dimanche 19 mars 2006
De tous les romans de James Matthew Barrie, le diptyque qui met en scène le personnage de Tommy Sandys constitue peut-être l’exhibition la plus impudiquement pudique de l’auteur. On comprendra que son épouse, Mary Ansell, ait pu lui demander de censurer certains passages trop intimes.
Tommy est un homme qui ne peut le devenir, condamné à l’enfance, par quelque impossibilité mystérieuse. Il ne peut se résigner à quitter le domaine de l’enfance dansante et chantante.
« Pauvre Tommy ! Il était toujours un garçon, essayant quelquefois, comme à présent, d’être un homme. Mais, toujours, quand il regardait autour de lui, il revenait en courant à son enfance, comme s’il la voyait lui tendre les bras pour l’inviter à jouer de nouveau. Il était si épris du fait d’être un garçon qu’il ne pouvait grandir. Dans un monde plus jeune, où il n’y aurait eu que des garçons et des filles, il eût été un noble personnage. »
Mais il demeure l’unique seigneur d’un royaume déserté par tous les autres. Tout le monde passe le gué de l’enfance. C’est une loi de nature. A moins que la nature ne vous oublie, ce qui semble avoir été le cas de Jimmy, tant psychologiquement que physiquement.

Le génie de James Matthew fut peut-être de renverser les rôles et de travestir causes et conséquence, de transmuer une impossibilité en désir et en refus.
Tommy et Grizel
Grizel, je semble être si différent de tous les autres hommes ; il semble y avoir quelque malédiction planant sur moi qui me rend incapable de vous aimer à leur manière. Je veux vous aimer, mon adorée. Vous êtes la seule femme que j’aie jamais désiré aimer, mais, selon toute évidence, je ne le puis. J’ai décidé de continuer ainsi, parce que cela me semble la meilleure chose pour vous. Mais est-ce le cas ? (…) Je vous avouerais tout et je vous laisserais la décision, mais la crainte que vous puissiez croire que je veux partir me retient (…) Je pense que je vous aime à ma façon, mais je pensais que je vous aimais à leur façon. Et cette façon est la seule qui ait de l’importance dans leur monde, qui n’est pas vraisemblablement pas le mien.

(chapitre XV)
"Cela ne signifiait pas que je n’aimais pas vos livres, dit-elle. Mais je vous aimais davantage et je pensais qu’ils vous faisaient du mal.
- A l’époque, j’avais des ailes, répondit-il et elle sourit. Elles sont bien déplumées à présent, n’est-ce pas, Grizel ? demanda-t-il d’un ton badin et il se tourna pour qu’elle examinât ses épaules.
-Il reste beaucoup de plumes, Monsieur, dit-elle. Et j’en suis ravie. Je n'avais de cesse de les arracher. Mais, désormais, j’aime savoir qu’elles sont toujours là, car cela signifie que vous demeurez dans la réalité, non pas parce que vous ne pouvez pas voler, mais parce que vous ne le voulez pas.
- J’ai toujours de petits combats avec moi-même, laissa-t-il échapper d’un air enfantin, bien que ce ne fût pas une chose qu’il eût besoin de lui dire. "
Et Grizel pressa sa main pour lui faire comprendre qu’elle le savait déjà aussi bien que lui.
(chapitre XXXIV)

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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