mercredi 30 avril 2008
Avertissement(s) :
Première page du voyage.
Holly se présentera souvent à vous sans fards - c'est le cas de dire, je ne me maquille jamais -, décoiffée, mal fagotée et souvent crottée, pas trop comme il faut (elle gueule plus qu'elle ne parle). Elle est tout à fait ridicule la plupart du temps, mais elle s'en moque complètement, parce que c'est l'Aventure, n'oubliez pas. Hélas, les "héros" de la vie réelle et moderne n'ont pas le maintien parfois aristocratique des chasseurs d'épaves ou de trésors que l'on rencontre dans les livres. Mais... Mais... Vous verrez bien si vous me suivez jusqu'au bout.
Tout a été filmé en direct, rien n'a été préparé, alors parfois je trébuche sur les mots et les idées qui affleurent. Je voulais partager avec mes proches amis mes émotions immédiates. Alors, parfois, mon français et mon anglais laissent à désirer.
La qualité des vidéos est obligatoirement dégradée parce qu'elles seraient impossibles à télécharger sur un serveur autrement et je n'ai pas le temps de les retravailler pour le web. De plus, c'est de la vidéo très amateur, de même les photographies, alors... fermez les yeux.

***

Jeudi 24 avril
Nous avons pris notre Eurostar à la gare du Nord,



voyageant en bonne compagnie d'un couple d'anglais traditionnels, à qui je demande précision quant à la prononciation que je sais « irrégulière » de « Keighley ». Mais je préfère vérifier ce que j'ai lu dans les livres... Le « gh » se prononce comme un « th ». La femme me donne d'abord une mauvaise réponse, puis s'avise auprès de son mari, qui rectifie. Elle m'explique qu'entre les diverses régions d'Angleterre les prononciations divergent et que même les anglais entre eux ont parfois du mal à se comprendre.
Digression :

Voici ce que j'appelle un anglais traditionnel, mais il n'en existe pas beaucoup, je crois, seulement dans notre imagination. Admirez le parallélisme des valises, le port et le parapluie. Reprenons.
La femme a la peau ridée, dans le décolleté qu'elle laisse entrevoir, le ventre rebondi des caprices de la vieillesse et l'homme, qui semble plus jeune mais ne l'est pas, a le nez couperosé. Il boit peut-être. Ils ne s'adresseront pas plus de trois fois une parole rapide et efficiente pendant la durée du voyage. Cela signifie soit qu'ils n'ont plus rien à se dire soit qu'ils communiquent par télépathie. Ils n'ont pas l'air hostiles l'un envers l'autre ni même indifférents.
Non loin de nous, en face à face, un couple de français, d'origine malgache peut-être. Elle, plutôt belle. Mais d'un milieu social que je juge assez bas, eu égard à la tenue vestimentaire et au relâché désagréable du langage et des manières.
Je ne suis pas Jane Austen, mais j'ai l'oeil acéré. Y compris en ce concerne mes propres négligences.
La femme sort, sans gêne, un sein après l'autre, sous le prétexte de nourrir un enfant qui a bien six mois et qui ne tète pas. La scène choque quelques puritains de mon genre. Il me paraît de mon devoir d'aller informer la femme qu'il est des politesses élémentaires, mais M. Golightly grince des dents - car, lui, est un gentleman et il sait que mon attitude serait encore plus vulgaire que la sienne. Je ronge mon frein.
Nous arrivons dans la nouvelle gare de St. Pancras,



propre, éblouissante, neuve. L'anglaise qui nous a aimablement informés en matière de linguistique reviendra sur ses pas pour nous souhaiter un beau voyage. Elle a semblé intéressée et ravie lorsque je lui ai expliqué le but de mes divers déplacements. Demain, il faudra changer à Leeds et au retour, le dimanche, à Leeds et à York.


Nous éprouvons quelques difficultés à comprendre le système ferroviaire anglais, alors que nous nous mettons en quête des billets de train pour le lendemain, à Haworth. Mais, en vérité, ce sytème me semble meilleur que le nôtre.
Notre hôtel se situe, pour cette première nuit, en face des Jardins de Kensington. La brochure de l'hôtel dit – mais ce n'est pas la vérité vraie – que « It is widely believed that James M Barrie wrote his famous story of Peter Pan sitting on a bench where the hotel now stands. » « Widely believed »? I don't think so ! Where didn't Barrie write Peter Pan? Tell me!
Nous retournons aux Jardins

à la recherche des fameuses pierres tombales dont il est question à la fin du Little White Bird. Nous nous sommes égarés la dernière fois.
Malgré les instructions très précises d'Andrew Birkin, l'entreprise s'avère un échec absolu. Peut-être dimanche ? Pour mon anniversaire ?
Un écureuil gris tourne autour de moi après que j'ai invoqué le nom de Sir James Matthew. Est-ce celui que j'avais vu l'année dernière ? Quelle est la durée de vie d'un écureuil gris ?
En tout cas celui-ci s'approchera assez près de moi pour déposer un baiser mouillé et frais sur mon index droit. Le fait est que cet écureuil est celui qui m'indiquera, quelques jours plus tard, l'emplacement des pierres...
Faut-il revenir sur le lieu de ses jours très heureux ? Ou abîme-t-on ce qui était beau ? Non, j'ai trop confiance en notre sens du bonheur, en notre exigence quant à l'instant présent pour redouter cela.
Je m'en vais chatouiller les orteils de Peter Pan et faire le pitre, puisque l'Orangery is closed - une fête privée s'y prépare.

Nous repartons, le coeur léger et lourd à la fois, sans savoir que nous sommes passés près des pierres sans les voir... Maintenant, je sais que le rire entendu derrière notre dos était le leur.
Je remarque, le soir, sur Oxford Circus, à quel point les jeunes anglaises chics peuvent être délurées. La londonienne argentée porte un sac à main Dior, une robe noire classe, et des escarpins à talons aiguille. Elle m'impressionne grandement, moi, qui suis complètement avachie dans mes petites ballerines d'enfant et qui ai l'allure d'un vieux pot à tabac.
Petit arrêt au Starbucks café couplé avec un magasin de livres – je ne dis pas librairie, je suis trop respectueuse –, Borders.
Les serveurs parlent à peine l'anglais, moins bien que moi (c'est dire ! Mais je le comprends très bien, en revanche...) et toutes les professions de ce genre sont exercées par des immigrés. Il me demande mon prénom pour inscrire sur le gobelet en carton en attente, je réponds, d'humeur malicieuse : « Jane Austen ». Il me regarde ahuri et je renonce.
La première journée à Londres s'achève.

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Holly Golightly
Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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