lundi 14 juillet 2008
Rétrojournal : dimanche 6 juillet 2008 – Baden Baden (Brenners Hotel)

Lorsque je quitte mon « home », ce n'est jamais sans ressentir certains tourments qui sont propres, je le suppose, à ma complexion de femme-enfant, attachée à son terrier, à ce joli trou de serrure découpé sur la terre des hommes, par lequel je me faufile dans certains lieux à l’entrée invisible à la plupart. Mon mari me faisait remarquer, pendant le long trajet en voiture, qui nous amena jusque là, que j'étais une sirène des abîmes. Je vis dans les encaissés, dans les souterrains de mon royaume psychique, souvent volets fermés, ce qui a toujours interloqué, voire dérangé, les voisins ou même les amis, pourtant au faits des us et coutumes de mon royaume d'ombres. Il me demanda si j'allais pouvoir survivre à autant de lumière pendant cette semaine à passer en Allemagne (en Forêt noire, puis en Bavière). J'ai ri de cette plaisanterie, qui n'en est une que jusqu'à une certaine profondeur, qu'il connaît mieux que personne, qu'il creuse et qu'il n'effleure que de la pointe tactile de sa bienveillance extrême, ce sentiment que seul l'amour véritable sécrète sans même s'en rendre compte.
Oui, comment survivre ?
Il faut d'abord un bel endroit, propice à mes contemplations intérieures et extérieures, pour façonner mes colimaçons mentaux, avec de belles pensées presque matérielles, à mettre dans mon « chosier », et puis un lieu où je peux vivre et m'étourdir suffisamment pour ne pas penser à mon home. M'étourdir comme on le fait avec un gourdin pour assommer un moineau. Un lieu de substitution en somme, donc un hôtel. Il faut qu'il soit maternel et distant, nourricier et putain.
Ici, le Brenners, le plus bel hôtel de la ville, très certainement.
Je sais d'emblée si je serai bien où non dans un hôtel. Question d'atmosphère, équilibre entre ce qui pèse et ce qui libère. Parfois, cela ne tient qu'à l'épaisseur des moquettes ou bien à des manques si infimes qu'ils n'existent que pour moi (une faute de goût quelque part, la sensation que l'on a sacrifié à certaines petites imperfections, l'habit du voiturier ou bien celui du groom qui comporterait des faux plis). Le portier est presque insolent, en réponse à mon propre manque de tact et de classe, lorsque je remarque qu'il parle français – j'entends un solide français, propre et direct, un peu narquois sur les dernières syllabes des mots – et qu'il me rétorque : « En quoi est-ce étonnant ? Vous le parlez bien ! » J'entre dans le lieu et je sais que j'y serai bien. Les plafonds sont hauts, le décor est celui d'une fin de siècle, qui avait beaucoup de moyens. Il y a un bar cosy, avec des recoins un peu obscurs. Je pourrais aller y boire un Martini à deux heures du matin, si j'ai soif. Je ne le ferai pas : je ne bois pas - … - et je dors très bien, mais j'aime l'idée, passionnément, car telle une lampe d'Aladin que l'on frotte, elle fait surgir d'emblée un génie, une autre persona, un dédoublement de moi : une fille en violet, qui fumerait des cigarettes aussi minces que les talons trop hauts de ses chaussures, perdue dans cette ville languide, petite, compassée, mais en tous point délicieuse. Et je serais une fille tout aussi délicieuse appartenant à une ville charmante.
Mais je ne suis qu'en transit dans l'existence. Mais certaines escales ont une saveur forte, dont le goût se répandra sur d'autres moins extraordinaires.
L'endroit me fait songer à certains films de Resnais, comme L'année dernière à Marienbad.
Nous ne sommes venus ici que parce que l'endroit et plus précisément l'hôtel sont attachés à la personnalité de Louis-Ferdinand Céline, le premier écrivain qui ait autant importé pour moi et le seul devant qui j'aurais des comptes à rendre si un jour je devais publier quelque chose...
Céline est venu ici en 1944, pendant l'été, fuyant la France et ceux qui l'auraient tué, assurément. Il y est venu avec Lucette et Bébert, sans oublier La Vigue. Il s'est promené à l'endroit même où nous avons marché, cet après-midi, peu après notre arrivée : Lichtentaler Allee, un des plus beaux chemins qu'il m'ait été donné de suivre, celui qui surpique l'Oos.

Il y a de belles roseraies [Vidéos, quand j'aurai le temps, promis].

C'est une des fiertés de la ville. Les roses me ramènent à une idée, celle de l'île aux Roses de Ludwig II… Il y a mille chemins pour se retrouver dans mes labyrinthes.
Nous nous sommes promis de longue date de refaire la route d'exil de Céline, jusqu'à Sigmaringen et nous nous y tiendrons autant qu'il nous sera possible de le faire.

Il faut lire, par exemple, Nord pour avoir une description de cet hôtel, de la période, des personnages qui ont participé à cette histoire. Et puis je me moque de ceux qui ne comprennent pas Céline
Et puis maintenant j'ai envie de dormir et de faire connaissance avec cette fille en violet, qui boit des martinis rouges, au midi de sa vie, en pleine nuit.


Rétrojournal : lundi 7 juillet 2008 [vidéos dès que possible, là encore...]
Nous avons grimpé un peu sec pour aller à la rencontre de la maison de Brahms,


un petit deux pièces, où il composa ou mis le point final à certaines de ses œuvres les plus célèbres. Lieu qu'il a investi afin d'être proche de Clara.

La vie est belle, parfois, d'être si triste. Passion malheureuse mais essentielle, afin de sculpter son propre échec, peut-être. Il avait une vue magnifique [vidéo plus tard, si vous êtes patients] pour un prix modeste .



Nous avons fait ployer et émincé notre silhouette le long d'un sentier qui sentait le passé, le tilleul et la mélancolie apaisée. Les tilleuls et les saules pleureurs sont mes arbres préférés ; je pense qu'ils ont été les gardiens de mon enfance. La maison de Brahms est sur une place éponyme qui n'a guère de charme, comparée au centre de Baden Baden - qui est une jolie petite ville riche, idéale pour une convalescence, si bien que j'en suis tombée un peu malade, afin d'en expérimenter les vertus. Une ville de bord de mer sans la mer, une ville d'eau, une ville de vacances. Une ville, où les amoureux, vieux ou jeunes, se donnent la main couramment. Une ville qui aime les chiens.
La maison de Brahms est l'aboutissement d'un chemin creusé dans un mur, dirait-on. Il faut monter de rudes escaliers de pierre, frôlés par la végétation un peu sauvage, un peu hybride. On sonne et une dame vient vous ouvrir. L'entrée est si étroite qu'il faut presque sauter sur l'escalier, de suite, l'un après l'autre, de crainte d'être coincé dans l'entrée. La maison est modeste, mais certainement vivante. Le masque mortuaire de Brahms s'y trouve, des fac-similés de partitions, que j'ai trouvées assez torturées par l'écriture, difficiles à déchiffrer, pour moi en tout cas.
Je songe à mon professeur de solfège, à qui j'aimerais demander, si je l'ose, de m'enseigner aussi le piano. C'est une dame posée et extravagante dans sa vêture, une dame qui me plaît, car ses gestes sont élégants et répondent à l'étroitesse stylisée de son corps de danseuse.
La musique est ce qui m'a fait défaut toute ma vie et j'ai beau m'être mise à la leçon et au violon, elle ne sera jamais ma compagne intime, je le sais, je le regrette.
Il est temps de rentrer, de s'attarder au bar pour saisir des atmosphères un peu fanées, outrepassées, et puis on rentrera à la chambre. Les lits seront défaits en triangles isocèles,

les chaussons posés sur des tapis de lits et l'endroit bordé pour la nuit par des mains anonymes qui prennent soin de nous. Un mystérieux carnet m'accompagne partout...

Un grand hôtel a quelque chose de maternel et j’aime infiniment cela.
Ce soir, je vais rêver de lui, certaines notes en tête.

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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