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mercredi 15 décembre 2010
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance.
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance, parce que je n’ai jamais été un enfant.
Je n’ai jamais perdu la mémoire de l’enfance, parce que je n’ai jamais cessé d’être un enfant.
Je ne sais pas ce qu’est l’enfant. Je sais ce qu’il n’est pas.
Je sais simplement quel cœur, quel esprit et quel abîme je portais en moi lorsque j’avais l’âge d’être cet enfant.
De cette nuit éternelle, indistincte et sans fond, je sentais palpiter le cœur de l’abîme, et j'avais dans ma bouche le goût de cette eau sourde et profonde, cette salive de mort ardente.
Mais le temps n’est pas lorsqu’on est éternel et, lorsqu’on ne l’est plus, il coule en nous.
L’éternité est une mémoire sans souvenirs.
L’enfance est désormais une fiction pour ce double dénaturé de l’enfance : l’ogre adulte qui se repaît des heures et de la chair de l’enfant poète.
Aujourd’hui, seule la révolte me sied. Seuls la guerre et le crime m'importent. Il n'y a rien de vivant sinon cette violence nécessaire contre soi-même et les autres : le désir. Les gens qui implorent le calme et l’immobilité me dégoûtent. Ils puent la mort. Il n'y a, en ce monde, absolument aucune raison d'être en paix. Être en paix, c'est abdiquer notre raison d'être la plus pure, notre pure raison d'être. Vivre, c'est fouetter au sang nos plus grands remords.
Il me fallait de l'irrémédiable pur. Il me fallait ressentir en moi le galop de l'effroi.
Que l’on ait eu une enfance heureuse ou terrible, peu importe, car ce qui compte, c’est le pouvoir de régénération propre à cette époque des possibles infinis et presque inhumains, pouvoir dont on a été dépossédé, qui s’évanouit peu à peu avec le temps, par le fait de l’expérience, du vécu et de la découverte de ces deux monstres que sont l’échec et la peur. Ce pouvoir, cette chutzpah, ce sens de la réconciliation de soi à soi s’écoule goutte à goutte pendant l’enfance sans que rien ne puisse mettre un terme à cette hémorragie. Ce qui est réellement perdu (« wasted » autant que « lost »), c’est toujours simplement le désir réel, celui qui ne peut s’exprimer que dans ce présent éternel des enfants, qu’ils sont les seuls à vivre, à percevoir et à gaspiller sans états d’âme. L’innocence que l’on attribue aux enfants n’est peut-être que cela : une sauvagerie à nulle autre pareille qui consiste à mettre en pièces le monde des adultes. [Et je songe à la magnifique adaptation du classique de Sendak par Spike Jonze...]
On peut bien trouer l’univers des enfants, accabler leurs constructions imaginaires de tous les maux, ils finissent toujours par faire ressusciter leurs mythes intimes, ceux dont ils ont réellement besoin pour construire leur identité. Ils y parviennent toujours, jusqu’au jour où le prodige définitivement prend fin : le mythe se fane, s’effrite puis s’effondre, tombe en poudre, mais il demeure le socle sur lequel s’élève le sujet dépouillé des attributs de la royauté de l'enfance. Peut-être que cela n’advient pas brutalement, peut-être ne sont-ils pas attentifs aux prodromes du changement, mais un beau jour ils se retrouvent les mains vides et les ponts entre le château d’enfance et leur être sont à jamais brûlés. Pour la majorité d’entre eux, en tout cas. D’autres, à la fois bénis et maudits, demeurent pris, pour une part, dans ce présent éternel dont rien ne viendra jamais les sevrer. Les artistes appartiennent à cette catégorie de maudits magnifiques ; car il y a bien pire que grandir (et accepter, in fine, de guerre lasse, de mourir et d’épouser notre destin d’homme), c’est ne jamais expérimenter la perte et de vivre dans l’illusion du possible-phénix. Pour aimer parfaitement, il faut perdre totalement l’objet aimé, qu’il soit réel, matériel ou une simple construction imaginaire. Le tragique, c’est que le grandir implique l’impossibilité du retour en arrière, vers ce paradis si bien mis en vers par Wordsworth, mais que le non-grandir comporte lui aussi une malédiction peut-être encore plus grande : devenir une caricature de soi-même, un automate à l’intérieur d’un vivant de façade. Faire vivre ce petit royaume, caché dans la grande demeure de l’adulte est toute la difficulté de l’adulte fait, son œuvre et le seul mérite que l’on puisse réellement lui attribuer. Il faut que l’éternité du présent de l’enfance tienne dans la temporalité de l’adulte ; il faut que la sensibilité et l’instinct commandent à l’intelligence, sans néanmoins neutraliser cette dernière. Certains êtres sensibles, certaines trempes d’artistes ratés ne sont guère profondes ni solides car elles appartiennent à des êtres incapables de distinguer la fiction créatrice du mensonge fait à notre nature, c’est le refus pur et simple du réel, cette mauvaise foi terrible qui consiste à nier la raison pour n’exaucer que les vœux du cœur ardent, celui qui a la foi ; d’autres usent de la raison comme d’une déesse et vampirisent la sensibilité à son profit. Je ne sais lequel de ces deux genres de personnalités est le plus à plaindre et la plus stérile. Il faut la communion de ces deux facultés et l’imagination fait la navette entre les deux. En cela, je demeure très kantienne. En cela, j’ai accepté d’être mère.
Fatalement, cela devait donc se terminer ainsi.
{Clin d'oeil à ma très chère amie Virginia, qui sait pourquoi...}
Nous sommes donc mère, chère Holly G. / Céline, et nous ne sommes point différente. Personne ne change. On ne fait que développer ses potentialités autour d'un irréfragable centre de gravité. On découvre peu peu une identité, la sienne. Une identité et ses leurres.
Il n'y a pas de métamorphose. J'étais déjà celle que je suis lorsque j'étais une enfant.
Le monde est simplement plus large sur les bords et, surtout, bien plus dangereux. J'annexe une toute petite île à l'autre, celle qui me porte, celle que je suis... Je signe mon arrêt de mort également.
C'est l'une des plus grandes aventures de mon existence. Non ! Une pure folie ! Et je jouis d'elle à chaque heure du jour et de la nuit. Je suis invincible. Je suis heureuse. Je me découvre autant mortelle qu'immortelle, car j'ai enfin accepté de perdre mon éternité.
J'ai toujours su que la naissance et la mort étaient jumelles et revendiquaient l'une et l'autre leur tribut, tôt ou tard. M. Golightly et moi-même, nous l'avons presque payé comptant le jour de la naissance de cet enfant, né sous les auspices de James Matthew Barrie, qui pour une fois s'est trompé - de peu, de justesse, cependant... :
« Que la mère doive mourir au moment même où l’enfant paraît enseigne, je pense, une grande leçon de sérénité. C’est comme s’ils se frôlaient pendant leurs voyages : quand l’un vient, l’autre part. Comment ne pas les entendre se saluer ? La naissance et la mort sont les voyages pendant lesquels nous sommes le plus confiant ; nous ne le sommes jamais autant dans l’intervalle ; tout semble si facile au début et à la fin. » (Trad. C.-A. F.)
Nous sommes donc mère (et père, cher M. Golightly...) et cela ne change rien. Nous sommes les mêmes mais différemment.
Il n'y a pas de métamorphose. J'étais déjà celle que je suis lorsque j'étais une enfant.
Le monde est simplement plus large sur les bords et, surtout, bien plus dangereux. J'annexe une toute petite île à l'autre, celle qui me porte, celle que je suis... Je signe mon arrêt de mort également.
C'est l'une des plus grandes aventures de mon existence. Non ! Une pure folie ! Et je jouis d'elle à chaque heure du jour et de la nuit. Je suis invincible. Je suis heureuse. Je me découvre autant mortelle qu'immortelle, car j'ai enfin accepté de perdre mon éternité.
J'ai toujours su que la naissance et la mort étaient jumelles et revendiquaient l'une et l'autre leur tribut, tôt ou tard. M. Golightly et moi-même, nous l'avons presque payé comptant le jour de la naissance de cet enfant, né sous les auspices de James Matthew Barrie, qui pour une fois s'est trompé - de peu, de justesse, cependant... :
« Que la mère doive mourir au moment même où l’enfant paraît enseigne, je pense, une grande leçon de sérénité. C’est comme s’ils se frôlaient pendant leurs voyages : quand l’un vient, l’autre part. Comment ne pas les entendre se saluer ? La naissance et la mort sont les voyages pendant lesquels nous sommes le plus confiant ; nous ne le sommes jamais autant dans l’intervalle ; tout semble si facile au début et à la fin. » (Trad. C.-A. F.)
Nous sommes donc mère (et père, cher M. Golightly...) et cela ne change rien. Nous sommes les mêmes mais différemment.
Ainsi, nous pourrons continuer à médire des mères sans que l'on nous accuse, désormais, d'être aigrie ou frustrée de ne point avoir d'enfants... Nous pourrons parler en connaissance de cause, sans trahir, toutefois, la clique des Enfants Perdus, car nous en sommes et en serons toujours. Cette fraternité s'écrit avec le sang de l'imaginaire et le souffle des âmes abandonnées. J'ouvre la main et j'aperçois cette ligne de vie coupée court qui, soudain, s'anime, se prolonge, m'échappe et vient mourir ou naître dans cette autre main, sa petite main...
***
Ces quelques lignes, qui constituent une faire-part, doivent être lues en écoutant ceci – comprenne qui pourra...
***
Ces quelques lignes, qui constituent une faire-part, doivent être lues en écoutant ceci – comprenne qui pourra...
Et, si je n'ai point le temps de vous écrire un billet digne de ce nom avant Noël - car je me suis déjà remise à mon travail barrien et ne désire point être une mère au rabais -, je vous souhaite à tous et à toutes un merveilleux 25 décembre.
{Merci à Lily pour ce Nid de Grives si parfaitement trouvé...}
{Merci à Alice pour ses délicates attentions, sans cesse renouvelées...}
lundi 11 octobre 2010
"La vie n'est rien auprès de nos raisons de vivre..."
Albert Caraco est un drôle de type. Du genre que j'aime – et pas à moitié.
Je ne remercierai jamais assez mon ami Pierre de m'avoir fait rencontrer ce livre.
Je ne remercierai jamais assez mon ami Pierre de m'avoir fait rencontrer ce livre.
Caraco ne cherche pas à plaire et le lecteur sait d'instinct qu'aucune prise réelle sur lui n'est possible : il demeure sur une île taillée à ses seules dimensions, inaccessible à ce que le reste du monde peut bien penser de lui. Ce n'est pas une pose ; il y a une liberté absolue chez lui qui ne peut qu'indisposer le plus grand nombre. Je suis certaine que la plupart des lecteurs diront qu'il est un homme du ressentiment, aigri, malheureux, malsain, etc., sans jamais avoir le soupçon qu'il est simplement au monde comme un naufragé, séparé des autres comme de lui-même. Et même bien plus de lui-même que des autres.
Il sait vivre, lui !
Là où (mon très cher et estimé) Cioran, par exemple, fait montre d'une irrésistible drôlerie, Caraco est dépourvu de tout humour, (presque) de tout pathos ; c'est une créature à sang froid : il est objectif et chirurgical. Il ne se réfugie dans aucun asile, pas même celui de la littérature ; la littérature est sa patrie, mais il ne semble tirer d'elle aucune consolation, et certainement pas la moindre glorification. Il vit la littérature ; il en est le digne fils et se veut orphelin de tout ce qui n'est pas elle. Mais l'on n'est jamais assez orphelin pour prétendre au génie, pour devenir un jour silène... Nous ne sommes jamais que des répliques de ces "Hollow Men" dont parle T.S. Eliot.
Il sait vivre, lui !
Là où (mon très cher et estimé) Cioran, par exemple, fait montre d'une irrésistible drôlerie, Caraco est dépourvu de tout humour, (presque) de tout pathos ; c'est une créature à sang froid : il est objectif et chirurgical. Il ne se réfugie dans aucun asile, pas même celui de la littérature ; la littérature est sa patrie, mais il ne semble tirer d'elle aucune consolation, et certainement pas la moindre glorification. Il vit la littérature ; il en est le digne fils et se veut orphelin de tout ce qui n'est pas elle. Mais l'on n'est jamais assez orphelin pour prétendre au génie, pour devenir un jour silène... Nous ne sommes jamais que des répliques de ces "Hollow Men" dont parle T.S. Eliot.
Il n'est même pas désespéré : il a certainement dépassé ce stade dès l'enfance. Demeure cette lucidité terrible, à laquelle il manque pourtant un degré pour être tout à fait implacable : "Nous aimons ce qui doit mourir et nous n'aimons que parce que nous nous sentons mortels et menacés." ; "On aime un être que les lendemains menacent et d'autant plus qu'il est menacé, Dieu n'aime pas et n'est pas un objet d'amour, l'amour divin est un non-sens, le mieux est, certes, de n'aimer personne et pour ce nous devons commencer par nous-mêmes. Qui fait profession de se haïr rompt les attachements sensibles."
Mon fantôme, en lisant ces mots, s’assoit sur mes genoux et me dit ces mots.
Ma plus grande peur dans la vie fut de ne pas aimer assez, donc de ne pas aimer. Je ressentais tout l’effroi que ce doute, fétu après fétu, construisait patiemment et habilement en moi, jusqu'à l'étincelle. Mais ce doute était également porteur d’une jouissance terrible : souffrir de ce doute constituait un antidote à la peur elle-même et lui opposait un contre-argument salvateur ; il n’y a que ceux qui sont satisfaits qui sont coupables. Enfant, je me punissais donc lorsque j'estimais que j'avais failli à mon amour absolu pour la gardienne de mes jours : je me pinçais, je me giflais pour obtenir à mes propres yeux mon absolution ; il fallait que je payasse mes fautes, j'ai toujours été très honnête de ce côté-là. Aimer véritablement, c'était attendre sans répit la mort de l'être aimé – afin de savoir si l’on mourait ou non de chagrin. On survivait toujours. On était factice. Aimer véritablement était une inquiétude permanente qui empêchait de vivre. Il y avait des distractions. On était réel dans ces tristes illusions que l'on faisait marcher. Un tel sentiment impliquait que l'on renonçât définitivement à soi, bien qu'on ne le pût jamais. Aimer, toutefois, apprenait l'humilité puisque l'on n'aimait jamais assez, puisque l’on n’aime jamais, puisque la réalité n'était jamais à la mesure de l'exigence ; c’était le néant qui aspirait à l’incarnation dans un possible ; c’était là toute la puissance du négatif.
Mon fantôme, en lisant ces mots, s’assoit sur mes genoux et me dit ces mots.
Ma plus grande peur dans la vie fut de ne pas aimer assez, donc de ne pas aimer. Je ressentais tout l’effroi que ce doute, fétu après fétu, construisait patiemment et habilement en moi, jusqu'à l'étincelle. Mais ce doute était également porteur d’une jouissance terrible : souffrir de ce doute constituait un antidote à la peur elle-même et lui opposait un contre-argument salvateur ; il n’y a que ceux qui sont satisfaits qui sont coupables. Enfant, je me punissais donc lorsque j'estimais que j'avais failli à mon amour absolu pour la gardienne de mes jours : je me pinçais, je me giflais pour obtenir à mes propres yeux mon absolution ; il fallait que je payasse mes fautes, j'ai toujours été très honnête de ce côté-là. Aimer véritablement, c'était attendre sans répit la mort de l'être aimé – afin de savoir si l’on mourait ou non de chagrin. On survivait toujours. On était factice. Aimer véritablement était une inquiétude permanente qui empêchait de vivre. Il y avait des distractions. On était réel dans ces tristes illusions que l'on faisait marcher. Un tel sentiment impliquait que l'on renonçât définitivement à soi, bien qu'on ne le pût jamais. Aimer, toutefois, apprenait l'humilité puisque l'on n'aimait jamais assez, puisque l’on n’aime jamais, puisque la réalité n'était jamais à la mesure de l'exigence ; c’était le néant qui aspirait à l’incarnation dans un possible ; c’était là toute la puissance du négatif.
"La douleur est partout et le premier devoir consiste à l'éviter, elle est la monnaie de l'amour, l'amour et la douleur marchent sur une ligne, moins nous aimons et moins nous sommes menacés, le propre de l'amour est de dégénérer en tremblement, alors nous apprenons à trembler pour les autres et nous portons la chaîne du souci."
Caraco est, somme toute, plus optimiste que moi.
Il me semble que l'on ne souffre pas assez d'aimer, que l'on ne tremble pas de tout son être, mais superficiellement, là, dans cet infime interstice, dans ce pli infime où la peau est encore tendre, parce qu'elle n'a pas eu le temps de tout à fait durcir. Mais cela vient, avec le temps. Nous sommes tous des vaches.
Au fond, le mépris, le sublime mépris de tout, exprimé par cet être étrange, pétri de contradictions, qui loue en même temps qu'il improuve cette femme, l'origine de son monde, et, malgré lui, peut-être, son inspiratrice – sa mère –, vacille peu à peu, et ce petit livre n'est que le récit d'une chute dans le sentiment. Le passage d'une fausse indifférence à une douloureuse épiphanie. Un combat de la réflexion contre le soupir. Un arrachement au silence.
Il me semble que l'on ne souffre pas assez d'aimer, que l'on ne tremble pas de tout son être, mais superficiellement, là, dans cet infime interstice, dans ce pli infime où la peau est encore tendre, parce qu'elle n'a pas eu le temps de tout à fait durcir. Mais cela vient, avec le temps. Nous sommes tous des vaches.
Au fond, le mépris, le sublime mépris de tout, exprimé par cet être étrange, pétri de contradictions, qui loue en même temps qu'il improuve cette femme, l'origine de son monde, et, malgré lui, peut-être, son inspiratrice – sa mère –, vacille peu à peu, et ce petit livre n'est que le récit d'une chute dans le sentiment. Le passage d'une fausse indifférence à une douloureuse épiphanie. Un combat de la réflexion contre le soupir. Un arrachement au silence.
Caraco, comme Barrie avec sa mère, devient le père de sa mère. Il porte sa mère en lui. Ils se sont "hantés l'un l'autre", comme il l'écrit si bien, et il ne la retrouve jamais si bien que dans l'absence que sa mort creuse. Il devient alors sa mère et s'abolit dans sa mort.
Il la porte.
Il la porte.
Il est notamment ce passage :
que l'on ne peut que rapprocher de celui-ci, extrait de Margaret Ogilvy :
Je ne lui ai jamais rien lu de ce dernier livre. Quand il fut terminé, elle était trop accablée par le poids des ans pour suivre une histoire. Pour moi, c’était comme si mon livre devait s'en aller, tout seul et nu, de par le monde (ainsi que tous ceux auxquels je donnerai vie désormais) et ma sœur, dont le dévouement n’a trouvé d’égal chez aucun autre être que j'aie jamais connu, comprit cela et, par des moyens qui demeureront mystérieux à tout homme, persuada tendrement ma mère de redevenir un instant la femme qu’elle avait été. Un jour, à peine trois semaines avant sa mort, mon père et moi fûmes doucement appelés là-haut. Ma mère était assise, droite comme un I, dans son vieux fauteuil, près de la fenêtre, là où elle adorait se tenir, un manuscrit dans les mains. Mais elle regardait autour d’elle sans vraiment comprendre. « Simplement pour lui faire plaisir… », chuchota ma sœur et, alors, d’une voix basse et tremblante, ma mère commença à lire. Je regardai ma sœur. Des larmes de chagrin glissaient sur son visage. Bientôt, la lecture ralentit, puis cessa. Après une pause. «Il y avait quelque chose que vous vouliez lui dire… », lui rappela ma sœur. « Chance…», murmura une voix qui semblait d'outre-tombe. « Chance...» Et le vieux sourire vint éclairer son visage, comme si un allumeur de réverbères était passé par là, et elle me dit : « Je suis déjà partie trop loin pour être capable de lire, mais il me semble que je suis encore dans le livre ! »
Les mères sont toujours dans nos livres, surtout celui que l'on ne peut jamais écrire parce qu'il nous tuerait en la détruisant...
***
Cf. ce site qui lui est entièrement consacré.
Combien différent, sur le même thème, est le Journal de deuil de Roland Barthes. Différent dans l'exposition et l'expression, dans cette chute inversée à celle de Caraco qu'il donne à percevoir, mais si semblable, pour peu que l'on gratte au sang les pages.
De l'un à l'autre, s'entend la même intonation funèbre et coupable.
***
Cf. ce site qui lui est entièrement consacré.
Combien différent, sur le même thème, est le Journal de deuil de Roland Barthes. Différent dans l'exposition et l'expression, dans cette chute inversée à celle de Caraco qu'il donne à percevoir, mais si semblable, pour peu que l'on gratte au sang les pages.
De l'un à l'autre, s'entend la même intonation funèbre et coupable.
Culpabilité du survivant !
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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