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jeudi 15 mars 2012
Alors que je mets laborieusement à jour mon site Barrie, dont les excroissances sont trop nombreuses et donc incontrôlables, tant et si bien qu'il semble proliférer de lui-même, en secret – il est plus que nécessaire que je fasse une carte du site afin que les visiteurs puissent se repérer... –, j'ai scanné un programme ancien du GOSH tout à fait désuet et charmant.
Vous pouvez le lire in extenso ici.
J'extrais cette page pour les lecteurs des Roses.
Elle requiert un commentaire, ou une petite explication, car enfin ce film, bien sûr, ne vit jamais le jour.
Pourquoi ?Walt Disney commit encore un crime. Non content d'avoir dénaturé tant d'oeuvres, dont Peter Pan, le fossoyeur de la littérature fit son possible pour empêcher cette oeuvre de voir le jour, en prétendant posséder seul les droits cinématographiques de Peter Pan... Ce qui était faux, bien sûr. Mais, quoi qu'il en fût, malgré un procès qui dura 5 ans, Mel Ferrer, mari et futur producteur du film, se lassa et le projet fut abandonné...
Walt Disney préférait le fric au bien-être des enfants malades !
(Vous pouvez également lire cet article.)
Audrey en Peter, cela me laisse rêveuse... Et Laurence Olivier arborant le crochet de Hook...
Avec le génie Cukor au commande... Trop beau pour être vrai.
Je pense à vous tous et regrette de ne pas être à vos côtés ce soir, mais ce n'est que partie remise...
vendredi 29 juillet 2011
"J'y fus savez-vous à Venise dans ma jeunesse, mon jeune ami... Mais oui ! On y dépérit aussi bien de faim qu'ailleurs... Mais on y respire une odeur de mort somptueuse qu'il n'est pas facile d'oublier par la suite." (Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit)
"Parfois, je cherche à me faire saigner, en m'imaginant que Venise meurt avant moi, qu'elle s'engloutit, n'ayant finalement rien exprimé, sur l'eau, de sa figure. (...) Venise se noie ; c'est peut-être ce qui pouvait lui arriver de plus beau?" (Paul Morand, Venises)
***
La beauté de Venise peut vous tuer en un instant ou révéler en vous, insidieusement, l'assassin qui somnole, assis tranquillement au bord de votre esprit. Tuer ou être tué, il n'y a pas d'autre alternative, parce que soutenir le regard de la Sérénissime en a rendu fou plus d'un et que le seul moyen de se défaire de son emprise appelle un acte violent, irrémissible. Dernier geste, vengeur, du condamné ou inutile sursaut du noyé qui refuse, de la pointe de ses ultimes forces, l'abysse. Venise fera tout de même de vous une loque – à la fin. Elle donne tout, il n'y a donc plus rien à espérer ; mais il y a tout à perdre, miette après miette, ce qui est bien pire. Elle est à l'image du bonheur (non, plutôt de la conscience du bonheur), qui est le premier et le dernier cri de l'existence, cri fracassé par son écho, lorsque ce dernier reviendra vers lui, afin que le Visiteur (le bonheur n'est pas sédentaire) et son ombre se confondent.
Brisé.
Autant l'être noblement, à Venise, une bonne fois pour toutes.
On ne peut qu'en vouloir un peu à Venise d'à la fois nous révéler qu'il existe en ce monde des raisons durables de vivre, puis de nous narguer en nous affirmant qu'il faudra, dorénavant, après avoir éprouvé l'illusion d'une union possible, se contenter de son absence, car Venise ne se possède pas. Même si l'on y vit, surtout si l'on y vit.
Venise tue par épuisement. Elle sature les sens, l'esprit et l'âme.
Qui a vu Venise n'a plus besoin de voyager, ni même d'aimer autre chose. On est repu pour l'éternité. L'existence en devient indigeste. Il est temps de la quitter dès que l'on est saisi. Mais il est trop tard, sinon Venise ne vous a pas effleuré, encore moins pénétré.
Venise est somptueuse, elle vous étourdit en vous soulevant de terre et en vous cachant dans l'un des pans de son manteau de fée ou de sorcière. Venir à Venise, c'est se laisser prendre dans un piège. De plein gré. Venise réveille ce qu'il y a de suicidaire en tout homme. C'est cela qui me fascine en elle.
Venise n'abolit pas le prosaïque en nous, mais Venise exige que l'on se tourne vers ce noir soleil que l'on porte en soi, que l'on s'agenouille dans sa lumière frisante. Au zénith et au nadir de l'émotion, Venise ouvre ses portes dérobées. Celui qui sait se recueillir dans l'effroi de la mélancolie verra la véritable Venise. Les autres...
Venise ne tolère pas les états intermédiaires. Il faut être extrêmement malheureux ou ressentir toute l'indécence d'un bonheur parfait pour avoir le droit de lui rendre visite, sinon vous ne verrez pas ce qu'elle camoufle. Il faut que vous soyez persuadé d'être son seul amant ou qu'elle est votre seul destin. Venise vous fait une faveur en vous donnant le baiser de la mort.
Elle ne dispense ses poisons et ses songes que dans la transe ou dans l'abîme. Si vous ressentez ce sentiment que, péniblement, j'essaie de vous dire, alors elle vous a élu comme digne d'elle : vous vous savez éternel et mortel à la fois, dans un moment qui s'effrite, bientôt.
Ensuite, vous n'êtes plus qu'une loque. Mais il est bon d'avoir été usé jusqu'à la corde. D'avoir dévoré son bonheur ou son malheur, jusqu'à la dernière croûte, celle qui vous fait saigner le palais.
Il n'y a rien à expliquer. Venise ne m'a jamais dit tous ses secrets. Je sais simplement que, là-bas, je suis consciente de chaque instant de grâce, jusqu'à la dépossession, jusqu'à la douleur cruelle de la dépossession. Ils sont très rares ces moments où l'on coïncide exactement avec soi-même, avec la joie pure et bouillonnante, sans avoir besoin de quelques pas de recul pour se contempler dans cet achèvement de soi, même s'il ne dure rien.
Quoi qu'il advienne, autant que faire se peut, revoir Venise au moins une fois par an. Telle est notre prière.
Exaucée.
Une fois de plus.
C'est toujours cela de gagné contre la mort et l'oubli. Un remède contre Chronos, qui est une lèpre qui défigure tout, un assassin avide qui boit jusqu'à la lie les souvenirs et nous prive même de la fin que l'on a imaginée. Chaque année, je sais que c'est peut-être la dernière fois. Je ne suis pas de ceux qui vivent sans la pensée de la mort, qui est comme un animal qui gigote et a élu domicile sur mon épaule gauche. Cette pensée est à la fois mon mauvais génie et ma meilleure conseillère. Ne pas perdre de temps. Choisir sans épargner ses forces, ni ses passions, ni sa foi.
Vivre en seigneur et maître de son existence. Telle est l'exigence de la Sérénissime. Mourir en abandonnant tout à la plus avenante des pensées. Dieu – pourquoi pas ? Je suis en quête d'un Dieu, pour fermer ce trou en moi. Cependant, je sais que le trouver signifierait ma mort spirituelle. Je suis bien aise de n'avoir pas assez de foi, mais d'en avoir juste assez pour oser dire ma quête. Venise comprend cela.
Cette année, nous étions trois et nous avons découvert une autre Sérénissime. La jeune fille qui courait à perdre haleine dans les couloirs de cet hôtel qui s'appelait encore le Bauer-Grünwald est toujours là, mais elle est spectatrice, en retrait, figure vide, de son autre, une petite bonne femme pleine, aux hanches trop larges, au regard mangé par les étoiles, qui joue à la mère, n'osant pas tout à fait croire que ce possible se soit incarné. Il ne faut pas déranger le mouvement des songes, lorsqu'il traverse la pellicule du réel, sinon ils sont à jamais perdu pour le regard et pour la main. J'ai ressenti une réelle exaltation en portant cette petite vie tout contre moi. Ses grands yeux semblaient absorber chaque parcelle de cette ville fascinante, toute en simulacres, née de l'impossible. Je suis heureuse et, comme Keats, je ne puis supporter cette souffrance d'être heureuse. Et le dire ne conjure rien. Et m'en défendre encore moins.
Puisque le Grand Hôtel des Bains n'est plus , désormais, qu'un souvenir, nous avons élu domicile ailleurs. Nous avons séjourné dans la plupart des palaces de la Sérénissime au fil des ans, mais cette année nous voulions à la fois un endroit cosy, beau, extrêmement proche de la Piazza San Marco (puisque, pour nous, le Florian est le centre du monde et que je ne désire rien de plus que d'y passer des heures et des heures jusqu'à cette lassitude du corps qui ne me vient jamais à Venise) et qui accueille chaleureusement notre tiny baby. Nous avons trouvé une demeure d'exception. La Locanda Orseolo est un tout petit hôtel tenu par une famille et des amis. C'est un endroit incomparable et cela est en grande partie dû à la qualité de l'accueil, à la chaleur humaine dispensée par chacun des membres de cette équipe... Ils n'ont nul besoin que je parle d'eux, car ils se sont déjà taillé une réputation en or tout à fait méritée, mais j'avais envie de leur rendre hommage. Notre réservation pour l'année prochaine est d'ores et déjà inscrite dans leur registre ! ? N'y a-t-il rien de plus présomptueux que d'affirmer ainsi sa foi en l'avenir ?
J'aime à la folie Venise également parce que je rends visite à mes propres fantômes à travers elle. Elle est un kaléidoscope à travers lequel je contemple les diverses figures dont je me suis vêtue à chaque âge de ma vie.
Chaque année, je prends à peu près la même vue. Je suis une créature de rites... La vue du Ponte dell'Accademia est toujours aussi irréelle.
... nous sommes tombés nez à nez avec cette invraisemblable boutique (dont le seul défaut est d'être tenue par un garçon au regard de veau en vinaigrette, d'une antipathie telle que j'ai presque failli repartir sans mon trésor, et qui m'a fait l'affront de me parler, sans l'avoir vu, du film de Blake Edwards et qui ne connaissait même pas Truman Capote...).
Photographie empruntée à cette page-ci, car mes propres photographies sont loin de valoir la sienne...
Bagghy est une entreprise vénitienne qui a acquis la licence des images du film de Blake Edwards auprès des ayant-droit d'Audrey Hepburn, afin de les utiliser pour la création de ces sacs. Je le précise, car beaucoup d'objets en vente sur le net ne possèdent pas cette licence... Comment aurais-je pu résister ? Holly est mon pseudonyme depuis tant d'années... et j'aime tant ce personnage de Capote... Bien sûr, j'ai choisi un sac qui représente Holly face à Tiffany–
"échoppe" dont je suis une grande admiratrice, ayant la chance de posséder quelques jolis bijoux issus de cette respectable maison, dont un cadeau de naissance que je ne quitterai jamais plus...
Je me souviens toujours avec une certaine tristesse du beau film de David Lean, Summertime.
Contrepoint exact de Brief Encounter, cette rencontre entre une célibataire, plus tout à fait jeune mais pas encore vieille, et un séducteur italien (marié), est un film sur le désir, sur la romance, qui ne parle jamais d'amour (il n'en est pas question, sinon la fin serait autre). Les personnages vivent dans leurs fantasmes et l'autre n'est que le miroir de leur fantaisie romanesque. Venise est la seule ville au monde – avec New York – qui soit à ce point propice à ce genre de phénomène. C'est pourquoi elle si dangereuse. Venise est la clef qui ouvre tous les royaumes de la fiction en nous. Hélas, la fiction n'irrigue pas toujours les régions de notre vie intime au point de faire de faire surgir les roses de la mémoire, qui éclosent en décembre.
(Crédit de la photo : ici)
David Lean a merveilleusement filmé Venise et il me semble que jamais Katharine Hepburn n'a été une aussi admirable actrice que dans ce film. Les deux extraits que j'ai choisis en témoignent. Ils disent aussi l'effet que Venise peut produire sur certaines parties sensibles (réactives) de notre être.
Les excellentes éditions Carlotta viennent d'ailleurs de sortir le DVD en France, que je ne peux que recommander.
Nous avons également rendu visite à la boutique Martinuzzi sous les arcades de la Piazza San Marco : c'est une adresse connue des amateurs de dentelles, de guipures et de verre de Murano... Une adorable robe à smocks trône toujours en vitrine, jamais la même, mais toujours solitaire, joyeuse et triste à la fois. Nous la contemplions chaque année, jusqu'à ces derniers jours. Nous avions enfin une raison de l'acheter, de témoigner de cette singulière dévotion pour quelques centimètres de tissu. Alors nous sommes entrés dans la boutique et nous ne sommes pas repartis les mains vides. La nôtre est rose, brodée à la main. C'est une petite robe toute simple, peut-être banale dans le regard d'un autre, mais chacun de ses plis, je vous le jure, retient une émotion, un grain de beauté qui roule vers notre passé, une larme frémissante que la soie et le coton ne boivent pas.
Un peu de l'atmosphère de Venise en vidéo...
Et je vous offre une mini-bibliographie en guise de baisser de rideau...
Toute une rangée de l'une de mes (trop) nombreuses bibliothèques est consacrée à Venise. Ce guide-ci est vraiment différent de tous ceux que je connais : il ne s'adresse pas, en premier lieu, aux néophytes, mais aux amoureux de Venise qui connaissent déjà très bien la Sérénissime, ou bien encore à ce voyageur très particulier, immobile, qui imagine l'univers dans son fauteuil. La librairie française, que nous ne manquons jamais de visiter, l'avait en rayon.
Je n'ai pas eu le temps d'explorer tous les chemins qui mènent de Venise à Henry James, mais ce livre est une Bible admirable !
Toujours à la librairie française de Venise, j'ai acquis ce livre original qui nous narre la drôle d'histoire d'un palais mortifère :
Et, depuis quelques années, je feuillette à l'envi ce petit livre, qui a été traduit de l'italien en plusieurs langues, dont le français et l'anglais :
Cf. le site de l'auteur.
Je ne peux manquer de citer ce livre-ci...
Présentation du livre ici.
À bientôt...
***
Indigent billet écrit alors que j'étais accompagnée par ce très beau disque...
mercredi 11 mars 2009
Notons la sortie en zone 2, ce mois-ci, du DVD de Love in the Afternoon (1957, Billy Wilder), un de mes films préférés avec la divine Audrey Hepburn et le très séduisant Gary Cooper...
"Actually, I don't much care for young men. Never did."
En effet...
Le bord des larmes, à chaque fois que je revois cette scène.
Mon mari : Gary Cooper, mais en mieux.
Libellés :Audrey Hepburn,Billy Wilder,Gary Cooper
dimanche 1 avril 2007
[Le premier film qui date, lui, de 1938 d'Anthony Asquith et de Leslie Howard, avec dans les rôles principaux Leslie Howard et Wendy Hiller]
Extrait du premier film cité :
lorsque j'ai visité Covent Garden, encouragés que nous fûmes par Robert à nous délecter de l'endroit.
Dieu merci, moi, j'ai épousé mon Pygmalion. Beaucoup semblent avoir oublié que la fin écrite par ce vieux grincheux de Shaw n'est pas celle attendue par le public. Volonté qui ne fut pas respectée ni par les films ni par la comédie musicale. Et l'auteur de s'expliquer dans une sorte de postface à sa pièce sur son choix de séparer les deux destins.
"This being the state of human affairs, what is Eliza fairly sure to do when she is placed between Freddy and Higgins? Will she look forward to a lifetime of fetching Higgins's slippers or to a lifetime of Freddy fetching hers? There can be no doubt about the answer. Unless Freddy is biologically repulsive to her, and Higgins biologically attractive to a degree that overwhelms all her other instincts, she will, if she marries either of them, marry Freddy. And that is just what Eliza did."
Eliza épouse donc Freddy parce qu'elle aura le dessus sur lui ? Mauvais choix (et analyse psychologique biaisée de Shaw) selon moi. Elle va s'ennuyer.
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Catégorie :
Libellés :Audrey Hepburn,Londres,My Fair Lady
mercredi 27 décembre 2006
"Il faut se dégoûter soigneusement des autres avant d'être bien fixé soi-même sur ce qu'on peut faire."
"L'essentiel c'est pas de savoir si on a tort ou raison. Ce qu'il faut c'est décourager le monde qu'il s'occupe de vous... Le reste c'est du vice."
(Céline, Lettres à des amies)
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A la grâce de Dieu, disait-elle, en joignant les mains pour que la grâce divine lui tombe dans les mains comme un soleil ou un bonheur liquides. Elle s'asperge de foi. Moi, je préfère Chanel number five et un tour de manège sur la fifth avenue.
A Dieu vat ! Ce billet est le plus échevelé que j'aie jamais écrit ici. Un vrai chemin de croix. Pas sûr qu'une parenthèse ne vous perde pas en route... Le fil d'Ariane, c'est Nietzsche qui le tient, ou peut-être la liberté que procure l'écriture automatique, errante, sans rature ni retour en arrière. Ce n'est pas moi qui tiens le clavier, mais le petit démon de l'après-Noël, la femme-saule-pleureur que je suis quelquefois, à l'heure des morts, entre six et sept heures du soir, quand les choses et le ciel tournent mal. Le propos ne tient que par associations d'idées multiples. Dieu y retrouvera les siens et, puisque je n'ai aucun va-tout à jouer, je vous le livre tel quel. Personne ne vous oblige à lire.
Noël est arrivé en avance, le 23 décembre, sur le dos d'un macchabée. Il avait de la gueule mais ne pipait mot sans pour autant tendre main vers l'offrande de ce truc que l'on appelle coeur dans les dictionnaires. J'ai compris, à six heures du matin, par un coup de fil, que c'était râpé. Mais j'ai fait l'étonnée, la prude et la chochotte.
Pourtant, chaque année, c'est pareil : Noël est orchestré par l'esprit de Dickens. Je devrais y être habituée. Il faut dire que je n'ouvre la boutique (mon coeur) qu'une journée par an et que les chalands se pressent à l'occasion, comme s'ils inauguraient quelque chose d'aussi sacré que la grotte de Lourdes ou bien le cul de la Vierge Marie. Ce jour-là, je suis bonne, ce qui m'autorise à être une ordure les autres jours de l'année. En toute connaissance de cause, et ce, sans cynisme
aucun. Si vous croyez que vous valez mieux que moi, vous vous égarez. Rares sont ceux dont la bonté n'a rien à voir avec une pitoyable affaire de morale. Je ne connais qu'une seule personne au monde de cette sorte.[Digression assumée, puisque ce billet est un labyrinthe à diverses entrées: lorsque j'évoque la morale, je songe à Kant et je me permets de vous recommander cet excellent ouvrage de présentation des trois critiques du philosophe de Könisberg par son traducteur, Luc Ferry, dont on a oublié, pour raisons politiques, qu'il est un homme intelligent et un excellent pédagogue.
N'hésitez pas, car le style de Ferry est d'une clarté extraordinaire et ce n'est pas une vulgaire vulgarisation mais une oeuvre d'honnête homme.]
*
Je crois tout simplement que c'est une grâce, une inspiration du coeur, comme il en existe de temps en temps, dans un autre domaine mais dans une contrée proche, pour l'écrivain.
L'année dernière, j'ai passé la matinée du 24 décembre à l'hôpital, la salle d'attente d'Atropos, afin d'obliger un alcoolique à remettre son foie entre des mains compétentes sous peine qu'il ne claque avant la fin de l'année. L'année d'avant, j'avais préparé et partagé un petit-déjeuner de Noël avec un clochard de mes connaissances - je ne fraie pas non plus avec le premier venu, on ne sait jamais. Je n'avais pas encore refait la salle à manger, donc je ne craignais pas qu'il salît les murs en s'appuyant dessus pour avancer, mal équilibré sur ses guiboles couvertes d'ulcères. Depuis, il nous a quittés. Oui, la formule est pudique. Qu'importe, il savait bien qu' "Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes la guerre venue." Ce fut son dernier mot, apocryphe.
J'entends parfois son pas, là où il se posait, et je m'aperçois qu'il me manque. Je ne m'épanche pas au point de croire que j'aie pu l'aimer. Non, simplement je me sentais propre, privilégiée, à l'abri, face à son effritement. Mon bien-être tenait la main de sa misère, en toute amitié, avec condescendance aussi. Les jolies filles ont toujours une copine très moche afin de réfléchir leur éclat. La vie est une garce qui aime s'afficher avec la mort. Le bonheur et le désespoir sont comme cul et chemise. Non que je sois une jolie fille, mais les clochards présentent un indéniable attrait pour ma pomme. Depuis toujours. Depuis l'enfance, quand on m'interdisait de leur parler, parce que cela faisait aussi honte que la douleur. Aussi mal fringuées qu'eux, la grand-mère avait peut-être peur qu'on nous prenne pour de la famille... Et puis la pauvreté est contagieuse. On se retire.
[ "L'Oreiller-bouteille", photo de Holly G., à Paris, il y a quelques années. Je regrette de ne pas savoir prendre des photographies, de rien connaître de cette technique, car je ferais des photographies très intéressantes si j'étais douée. J'aime regarder la vie de la ville ; je tombe toujours juste. Le fourmillement d'hommes et d'âmes qui l'agite s'imprime en moi. Cet homme qui dort à poings fermés sur ce banc, les mains recouvrant son sexe, à l'abri du froid, a quelque chose d'innocent dans la posture. Je l'admire et le crains en même temps.]
Peut-être parce que je pressens que je pourrais finir ainsi, peut-être parce que je sais que je finirai ainsi. De Léautaud à Céline, de Marcel à Germaine ou Titi, je n'établis pas de hiérarchie dans le monde des pouilleux. Il y a la cloche de naissance quasiment et le parvenu. Céline fait partie de cette deuxième engeance. Mais une cloche avec ses aises, bourge encore un peu dans les apparences, mais à la moelle viciée. Céline à Meudon, les derniers jours de la vie du plus grand écrivain du XXe siècle. De très beaux clichés
du docteur Destouches et de son bestiaire, femme comprise, Lucette A. Célinienne convaincue, doublement, j'ai découvert des photos que je n'avais jamais contemplées. Clochard céleste, Céline vaut mieux que Diogène, même s'il est réduit par les cons à n'être que Cassandre et souvent bien pire. On ne prête qu'aux riches et toute la clique d'intellectuels de gauche est l'usure des grands esprits.
Céline est l'un des grands brûlés de l'Histoire et de la chiennerie humaine. Il y a tout de même une sacrée ironie d'être accusé de collaboration quand on est, dès le départ, un pacifiste pur jus. Il faut avoir connu les horreurs de la guerre pour la haïr autant que lui. Il faut être diablement lucide pour être si mal compris de ses semblables. Enfin semblables, non. Tous ceux qui l'ont condamné sont des morveux, ce sont des mouches à merde. Je ne dis pas ça pour choquer, je le pense réellement, et si mes manières vous déplaisent, je le regrette.
Je suppose que mon oreille est comme un lavabo bouché. Je n'entends plus depuis longtemps les vociférations de la charogne. Je n'écoute plus rien depuis longtemps. Hormis le téléphone. Mais je ne réponds pas. Ne m'appelez pas : je hais le téléphone. Personne ne me croit et il sonne toujours et je me sens obligée, de temps en temps, de répondre, car ceux qui appellent peuvent m'être aimables. Mais si vous m'aimez réellement ne m'appelez pas.
J'ai failli vous offrir le conte de Noël que certain événement m'a inspiré, une histoire que j'ai écrite, puis que j'ai détruite ensuite. Je ne pouvais pas abolir toute décence, même si le strip-tease psychique est une de mes insupportables tentations. Ce n'est pas le lieu.
De plus, cette histoire ne m'appartenait pas, même dénaturée par le travail de fiction. Elle était celle d'étrangers que je ne connais par ouï-dire, mais on aime toujours davantage ceux que l'on ne connaît pas en première personne. C'est comme les morts qui, rarement, déçoivent. Du moins, les morts que l'on a élus. Ce constat s'applique aux inconnus pour qui on déploie sans peine des trésors de compréhension et d'affection. Il faut dire que le butin est plus difficile à dilapider quand il s'agit de gens imposés, de la famille.
Finalement, c'est peut-être elle le centre à partir duquel s'inscrit ce billet désordonné.
La famille connaît tous nos travers. Normal, logique, puisque c'est elle qui nous a tordus. Elle nous encadre dans certaines attentes, nous épingle dans la conviction qu'elle nous connaît et, de ce fait, nous empêche de changer de peau, même pour vingt-quatre heures, tandis que l'étranger nous autorise à être qui on veut, le temps que l'on veut, ne serait-ce que pour quelques instants pendant lesquels on passe en fraude des sentiments et des actes que l'on renierait devant nos proches car on n'oserait pas, de peur peut-être que l'on nous prenne au mot et que l'on se sente obligés d'être plus gentil que nécessaire chaque jour. [Clin d'oeil barrien]
Un triste conte de circonstance a devancé l'inévitable : mes tristes pensées ; car Noël, malgré la joie délirante qu'il suscite en moi, ne manque jamais de me rappeler mes amères années et la misère du monde, quotidienne, des autres, qui n'est que plus flagrante, par un évident contraste, ces jours-ci. Je ne suis pas hypocrite au point de pas songer que cette pensée altruiste n'est qu'une manière de me sentir gentille, aimante, compassionnelle, et une tentative esquissée envers une possible déculpabilisation. Voilà j'ai atteint mon degré ultime de faux-cul.
Mais je sais très bien que tout se paie. Le bonheur au centuple. Plus dure sera la chute. Chacun son tour. Au suivant ! Pas besoin de s'appeler Brel pour cette évidence. Par conséquent, je paierai la facture, un jour ou l'autre. Cette certitude ne m'empêche pas de vivre. Au contraire, je crois que cette logique du pire m'oblige à vivre intensément les plus infimes joies comme les plus inespérés bonheurs.
Je ne fais rien de plus que la plupart de mes contemporains pour les malheureux et les délaissés. Je pense souvent à cette citation de Céline, qui pourrait me servir d'épitaphe, si je ne désirais pas être incinérée : "Si on se laissait aller à aimer les gens gentils la vie deviendrait atroce. Je ne sais pas pourquoi mais ce serait ainsi. Il faut se raidir pour vivre." (Lettres à des amies)
C'est pour cette raison que je suis fière de n'avoir pas plus de coeur qu'une huître ou une puce. L'huître se retrace devant l'aigu du couteau qui vient la tenailler. Mon coeur est pareil. Ce n'est qu'un muscle qui réagit devant certains stimuli. La puce, elle, est bien trop petite pour avoir de la place pour un coeur. J'ai beau être une grosse vache. On ne me trait qu'une fois par an.
Je ne me ferai pas avoir plus que de raison. Aimer, c'est toujours risquer sa peau. Pour ça, je préfère encore les barbelés de l'écriture. Oh, oui. J'aime quelques personnes (dont quelques lecteurs de ce JIACO, qui le savent, je le pense), ça, c'est le piège et il est trop tard pour y remédier, mais je n'aime personne en général. Aimer au particulier est déjà si pénible ; c'est un joint par où l'on peut vous atteindre et vous désolidariser de vous-même. Quelle horreur !
Un homme quelque part est mort et sa femme, à peine plus âgée que lui (20 ans de différence ne comptent plus du tout quand on arrive au bout du rouleau, quand les années se comptent avec trois chiffres), a passé la veille de Noël et le jour de la Nativité en compagnie d'un cadavre sur une table réfrigérée dans son petit appartement, perché quelque part. Elle est sans doute plus raisonnable que moi parce qu'elle n'a pas pleuré. A quoi ça servirait de se bouffer le visage et de raviver le cours d'eau à sec de ses vieilles rides ?
La mort n'est qu'une formalité. Déplaisante, certes, mais ce n'est pas l'essentiel. Que serait cet essentiel sinon d'aimer les êtres quand on le peut, de se damner pour eux s'il le faut.
Je n'aime réellement qu'une personne et je me sais au moins aimée une fois, sans conditions. Qui peut en dire autant, hein ?
C'était Noël, après les préliminaires tristes.
Soyons gais ! Crevons d'abondance ! Voyez comme je peux, en un tour de main, redevenir celle que je n'ai jamais cessé d'être : Holly la bienheureuse ! Holly que Siréneau, l'un des tous premiers lecteurs de ce JIACO, devenu ami, a dévoilée à elle-même.
Holly a été gâtée. Beaucoup trop, bien entendu. Je ne pourrai pas faire une liste exhaustive sans un effort de mémoire. Il me faudra plusieurs mois pour tout découvrir. Je n'ai pas été aussi gentille que cela pour prétendre à tant d'hommages matériels. Mais, comme me l'a dit un jour Monsieur Anon, admiratif devant la gamme étendue et variée de mes sacs à main (la seule frivolité vestimentaire à laquelle je sacrifie volontiers et plus que de raison ! Le sac à main est à la femme du XXIe siècle ce que le manchon était à la femme selon James Matthew Barrie. Bénabar l'a très bien compris :
"J'le tiens, j'ai réussi, je procède à l'autopsie
De cet animal fidèle qui la suit comme un petit chien
Coffre-fort, confident, partial et unique témoin
Qu'elle loge au creux de ses reins
Mais qu'elle appelle, comme si de rien, son "sac à main" )
[Photographie extraite du site Longchamp, Sac Vintage cuir, couleur rouge]
à quoi bon un cadeau si on le mérite ?
My Mister Anon vient d'ouvrir, sans le désirer, une brèche philosophique. Vous le savez sûrement mais le mot cadeau a une étymologie intéressante. Littré nous informe ainsi :
Catellus, petite chaîne, de catena, chaîne (voy. CHAÎNE), à cause de la forme enchaînée des traits de plume. Ménage nous apprend que faire des cadeaux s'est dit pour faire des choses spécieuses, mais inutiles, comparées métaphoriquement à ces traits de main des maîtres d'écriture. De là on passe sans peine à cadeau dans le sens de divertissement, fête et, finalement, présent.
(Je souligne en rouge, de la couleur de mon nouvel animal domestique, mon sac à main...)
Le cadeau utile est donc, par définition, un anti-cadeau, car il court-circuite l'idée gratuite qui préside à sa naissance. Mais reste à savoir ce qui est futile et utile, car une seule lettre sépare ces deux exigences contradictoires ! Tout dépend de la complexion du destinataire. Le cadeau, reçu ou donné, est très révélateur de notre rapport à nous-mêmes et aux autres. La difficulté à recevoir et / ou à donner en dit long sur nos sentiments les plus cachés et sur notre désir ou refus de nous mettre à nu devant les autres, de même la pléthore ou la générosité de l'échange. Parfois, le cadeau est empoisonné, une prison car il engage à la gratitude, il peut être à sens unique plus rarement, mais quelquefois il est un don des dieux, quand il n'est pas relais de certaines rancoeurs. Une photo du pied du sapin, la nuit de Noël, est une radiographie de la famille. Tout est contenu est germe. Le cadeau est aussi, pourquoi pas, l'avatar des sacrifices que l'on faisait aux dieux...
Il pose la question du don véritable, à laquelle seul l'amour véritable peut répondre.
Pendant cette fausse trêve scripturale que j'avais décidée, en écoutant la voix envoûtante et kitsch pour beaucoup, russe (dès que je serai un peu à l'aise en chinois, je débuterai l'apprentissage du russe ; apprendre une langue est à chaque fois naître ailleurs et éveiller un autre pan de son âme) et allemande, d'Ivan Rebroff qui va si bien avec mon humeur du jour et les Kindertotenlieder (Chants pour les enfants morts) de Gustav Mahler, je me délecte en lisant ou relisant quelques ouvrages. Certains, je les possède depuis quelques temps, d'autres me furent offerts pour Noël, mais tous ont en commun le pouvoir de m'émerveiller.
Démons et merveilles est l'un des plus beaux livres qui soient sur le sujet.
A la fois histoire du monde féerique et panorama luxueux de l'iconographie relative, ce livre est un trésor inestimable. Certaines reproductions s'étendent sur une double page pour le plaisir des yeux les plus blasés. La part belle est faite aux peintres victoriens, parmi lesquels mon chéri, John Anster Fitzgerald. Le monde des fées est lié à une certaine idée d'harmonie entre l'homme et la nature, le petit peuple étant le messager de valeurs qui échappent à l'homme au fur et à mesure qu'il se polit au contact de la société. Attention, il existe deux éditions et il serait dommage d'acheter l'édition de poche car on profite moins des reproductions.
Dans un genre comparable est sorti en traduction française ce petit livre d'images. La couverture emprunte à Grimshaw l'une de ses toiles les plus célèbres. Le livre est un parfait petit guide pour qui ignore tout du monde merveilleux par la peinture.
Si les dragons vous fascinent, peut-être serez-vous heureux de posséder ce grimoire,
Je ne quitte pas un instant le monde des fées, en évoquant ce très beau livre consacré à la divine Audrey Hepburn. Je suis émue d'ouvrir les enveloppes transparentes qui le composent en partie et de sortir le fac-similé de divers documents qui jalonnent son existence, telle cette lettre d'excuse de Cary Grant... ou un faire-part ou encore une page de scénario annotée de sa main.
Les éditions du Seuil avaient sorti un ouvrage comparable dans la conception et l'esprit qui s'adressait aux fans de Sinatra, de ces Old Blue Eyes, grâce auxquels je ne connais aucun Foggy day.
Je suis très fière de le posséder dans ma bibliothèque, de même que cet inattendu cadeau :Cinq disques d'enregistrements publics de l'immortelle voix du plus célèbre crooner au monde.
Sinatra était aussi un acteur, célébré par Capra ou Minnelli. Comme un torrent vient d'être édité en zone 2:
Je n'en parlerai pas encore puisque je n'ai pas encore eu le plaisir de le visionner. Il est tombé très récemment dans mon giron. J'aime davantage Sinatra chanteur, mais je ne nie pas son talent d'acteur, et Minnelli est génial.
L'avide inculte que je suis se promet quelques heures de plaisir en dévorant cet ouvrage qui me parle d'un autre cinéma cher à mon coeur.
Noël engage les marchands de culture à déverser des tonnes de coffrets pendant les fêtes et parfois c'est une aubaine.
Après le premier et indispensable coffret James Ivory, qui réunissait trois films magistraux inspirés de E. M. Forster (le superbe Maurice, mon préféré, Chambre avec vue ainsi que Retour à Howard End,
Noël a amené celui-ci, qui évoque le versant indien de l'oeuvre du grand cinéaste :
Je ne suis pas encore, loin de là, une spécialiste du Bollywood, mais j'aime beaucoup les couleurs, l'agitation, les sagas indiennes. Je ne connais aucun de ces quatre films mais je suis persuadée de les adorer. Je reviendrai en parler si 2007 ne me fait pas un croc-en-jambe, si les roses ne fanent pas dans l'intervalle. Cela me rappelle certain livre foisonnant de John Irving
Un de mes plus beaux cadeaux est une lettre qui m'a été écrite la nuit de Noël par une jeune personne très spéciale qui se reconnaîtra. Il est des lettres auxquelles on n'ose pas répondre de peur de les abîmer et de détruire la fragile magie par laquelle elles tiennent. Néanmoins, je dépasserai cette crainte légitime, un peu plus tard. Il m'est doux de penser que la véritable famille est celle en laquelle on se reconnaît d'âme.
Je ne réapparaîtrai que dans les premiers jours de 2007. J'escompte écrire un chapitre ou deux, pour moi-même, dans le secret de mon antre.
Je vous souhaite une "Bonne année mon cul !", comme je le fais à mes très proches, donc ne soyez pas offusqués, c'est très affectueux.
***********************
Catégories :
Littérature
Miscellanées
mercredi 6 décembre 2006
Merci à Robert pour cet extrait du Times en date de ce jour.
La fameuse petite robe noire de Holly Golightly, mon héroïne adorée, a donc été adjugée au plus offrant. Un monsieur Anon l'a achetée. Pour l'offrir à une belle inconnue ?
Libellés :Audrey Hepburn,Holly Golightly
mercredi 9 novembre 2005
C'est une histoire romantique à l'extrême, pleine de fraîcheur, de sensibilité, mais aussi de drôlerie. Audrey (très jeune, très innocente) est amoureuse d'un homme à femmes, un Gary Cooper vieillisant et cynique, mais ô combien charmant. Elle va entamer une relation avec cet homme désinvolte et lui laisser à penser qu'elle est aussi une séductrice dont le coeur ne s'attache à personne, afin de pouvoir l'approcher. En effet, pour Gary Cooper, l'amour n'est qu'un jeu et il en fuit les conséquences si elles s'avèrent sérieuses. Il va croire ou faire semblant de croire qu'il ne vole pas la pureté de la demoiselle et s'accommoder un temps de la situation, en fermant les yeux...
Le film laisse à penser qu'Audrey et lui ont des relations très intimes, l'après-midi, et, pour l'époque, le sujet est somme toute assez osé... Le film dégage une atmosphère quelque peu érotique bien que très feutrée, parce que rien n'est vraiment dit ou montré. Le pouvoir de suggestion est immense dans ce cas, comme dans d'autres...
La dernière scène du film m'a émue aux larmes - mais je suis une indécrottable midinette.
Le rôle de Gary Cooper fait écho à celui qu'il interprète dans La huitième femme de Barbe-bleue de Lubitsch (le pétillant).
Le film a été adapté d'un roman de Claude Anet, Ariane.
Citations :
"Actually, I don't much care for young men. Never did."
"If people loved each other more, they'd shoot each other less."
Libellés :Audrey Hepburn,Billy Wilder,Gary Cooper
mardi 8 novembre 2005

J'attends depuis des lustres une édition DVD de ce film, que je n'ai jamais vu - ce qui accentue mon désir à son égard.
Il est sorti, il y a peu, en zone 1. J'ai failli me jeter dessus. Mais il va sortir en décembre (le 6) en France, chez l'excellent éditeur Carlotta.
Claude-Jean Philippe (que j'adore et qui anime chaque dimanche, à 11 h, son ciné-club, à l'Arlequin, dans le VIe - on le répétera jamais assez) écrit ceci au sujet du film : "Le film est un extraordinaire ballet où le danseur et la danseuse étoile font valoir toute leur virtuosité. Les figures se succèdent, de la séduction, du dépit amoureux, du bonheur, de l'amertume, de la colère et du renouvellement subit de la passion. C'est une suite d'élans, de fuites et de retours, avec d'admirables pauses." "Dans ce film, Audrey Hepburn peut donner tout son registre. Vulnérable et forte, rieuse et déchirée, elle concilie le charme de la pudeur avec celui de la franchise. Tout est grâce en elle à chaque instant."
Audrey Hepburn aurait été très nerveuse à l'idée de tourner certaines scènes de nu - ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant - mais ces séquences n'apparaissent pas dans le montage final.
La musique est, bien évidemment, de Mancini et je suppose que, comme de coutume, sa création doit parfaitement servir l'émotion véhiculée par le film. C'est un compositeur que j'apprécie particulièrement. Il agit comme un révélateur sur Audrey Hepburn.
Sans avoir vu ce film, je pense que l'on doit pouvoir le ranger au côté du beau Voyage en Italie de Rossellini, avec Ingrid Bergman et George Sanders dans les rôles principaux. L'anatomie, ou plutot l'autopsie, d'un couple est le sujet de ces deux films. J'ai toujours voulu connaître ce qu'on nous cache : ce qui se passe après le mot "fin" dans les films qui se terminent bien, les contes de fées, avoués ou non comme tels. Peut-être parce que j'ignore ce qu'est le déclin de la passion, la mort (pourtant annoncée) des sentiments trop grands pour être contenus dans nos fragiles et étroites âmes.
Libellés :Audrey Hepburn
dimanche 6 novembre 2005

Je vais au moins justifier l'usage de mon pseudonyme sur ce blog, en parlant d'Holly Golightly, aujourd'hui.
C'est une de mes héroïnes préférées de la littérature et le film de Blake Edwards me l'a rendue encore plus chère, même s'il la travestit en un être un peu différent de celui auquel a donné vie Truman Capote.
D'abord, Capote voulait Marilyn Monroe pour le rôle. Marilyn qu'il a dépeinte magnifiquement dans un passage de Musique pour caméléons. Steve McQueen était pressenti pour le rôle qu'interpréta, en dernière instance, George Peppard, car il était engagé pour Wanted : Dead or Alive. Mais, au final, le couple est plutôt réussi.
Marilyn eût été plus ambigue dans le rôle à première vue, mais à bien y songer, la nature angélique d'Audrey Hepburn apporte un contraste saisissant à son personnage, à la désinvolte Holly G. le choix fut donc judicieux.
Je me sens infiniment proche d'Holly, à cause de son désespoir esthétisant, de sa féroce envie de vivre malgré tout. Je l'aime.
J'ai horreur du titre français, qui ne restitue en rien le sens de la nouvelle de Capote, ni même de son adaptation cinématographique. La nouvelle de Capote est pessimiste et le personnage d'Holly, une femme insaisissable, sans ancre, elle ressemble par bien des aspects à ce qu'il écrit ailleurs de Marilyn : "Mais si conforme au "type" [de la femme fatale] que soit Marilyn par certains côtés, elle n'y appartient pas véritablement : elle manque trop de dureté ; et puis elle est capable d'une grande concentration en matière de sensibilité, le vrai secret pour qu'un talent quelconque puisse agir. Ce qui est le cas chez elle. " (Public people and private places / Les chiens aboient, Ed. Gallimard, p.192).
La chanson "Moon river" a été écrite spécialement pour elle, de façon à ce qu'elle ne soit interprétée que sur une octave, Audrey n'étant pas une chanteuse. Un post-producteur voulait couper cette chanson et Audrey Hepburn s'y est fermement opposée ! Décidement... ceci fait écho à ce qu'Enro disait dans un de ses commentaires au sujet de My fair lady.
Audrey explique que la scène où Holly jette son chat par la portière du taxi est une des scènes qui lui a coûté le plus à tourner.
Tiffany fut ouvert, pour la première fois de son existence, un dimanche, pour les besoins du film.
Libellés :Audrey Hepburn,Holly Golightly
vendredi 4 novembre 2005
Je trouve qu'Audrey et Cary vont diablement bien ensemble!
Cary voulait qu'elle soit à nouveau sa partenaire dans Father Goose (Grand méchant loup appelle) de Ralph Nelson. Mais elle n'était pas disponible. Elle avait accepté de jouer le rôle d'Eliza Doolite dans My fair lady. Et le plus ironique est que Cukor avait proposé à Cary Grant le rôle du Professeur Henry Higgins dans ce même film et qu'il n'a pu accepter, étant déjà engagé pour Father Goose. Dommage. Deux fois dommage.
Ce fut Leslie Caron qui obtint le rôle, aux côtés de Cary Grant. Il y a d'ailleurs une certaine ressemblance entre ces deux femmes, gracieuses comme des papillons.
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