enfance reconstituée, mon choix est instantané. Ma famille est littéraire ou, pour le moins, fictionnelle. Je donne la main à tous les orphelins de la littérature. Qui voudrait avoir des parents quand on peut avoir à la place la mère universelle, la littérature ?
Sans que la raison ne les détourne ou ne leur donne des scrupules, les lecteurs (ou les spectateurs) entrent en fiction en déposant les armes de la raison. Si tel n’est pas le cas, le conte est mal fagoté ; le plat est brûlé.
Les histoires ont besoin d’une foi absolue pour œuvrer en nous (travail de compensation, de consolation, de catharsis). C’est une mise en parenthèse de la réalité pure et dure. En tout cas, celles qui suscitent un plaisir qui fait appel à l’imagination tout entière, exclusivement, et à l’oubli de soi et du monde extérieur.
Le comic book est plutôt dépouillé : c’est l’histoire à l’état brut, l’histoire pour l’histoire, l’os dénudé, qui vise essentiellement un plaisir immédiat. Et solitaire. Bien sûr.
L’amour que l’on porte à un personnage de fiction est excessif, et surtout parfait en lui-même, car il ne répond à aucun autre critère (extérieur) ou finalité que ceux (intimes) inventé par le lecteur, mais dont il n’est pas toujours conscient. Amour muet, fini, et parfait, par conséquent, qui renvoie à l’amour premier, plus tard déçu, celui éprouvé à l’égard (« à l’encontre », pourrait-on dire sans exagération) de la mère, qui racontait des histoires au petit enfant … L’amour des histoires est une forme de l’amour du monde intérieur, souterrain, le sien. Le plaisir de la lecture est un plaisir animal, déraisonnable, utérin. Pénétrer dans l’histoire, c’est se retrouver dans le ventre de la mère, dans le silence, l’entendement anesthésié et les sens reposés. On retient sa réflexion pour croire, le temps infini de la lecture.
Les super-héros encapés rassurent, car ils sont, par leur fonction et leur valeur de modèles, déjà morts. Un modèle ne peut évoluer car il se doit, afin d’être imité, d’être immobile et identique. Or, dans le monde non-fictionnel, l’identité n’existe pas, pas plus que l’âme, sinon par convention ou abus de langage. Spiderman ou Batman ont une identité, eux ; or, ce qui vit n’a pas d’identité, car l’existence est l’apprentissage de la contradiction, avec soi, avec le réel. Vivre, c’est se mouvoir. Les contradictions des héros de comics font partie de leur identité, elles ne se surajoutent pas de l’extérieur.
Il n’y a donc pas de risque avec les personnages de fiction d’être chagrinés, pas comme avec sa propre mère ; on peut aimer sans arrière-pensées, sans souci d’être grondés ou déçus. Toutes les variations que peuvent leur faire subir les contingents, sans cesse renouvelés, de scénaristes et de dessinateurs, ne peuvent changer cette réalité immuable, qui doit l’être afin de servir de repère à un monde toujours supposé chaotique. Tous les héros de comics ont, par conséquent, ce point commun : ils sont morts avant même de vivre par intermittences, dans les clignements d’œil du lecteur, et ils nous invitent dans leur cimetière intérieur, qui est aussi pour le lecteur un univers de substitution, confortable et aseptisé. Ils sont figés, puisqu’ils sont le modèle d’eux-mêmes ; ils ne se nourrissent pas du monde extérieur, pas plus qu’ils ne le subissent, puisqu’ils sont le monde dans lequel on pénètre, un monde qui emprunte des traits au monde ou à la société des « êtres-non-lecteurs », mais qui est maîtrisé par la puissance ou la raison des superhéros.
Daredevil, l’homme sans peur, est l’image la plus honnête (et caricaturale – cette dénomination n’est pas critique) de l’univers sécurisant qu’il incarne. Aucun des super-héros ne connaît réellement la peur – point commun le plus flagrant- car ils sont immortels (ils peuvent faire semblant de croire le contraire) et le risque qui les menace est toujours un risque de surface, de forme, qui n’altérera pas leur identité, y compris dans leurs échecs ou mutilations physiques ou psychiques éventuels. Or, ce dont a peur l’homme de la « vraie vie », c’est de la perte de son identité – quand bien même elle ne serait qu’un leurre auquel il se raccroche, ce que je crois – dont la mort n’est qu’une espèce. L’univers du soap, à l’instar de celui du comic, est un monde où la notion de tragique n’a , à première vue, pas de place ou de sens (à moins d'en réformer la signification immédiate, celle que le sens commun lance à la cantonade), à peine subsiste-t-il un espace pour l’absurde. L’humour, lui-même, ou précisément le comique (puisque le genre tire son nom de là) vient de la répétition. Ce sont des mondes où le doute et la peur de la perte qu’il engendre n’existe pas. Version moderne de l’enfer ? Peut-être… Ou illustration glacée et probablement un peu biaisée de l’éternel retour nietzschéen ? Le retour du même, librement consenti par le sujet, est la plus haute affirmation de la volonté de puissance. Ce « oui » donné à l’éternel retour et qui efface les vaines discriminations entre le bien et le mal, Nietzsche le célèbre sous le nom d’amor fati. La liberté s’épanouit dans l’adhésion à une nécessité irrationnelle dont la volonté assume joyeusement la charge : « Je suis moi-même le fatum, et depuis des éternités c’est moi qui détermine l’existence »…
Le plaisir de la lecture, en général et en particulier (ici, dans le comic), est celui de la confiance que l’on accorde aveuglément. Succédané de la confiance première, celle de la mère. Le personnage de fiction est le gardien (1) d’un univers intact, il ne trahira pas le lecteur (personne n’en connaît sûrement d’aussi vicieux…), surtout pas s’il est un archétype comme l’est le héros de comic. Il est donc un utérus artificiel et fantasmatique dans lequel on se repose et on se berce…
Le super-héros ne meurt pas. Le lecteur se restitue, se raccommode, dans son être et dans son antre.
(1) Watchmen est, à cet égard, un très bon titre… Le gardien est celui qui sait regarder et le lecteur, lit dans son regard…
mercredi 4 avril 2007
"Les questions ne sont jamais indiscrètes, mais parfois les réponses le sont".
Qui pourrait contredire, sur ce point comme sur bien d'autres, cet esprit remarquable qu'était Oscar Wilde ? Vanessa est si jolie - je l'imagine ainsi, car son journal est bien délicat et il ne peut en être autrement- que j'accède à sa demande concernant un questionnaire (un de plus qui traîne sur le net pas très net), mais je vous préviens que c'est la dernière fois ! Comprenez bien que je suis atrabilaire et que j'aime ma tranquillité. J'ai horreur des sujets imposés. Je ne sais pas danser sur le même rythme que les autres et, quand j'essaie avec de la bonne volonté, je me tords les chevilles. Pardonnez-moi de ne pouvoir mieux m'acquitter de la tâche.
De plus, j'ai déjà plus ou moins répondu à ces questions et j'ai dressé une autre liste ici. Ce préambule étant achevé, je crois que les livres aimés ou haïs en disent plus long sur nous que nous ne le pensons. Il est également vrai que cette aveu en forme de liste n'est pas tout à fait authentique dans la mesure où je pourrais fournir d'autres réponses tout aussi légitimes.
- Les quatre livres de mon enfance :
Mon enfance fut indigente et je n'ai de cesse de la raccommoder.
Lire était un acte de provocation qui ne pouvait s'accomplir sans danger et toujours en cachette, de jour comme de nuit. Je suis née chez des illettrés pour qui les mots devaient cogner sur la gueule plutôt que vous éclabousser joyeusement la pupille. D'où ma répugnance à verbaliser de gorge. Mais j'eus quelques marraines de papier et ce privilège changea la destinée de Miss Holly tête de bois, coeur de sucre et âme en verre pilé. Depuis, le carrosse ne s'est jamais changé en citrouille. Ouf !
Je me souviens cependant parfaitement des livres d'Enid Blyton
et, sur ce point, je ne puis guère être originale, puisque je partage ce penchant un peu coupable (Enid Blyton n'était pas une styliste inoubliable) avec les gens de ma génération. Toutefois, je crois que je puis avouer que ses livres m'ont permis de tenir dans mon cachot et que, bien des années après, j'ai racheté ces anciennes éditions en occasion (je désirais les couvertures d'époque), afin d'entretenir ma mémoire et ma colère. J'aimais beaucoup les îles qu'elle faisait surgir avec beaucoup de facilité et je m'en inventais aussi quelques-unes avant même de connaître Sea Cook. Claude, le personnage du Club des Cinq, était une jeune personne que j'aurais aimé être. Les enfants étaient plus fortiches que les adultes dans ces divers livres et c'est ce qui me plaisait.
Le Petit Chose d'Alphonse Daudet, parce que c'est moi, dans les moindres détails. J'en ai parlé ici en long et en large, mais pas tant que ça. Je ne dirai rien de plus à son sujet, car ce serait en dire trop à coup sûr. Je me souviens simplement de mon choc en découvrant, pour la première fois, que mes pensées et mes sentiments n'étaient pas originaux et pouvaient être réverbérés par un étranger, qui, soudain, m'offrait une enclave de normalité au sein de ce monde étrange où j'avais germé trop vite.
La case de l'Oncle Tom de Harriet Beecher Stowe (en version non abrégée, bien sûr). J'aimais les sacrifices d'enfants, comme celui de l'ange blond, Evangeline. J'ai toujours été un peu sadique. Pourquoi aurais-je dû être la seule à souffrir ?
"Adieu, enfant bien-aimée ! les portes brillantes, les portes éternellessont closes sur toi. Nous ne reverrons plus ton doux visage ! Malheur àceux qui l’ont vue entrer aux cieux lorsqu’ils se réveilleront, pour ne plustrouver que le jour terne et gris de la terre, et toi, sa lumière, à jamaiséclipsée !"Les Quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott (avant de découvrir, bien plus tard, à mon soulagement, qu'il y avait quatre romans et non pas seulement cette moitié que j'avais lue), La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder ou la série Anne et la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery conservent toute ma tendresse aujourd'hui encore.
- Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore :
Louis-Ferdinand Céline ;
James Matthew Barrie ;
Mervyn Peake ;
Marcel Proust, car lui et moi nous n'en avons pas terminé. Inutile de justifier la présence des trois autres tant elle est évidente pour ceux qui me connaissent un peu.
- Les quatre auteurs que je ne (re)lirai jamais :
Virginia C. Andrews. Adolescente, j'avais été captivée par sa saga des Fleurs captives. En effet, ces ouvrages publiés par les éditions J'ai Lu sont terriblement mal écrits et destinés à des écervelées. Beaucoup d'ouvrages ont été publiés après la mort de son auteur, car son nom est devenu une sorte de franchise ! Mais l'histoire était et demeure fascinante à mes yeux : une mère qui enferme ses quatre enfants dans un grenier pendant des années, afin de palper un gros magot et qui, peu à peu, les empoisonne à l'arsenic. Il est aussi question d'inceste et de relations plus ou moins perverses.
95 pour 100 des "auteurs" vivants. Les mauvais choix de lecture, assez rares, sont les fautes que je me pardonne le moins.
- Les quatre livres que j’emmènerais sur une île déserte :
Non pas parce que ce sont mes livres préférés, mais parce qu'ils me paraissent capables d'être lus et relus, avec des plaisirs divers, je mettrais dans mon baluchon :
L'homme sans qualités de Musil (oeuvre majeure, stimulante, déroutante, que l'on peut ouvrir à n'importe quelle page) ;
Tom Jones de Henry Fielding (j'ai de la sympathie pour ce bâtard et Fielding possède un sacré esprit) ;
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (encore lui !) ;
La phénoménologie de l'esprit de Hegel (parce que j'aime me torturer ou, plus exactement, parce que c'est une oeuvre qui demeure mystérieuse pour moi malgré mes lectures).
- Les quatre premiers livres de ma liste à lire :
J'ai des centaines de livres en attente et je n'exagère, hélas, pas. Je me shoote aux livres (et à autre chose). Alors, je pioche parmi les derniers achetés (depuis mon retour de Londres ; oui, je suis consciente que je ne suis pas raisonnable) :
- Les quatre derniers mots d’un de mes livres préférés :Je préfère les débuts, je suis désolée.Alors, je choisirai ceci :"Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute."ou ceci :"Whether I shall turn out to be the hero of my own life, or whether that station will be held by anybody else, these pages must show. To begin my life with the beginning of my life, I record that I was born (as I have been informed and believe) on a Friday, at twelve o'clock at night. It was remarked that the clock began to strike, and I began to cry, simultaneously."
Merci à Vanessa de m'avoir fait subir cette petite torture. Je vous recommande chaudement son journal.
Je romps la chaîne ici et ne passe le flambeau à personne.
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