mercredi 8 mars 2006




Il était une fois une fille de dix-huit ans. Elle écrivait comme on se mouche. Il y a longtemps. Elle est morte.

*


Je plains les gens normaux ; il me semble que je ne pourrais pas me contenter de cet état. La marginalité est mon vison. Je suis la lady de la crasse et du malheur. Zola contre Stendhal. J’exècre la littérature des courbettes et les romans du baisemain, je n’oserais même pas me torcher avec les mots nés dans des lits bordés par des draps de satin. Le dénuement est propice aux sentiments exacerbés. Impossible d’aimer et de haïr à l’aise corsetée dans les particules et les conventions.
Cet excès d’introspection me perdra mais, ma drogue, c’est l’observation de ma petite personne ; je bichonne chaque recoin de mes souffrances passées, et je racle dans ma mémoire détails et arrières pensées, comme l’on récurerait le fonds goûteux d’une casserole ; je ne gaspille rien du mal qui m’a été fait, ni de celui que j’ai inévitablement commis. Si je n’étais pas rancunière et si ma mémoire n’était pas excellente et au-dessus de tout soupçon, je serais crevée depuis belle lurette.

*


Maintenant que la grand-mère s'était taillée, je commençais progressivement à déchanter : la mort des autres n'a que l'attrait de la nouveauté ; et, plus c'est difficile, plus on s'habitue vite, sinon on crève. Je devinais lentement, dans ma poitrine,  les bourrades de la solitude, le vide et l'angoisse qui se renversaient et s'étalaient en moi comme un verre d'eau que l'on vient d'échapper, les rideaux de la confusion se détachaient par petits morceaux, sèchement, imperceptiblement. La salle était vide, les amis, spectateurs de ma souffrance regagnaient leur vie à petits pas, à reculons, et je restais seule sur une scène sans décor, sans texte ni mise en scène à apprendre. C'est la première fois de ma vie où je me suis sentie seule et orpheline, je n'étais plus un acteur, je vivais réellement tous ces événements. Je suis devenue l'auteur de ma vie et cette situation n'est excitante que dans l'imagination de ceux qui ne sont encore que des interprètes et qui le demeureront peut-être toute leur vie. Il faut croire, si l'on se fie aux événements qui arrivèrent,   que je n'étais pas appelée à faire partie de cette race inférieure de besogneux. Etre interprète ne nécessite que du talent et une certaine docilité de l'esprit, être un auteur demande du génie et une force surhumaine pour se supporter soi-même sans les étais que sont les autres.  L'auteur accepte le désordre et la malpropreté, il est continuellement en chantier, et ce chantier n'est autre que sa propre personne qu'il déconstruit et remet en état suivant ses humeurs et son inspiration du moment. Seulement, voilà, pas d'architecte, pas de maître d'œuvre, l'auteur est seul et il le sait ; sa grande supériorité, son visa pour le royaume des élites n'est fait que cette conscience qui n'est pas, pour lui,  une douleur insurmontable mais, parfois, un plaisir et un élan pour vivre. Tous les hommes sont seuls, mais très peu assument cette condition ; ils le pressentent forcément, quand ils ne sont pas trop stupides, mais ils s'ébrouent, ils se débarrassent d'un coup de tête de ce genre d'idées et se frottent, se réchauffent, contre les autres.  Le génie n'est pas uniquement à la portée des monstres et des fous ; l'humanité entière a été tissée sur cette trame, mais malheureusement le courage lui manque la plupart du temps pour être digne de cette révélation.  Un auteur qui n'aurait pas de génie n'existe pas ;  les ratés ne sont que des êtres qui n'ont pas assez cru en leurs rêves. L'impossible est dans les mains du premier crétin venu s'il a ne serait-ce qu'un peu de cette foi en lui.  A défaut de foi, il y a le whisky. N'ayant pas découvert les vertus de l'alcool - le grand-père n'ayant jamais pris le soin de faire mon éducation de ce côté-là -,  je suis condamnée à la foi, et par conséquent au génie, au suicide ou à la médiocrité sublime des ratés.  Depuis longtemps, j'ai choisi la troisième voie.
Pire, je suis en passe de devenir un être joyeux.
Heureusement, l'atavisme me sauvera.  J’y compte bien.

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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