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mardi 2 novembre 2010
Même si mon coeur de cinéphile appartient depuis longtemps à l'incomparable Cary Grant, James Stewart et Gary Cooper figurent eux aussi (loin derrière Cary, tout de même) parmi les acteurs que je chéris depuis toujours, et ce, pour toujours. Aucun acteur de mon époque, n'a su m'inspirer autant que ce trio. Bien sûr, je vénère un Charles Denner (sa voix est à jamais incrustée en moi), ou aime inconditionnellement un Alain Delon (et pas seulement pour Le Guépard !), un Gérard Depardieu (à une époque où il est, hélas, de bon ton de le répudier) ou un Clint Eastwood, par exemple, mais l'attachement que je conçois et l'admiration que je ressens pour ceux-ci se situent à un tout autre niveau. Ils sont réels, tandis que Cary, James ou Gary n'existent pas : le premier l'avait parfaitement compris en déclarant, sur le ton de la boutade : "Tout le monde veut être Cary Grant. Y compris moi..." Ils n'existent pas, car ils sont des êtres rêvés. L'incarnation en nous, au sein de notre vie, de ces êtres faits de silence et de lambeaux de paradis ou d'enfer a toujours un prix : une livre, non pas de chair, mais une livre d'âme et la rencontre avec la mort. Il faut que quelque chose de solide meure ou vacille en nous pour autoriser cette rencontre-là.

La nature d'un être rêvé est celle de l'intangible. Leur mode d'existence – ou d'inexistence – fait appel à ce qui se tapit dans les profondeurs de notre âme : notre insatiable besoin de divinité et notre invincible terreur à l'idée de manquer de courage si d'aventure nous avons moyen de la rencontrer.
Un rêve est toujours une histoire, une fiction, un roman que l'on écrit. Une énigme, certes, la plupart du temps, mais néanmoins une histoire, au sens le plus banal que l’on donne à ce mot.  Pourtant, le rêve ne parle pas tout à fait le langage prosaïque des hommes éveillés : il est une variation d’or sur le désir et son langage, qui est intraduisible en mots et en concepts, mais s’exprime au moyen d’images persistantes, aheurtées et fascinantes. Les êtres rêvés ressemblent aux personnages de fiction (celle des autres) dont on peut tomber amoureux. Cet amour est bien étrange puisqu’il exclut toute réciprocité. L’amour parfait, en somme ! Sauf, peut-être, que l’on n’aime jamais que son reflet à travers l’être rêvé qui devient le miroir de nos fantasmes et de nos impuissances… J’ai toujours imaginé que les rêves étaient de l’essence des simulacres lucrétiens (De Natura Rerum, IV, 34-45) Les rêves sont – il n’y a aucun doute là-dessus – des amours mortes ou des fragments de sentiments qui n’ont pas pu trouver en nous assez d’espace et de temps pour nidifier et arriver à maturité, jusqu'à l'incarnation. Parfois, les êtres humains, glissent  dans le ventre des livres des fleurs qui sèchent à l’intérieur, coincées entre deux pages. Il est à supposer que cet usage subversif et plein de cruauté présente des attraits pour les personnalités un tant soit peu romantiques. Les hommes agissent souvent sans raison, sans utilité. Tels sont les hommes.  Mais les rêves sont des sortes de fleurs séchées et nos romans de vastes herbiers.
Il m'arrive souvent de conserver certains films, de veiller jalousement sur leur statut d'inédits, pour les jours de disette ou simplement en guise de cadeau que je désire me faire en vue de certains jours de fatigue. Ainsi, j'ai découvert ce film réalisé par King Vidor il y a seulement quelques jours, alors qu'il figurait en bonne place dans ma filmothèque (assez conséquente, puisqu'elle abrite près de 2000 titres) depuis quelques années déjà. Le scénario fut écrit par Edwin Knopf qui s'inspira d'un couple d'amis célèbres, Zelda et Francis Scott Fitzgerald... afin de croquer les personnages de Tony et de Dora. Une version antérieure du film s'appelait Broken Soil et les deux personnalités littéraires étaient clairement identifiées sous le nom de Zelda et de Scott Fitzpatrick. Knopf et Vidor connaissaient intimement le couple et, même si d'immenses différences existent entre le premier scénario et le dernier, il demeure quelques traces de cette inspiration.
À ma connaissance, ce film n'existe qu'en zone 1 (mais il est très facile de l'acquérir et de rendre son lecteur de salon compatible ou d'en acquérir un multizone – cela présente un indéniable intérêt puisque certains très anciens films ne sont édités qu'en zone 1 et il y a fort à parier qu'ils ne le seront jamais en zone 2... Je pense notamment à certains films pré-code Hays).


Gary Cooper interprète le rôle d'un homme (Tony Barrett) un peu désinvolte, gâté par de trop favorables circonstances, qui survole l'existence en vulgaire dilettante et agit comme s'il ne s'agissait jamais que d'une fête perpétuelle. Il est écrivain, a obtenu quelques succès que l'on devine faciles et, très logiquement, il ne doute de rien : tout lui est acquis et seul les plaisirs éphémères lui importent. Mais ces êtres trop frivoles dissimulent souvent une faille tragique, on le devine aisément, car nous avons tous rencontré, un jour ou l'autre, dans le monde réel, ce genre de personnages taillés dans une étoffe trop lâche. Leur frivolité n'est alors que l'épais manteau de la lucidité et du désarroi qui ne protège qu'en apparence, et seulement un temps, des diverses tempêtes de l'existence. Nous sommes faits – les meilleurs d'entre nous – pour le climat de la tragédie, dans l'attente que le temps arrache, morceau par morceau, notre écorce d'être au monde. 
Le film débute au sein d'une immense party, où, comme il se doit, l'alcool coule à flot. Gary / Tony a envoyé une droite bien sentie à l'un des invités qui a eu l'outrecuidance d'émettre des réserves quant à la qualité de son dernier manuscrit, juste avant que son éditeur ne vienne en personne lui signifier qu'il refuse de publier ledit manuscrit et attend de lui qu'il écrive enfin un livre digne de ce nom !
Tony est à peine blessé dans son orgueil : ce qui lui importe le plus est, très prosaïquement, le manque à gagner : il a déjà dépensé l'argent avant de l'obtenir...
Le héros de cette histoire est marié à une femme (Dora) qui apparaît tout d'abord, et ce, jusqu'aux derniers moments du film, comme une fille un tantinet écervelée, qui ne songe réellement qu'à l'amusement (et, contrairement à son époux, elle ne semble point dissimuler de profondeur) ; il s'agit donc de ce que, communément, on nomme une gold-digger. L'argent venant à manquer, puisque l'auteur soudain déchu comptait sur le dernier manuscrit pour les renflouer, le couple est contraint de revenir dans la demeure familiale (celle des "Ancestors") et déserte de Tony, au grand dam de sa femme, qui hait la campagne (tout comme moi...).
Rapidement, le couple rencontre leurs voisins polonais qui leur font d'emblée une offre attrayante : acheter un champ (au-dessous de sa valeur), proposition qu'ils s'empressent d'accepter – même si, après l'enthousiasme premier, Tony semble plus réticent que sa femme à se séparer d'un bien familial. Tony remet l'intégralité de la somme à Dora et l'épouse désinvolte s'empresse de  repartir à New York afin de dépenser sur-le-champ les 5000 dollars ainsi acquis, tandis que l'écrivain, étrangement, choisit de demeurer sur place afin d'écrire son nouveau roman. 
Les adieux sont enjoués et la séparation semble soulager les deux protagonistes. Il y a tant de couples qui vivent de la sorte. Je ne ressens que mépris pour ces pisse-froid, capables de tenir bien droit entre les marges d'une vie sans passion, circonscrite par de rassurantes habitudes.
Entre-temps, Tony a découvert les curieuses moeurs de cette famille polonaise, qui cultive le tabac, et s'est délecté en leur compagnie d'une "prune soup". Amusé par ce qui lui semble être des bizarreries de la part de ses hôtes, il finit pourtant rapidement par comprendre qu'il est l'étranger au sein de cette enclave polonaise. Ses manières provoquent le rire de l'assemblée (il fait preuve de courtoisie envers les femmes, qui sont traitées comme des marchandises et des bêtes de somme, sans qu'il leur vienne à l'esprit de se rebiffer) et c'est lui qui, contre toute attente, devient un objet d'étude et de railleries. Il tente de se mettre au diapason en adoptant leurs façons (la serviette de table sous le cou, par exemple). La scène du repas est édifiante à cet égard, puisqu'elle cristallise les différences entre ces deux mondes et leur système de valeurs.
Très rapidement, à la faveur d'une livraison matinale de lait, le héros, abandonné par sa femme, puis par son domestique chinois, et en proie aux affres d'un foyer qu'il est incapable de tenir, se lie avec la jeune fille de la famille polonaise – Manya (l'actrice Anna Sten que Cooper surnommait Anna Stench* tant il la détestait).
Celle-ci, dotée d'une forte personnalité, ne se laisse point séduire par les manières de cet homme, qui tente de badiner avec elle. Il recevra une retentissante gifle – que l'on pourrait croire être les prémices d'un baiser, mais ce n'est pas (encore) le cas. 
Elle n'est nullement impressionnée par le rôle qu'il se donne, celui d'écrivain, et lui fait remarquer qu'il n'y a aucune différence entre le fait de tirer sa subsistance de l'écriture et le fait de travailler la terre ; elle le met au défi d'écrire quelques chapitres, avant qu'elle ne consente à lui livrer de nouveau le lait, chaque matin. 
Piqué au vif, mais surtout inspiré, Tony se lance dans l'écriture d'un livre dont l'héroïne, Sonia, ressemble étrangement à notre jeune Polonaise. 
Et, plus le livre s'écrit, plus Tony écrit son propre rêve, plus il en devient à la fois la proie et le maître. Le miroir et le reflet. 
N'est-ce pas le propre de tous les écrivains ? Il faut écrire à l'intérieur d'un rêve palpitant dont on maîtrise les contours, dont le coeur rivalise d'ingéniosité avec la vie réelle lorsqu'elle est sublimée, lorsqu'on lui demande l'impossible, une vie dont les personnages sont les fils de notre inconscient propre et de l'éternel humain – l'universelle tentation de l'Ailleurs et de l'Autre. 
Très subtilement – le scénario aurait pu, cependant, davantage s'appuyer sur cette idée qui n'est pas assez développée ni davantage exploitée –, le roman de Tony devient une image de la psyché des personnages : Tony y livre son désir pour cette jeune fille, Manya découvre la femme affranchie de la tyrannie paternelle qu'elle pourrait devenir et, plus tard, Dora y lira l'amour de son mari pour cette autre femme et la ruine de leur union.
Manya a été promise (vendue) par son père au fils d'un voisin, un grossier lascar qui courtise les filles en tuant des porcs devant elles pour les divertir... 
Le promis n'éprouve aucun sentiment pour la jeune fille, mais accepte l'union, car il acquerra le champ vendu par Tony (quelle ironie !), une maison et une bonne à tout faire, corvéable à merci : sa future femme. La jeune fille tente de refuser ce mariage à tout prix, mais le père la soumet brutalement à son autorité.
Une nuit de blizzard, Manya et Tony vont se retrouver seuls au monde, prisonniers dans la maison de l'écrivain. La nuit de noces, véritable, d'où le film tire son nom est celle-ci et non celle qui doit suivre le mariage de Manya et de son prétendant. Une nuit de noces rêvée, détachée des corps, de l'espace et du temps. Mais, paradoxalement, une nuit vécue
Tony et Manya, sans mot dire, dans un simple effleurement des lèvres, reconnaissent implicitement leur attirance. Non, leur amour, celui qui est forclos, qui rend impuissant jusqu'au songe de lui-même. 
Avec une infinie délicatesse, une pudeur qui semble aujourd'hui, hélas, bien surannée, les deux êtres vont se reconnaître sans que l'union soit scellée autrement que par des regards. Les âmes communient et les corps se taisent.
Le lendemain matin, le père viendra rechercher son bien (sa fille), furieux, puisque celle-ci s'est déshonorée aux yeux de toute la communauté, quand bien même celle-ci est demeurée aussi pure que la veille. 
Le patriarche décide donc de précipiter le mariage, de peur que le prétendant ne change d'avis, de peur que la jeune fille ne soit ravie par Tony.
Manya n'épouse pas encore son destin. Mais ses larmes n'y peuvent rien et sa mère de lui dire que les femmes polonaises pleurent "à l'intérieur" et qu'il faut bien se résoudre... 
Lorsque Manya rendra visite en cachette à Tony pour lui annoncer que le mariage doit avoir lieu le lendemain, elle se retrouvera face à l'épouse, revenue de manière fort inopportune. Cette dernière, sans aucune élégance, après avoir lu le manuscrit de son mari et compris qu'elle avait perdu son mari, va tenter d'éloigner Manya en effleurant la corde morale et en faisant montre d'une confiance en Tony qu'elle est bien loin de ressentir. L'épouse fait éprouver à l'aimée de la honte pour son sentiment. Et seul ce sentiment pouvait la perdre, parce que le rêve n'a qu'un ennemi : le doute. 
Seulement à cet instant, Manya renonce vraiment. 
Le mariage a lieu selon les rites consacrés de la communauté. 
Dora, songeant que le mal est fait, avoue à son mari la venue, la veille, de Manya et l'échéance du mariage. Tony se précipite à la fête qui succède à cette union et réclame le droit de danser avec la mariée. Tout peut se lire dans ce regard échangé. Et cette mèche vagabonde sur le front de Gary (sa petite marque de fabrique) est comme une larme. 
Nous pensions assister, depuis les premiers instants de ce film, à une comédie fluette et agréable, voire  à un aimable mélodrame, mais les derniers instants transforment ce film, qui aurait pu être anodin, en une tragédie véritable, qui choque autant qu'elle laisse désemparé. 
La nuit de noces est venue et Manya se refuse ou s'offre contre sa volonté à son époux. Celui-ci, blessé dans son orgueil, devine la raison de cette attitude et décide de se rendre à la maison de Tony afin de le tuer. Manya arrive la première et s'interpose entre les deux hommes, pour sauver celui qu'elle aime ; et, malheureusement, elle tombe dans l'escalier. 
Alors qu'elle est mourante, Tony lui avoue enfin son amour – le songe traverse la paroi du monde réel – et Manya lui dit, haletante, qu'elle a été contrainte à cette union. 
Il est trop tard. Il est plus tard qu'on ne le pense. Il est toujours trop tard. 
L'épouse prend une autre dimension à ce moment-là, se révélant à elle-même autre ; elle essaie de soutenir son mari, mais le glas a sonné : et pour elle et pour lui.
Imperceptiblement, ce petit film, fort imparfait, se métamorphose, peu à peu, en une histoire de rédemption qui émeut aux larmes : le héros est transfiguré par cette rencontre avec cette femme et brûlé par la pureté de chaque fibre de son être. Morte, elle ne cesse d'être vivante en lui, plus que jamais. Elle a irradié Tony et celui-ci refuse alors de rendre un dernier hommage à son cadavre, car elle vit en lui désormais. C'est ainsi que Tony devient un être sensible, accordé au la mineur des sentiments les plus nobles, ceux qui éclosent à bas bruit et nous font rencontrer (trop rarement) notre moi rêvé... 
Son regard au loin devine la silhouette fantomatique de cette jeune fille qui a traversé comme une ombre son existence, dont l'ombre a croisé et fracturé à jamais la sienne. 
 Elle le salue au loin. D'elle, il ne reste dans le monde réel que la membrane du rêve ou du simulacre, le coeur de toutes les histoires... La meilleure part du rêve, le velours des songes, ce tissu que bien peu d'êtres humains peuvent toucher. 
Et, Tony, avec un pauvre sourire, lui rend ce signe de la main qui signifie, peut-être, un adieu à cette peau morte d'homme qu'elle emporte avec elle, cette membrane déchirée dans laquelle il ne peut plus se réfugier, en proie à la cruauté du réel, à sa vérité... Tony est à nu et  à vif. Il a répudié les simulacres d'un monde frivole pour ceux de l'âme profonde. 
Il coïncide avec un destin. Il le détruit. Il devient ce qu'il est. 



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 Voir le film sur Youtube.

* "Puanteur" en anglais.

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Billet écrit en écoutant ce magnifique disque :
lundi 28 septembre 2009
{Note du 26 décembre 2011 : suite à la destruction de mon compte Picasa, je n'ai pu restaurer les captures d'écran qui illustraient ce billet et celles, bien rares, qui furent retrouvées ne le furent pas dans leur taille originelle...}
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"Hottoytoy*" ! ai-je envie de m'exclamer, ne serait-ce que pour goûter à ce mot, encore et encore.
Et pourquoi ne pas dire, avec mon odieux accent, très vite, pour le plaisir de la sonorité ou de l'association des idées, ces expressions élégamment démodées auxquelles le film fait la part belle : "shove in your clutch" (casse-toi !) , "patch my pantywaist" (ça alors !), "squirrel fever" (cela me rappelle certains dessins animés de Tex Avery quand les personnages perdent totalement pied ; l'expression indique la folie), "corn right off the cob" (quelque chose de vraiment "corny", à savoir une blague éculée, par exemple) et "sucker for succotash"(quelqu'un qui aime les vieilles blagues) ?
Aujourd'hui, à l'occasion d'une nouvelle séance de cinéma improvisée dans mon bureau, il y a quelques jours, je vous présente un de mes films préférés, une délicieuse comédie à la sauce Howard Hawks et Billy Wilder, comme on n'en fera jamais plus, hélas ! Howard Hawks a réalisé ce film, Ball of Fire, et Billy Wilder en avait écrit l'histoire (alors intitulée From A to Z), en allemand, alors qu'il vivait à Paris. Plus tard, Thomas Monroe l'aida à américaniser le propos. Le résultat ? Un excellent film dans son registre, une gemme, le type même de film qui me rend heureuse et qui me donne envie de vivre. Rien de moins.
Dans ce livre passionnant - en tout cas, il l'est pour qui s'intéresse à Billy Wilder et est friand d'anecdotes - mais un peu aigre, Conversations avec Billy Wilder, on peut lire quelques passages (pp.167-168) concernant Ball of Fire.
Wilder me plaît infiniment en tant que cinéaste ; l'homme me semble moins sympathique à lire ses entretiens, et c'est une déception (mineure) pour (l'enfant en) moi. Mais il était à la fin de sa vie et la vieillesse n'est pas toujours tendre à l'égard des souvenirs, puisque les souvenirs sont en quelque sorte le seul avenir du dernier âge. Il semble notamment éprouver un certain ressentiment à l'égard de Hawks, avec qui il n'est pas très aimable, même si la critique est parfois subtile ou n'ose pas s'exprimer tout à fait. Le propos est quelque peu inélégant, pour ne pas dire mesquin, et c'est coutumier de l'homme qui se présente, sans néanmoins se dévoiler, dans ce livre - je pense à certaine page où est évoquée l'avarice supposée et un peu exagérée de MON Cary Grant (qui n'accepta aucun de ses films, mais tourna dans plusieurs films de Hawks)... Tout se passe comme si Wilder ne pouvait jamais dire une chose tendre sans la contrepartie du fiel. Est-ce bien ce que l'on nomme avoir le sens des nuances ? J'en manque cruellement, dit-on. Est-ce ce qui donne cette saveur aigre-douce à nombre de ses films ?
À le lire, Wilder ne doit rien du tout à Hawks (mais il était caché dans les cintres à observer sa direction pendant tout le tournage du film !) et ne reconnaît comme influence que Lubitsch (ce qu'on ne lui reprochera pas).
Hawks, esprit vif, certainement un peu escroc et improvisateur, a suggéré à ses deux coscénaristes, qui ne parvenaient pas à lui rendre un scénario, "en état de marche" d'écrire en songeant à Blanche-Neige et les sept nains et c'est ainsi que Wilder a pu se dépêtrer d'un scénario qui patinait.

C'est en effet, en quelque sorte, une réécriture de Blanche-Neige et les sept nains, une version pour adultes, zébrée de sous-entendus croquignolets, sexuels, qui contournent malicieusement le code Hays, une histoire où le Prince charmant est une jeune danseuse avec des jambes interminables et la princesse vierge, endormie, un Gary Cooper (le huitième professeur) qui vit dans la lune entouré de sept nains, qui ne sont pas nains, mais de charmants vieux, caractérisés chacun par un trait distinctif assez plaisant (j'adore "Timide" qui raconte comment il ne déflora pas sa jeune épouse).
Cependant, Wilder estime que "Ce n'était pas un très bon film... (...) Ce n'était pas mal. C'était beaucoup mieux quand c'était nouveau, quand cela se situait en Allemagne. Je pouvais aborder un peu plus profondément les diverses questions que les gens abordaient. Les professeurs travaillent tous ensemble, c'est très bête de les mettre sous le même toit, chacun écrivant sur son sujet, l'histoire ou la géographie. C'était idiot et puis il y avait tellement de faiblesses. Je ne sais pas. Je ne l'aimais pas, c'est tout. Mais j'ai écrit ça en Allemagne et je l'ai vendu ici, à Goldwyn. Gary Cooper. Barbara Stanwyck." Il me semble que Wilder n'aime pas le film simplement parce qu'il ne l'a pas filmé lui-même - ce qui peut se comprendre... Ses arguments n'en sont pas, c'est une évidence. Quelles faiblesses ? Ou bien suis-je aveuglée, comme le prétend mon ami américain, James, par mon amour du cinéma américain, juste parce qu'il est américain et porteur de presque tous mes fantasmes cinéphiliques ? Non, décidément, je ne crois pas...
J'aime un film lorsqu'il donne de l'inspiration à mon existence. Ici, en écoutant les dialogues, je me plais à rêver d'être aussi brillante (et un peu chipie) dans la vie réelle. Mais ne nous leurrons pas, il faut le physique de l'emploi. L'insolence, cette sorte d'insolence très sexuée, n'est plaisante que dans la bouche et les gestes d'une très jolie fille. Uniquement. Et c'est ainsi que Sugarpuss est brillante,



là où d'autres seraient certainement vulgaires.Il est certain que l'on doit avoir envie de mordre dans cette pomme-là... quand on est un homme ou que l'on aime les femmes...
Ceux qui ont de l'esprit, un sens de l'à-propos, sont ceux que j'admire le plus (M. Golightly, tu es le plus fort dans ce domaine) : l'intelligence, lorsqu'elle n'est jamais mise au service du rire, est une faculté perdue. Il y a quelque chose d'un peu criminel à ne pas savoir rire et faire rire. J'aime assez la citation de Barrie à cet égard :
"Tout le monde peut écrire des livres mais savez-vous remuer les oreilles?"
Le propos du film est celui-ci, en creux.
D'aucuns pensent qu'avoir de l'esprit (le Witz allemand) est une qualité superficielle, et c'est ainsi qu'un (génial) Guitry fut et est encore (trois soupirs) méprisé ou sous-estimé par les fats et soi-disant intellectuels (rares sont les universitaires qui ne le méprisent pas ; on leur pardonne tant ils en manquent... de ça aussi...). Avoir de l'esprit, c'est la plus grande des politesses, en certaines occasions tragiques, et l'élégance suprême jour après jour, une générosité à l'égard de ses contemporains ; c'est également avoir une sorte de septième sens, le tact. Avoir de l'esprit, c'est avoir une conduite esthétique et morale dans la vie quotidienne. On devrait mettre au bagne ceux qui ne nous font jamais rire et qui refusent cette expression.
Si vous n'avez jamais lu cette étude de Freud** (dont il est question dans le film à propos d'un acte manqué...), vous avez raté une autre occasion de vous réjouir.
Bien évidemment, Freud fait preuve de beaucoup d'esprit dans cet essai ; c'eût été un comble d'en manquer, vous l'avouerez. Je vous signale aussi l'excellent livre de mon "maître" philosophe:

Le seul professeur (de faculté aussi bien que de lycée ou de collège) qui m'ait jamais fait mourir de rire et, probablement, le seul que je regretterai jamais. D'où mon refus catégorique de devenir professeur, afin de ne pas grossir les rangs des médiocres. On est fatalement médiocre, et décevant, dans ce genre de profession, quand on n'est pas exceptionnel. En effet, ils sont très rares ceux qui allient la puissance intellectuelle qui officie dans le raisonnement logique, l'abstraction la plus aiguë et le maniement ou la construction du concept et ceux qui sont capables de condenser toutes ces facultés de l'esprit pour faire de l'esprit, dans l'instant éphémère, pour une tournure, pour un bon mot ou une réplique qui sont comme l'expression d'une perfection ou la "suradéquation" du sujet à une situation donnée, ou plus exactement qui miment la création d'un instant parfait en étant détenteur, en acte, de cet esprit. Le sens du kairos, ni plus ni moins. C'est un art de vivre et une fulgurance de la pensée qui ne s'apprennent pas. Et ne me parlez pas de pédagogie ou je vais m'étrangler.
J'ai un principe dans l'existence - il en faut quelques-uns, quitte à les sacrifier de temps en temps: si une personne ne me fait jamais rire, ne fait montre d'aucun humour, je sais que je ne pourrai jamais apprécier entièrement cette personne et que ma réticence, tôt ou tard, se transformera en dégoût, voire en haine et en ressentiment. Les passions tristes engendrent les passions tristes, n'est-ce pas Baruch ? Je hais par-dessus tout les donneurs de leçons : ceux qui vous disent comment penser ou écrire, par exemple, et qui n'en sont bien sûr pas capables eux-mêmes - celui qui sait ne conseille pas, il fait ; il montre, il ne démontre pas. Les dogmatiques, les pisse-froids, les bien-pensants en un mot, ceux qui s'imaginent que l'on est dupes de leur médiocrité masquée par un complexe de supériorité. Sans vouloir être plus misogyne que je ne le suis d'ordinaire, mon expérience m'a appris que très peu de femmes ont vraiment de l'esprit. Je ne déroge pas à la règle, je le crains. Je n'ose interroger Schopenhauer ou Nietzsche à ce sujet... (Je connais déjà leur réponse.)
Sugarpuss, l'héroïne de ce film, est brillante mais n'éprouve pas, son rire est un tantinet méchant, sans aller cependant jusqu'à la cruauté ; Potts, sa victime, semble idiot, trop cérébral ou séparé de son corps pour éprouver, et il fait rire, malgré lui, en épousant pour un temps le rôle de la dupe, en étant exclu des raisons souterraines du rire. Avoir de l'esprit, c'est se rendre maître d'une situation et Potts ne fait pas le poids face à Sugarpuss.
Barbara Stanwyck exsude la sexualité



et Gary Cooper joue le rôle d'un puceau qui découvre des tentations qu'il pensait ne jamais connaître. L'ignorance de Sugarpuss est, paradoxalement, sa meilleure arme contre le savoir absolu, mais mort, de Potts. Au fond, on assiste à un subtil renversement des valeurs dans ce film : l'ignorance de l'un est le savoir de l'autre. Et le mariage des deux est la véritable intelligence.

Cette screwball comedy est une pure merveille : l'esprit dont font preuve les dialogues, le rythme allegretto (mais pas allegro, contrairement à d'autres comédies de Hawks, comme His Girl Friday, par exemple, ou encore I Was a Male War Bride), la vitalité exceptionnelle de Barbara Stanwyck et le charme naïf du personnage interprété par Gary Cooper en font une perfection du genre.
Je mets au défi quiconque de ne pas jubiler en dégustant ce film. J'applaudissais pendant certaines scènes, repue de jouissance.
Sept professeurs (conduits par un autre professeur, le huitième, assez guindé, le professeur Potts aka Gary Cooper) travaillent pendant neuf ans (tiens, cela me rappelle quelque chose...) à l'écriture d'une encyclopédie. Chacun d'entre eux a un domaine de compétence spécialisé. Ils vivent enfermés dans une gigantesque demeure où tout est réglé, y compris leur promenade quotidienne dans le parc, comme du papier à musique, sous la férule d'une vieille gouvernante peu avenante (désexualisé, comme il convient), qui fait une gueule longue comme un jour sans pain, qui va jusqu'à les priver de confiture (leur seul plaisir sensuel).
Le professeur Potts s'intéresse à l'argot (le langage dans toute sa vitalité, le langage en marge mais qui influe sur la langue orthodoxe de manière détournée) et écrit un article à ce sujet dans leur encyclopédie commune, lorsqu'il se rend compte que toutes les expressions qu'il a recensées sont périmées. Il trouve dans le personnage de Sugarpuss un réservoir inépuisable d'un langage dont il ne soupçonnait même pas l'existence. C'est une espèce de complexe de Pygmalion (imaginez Eliza Doolittle qui réformerait ou éduquerait le professeur Higgins) inversé qui est l'épine dorsale du film. En ce sens, cela répond parfaitement à l'un des schémas de la screwball comedy : une interversion des valeurs. Sugarpuss - admirez le choix du nom - va apprendre à Potts à vivre et lui va lui révéler l'existence d'une profondeur dont elle faisait montre mais qu'elle ignorait posséder.

L'intrusion de cette danseuse un peu dévêtue, totalement décorsetée, au propre et au figuré, qui plus est affiliée à des gangsters, dans leur vie, va provoquer un changement. Surgarpuss va les contaminer (apporter la joie et la lumière, le mouvement et la vie) et briser leur ordre, mais les professeurs vont aussi introduire en elle le germe d'une révolution intérieure. Sugarpuss est émue. Son esprit incarné, qui épouse plus des situations que les mouvements de son for intérieur, ne peut plus la protéger contre l'émotion, cette petite chose volatile contre laquelle rien ne peut lutter lorsqu'on lui fait, par mégarde, une place. Et son humour devient triste, comme la fin de cette scène le suggère, quand Potts ayant pris au sérieux la déclaration d'amour antérieure de Sugarpuss, la demande en mariage. Le jeu n'est plus drôle ; il est le sérieux même. Sugarpuss découvre cette vérité bien cachée que le frivole cache toujours, in fine, l'abîme du possiblement tragique.

Il est une délicatesse étrange de sentiments dans ce film, lors d'une ou deux scènes, qui en fait autre chose qu'une délicieuse comédie.
Et quel cœur pourrait résister à cet anneau où est gravée une référence (tronquée et subvertie, pleine de sous-entendus) à Richard III ?
Vois comme mon anneau enserre ton doigt :
Ainsi ta poitrine enclôt mon pauvre cœur.
Porte-les tous les deux car tous deux sont à toi.
(trad. Jean-Michel Déprats)

Sugarpuss ne pourra plus jamais vivre insouciante après cette déclaration, elle qui était habituée au badinage, à cette séduction facile à laquelle elle répondait avec la même aisance de fille détachée, des conséquences de ses actes, d'elle-même. Elle ne peut plus tricher, car l'esprit est escamoteur et passe sans cesse de la lettre à l'esprit du réel, ou l'inverse. Potts et Sugarpuss échangent leurs manques et leur savoir. Ils réconcilient ensemble l'esprit avec lui-même : l'esprit, simple faculté intellectuelle qui masque sa superficialité en approfondissant des détails ou des savoirs et qui n'est, en profondeur, parfois, que myopie et l'esprit incarné, faussement de surface, qui donne ou révèle au réel sa profondeur, parfois malgré lui. Ils réconcilient ce que Kant nomme l'esprit et le jugement. Ainsi, faut-il comprendre la distinction de Kant (qui, à défaut d'être volontairement drôle, est passionnant) : "La combinaison spirituelle [l'esprit] court après les trouvailles [les saillies, les traits] ; le jugement aspire à des vues claires [à une détermination conceptuelle précise d'une chose à connaître]." Ou encore cette définition: "L'esprit recherche davantage l'accommodement du mets, le jugement davantage sa partie nutritive." Dommage, donc, que pour Kant, comme bien d'autres, l'esprit ne soit que superficialité, "un manteau pour la raison"... [Cf. Anthropologie du point de vue pragmatique, première partie, paragraphes 44, 54 et 55]
Et que dire d'Alain qui pensait qu'"un trait d'esprit est toujours la mort d'une idée" ?
Après quelques péripéties maffieuses, les "nains" vont quitter leur maison, entrer dans le monde réel, voyager avec un permis de conduire périmé (comme leur existence) et... prendre au piège les gangsters et empêcher in extremis le sacrifice (le mariage) de Sugarpuss ; un membre de la pègre veut l'épouser afin qu'elle ne puisse pas témoigner contre lui.


Armé d'un manuel censé lui enseigner la boxe, Potts est prêt au combat, mais c'est lorsqu'il renonce au savoir théorique (il envoie valser les livres) qu'il devient réellement efficient. [De même, la philosophie ne m'intéresse que lorsqu'elle devient pratique...]
Puis, les sept "nains" vivent par procuration ce bonheur qui, jamais, ne les touchera. Ou peut-être que si... Maintenant, ils savent ; et ils peuvent bénéficier de l'expérience de leur jeune collègue.

La reddition de Potts :


les livres qui ne sont traités que comme des objets matériels et non plus comme le réceptacle d'un savoir désincarné. Le triomphe, cependant, de l'esprit sur la matière, à bien y songer... puisque cet usage détourné (en guise de trépied) des livres est fort malicieux bien qu'efficient.

Concluons avec Guitry : "On peut faire semblant d'être grave, on ne peut pas faire semblant d'avoir de l'esprit."

[Toutes mes captures d'écran sont issues du DVD américain. Le film n'a pas été édité en DVD zone 2,pour le moment. Merci de ne pas reprendre mes captures d'écran sans en mentionner la provenance.]

*****
Un petit détail amusant : alors que je découvrais The Mad Miss Manton de Leigh Jason, DVD extrait de la nouvelle fournée RKO de l'éditeur Montparnasse, un personnage fait allusion à Blanche-Neige en parlant de Miss Manton interprétée par Barbara Stanwyck... Prémonition ?!
The Mad Miss Manton est une comédie assez charmante, mais elle ne peut rivaliser, même de loin, avec les grandes comédies du même genre. Ceci dit afin de prouver à M. James que je ne suis pas aveugle...
Gary Cooper a toujours été le troisième dans mon cœur, juste après Cary Grant et James Stewart. Mais, dans ce rôle ou dans celui du séducteur de Love in the Afternoon, ou encore dans l'inégalable Peter Ibbetson, il me trouble presque autant que Cary, et je me sens coupable de ne pas lui avoir fait une plus grande place dans mon existence. Bien sûr, il n'est pas trop tard...

*****

LES citations révélatrices du film :

Professor Bertram Potts : "Well, I see what you mean. Very interesting. Make no mistake, I shall regret the absence of your keen mind; unfortunately, it is inseparable from an extremely disturbing body."

Le professeur qui découvre qu'il est des choses que le savoir (théorique) ne peut maîtriser, lui qui ne désirait être que pur esprit.

Sugarpuss O'Shea : "I love him because he's the kind of guy who gets drunk on a glass of buttermilk, and I love the way he blushes right up over his ears. I love him because he doesn't know how to kiss, the jerk!"

Sugarpuss qui s'émeut de l'impuissance de Potts face à ses émotions ; il ne maîtrise rien qui soit incarné, incapable (provisoirement) d'être un corps, en plus d'être un esprit... et qui découvre en même temps sa propre puissance émotionnelle introvertie.

*************

Si vous aimez ce film, vous aimerez également celui-ci... Croyez-moi sur parole.

Et je vous recommande également ce livre-essai de Manny Farber, qui parle du cinéma avec acuité.

*prendre du bon temps, s'amuser, passer un bon moment, etc.
** Wilder eut le privilège d'être mis à la porte par Freud himself, alors qu'il était venu l'interviewer... Freud avait horreur des journalistes et il avait raison. C'est ainsi que je ne suis pas devenue journaliste.
mercredi 11 mars 2009






Notons la sortie en zone 2, ce mois-ci, du DVD de Love in the Afternoon (1957, Billy Wilder), un de mes films préférés avec la divine Audrey Hepburn et le très séduisant Gary Cooper...

"Actually, I don't much care for young men. Never did."

En effet...

Le bord des larmes, à chaque fois que je revois cette scène.


Mon mari : Gary Cooper, mais en mieux.




mercredi 9 novembre 2005


Ce film de Billy Wilder date de 1957 et c'est un de mes préférés.
C'est une histoire romantique à l'extrême, pleine de fraîcheur, de sensibilité, mais aussi de drôlerie. Audrey (très jeune, très innocente) est amoureuse d'un homme à femmes, un Gary Cooper vieillisant et cynique, mais ô combien charmant. Elle va entamer une relation avec cet homme désinvolte et lui laisser à penser qu'elle est aussi une séductrice dont le coeur ne s'attache à personne, afin de pouvoir l'approcher. En effet, pour Gary Cooper, l'amour n'est qu'un jeu et il en fuit les conséquences si elles s'avèrent sérieuses. Il va croire ou faire semblant de croire qu'il ne vole pas la pureté de la demoiselle et s'accommoder un temps de la situation, en fermant les yeux...
Le film laisse à penser qu'Audrey et lui ont des relations très intimes, l'après-midi, et, pour l'époque, le sujet est somme toute assez osé... Le film dégage une atmosphère quelque peu érotique bien que très feutrée, parce que rien n'est vraiment dit ou montré. Le pouvoir de suggestion est immense dans ce cas, comme dans d'autres...
La dernière scène du film m'a émue aux larmes - mais je suis une indécrottable midinette.
Le rôle de Gary Cooper fait écho à celui qu'il interprète dans La huitième femme de Barbe-bleue de Lubitsch (le pétillant).
Le film a été adapté d'un roman de Claude Anet, Ariane.

Citations :
"Actually, I don't much care for young men. Never did."
"If people loved each other more, they'd shoot each other less."

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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