vendredi 4 août 2006

Un manga de Kaori Yuki. Je lis des mangas* avec parcimonie. Mais je suis coupable de m'adonner, une fois ou deux par trimestre, à ce plaisir. Pardonnez-moi. Cet appétit d'oiseau pour ce met est dû à deux raisons principales, l'une prosaïque et l'autre d'ordre esthétique. Les mangas, en général, s'étendent sur un nombre important de volumes, qui peuvent aller jusqu'à la cinquantaine ou pire. Le prix d'un tome avoisine les 8 euros, parfois moins. Les histoires avancent souvent à pas de nain. Le genre exige cette lenteur, je suppose. Nous sommes proches de la réalité du feuilleton, bien qu'il existe des séries au sens strict du terme. Le lecteur potentiel de mangas est noyé par une pléthore de titres médiocres. Certes, il est des exceptions judicieuses. Toutefois, ne comptez guère moins de 5 volumes; 20 étant une moyenne. A moins d'adorer une série, je ne me sens pas d'humeur à investir autant pour un simple divertissement de la pupille car le problème se situe bien là. Peu de mangas présentent, à mes yeux, un réel intérêt. Les titres se multiplient miraculeusement mais l'on retrouve souvent un schéma identique et une construction mille fois reproduite, sans réelle originalité en ce qui concerne le trait de crayon et l'histoire. Toutefois, des artistes comme Urasawa ont su créer des séries palpitantes, à l'insoutenable suspense (Monster, 20th century boys) sans parler des maîtres que sont Tezuka (le dieu incontestable ; ne manquez pas de lire sa biographie en bande-dessinée chez Casterman) ou Taniguchi. Il en est d'autres. En cran en-dessous, des mangaka comme Tsukasa Hojo déploient des récrits encrés dans une veine humaniste et tendre (La mélodie de Jenny) qui portent à la tendresse, à l'amour et à la considération du prochain... Et que dire de Leiji Matsumoto qui a créé un univers entier autour d'une seule idée (j'exagère à peine) ? Toutefois, il est des titres encore plus éloignés du manga d'auteur, ainsi que nous aimons l'appeler, qui ont emporté sans réserve mon attention - pour de bonnes ou de mauvaises raisons : Fruits basket de Natsuki Takaya ou Nana de Ai Yazawa. Le premier est un récit goûteux, léger, mais pas inconsistant. Je suis émerveillée par la douceur du ton. Le second s'apparente davantage à un roman-photo bien que plus cru. Count Cain [on devrait d'alleurs le nommer Earl Cain, car "count" désigne un comte européen, alors que Earl désigne le même rang mais d'origine britannique !] en 5 volumes (suivi de God Child en 8 volumes) est mon préféré de très loin. Il est plus ambitieux et dépourvu de mièvrerie. Il est publié chez Tonkam, un éditeur qui n'est pas toujours à la hauteur de son travail... Il s'agit prétendument d'un Shojo (manga romantique, destiné aux jeunes filles ou femmes) par opposition au Shonen. Il existe d'autres espèces comme le Yaoi, par exemple, qui est un manga mettant en scène des relations homosexuelles masculines. Empreint de fureur et de folie gothique, dans une atmosphère victorienne, côté sombre, version bas-fonds, le héros est un enfant illégitime (comme il se doit) honni par son père. Devenu grand, il s'intéresse de près aux poisons et devient versé dans cet art maudit. Son père a d'ailleurs tenté de l'assassiner par ce biais. Les cinq premiers livres relatent des histoires indépendantes (bien que certains faits soient indispensables pour la suite de l'histoire) où il est question de meurtres, de suicides, d'actes ignobles. Cain mène des enquêtes au coeur d'événements sordides, horrifiques, étranges et répugnants, qui ont parfois, comme c'est le cas pour les romans d'Agatha Christie, pour trame une comptine... La suite concerne plus précisément le destin de Cain. Cette histoire est haletante. Le climat est délétère. Une merveilleuse rose noir ! Une fleur des champs en enfer ! 
 *Signifie étymologiquement : image dérisoire, irresponsable...

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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