vendredi 4 novembre 2005
Ce film de Stanley Donen réunit, pour la première et dernière fois (hélas !), Cary Grant et la gracile Audrey Hepburn.
Dans cette scène, elle désigne sa fossette, en lui expliquant qu'elle s'est toujours demandé comment les hommes faisaient pour se raser à cet endroit.

La fossette de Cary Grant est la huitième merveille du monde. Je crois que je suis tombée sous le charme de Cary Grant, avant même de connaître son génie d'acteur, à cause de cette particularité physique, qui m'a toujours grandement troublée.
La Serpentine dont parle tant Barrie dans Le petit oiseau blanc. Eté 2005. " La Serpentine commence près d’ici. C’est un lac charmant, et il y là, tout au bout, une forêt. Si vous vous penchez au bord de l’eau vous pouvez voir les arbres, qui sont tous en train de croître, à l’envers, et il paraît que la nuit il y également des étoiles au fond. Si tel est le cas, Peter Pan les voit quand il traverse le lac à bord du Nid de Grive. Une petite part seulement de la Serpentine arrose les Jardins, car bientôt elle passe sous un pont pour s’éloigner en direction de l’île, où naissent tous les oiseaux, les oiseaux qui deviennent des bébés, garçons ou filles. Aucun être humain, hormis Peter Pan (et il est seulement à moitié humain) ne peut aborder cette île, mais vous pouvez écrire votre désir (un garçon ou une fille, brun ou blond) sur un morceau de papier, et alors le plier et lui donner la forme d’un bateau, puis le laisser glisser sur l’eau. Il atteindra l’île de Peter Pan, après la tombée de la nuit. "


De Conan Doyle, on aurait pu escompter, eu égard au personnage de Sherlock Holmes, une rationalité à toute épreuve.

Or, tel ne fut pas le cas, à cause de la mort de sa fille. Doyle s'intéressa donc au spiritisme et à d'autres faits réputés surnaturels.
C'est ainsi, en raccourci, qu'il fut la victime d'un canular monté par deux jeunes impertinentes, qui lui firent penser que les fées existaient bel et bien... Ah, si seulement... !
L'affaire est relatée ici : http://www.zetetique.ldh.org/cottingley.html

Il n'en demeure pas moins que Doyle a écrit un livre charmant suite à cette histoire : Les fées sont parmi nous.
Contrairement à son ami, contrairement à ce qu'on aurait pu attendre de lui, Barrie, était un homme lucide jusqu'à la fêlure avec lui-même.

Tout ceci pour illustrer cette pensée : qu'un auteur n'est jamais le reflet exact de ce qu'il donne à lire et à penser. C'est un peu comme si nous attendions des autres, de leurs manières et de leurs paroles une réplique exacte de leur for intérieur. Ce qui est loin d'être le cas.



Un petit vice, un petit plaisir coupable...
Les fées en pot !
Les Freshly caught fairies !
Je ne peux m'empêcher d'en acheter, de les collectionner.
Je les importe d'Angleterre. A ma connaissance, à Paris, il n'existe qu'un revendeur, qui possède une jolie boutique, dans le Marais : Il était une fois, rue Ferdinand Duval, 75004 Paris.
Au sol-sous, c'est Noël toute l'année. C'est là que j'ai découvert ce qui devait alimenter un autre vice : les Dickens et Christmas villages... ce sont d'admirables maisons et personnages en porcelaine, qui permettent, par exemple, de reconstituer certains contes de Noël de mon vénéré Dickens. Les petites maisons s'illuminent de l'intérieur grâce à un savant mécanisme (une ampoule) !

http://www.department56.com/products/product_thumbnail.asp


http://www.thecraftshop.co.uk


J'adore les fées.

Les livres qui parlent des fées, les contes et les légendes, et tout l'univers qui est attaché au bienheureux et bien nommé "Petit peuple" a ma grande faveur.
Petit compendium :
A la recherche de féerie, une petite merveille, comme il en existe peu. Des livres féeriques, qui me donnent des frissons sous la plante des pieds...
http://www.au-bord-des-continents.com/
J'ai la passion de certains objets et nul doute que les figurines en résine proposées par les Editions Au bord des continents me tentent grandement...

L'association de Brian Froud et de Terry Jones (un ancien Monty Python) a donné des livres, à la fois merveilleux et déjantés : Le livre des fées séchées, Le journal de Lady Cottington, Taches étranges et odeurs mystérieuses. Un régal !

En France, c'est sans conteste Pierre Dubois, qui a conçu parmi les plus beaux livres dans ce registre : La grande encyclopédie des fées, La grande encyclopédie des lutins, La grande encyclopédie des elfes, Les contes de féérie, Les contes du petit peuple, Les contes de crime, etc. A chaque fois, c'est un plaisir renouvelé de lire et feuilleter ses livres. Je lui suis reconnaissante de sortir de l'ombre certains auteurs comme Jenkyn Thomas, par exemple.

Desproges. Il est l'un des rares, avec Cioran, Céline ou Brassens, à me soutenir dans mes moments de désespoir.
Ce livre-ci, un entretien plutôt alerte, porte un titre qui résume mon état d'esprit du jour.

"Je viens de  rompre avec Dieu.
Je ne l'aime plus.
En amour, on est toujours deux. Un qui s'emmerde et un qui est malheureux.
Depuis quelque temps, Dieu me semblait très malheureux
Alors, j'ai rompu."
Chroniques de la haine ordinaire - un de mes livres préférés...

Il y a longtemps que je ne suis pas retournée au Père-Lachaise, à l'endroit où ses cendres ont été dispersées. J'aime les cimetières. Pour visiter les vivants ou les morts des autres, parce que les miens, je les laisse où ils sont : dans l'oubli.


mercredi 2 novembre 2005


Le dernier film de Woody Allen ne ressemble pas tellement à un film de Woody Allen. La plupart du temps, il suffit de quelques minutes pour se sentir guidé par la main de ce cinéaste que j'admire, pour se retrouver dans les lieux familiers de ses films, pour reconnaître un certain ton qui lui est propre, tout ce qui constitue peut-être ce qu'on nomme un style, pour ne pas dire le style.
Les premières images du film nous donnent à penser ce qui constituera la métaphore du film tout entier : une balle de tennis qui heurte le filet et qui peut soit retomber soit passer de l'autre côté, ce que Woody Allen nomme la chance. le film s'achèvera d'ailleurs, afin que la boucle soit bouclée, sur le lancer raté d'un bijou dans la Tamise. Le présupposé du film est immoral - et Woody allen ne fera (quasiment) aucune concession - mais plutôt lucide : ce qui gouverne nos vies, c'est le hasard, la chance, plutôt que le talent ou une quelconque raison supérieure des choses. Le thème est métaphysique et le jugement était déjà celui de Schopenhauer : la raison du monde, son fondement, est lui-même sans fondement (grundlos).
Je ne retiendrai qu'une image de ce film, dans le premier quart d'heure : le jeune arriviste, qui est le héros de ce conte cruel, tient un exemplaire de Crime et châtiment (titre qui préfigure le double assassinat qu'il va commettre, bien que le seul châtiment qu'il subira sera celui de sa conscience), puis le troque contre le Cambridge companion to Dostoievskii, ce qui montre à la fois son désir de savoir, mais surtout de briller, de faire illusion. Tout est dit, ou presque, sur ce personnage avec une économie de moyen remarquable.

Un très bon film de Woody Allen aux accents chabroliens.
mardi 1 novembre 2005
Je rêve de voir ce film.


Boris Barnet
Titre original : Devuska s korobkoj
1927
60 min - 35 mm - noir et blanc

Une jeune fille, Nastasa, habite avec son père non loin de Moscou. Elle fabrique des chapeaux à domicile et les livre à la capitale, au magasin de Madame Irène. Sur son chemin, elle fait la connaissance de Ilja, un jeune homme qui vient de la province. Dans les rues bruyantes de la ville, il erre sans succès à la recherche d'un logis. Déterminé et un tantinet grossier, il attire l'attention de Nastasa. Elle décide de lui venir en aide.
Scénario : Valentin Turkin, Vadim Sersenevic
Image : Boris Francisson
Décors : Sergej Kozlovskij
Interprétation : Anna Sten (Nastasa), V. Mihajlov (le grand-père), Vladimir Fogel (le télégraphiste), Ivan Koval-Samborskij (Ilja Snegirev), Serafina Birman (Madame Irène)
Production : Mezrabpom



Linda Seton / Katharine Hepburn :


"You've got no faith in Johnny, have you, Julia? His little dream may fall flat, you think. Well, so it may, what if it should ? There'll be another. Oh, I've got all the faith in the world in Johnny. Whatever he does is all right with me. If he wants to dream for a while, he can dream for a while, and if he wants to come back and sell peanuts, oh, how I'll believe in those peanuts !"

"What's the use of having all this jack around if it can't get us a superior kind of man ?"


"Someone stop me ; O someone please, just try and stop me !"


J'ai découvert le cinéma grâce à un film (Du rififi chez les hommes) de Jules Dassin et j'ai un dette envers ce cinéaste hors pair. Je ne jurais que par les livres et je découvris, soudain, qu'un film pouvait être aussi bien écrit qu'un roman !

Ce fut l'un de mes plus grands chocs.
J'ai revu, samedi, à l'Action Christine, ce chef-d'oeuvre de Dassin, Les Forbans de la nuit.
Je le perçois comme une tragédie moderne, avec tous les mécanismes de la tragédie grecque.
Nul besoin de dieux mauvais, le caractère d'un homme (Richard Widmark) suffit à l'emprisonner et à le conduire à sa fin.
Considéré, à juste titre, comme le chef-d'oeuvre de Mankiewicz, ce film fameux demeure un modèle du genre. Quel genre, au fait ? Celui des films qu'on ne saurait ou ne voudrait plus faire aujourd'hui.
Il exprime une forme de perfection à laquelle personne n'oserait s'essayer aujourd'hui.
Les temps ont changé, certes, et l'âge d'or du cinéma a déjà donné ses classiques. Parce qu'il s'agit bien de cela : du classique, tel que le définit Italo Calvino en littérature : une oeuvre à laquelle s'abreuvent les oeuvres qui lui succèdent et dont chaque lecture (ou visionnage dans le cas présent) n'épuise pas le sens, mais enrichit à nouveau notre perception de celle-ci. Les classiques sont des œuvres qui «nous servent à comprendre qui nous sommes et où nous sommes arrivés » [1] et qui suscitent « une surprise pleine de satisfaction, comme l’est toujours la découverte d’une origine, d’une relation, d’une appartenance.»[2] et surtout des oeuvres «qui, à l’instar des anciens talismans, se présentent comme un équivalent de l’univers.»[3],

Je ne dis pas qu'il est trop tard pour créer des classiques, des oeuvres qui puissent servir de modèles ou d'étalon, j'affirme simplement que notre époque n'est pas demandeuse de ce genre de perfection qu'elle peut trouver ailleurs (dans ce cinéma-là). Il existe de grands cinéastes vivants, comme Bergman, pour ne citer que celui qui est, peut-être, le plus grand. Mais la motivation du cinéma, dans son ensemble, est ailleurs : montrer le réel sans le sublimer ou en démonter les rouages, ou sans en offrir une vision "métaphysique". Dire ce qui est et / ou divertir, tel est le cinéma de la seconde moitié du XXe siècle et de ce début de siècle. Les chefs-d'oeuvre sont rares.
Bien sûr, mon propos est réducteur et, par conséquent, faux, mais il y a quelques onces de vérité néanmoins. Je ne suis pas convaincue que, dans un siècle ou deux, on retiendra de notre époque autant de films classiques que la postérité en a écumé jusqu'à la fin des années 60... Mais peut-être est-ce une illusion propre à tout temps...

All about Eve est un film parfait à mes yeux. Le ressort est simple mais fort et juste : une jeune arriviste au visage et aux manières d'ange (Anne Baxter) entre dans l'ombre d'une immense actrice, Margo Channing (Bette Davis), afin de lui voler sa lumière. Ce sera chose faite, avec l'aide du redoutable et non moins pervers Addison DeWitt (George Sanders, le sublime). La fin du film, qui est construit en cercle, nous montre une autre jeune fille qui se prête à un jeu semblable auprès de la désormais consacrée Eve Harrington.
La limite de ce film pourrait être la suivante : on nous parle du talent d'Eve, mais son génie n'est jamais mis en scène, simplement suggéré. On ne la voit pas jouer. Mais, en vérité, elle ne fait que cela : jouer. Il n'y a pas de démarcation entre la vie et le théâtre pour elle. Le monde entier est une scène et elle apparaît comme une actrice sans faille puisqu'elle parvient à convaincre tout le monde (sauf Margo Channing, qui se rend compte de sa perfidie après "la lune de miel de l'amitié") de la "vérité" qu'elle expose. Seule une grande actrice, sa rivale, peut la percer à jour. Mais, alors même qu'elle se donne à voir dans sa réalité, elle semble encore échapper à notre clairvoyance. C'est ainsi que la faiblesse potentielle du film devient sa force.

La technique de la voix off, dont est coutumier Mankiewicz (Cf, par exemple, A Letter to Three Wives ou The Barefoot Contessa), est maniée de main de maître : des personnages donnent leur vision des événements et nous passons de l'une à l'autre, sans même nous en apercevoir. Ceci nous permet une plongée dans le film, comme nous le ferions dans la conscience d'un autre être humain. L'effet, lorsque cette voix off est utilisée avec brio, est saisissant, bien que passant quasiment inaperçu. D'où sa force ! Hormis Truffaut, je ne connais pas de cinéaste qui en fasse un si bel et bon usage.

Ironies du sort :

Mankiewicz voulait Claudette Colbert pour le rôle de Margo Channing, tandis que Darryl F. Zanuck rêvait de Marlene Dietrich.
En 1970, le film a été adapté en pièce à Broadway (Applause) et Anne Baxter y joua le rôle de ... Margo Channing !
Le prix Sarah Siddons que reçoit Eve, dans le film, était une invention de Mankiewicz, mais l'ironie du sort voulut que ce prix fut ensuite créé, et Bette Davis l'obtint.
Bette Davis tomba amoureuse de son partenaire à l'écran (Gary Merrill) et se maria quelques semaines après la fin du tournage !
C'est Zanuck qui modifia le titre du film (originellement, Best performance), d'après les premiers mots prononcés par Addison DeWitt au début du film.

Au regard de tout ceci, on constatera à quel point, la fiction et la réalité se mêlent, parfois, dangereusement ...



[1] Italo Calvino, Pourquoi lire les classiques, Ed. du seuil, Paris, p. 13.
[2] Ibidem, p. 10.
[3] Ibidem, p. 11

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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