vendredi 4 mai 2007
La fin du voyage approche...
Il serait vain de croire pouvoir tout dire et tout montrer ici. Il faut préserver un peu d'inconnu pour le livre à venir et laisser errer mon désir de raconter.
Si, un jour, vous allez rendre visite à Barrie, dans ses terres, je vous recommande le Lochside Lodge and Roudhouse Restaurant, non loin de Kirriemuir - dans la ville même de Barrie, rien ne me fit envie en terme de logement provisoire, excepté sa maison natale ou Strathview ! Il n'y a que 6 chambres dans notre repaire, meublé en pin ciré (mon goût, j'adore les meubles de ce style-ci), de manière absolument charmante. J'espère y retourner en 2010 pour les célébrations barriennes prévues - si Dieu me prête vie. La cuisine est excellente - oubliez vos préjugés ! - et l'endroit situé dans un lieu idyllique, en face d'un loch (sans monstre marin apparent, sinon des journalistes de Channel 4 qui nous ont filmés !) :

Il eût été dommage de ne pas profiter de notre voiture de location pour visiter les alentours ; c'est ainsi que nous nous découvrîmes un château de contes de fées cruels comme j'aime à les rêver. Et, je vous contredis de suite, avant que votre langue ne se déplie en bouche : il y a un lien avec Barrie ! Petit, mais réel.
L'atmosphère me prit de court dès l'entrée, dans l'immense allée qui semble taillée sur un continent entier et que nous remontâmes, avec nonchalance, dans notre Ford noire. L'entrée se fait par le "Portail du Diable". Oui, le château de Glamis (ne prononcez pas le "i"), est une merveille, un avant-goût, peut-être, des frissons que j'espère éprouver à la visite, bientôt, de ceux de Louis II de Bavière, que ma Fauna appelle le "Roi des Contes", elle qui est, incontestablement, la reine des miens et de ses chanceux lecteurs. Je parlerai un jour de la passion que je partage avec mon amie pour Ludwig

et Elisabeth.

Ce château, outre le fait d'être le lieu où Elizabeth Bowes-Lyon ou si vous préférez la Reine Mère Elizabeth (la mère d'Elizabeth II, elle-même la mère du Prince Charles - précision pour ceux qui ne sont pas férus de généalogie, mais tout de même...) passa son enfance et où la Princesse Margaret, sa fille, naquit (le lien avec Barrie est là*) est réputé pour être celui qui est le plus hanté de toute l'Ecosse - ce qui n'est guère étonnant si l'on considère les meurtres qui s'y déroulèrent et autres abominations. Il est aussi, vous le savez, en lien avec la pièce de Shakespeare, Macbeth. Ce dernier étant le Thane [un seigneur féodal] of Glamis. Ce souvenir impose déjà une certaine pression sur l'imaginaire et je me fais l'effet d'un étrange médium d'une autre époque, si lointaine qu'il me faut un long sommeil pour me souvenir et dériver dans les limbes.
Il y aussi Defoe (un espion à la solde des anglais, le saviez-vous ?) ou bien Walter Scott qui ont écrit sur ce château. Nous sommes au confluent de plusieurs histoires, réelles et imaginaires.
Croyez-le ou non, mais j'ai eu une expérience étrange dans les lieux, aventure que je choisis de ne point évoquer ici, de crainte de paraître encore plus fantasque que d'ordinaire. J'ai tout de même été approchée par deux présences particulières pendant mon séjour en Ecosse.
Sachez simplement que je me suis entichée, depuis, de l'histoire de Janet Douglas que je m'apprête à vous conter ici même, trop brièvement, car le temps m'est autant compté que celui de Hook.
Vous trouverez ici des chardons d'Ecosse, des roses d'Angleterre et les lions de la famille Lyon. Vous traverserez une crypte, vous serrez retenu en otage par une côte de maille, dégoûté par d'horribles têtes de gibier empaillées, ici et là, et une main vous serrera la nuque sans pour autant vous la briser. "La" fameuse chambre secrète, qui a fait couler tant d'encre, se situerait dans l'épaisseur des murs de la crypte. Dans cette pièce, l'un des seigneurs de Glamis aurait joué aux cartes avec le Diable lui-même... Aujourd'hui cette pièce est murée à jamais. Mais il en existe d'autres... L'une d'entre elles aurait abrité le "monstre de Glamis", le fils premier-né des arrière-arrière-grands-parents d'Elizabeth, la Reine Mère. Il aurait été difforme et caché toute sa vie ou bien noyé. Aucune trace de sa tombe... Personne ne sait s'il s'agit d'une histoire réelle ou d'une légende ; un livre de James Wentworth Day, The Queen Mother's Family Story, accrédite la thèse de l'histoire véridique. Bien avant lui, dans les cercles (pré-)victoriens, on discutait de l'événement. En 1880, par exemple, un article anonyme de la célèbre revue All The Year around, évoquait la découverte macabre d'un maçon... On dit aussi que de nombreux visiteurs, de nuit, furent dérangés par un géant aux longs cheveux, à quatre heures du matin... D'autres prétendirent qu'il était de la taille d'une pince à linge... Les divers Comtes de Strathmore, qui se succèdèrent comme des dominos, refusèrent de discuter de la chose et cela encouragea la rumeur. Mais elle n'avait pas besoin de ce silence pour se faire grosse.


C'est de la chapelle dont, toute ma vie, je me souviendrai. Non pas que je sois pieuse ou simplement croyante. Mais la Dame Grise hante les lieux et l'on suppose qu'il s'agit de Janet Douglas (même si la chapelle n'existait pas à son époque), Lady Glamis, la malheureuse, rendue aveugle par l'obscurité de sa cellule et brûlée à Edimbourg, en 1537, condamnée pour sorcellerie... C'est James V, le cruel, qui fut responsable de son destin tragique. Depuis ce jour, il est une chaise au fond de la chapelle sur laquelle personne ne s'assoit, sa chaise.

Personne.
Personne.
Personne.

Personne, exceptés ceux qui en ressentent une irrépressible envie et qui n'ont pas une main pour les tirer en arrière... Que leur advient-il ensuite ?

Je n'ai pas le coeur de vous conter l'histoire du petit garde mort de froid, par une nuit d'hiver, qui fait maintenant trébucher les visiteurs...
Promenons-nous ailleurs ! Inventons d'autres légendes.

Les jardins du château sont tellement vastes que vous n'en ferez pas le tour. Ils ont des visages multiples : sauvageons ou tracés à l'italienne, parfois entourés d'un mur ou traversés d'un ruisseau chantant, marqués ici et là de limites, qui sont celles de la propriété intime des habitants actuels... Je ressentis une béatitude rousseauiste.



Le cimetière des animaux (vous savez à quel point j'aime ces endroits) des Maîtres des lieux :



Un arbre à la Rackham :


Des spécimens de veaux des Highlands, très remarquables avec leur frange qui leur tombe dans les yeux, mais visiblement très craintifs, puisque je n'ai pas réussi à établir un contact avec eux, malgré mes tentatives aussi bien en français qu'en anglais...


A ma vue, ils s'enfuirent tous.





Venez visiter ce blog admirable tout entier consacré à l'Ecosse !

* Dans sa dernière pièce, The Boy David, Barrie utilisa une petite phrase de la Princesse Margaret et promit à cette dernière de lui verser des droits d'auteur, à chaque représentation. Elle le connut dès l'âge de... trois ans. Elle disait de Jamie : "Il est mon ami le plus noble et je suis son amie la plus noble." En mars 1937, deux mois après la fin de la pièce, le roi George VI envoya à Barrie une lettre le menaçant de poursuites si la dette n'était pas acquittée. Barrie adorait ce genre d'humour et prépara la somme (55 pennies !) mais mourut avant de pouvoir les remettre en mains propres à l'intéressée...
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Le grand spécialiste barrien, le seul et l'unique, l'admirable Andrew Birkin, le merveilleux auteur de Lost Boys, est en, ce moment même, en train de faire des découvertes qui me bouleversent concernant Michael Llewelyn Davies et son ami Rupert Buxton, tous deux noyés. Je vous en dis davantage très bientôt. Il ne s'agirait finalement pas d'un suicide, d'après sa savante autorité. Je traduis ce qu'il m'a transmis, partagé sur le forum ANON et déposé sur son site, aussi vite que possible ! Merci à Andrew d'être le gardien du passé de Barrie, de ses ombres et de ses lumières.

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