mardi 2 octobre 2007
... je vous écris ces quelques lignes.

[Louis Wain et un de ses amis...]

Ma belle amie Fauna, la reine des royaumes sombres, parce que, justement, elle n'est que lumière, guide mes pas depuis que je ne suis plus ici. Je travaille dans un théâtre d'ombres et me plais à m'imaginer sous les traits d'un horloger des viscères littéraires ou d'un docteur des revenants. Viennent, dans ma retraite, me rendre régulièrement visite Jim, Mélanie, Siréneau, Marie, et l'irrésistible Robert qui traverse la Manche en imagination.

J'ai le sentiment, quoi qu'il advienne, d'avoir conquis une terre inconnue en moi. Apprendre une langue étrangère (le chinois, souvenez-vous) et se découvrir un second cœur, siamois du premier, par le contact d'un violon, voici qui était encore improbable lorsque j'ai déposé mes premières brassées de roses ici. Notre existence colimaçonne plus qu'on ne l'imagine. A chaque fois que je me visse dans un lieu, je m'enfonce toujours davantage. Un petit cran supplémentaire et je découvre, émerveillée, une autre profondeur à ce monde. Je vis en spirale.



J'ai reçu des témoignages trop chaleureux, trop nombreux, parfois de personnes inattendues (je songe, en particulier, à un réalisateur et à une femme écrivain que les bourrasques d'automne ont poussé jusqu'ici et qui ont pris la peine de m'écrire pour m'encourager), depuis que j'ai soufflé aux quatre vents les pages de cet album, pour ne point me donner des petits pinçons de regrets d'avoir fermé la porte de ce JIACO. Non pas que je juge que cette très petite chose faite de mots, de sons et d'images ait une utilité pour moi ou pour les autres. Au contraire, ce serait sa contingence qui lui donnerait son sens. J'aime les paradoxes apparents, qui révèlent leur vérité lorsqu'ils sont deux fois pensés. Mais, voilà, je sens poindre comme une peur et un remords affreux : négliger ceux avec qui j'ai tissé des liens d'amitié. En témoignent les courriels orphelins, qui attendent une réponse qui tardera encore faute de temps. Alors, ce billet est un gage de fidélité pour ceux qui ne m'oublient pas (l'incomparable Jean-Christophe, ma précieuse amie E., Xavier, Alexandre, Wictoria, Jean-Claude, Nicolas, Simonne, Claire et bien d'autres... sans omettre Frédéric, qui ne sait pas à quel point je suis heureuse d'avoir fait sa connaissance. Je vous engage à lire son premier roman dont je parlerai un jour. Son journal, en devenir, est ici.)

Je pense également à vous, n'en doutez jamais. Je vous demande pardon de ne pouvoir sortir du brouillon de mes phrases pour vous dire tout ce que mon esprit porte de tendresse pour vous.

Le volume Barrie devrait paraître en septembre 2008 et il me reste encore beaucoup à faire. Et ceci n'est que le profil du monstre apprivoisé qui habite mes jours.

Je profite de ce passage ici, pour partager avec vous une très belle photographie envoyée de nouveau par Sandrine Sénéchal. Qu'elle soit remerciée de tout coeur ! Elle est notre Marraine et découvre toujours de jolis petits trésors.




[Cliquez pour agrandir l'image.]



Elle me précise qu'elle a été prélevée dans les archives du San Fransisco Examiner et que cette photographie de presse, en date de 1931, est identifiée par cette légende : "Marion Clayton as Peter Pan and Mary Jane Higby as Wendy at the Currau, Jan 6."


Incidemment, je promets à tous les lecteurs du site Barrie des mises à jour importantes avant la fin de l'année et l'ouverture de "La Société des amis de James Matthew Barrie", société qui sera franco-britannique. D'ores et déjà, ceux qui veulent adhérer à ce "Club" peuvent m'écrire avec leurs coordonnées postales à cette adresse.

Il me paraît aussi intéressant de mettre en exergue cet article consacré au père de Barrie, déniché par le merveilleux Andrew Birkin.



[Cliquez pour agrandir l'image.]


Dans cet article, il est question de la figure paternelle de Jamie que j'ai depuis le premier jour ressentie comme absente, pour ne pas dire porteuse d'un silence très significatif. Je l'ai toujours plus ou moins identifiée avec celle du père de Tommy dans le roman éponyme : un contour vide. Cet article nous présente une autre image du père : un homme cultivé, vif d'esprit, voire admirable. Barrie aurait tiré de lui sa douceur, son aspect délicat et sa force tranquille. Cependant, ceci ne suffit pas à réformer mon jugement sur l'influence sans partage exercée par la mère sur le génie en devenir que fut ce petit garçon qui écrivait des histoires dans son grenier. Mais ceci constitue, sans nulle doute, un petit contrepoids à l'opinion reçue, de même que le père semble avoir été le faible antidote à l'amour probablement excessif d'une mère pour son fils.

Je me suis éloignée du motif premier de ce billet d'outre-tombe.


Le problème en question est un problème de temps (une journée hollyesque est une course éperdue, une fièvre de cheval, un échec permanent car je ne fais pas le dixième de ce qui était prévu) et un problème de frontière, celle entre l'intériorité et l'extériorité de mon univers fantasmatique. Gageons un instant que je puisse dans le futur tout concilier, lorsque j'aurai pris un peu de distance. Et j'entends mon ami Jim dire qu'énoncer ce jour équivaut à penser au jamais.

Entre toujours et jamais.


"La nuit, quand le pendule de l’amour balance entre Toujours et Jamais,
Ta parole vient rejoindre les lunes du cœur et ton œil bleu d’orage tend le ciel à la terre."
Paul Celan
La conséquence de ce qui précède en serait l'écriture de quelques billets que je posterais ici, de temps à autre. On ferait comme si j'avais fermé la porte de la cave et comme si, néanmoins, de temps en temps, s'échappait de dessous la porte des effluves rémanents de mon univers intérieur. Sans rien compromettre d'autre. Gratuitement, épisodiquement. Des raptus, des impromptus. Je ne suis pas là, mais la porte est entrebâillée.


Aujourd'hui, mon dessein était simplement de vous signaler la naissance du journal de mon ami Jean-Sébastien.

Il m'a offert l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse offrir à une amie de M. Barrie, l'ombre de Peter Pan qui orne mon "Musée Barrie".


Faites-lui bon accueil.

*************************

« Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
nous le buvons midi et matin nous le buvons
la nuit
nous buvons nous buvons
nous creusons une tombe dans les airs on n'y
est pas couché à l'étroit
Un homme habite la maison il joue avec les
serpents il écrit
il écrit quand vient le sombre crépuscule en
Allemagne tes cheveux d'or Margarete
il écrit cela et va à sa porte et les étoiles
fulminent il siffle ses dogues
il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser
une tombe dans la terre
il ordonne jouez et qu'on y danse. »
Paul Celan

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