vendredi 14 août 2015

Mon prochain volume de traductions de Barrie se porte assez bien. J’espère mettre au monde un beau recueil de ses « œuvres de guerre », afin de montrer une autre facette de sa personnalité. Mon choix des titres à traduire en priorité a toujours été dicté par la volonté de placer Sir James sous une lumière ou une autre, de donner envie de le connaître. J'ai de bonnes raisons de croire que j'en aurai terminé avec ce nouvel opus à la fin de l'année. Ensuite, je ferai publier trois de ses romans ayant Thrums pour cadre, puis quelques pièces. Spécialiste des causes perdues d’avance, je persiste et signe. J’aime Barrie de toute mon âme et je me moque qu’il ne soit pas très lu ni à la mode. Pendant ce temps-là, paradoxalement, des peu scrupuleux profitent de mon travail (je viens de découvrir un site, qui reprend une partie de mon propre site et une partie de mes travaux publiés, mais la personne a tout de même eu la grâce de me citer). Grand bien leur fasse ! Je préfère ignorer les nuisibles, en ce moment. La joie augmente ma puissance d’exister (ou d’agir) et la tristesse la diminue, disait l’ami Baruch. Alors, cultivons cet état qui est le mien actuellement !
Mes livres plus personnels ont également retrouvé un nouvel élan, après ces mois difficiles, alourdis par mes actions (c’est loin d’être terminé !) contre le pâle metteur en scène ayant volé mon travail. J'espère d'ailleurs que ce dernier et ses petits copains seront condamnés, s’ils persistent (ils ne manqueront pas de le faire, c’est le propre de la bêtise), et de même les théâtres qui ont acheté mon travail, sans le savoir ou sans vouloir le savoir... La dernière trouvaille du gredin : la pièce est désormais une « œuvre collective ». En effet, il ne peut prétendre à aucune création, puisqu'il est incapable d'écrire deux lignes sans les souiller de dix fautes et il ne connaît goutte à l'anglais. Partant, il demande l'aide de son équipe, qui n'est guère plus solide que lui dans ce domaine. Comment peut-il accepter de contempler le reflet que sa conscience lui renvoie, après ses divers forfaits ? Mystère ! Je crois en la conscience humaine, qui existe probablement en tout être humain, même chez le froid psychopathe. Je sais également que nous pensons autrui à travers le prisme de notre propre vision du monde et de l’âme humaine et qu’il nous demeure, en dernière instance, étranger et inconnu…
Si je retourne au théâtre, après ces expériences sordides, ce sera pour mettre en scène « mon » Barrie, mais aussi Platon. Un de mes anciens projets, toujours vif en moi, me titille : retraduire et adapter Gorgias. Je sais exactement quelle mise en scène créer. Mais il faut trouver des financements pour ce dernier projet et je ne suis guère douée pour cela.
Je n'ai jamais fait aucun compromis dans ma vie, je n'ai jamais eu une activité salariée, j’ignore tout de l’état mercenaire... Je suis peut-être une handicapée de la société, un anachorète – très certainement... Misanthrope aux yeux de certains, je ne suis pourtant qu'une fille qui refuse de faire semblant, et ce, non pas par excès de morale, mais parce que, tout bonnement, cela me fait mal. Alceste est mon ami ; je n'ai pas envie de me moquer de lui, car je comprends sa quête, qui est celle de l'absolu. Mon problème est le suivant : je ne peux travailler avec autrui que si je ressens de l'amitié pour la personne concernée et si le rapport est aussi pur que possible (sans les mensonges ordinaires ou de circonstance, par exemple). J'ai eu la chance d'avoir, très jeune (16 ans et demi), trouvé un mari parfait pour moi. J'ai cru et crois toujours que le monde entier doit être à l'image de cette perfection initiale (l'étalon-mesure de tout le reste) dans ma relation à lui. Ce n'est pas un choix, c'est une nécessité pour moi. C'est cela ou je crève. Ce n’est pas une pose. Hélas ! Je suis à vif. Je me protège ainsi : en cultivant le meilleur des relations humaines et en fuyant tout ce qui ressemble à des liens un peu faux ou mondains, là où peut s'infiltrer tout ce qui me révulse. C'est comme un poison pour moi.
On pourrait croire que je suis condamnée à être souvent déçue. En amitié, ce n’est pas le cas. Mes amis véritables, ceux pour qui on peut donner un rein ou un morceau de soi, je les connais depuis l’enfance, l’adolescence. Ils sont toujours là. Quelques autres sont venus après, mais pas plus de trois ou quatre – dont ma jumelle. Les relations amicales, c’est autre chose. Je sais, en général, à quoi m’en tenir et leur accorde une place réelle, mais limitée. Il y a toujours moyen pour le lien de s’étoffer. La preuve de ma foi est là : je laisse sa chance et sa place au possible.
Je conçois que peu d'êtres puissent comprendre cet impératif catégorique, notamment lorsque je l'exprime aussi ouvertement. La plupart du temps, cela passe pour un enfantillage, un idéal qui confine à l'illusion ou, pire, à un aveu de faiblesse ou à un désordre psychique. Je n'ai rien à perdre, car je n'attends rien qui ne soit donné par l'âme entière et non du bout de cette dernière, donc il n’est rien qui puisse freiner mon besoin viscéral de dire ma vérité intérieure et de tout jauger à l'aune de mon exigence – qui, souvent, fait peur. Mais la personne envers laquelle je suis la plus exigeante, c'est moi. Je suis mon meilleur ennemi. La majeure partie de mon mépris, j'en suis bel et bien la destinataire. Tout est simple avec moi. Je ne joue pas, alors que tout nous porte à le faire, constamment : chez le boulanger, à la sortie de l’école, au café… On tient son rôle, n’est-ce pas ? J’essaie, néanmoins, de paraître « normale », de respecter les règles implicites, d'être un être de surface quand il le faut, mais cela me demande un grand effort et je suis incapable de tenir longtemps. Et, à quarante ans passés, j'ignore toujours comment jouer, sans pour autant faire l'effort d'apprendre, car je sais que j'y perdrais l'essentiel.
Non, je ne joue pas. Je ne sais pas y faire. Ce n’est pas tous les jours aisé pour moi de côtoyer les autres. En vieillissant, j’apprends à ne pas toujours dire TOUT ce que je pense. Mais tout ce que je dis, je le pense.
À mes risques et périls. Pour mon bonheur aussi, parfois. Lorsque j'étais enfant, encore assez petite, on m'affirmait, le regard entendu et le geste coupant, que je changerais. Les grandes personnes veulent toujours tuer en l'enfant ce qu'il a de meilleur, par vengeance, parce qu’ils se sentent coupables d’avoir assassiné, en eux, leur propre enfant. Ils formulent, dans le silence de leurs tourments, le souhait que tous partagent leur infortune. Je n'ai pas changé. Ensuite, on m'a dit que l'intelligence était l'adaptation au réel, tout en supposant que ce réel était, par conséquent, tissé de mensonges, de compromis ordinaires, de rapports flous avec les autres, etc. Je ne peux l'accepter aujourd'hui plus qu'hier.
Je suis donc un enfant. Je suis donc stupide. Suis-je vouée à n’être qu’une ratée aux mains propres ? Oui, certainement. Tant pis. Ce n'est pas de l'orgueil aveugle, mais une impossibilité à être autre.


(Sublime, sublime Classe morte...)




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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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