lundi 6 février 2006

Spider le héros du film (1) éponyme de David Cronenberg (sorti en novembre 2002 en France) est un malade mental qui sort de l’asile après de longues années d’internement. Il essaie de trouver la raison pour laquelle, il a été enfermé depuis son enfance. Spider (interprété magistralement par Ralph Fienes) est un escogriffe étique et inquiétant, qui marmonne des monologues incompréhensibles et qui écrit ses trouvailles dans un carnet caché ; ses yeux bleu terne sont la seule chose de belle et de véritablement ambiguë dans son physique. Il collectionne les morceaux de ficelle et les bouts de tout et de rien qu’il ramasse à terre et fourre dans ses poches (2). Son nom lui est dû à sa manie de tisser des sortes de toiles d’araignée. Sa mère le lui a dit : «Tu es très habile de tes mains, c’est bien.» Il aime les toiles d’araignée car sa mère est sensible à leur beauté. Elle lui relate une histoire d’araignée au début du film. Ces insectes pondent dans des poches de soie puis abandonnent leur « nid » une fois leur tâche accomplie. Spider - petite araignée - se sentirait-il menacé d’abandon de la part de sa mère ? A-t-il pris cette histoire pour un avertissement à demi-mot ?

Spider est soudain persuadé que son père a assassiné sa mère et l’a remplacée par une prostituée. Le film nous montre cette version de l’histoire, qui est aussi le film qu’essaie de reconstituer, dans son cerveau, Spider devenu adulte. L’actrice qui incarne la mère de l’enfant et la prostituée est la même, bien qu’elle soit méconnaissable au premier coup d’œil dans l’un ou l’autre rôle. On se doute de ce que l’enfant a fait et comment il a accompli son forfait. Un jour, l’enfant est allé chercher son père au pub afin de le prévenir, de la part de sa mère, que le dîner était prêt. Il n’était pas là, dans un premier temps. Une prostituée se moque de lui et sort de son corsage un de ses seins. L’enfant est traumatisé par la violence du geste, par la pornographie de cette femme. A plusieurs moments, sa mère va se comporter, à ses yeux, comme une prostituée (elle se laisse peloter par son père) et achète des dessous affriolants. A partir de plusieurs détails (le sein de la prostituée, la combinaison en soie de sa mère et les gestes pressants de son père sur le corps de sa mère), le petit Spider va tisser une (autre) réalité. Il préfère penser que sa mère est morte plutôt que d’admettre qu’il y ait quelque chose de commun entre elle et l’autre femme. Spider tisse sa toile psychiquement (il tisse un texte, une histoire) et physiquement : il invente un mécanisme diabolique. Le robinet du gaz est relié par un circuit de ficelles qui sillonne la maison et dont l’extrémité repose à portée de sa main. De sa chambre, il va tirer sur la ficelle et le gaz va s’échapper et tuer sa mère assoupie dans la cuisine. Lorsque le père sortira sa femme de la maison : l’enfant verra sa mère morte. Derrière le visage grimaçant de la prostituée, qui s’est évanoui, il découvre celui de sa mère. La réalité ne peut être rétablie que par la mort de sa mère. Il n’a plus besoin de la confondre avec la prostituée. La prostituée était un autre possible de sa mère, possible refusé par l’enfant. Nous pouvons expliquer ceci également par la théorie de Freud quant au « roman familial des névrosés » (3) exposée dans un petit essai remarquablement commenté par Marthe Robert (4). L’enfant aime d’abord ses parents comme des dieux et il est lui-même un enfant-dieu à cause de sa filiation. Ensuite, il découvre le monde et l’imperfection de ses parents par comparaison à d’autres parents. Il doit faire le deuil de la perfection supposée de ses dieux ; or, il ne le peut. Il s’invente donc d’autres parents (censés être les vrais, puisqu’il a compris qu’il ne pouvait être qu’un enfant trouvé) parés de toutes les perfections. Ainsi, il fait le deuil de ses faux parents tout en conservant les qualités des vrais intactes. La seconde phase de son développement est plus subtile : l’enfant accède à la conscience de la sexualité, qui lui permet d’effectuer une différenciation entre le père et la mère, alors que dans la première phase ils étaient confondus. De sa mère on est toujours sûr, de son père jamais. Le père est le représentant du principe d’incertitude. Alors l’enfant ne s’imagine plus trouvé mais bâtard, ce qui l’autorise à se penser fils d’un dieu ou d’un roi. En même temps, l’infidélité de sa mère lui fait perdre sa perfection et la dégrade. La maman devient la putain.
Spider ressemble à Beckett ou à ses personnages. Pour Spider, le monde entier pue le gaz, lui-même empeste cette odeur.* Il porte quatre chemises superposées et s’enveloppe le thorax de journaux. Les mots le réchauffent-ils ? Comment pourrait-il le protéger de l’odeur ?
Le film illustre l’idée selon laquelle il y a pire que de perdre la raison : la retrouver. Il est fascinant car il nous montre deux réalités juxtaposées dans la mémoire du héros et cette dualité nous renvoie à notre propre statut de spectateur-acteur dans et face au film : nous ne reconnaissons pas comme identique l’actrice qui interprète les deux rôles de la mère et de la prostituée, car nous croyons – au début – à l’histoire que la mémoire de Spider lui restitue, et ce malgré sa bizarrerie évidente.

[1] Ce film est remarquable par son économie de mots et d’explication. Le film est tout entier bercé par des « couleurs de merde » : ocre, marron, noir, gris. C’est un thriller intérieur.
[2] Ce comportement s’inscrit dans le genre obsessionnel, catégorie nidificateur ou collectionneur.
[3] In Névrose, psychose et perversion, Ed. P.U.F., Paris, 1999
[4] Roman des origines et origines du roman, Ed. Gallimard, Coll. Tel, Paris, 2000.
* Comparer avec ceci : « - Hamm. : Oui, mais comment le saurais-je, si tu étais seulement mort dans ta cuisine.
Clov. : Eh bien… je finirais bien par puer.
Hamm. : Tu pues déjà. Toute la maison pue le cadavre.
Clov. : Tout l’univers. »
Fin de partie, Ed. de Minuit, p.65.

Katharine Hepburn, la moitié de Spencer Tracy, a tourné dans deux adaptations d'oeuvres de James Matthew Barrie. Quality Street est le jeu de l'amour et des malentendus : une femme invente un double censé être plus jeune qu'elle afin de plaire, de nouveau, à un homme qui la délaisse. Ne vous y trompez pas, le fameux couple
qui orne les boîtes de toffees est bien une référence parfaitement assumée à Barrie et à sa pièce de théâtre. Amusant, n'est-ce pas ? Quant à Little Minister, c'est une ravissante histoire d'amour que je vous conterai un autre jour.
Je collecte patiemment, à travers le monde, grâce à Internet, des documents relatifs à la vie, à l'oeuvre de Barrie. J'ai même attribué une petite pièce de la maison où je vis à cet homme délicieux. C'est bien le moins que je pouvais faire pour lui rendre hommage, à ma manière. Je l'aime comme j'aime toujours : dans les douleurs de l'excès. Telle est ma complexion : enfantine et violente.

Difficile de dire en deux ou trois lignes ce que représente pour moi ce cinéaste licencieux et pudique. C'est un poète, un doux provocateur, un homme d'une sensualité presque gênante. Dans son dernier film, Va et vient, le spectateur sent la main de la mort qui le meut au bout d'une ficelle de plus en plus courte ; pourtant, c'est un de ses films les plus enchanteurs : une fantaisie gaiement triste. Une scène me frappe : lorsqu'il poursuit une jeune fille, puis vient se rasseoir d'un air un peu sage sur le banc d'un jardin public. Qui n'a vu aucun film de Monteiro est à plaindre et à blâmer. Qu'attendez-vous ? La vie contient si peu de joies durables. Pourquoi ne pas aller s'abreuver à cette source claire ? Il est l'un des plus grands cinéastes contemporains. Un portugais, amateur de chairs variées, collectionneur de choses impossibles, gourmand de mets défendus, esthète de la fragilité et surtout dieu parmi les hommes.
Mes films préférés de ce Dionysos apprivoisé : Souvenirs de la maison jaune, La comédie de Dieu, Les Noces de Dieu et, avant tout, Va et vient. Dois-je préciser qu'il est acteur de ses films ? Et quel acteur ! Il est lui-même.

« Ainsi travestissons-nous de mille manières la mort, convertissant sa nécessité en accident. »

(Paul Ricœur, De l’interprétation, op. cit., p. 347.)

Nous passons à côté de la pensée de la mort. Nous pensons à la mort mais nous ne la pensons pas. Cette conversion ou subversion est celle de l’obsessionnel par excellence. Chez une telle personnalité, le trait est grossi, mais il n’agit guère différemment du sujet sain ; ce qui le distingue de l’homme « normal » est simplement l’excès de pensée qu’il dépense pour se protéger du réel, si par réel on comprend ce qui est et ne peut pas ne pas être, ce que nous avons souvent coutume de nommer nécessité, et qui est peut-être bien la seule nécessité dont nous puissions nous réclamer. L’obsessionnel ou le phobique est dispendieux : il pense trop. Penser trop signifie dans son cas penser plus que de raison, à savoir plus qu’il n’est utile eu égard aux circonstances dans lesquelles il se trouve : il élargit démesurément le champ de son action possible et de sa connaissance. Par exemple, lorsque cette dame n’ose pas prendre le train, de peur qu’il ne déraille ou bien que quelqu’un ne dépose une bombe dans un wagon, ou bien parce qu’elle a peur de se faire agresser durant son voyage, ou encore lorsqu’elle ne sait quelle place choisir dans le train, estimant qu’un destin est attaché à tous ses choix, même les plus infimes, elle pense au-delà de ses possibilités ; elle pense faux si penser vrai est penser proportionnellement à ce qu’il est « normal » de penser. La normalité de la pensée se mesure à l’extension et à la compréhension de celle-ci. Mais comment mesurer ? A partir de quel étalon ? Selon quelle échelle ?

Il est normal d’être prudent, il n’est pas normal d’extrapoler, d’imaginer des scénari abracadabrantesques. Le mot de prudence nous invite à définir ce que nous nommons normalité, et qui correspond à la voie moyenne qu’emprunte l’homme sage, et au chemin que tente de rattraper l’homme commun ou le sujet « sain ». Le moyen est le juste milieu entre deux excès possibles.

Pourtant, en y songeant sérieusement, les idées de la dame précédemment évoquée sont-elles aussi folles qu’il y paraît ? Tous les dangers qu’elle redoute à force de penser sont possibles ; il n’y a rien qui permette d’affirmer que rien de ce qu’elle a imaginé n’adviendra pas. Est-ce à dire pour autant que ses craintes sont fondées ? Non, car si la dame poussait jusqu’au bout ses raisonnements, elle ne pourrait plus sortir de chez elle, et même ne pourrait plus bouger à l’intérieur de sa maison, et elle pourrait même en venir à redouter que le danger pût venir d’elle-même. Vivre, c’est risquer sa vie et affirmer que le risque est plus avantageux à l’être vivant que l’absence de risque.

En effet, il convient de mettre en exergue une ambiguïté qui tient à la manière dont on conçoit la nécessité : la nécessité est la caractéristique que l’on attribue à un événement et on peut l’attribuer à un événement passé, présent ou futur. Or, il ne s’agit pas à chaque fois de la même nécessité. Celle qui concerne les faits passés et présents est une « nécessité » avérée de fait, tandis que celle que l’on conjugue au futur est une nécessité qui n’est pas prouvée, qui est simplement conjecturée, et qui est beaucoup plus troublante et difficile à penser que la précédente. De ce type de nécessité est ce que l’on appelle le destin ou la fatalité. En effet, dire de ce qui est ou a été que cet événement est nécessaire est une sorte de truisme. Puisque l’on ne peut ni changer le passé ni le présent, les faits qui appartiennent à l’un ou à l’autre, mais cette nécessité est une nécessité de discours, une nécessité après coup, et non une nécessité ontologique, qui appartienne en propre à l’essence des êtres ou événements qu’elle concerne. La nécessité de discours, ce que nous appelons ainsi, et qui ne concerne les faits qu’extérieurement et a posteriori est toujours conçue comme accidentelle, quoi qu’on en dise. Tout autre est la nécessité des choses à venir, la nécessité nécessairement nécessaire. Il y a bien trois sortes de nécessités à distinguer ici : trois niveaux qui s’entrecroisent dans notre représentation de la mort – mais également de tout événement significatif pour nous. La nécessité comme ordre métaphysique présidant à l’existence de tout ce qui existe et organisant les rapports des êtres et des choses au sein de l’univers, la nécessité logique inhérente à la pensée et au langage, à leur possibilité même, et la nécessité du fait présent ou passé, autre nom du réel. Toute la difficulté consiste à séparer ces trois manières de penser la nécessité et à ne point les confondre entre elles.

Considérer la mort comme une nécessité, qu’est-ce que cela signifie ? Et, au contraire, éviter de la penser comme telle, qu’est-ce que cela veut dire ?

La mort est un fait expérimentalement vérifiable. Mais il s’agit toujours de la mort des autres, une expérience par personne interposée et une « expérience métonymique ». Constater de visu la mort d’un être, contempler, toucher ou sentir un cadavre ne nous permet pas d’expérimenter la mort mais de simplement de la constater à titre de conséquence d’un processus biologique, physique. Ce n’est pas la mort à proprement parler que l’on constate mais l’absence de vie ; le médecin qui signe un certificat de décès ne fait que relever les preuves d’une cessation de l’activité vitale, il ne peut saisir l’essence de la mort en elle-même, il ne peut que la mettre en relation avec la vie, comme contraire de celle-ci. Ni plus ni moins. Or, la mort est un processus actif qui a partie liée avec la vie ; mort et vie sont un couple indissoluble, une paire, les deux plateaux d’une balance, la trame et la chaîne. Si l’une cesse, l’autre également. La mort n’existe donc que tant que la vie existe et pourtant elles ne se concernent pas réciproquement.

Logiquement, la mort n’est pas nécessaire : elle ne s’oppose à aucun principe logique qui empêcherait la pensée d’avancer ou le discours de se délier. Affirmer que « la mort n’est pas nécessaire » n’est pas une proposition illogique. En effet, rien ne vient heurter la logique formelle, ni même la logique appliquée aux faits. Dire que la mort est « probable », « certaine » convient aussi bien que de dire d’elle qu’elle est nécessaire. Proclamer qu’elle n’est pas nécessaire n’engendre aucune difficulté logique ou linguistique. Scientifiquement, la mort n’est pas envisagée sous son aspect nécessaire.

Rien non plus ne semble laisser penser que la mort soit une nécessité métaphysique. Non pas que l’homme récuse la nécessité de la mort en général, comme horizon ou ligne de fuite, mais il la récuse dans tous les cas particuliers où elle peut se présenter à lui.

Le philosophe n’est pas en reste puisqu’il joue sur différentes manières de concevoir la nécessité. La mort est pour la raison une nécessité intellectuelle qui n’est absolument pas vécue, qui ne peut être vécue, c’est à peine si on peut la penser en première personne. La question étant désormais de savoir si oui ou non on peut penser la mort autrement que sous la forme d’un évitement. Que signifierait penser la mort philosophiquement sans échappatoire ? On le pressent cette pensée authentique de la mort doit porter sur le caractère nécessaire de celle-ci, nécessité objective en même temps que subjective, nécessité subjectivement objective et objectivement subjective. La nécessité est un concept abstrait, elle est construite par l’intellect à partir de faits qui sont pensés en relation les uns avec les autres, et non pas perçue par les sens. La nécessité ne concerne jamais un fragment du réel en lui-même et pour lui-même et est toujours au minimum duelle. La nécessité est un lien logique qui établit une relation entre plusieurs fragments du réel ; cette relation est absolument construite, intellectuelle. La nécessité n’existe que dans ma pensée. Hume et, à sa suite, Kant ont parfaitement compris la nature de ce concept. S’il me paraît nécessaire que je sois malade aujourd’hui, c’est parce que je relie le fait d’être présentement mal en point à celui de n’avoir pas fait preuve de prudence ou de sagesse en m’exposant sans précautions au froid la veille. Si je juge qu’il est nécessaire que je meure un jour, c’est parce que je relie cet événement personnel à l’expérience que nous avons de la mort des autres, à la connaissance que nous avons acquise de la mort comme un fait naturel qui parachève chaque existence, humaine, animale, végétale. Si j’affirme qu’il est nécessaire qu’un triangle ait trois angles, je ne le puis et ne le dois qu’à la faveur d’une élémentaire connaissance des figures géométriques. La nécessité est donc une reconnaissance qui s’appuie sur la logique propre à tout discours et sur l’expérience que nous avons des choses, expérience concrète ou expérience de pensée sans preuve concrète ; la nécessité n’existe pas réellement, elle est simplement utile à la pensée, voire indispensable pour établir la vérité de certains faits, ou plus exactement leur véracité. La différence que nous faisons entre vérité et véracité tient à la part subjective de croyance inhérente à la seconde : la vérité n’a besoin de personne pour être, elle tient en quelque sorte toute seule et exerce la plus grande des tyrannies sur le sujet qui n’a pas d’autre choix que de reconnaître s’il use correctement de son entendement et s’il est de bonne foi, tandis que la véracité d’un fait ou d’une déclaration est le versant subjectif de la vérité, que lesdits fait ou déclaration soient objectivement vrais ou faux. Dans la véracité, ce qui est importe le plus est le crédit que nous accordons à ce qui est présenté à nos sens et/ou à notre intellect comme vrai, en dehors de toute considération objective de vérité – bien que le vrai demeure à titre d’exigence, ou comme arrière-pensée de la véracité, qui sans lui perdrait son sens. Pourquoi alors ne pas parler de vraisemblance ou de probabilité des choses ou du discours sur les choses ? Parce que la probabilité, comme la vraisemblance ou le caractère de vérité ne s’applique qu’à l’objet qu’ils qualifient, tandis que la véracité peut s’appliquer, par exemple, à un phénomène comme l’illusion, comme le mensonge ou même la fiction, dans la mesure où ils nous parlent, où ils nous disent quelque chose que l’on ressent, à bon droit ou non, comme vrai. Dans une représentation théâtrale, tout est faux mais tout est vérace. Ce qui est faux, au théâtre, c’est la stricte concordance entre les faits donnés à voir, à entendre, à comprendre et leur existence hors de la scène. Les acteurs ne sont pas ce qu’ils donnent voir, ils ne sont que représentatifs d’homme et de femmes qui n’existent pas concrètement – mais ils existent bel et bien à l’état d’idées, de modèles, abstraitement donc. L’acteur prête sa corporéité à ce qui en est dépourvu.

Toutefois, il s’avère que l’on oublie la nature exclusivement logique de la nécessité et qu’on substantialise ce concept. Le destin, la fatalité tragique, Dieu ne sont que des visages de la nécessité logique à laquelle on attribue une volonté, un entendement, un plan qu’elle met en œuvre. Cette contamination de l’univers par la pensée humaine, par la logique, par le principe même de toute pensée possible, par cette forme d’anthropomorphisme est ce qui permet de donner un sens à l’existence humaine.

« Nous insistons toujours sur le caractère occasionnel de la mort : accident, maladie, infection, profonde vieillesse, révélant ainsi nettement notre tendance à dépouiller la mort de tout caractère de nécessité, à en faire un événement purement accidentel. L’accumulation de cas de mort nous effraye. »

« Cette attitude à l’égard de la mort réagit cependant fortement sur notre vie. La vie s’appauvrit, elle perd en intérêt, dès l’instant où nous ne pouvons pas risquer ce qui en forme le suprême enjeu, c’est-à-dire la vie elle-même. Elle devient aussi vide, aussi creuse qu’un flirt dont on sait d’avance qu’il n’aboutira à rien à la différence d’un amour réel, alors que les deux partenaires sont tenus de toujours penser aux sérieuses conséquences du jeu dans lequel ils se trouvent engagés. Nos attaches affectives, l’insupportable intensité de notre chagrin nous détournent de la recherche de dangers pour nous-mêmes et nos proches. Nous reculons devant de nombreuses entreprises, dangereuses, mais indispensables, telles qu’essais d’aviation, expéditions dans des pays lointains, expériences sur des substances explosives, etc. Et ce qui nous retient, c’est la question que nous nous posons dans chacune de ces occasions : qui remplacera, en cas de malheur, le fils à la mère, l’époux à l’épouse, le père aux enfants ? La tendance à éliminer la mort du registre de la vie nous a encore imposé beaucoup d’autres renoncements et éliminations. Et, cependant, la devise hanséatique proclamait : Navigare necesse est, vivere non necesse ! Naviguer est une nécessité ; vive n’est pas une nécessité. Et nous sommes amenés tout naturellement à chercher dans le monde de la fiction, dans la littérature, au théâtre ce que nous sommes obligés de nous refuser dans la vie réelle.

Nous y trouvons encore des hommes qui savent mourir et s’entendent à faire mourir les autres. Là seulement se trouve remplie la condition à la faveur de laquelle nous pourrions nous réconcilier avec la mort. Cette réconciliation, en effet, ne serait possible que si nous réussissions à nous pénétrer de la conviction que, quelles que soient les vicissitudes de la vie, nous continuerons toujours à vivre, mais d’une vie qui sera à l’abri de toute atteinte. Il est, en effet, trop triste de savoir que la vie ressemble à un jeu d’échecs où une seule fausse démarche peut nous obliger à renoncer à la partie avec cette aggravation que, dans la vie, nous ne pouvons même pas compter sur une partie de revanche. Mais dans le domaine de la fiction nous trouvons cette multiplicité de vie dont nous avons besoin. Nous nous identifions avec un héros dans sa mort, et cependant nous lui survivons, tout prêts à mourir aussi inoffensivement une autre fois, avec un autre héros.»

Le risque donne peut-être sa saveur à la vie, la mort son poids à nos décisions et à nos actes ; il est possible que la fin de notre existence soit également sa fin, son but. » Freud, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort

«Je voudrais ajouter quelques mots sur la notion de kairos, dont il a été question plusieurs fois. C'est une notion spécifiquement grecque. Elle s'est développée dans une réflexion sur la pratique, pratique rhétorique, militaire, médicale. Le kairos, qu'on traduit en latin par opportunitas, en français par occasion, relève de la nature des choses : l'état par exemple des sentiments d'une foule, de la santé d'un patient; mais il relève aussi d'un savoir: la connaissance que le rhéteur a du moment où l'on peut faire basculer un auditoire, que le médecin a du moment où l'on doit donner le médicament pour renverser la situation. C'est aussi du temps, mais qui est hors de la durée; c'est l'instant fugitif mais essentiel, soumis au hasard mais lié à l'absolu. Ainsi, considérer la sensation comme le kairos est une vue très profondément grecque, parce que le kairos renvoie au cours du monde, au hasard, au déroulement imprévisible des choses, mais aussi à un savoir antérieur. Le kairos n'est rien sans le savoir qui permet de le reconnaître ; il n'est qu'événement parmi d'autres pour celui qui ne sait pas. Mais, pour celui qui sait, il est ce qui lui révèle son propre savoir, par le choc de la réalité qui se révèle comme signifiante.» 
Jackie Pigeaud, Louis Guillermit, lecteur de Platon.
vendredi 3 février 2006
Sartre a écrit dans L’être et le néant des lignes d’une grande profondeur psychologique concernant la liberté et la facticité, nous retiendrons ce qui suit : «L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. Le cœfficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut-il "obéir à la nature pour la commander", c’est-à-dire insérer son action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu’il ne paraît "se faire", l’homme semble "être fait" (…) Le cœfficient d’adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est-à-dire par la position préalable d’une fin, que surgit ce coefficient d’adversité. (…) Ainsi, bien que les choses brutes (ce que Heidegger appelle les "existants bruts") puissent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle-même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites.  Si le rocher, même, se révèle comme "trop difficile à gravir", et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme "gravissable" ; c’est donc notre liberté qui constituera les limites qu’elle rencontrera par la suite. Certes, après ces remarques, il demeure un residuum innommable et impensable qui appartient à l’en-soi considéré et qui fait que, dans un monde éclairé par notre liberté, tel rocher sera plus propice à l’escalade et tel autre non. Mais loin que ce résidu soit originellement une limite de la liberté, c’est grâce à lui – c’est-à-dire à l’en-soi brut, en tant que tel – qu’elle surgit comme liberté. Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du livre, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne peux pas pratiquer, par rapport à ma conception, la "mise entre parenthèses" et la suspension du jugement qui distingueront une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle. (…)»
Ce qui doit être retenu est l’idée que la liberté se crée ses propres obstacles par sa nature même. L’évitement, qui témoigne de notre volonté de ne pas affronter l’échec, possible ou nécessaire, d’une situation donnée ou imaginée est pourtant ce qui donne à cet échec possibilité d’exister. « En sorte que les résistances que la liberté dévoile dans l’existant, loin d’être un danger pour la liberté, ne font que lui permettre de surgir comme liberté. Il ne peut y avoir de pour-soi libre que comme engagé dans un monde résistant. En dehors de cet engagement, les notions de liberté, de déterminisme, de nécessité perdent jusqu’à leur sens. »    
Sans négation de la liberté ou résistance des êtres et des choses, comment la liberté pourrait-elle s’affirmer ? L’homme sait qu’il est libre uniquement parce qu’il ne l’est pas toujours ou ne se sent pas comme tel toujours. Il ne peut se distinguer du monde qui l’entoure que par la force de résistance, par la force contraire qui est opposée à la sienne et qui la soumet ou se soumet à elle. Sartre relève un contre-argument possible à cette manière de concevoir qu’il s’empresse de détruire : « Montrer que le coefficient d’adversité de la chose et son caractère d’obstacle (joint à son caractère d’ustensile) est indispensable à l’existence d’une liberté, c’est se servir d’un argument à double tranchant car s’il permet d’établir que la liberté n’est pas dirimée par le donné, il indique d’autre part  quelque chose comme un conditionnement ontologique de la liberté. Ne serait-on pas fondé à dire, comme certains philosophes contemporains : sans obstacle, pas de liberté ? Et comme nous ne pouvons admettre que la liberté se crée à elle-même son obstacle – ce qui est absurde pour quiconque a compris ce qu’est une spontanéité -, il semble y avoir ici comme une préséance ontologique de l’en-soi sur le pour-soi. (…) Nous avons établi que le pour-soi était libre. Mais cela ne signifie pas qu’il soit son propre fondement. Si être libre signifiait être son propre fondement, il faudrait que la liberté décidât de son être-libre, c’est-à-dire non seulement qu’elle fût choix d’une fin, mais qu’elle fût choix d’elle-même comme liberté. Cela supposerait donc que la possibilité d’être libre et la possibilité de n’être pas libre existent également avant le libre choix de l’une d’elles, c’est-à-dire avant le libre choix de la liberté. (…) Si l’on définit la liberté comme l’échappement au donné, au fait, il y a un fait de l’échappement au fait. C’est la facticité de la liberté. (…) C’est qu’en effet le fait de ne pas pouvoir ne pas être libre est la facticité de la liberté, et le fait de ne pas pouvoir ne pas exister est sa contingence. Contingence et facticité ne font qu’un : il y a un être que la liberté a à être sous la forme du n’être-pas (c’est-à-dire de la néantisation). Exister comme le fait de la liberté ou avoir à être un être au milieu du monde, c’est une seule et même chose et cela signifie que la liberté est originellement rapport au donné.» 
L’obstacle qui est ustensile est ce que Jankélévitch nomme « l’organe-obstacle ». L’évitement procède de cette dualité contradictoire, ancrée au cœur de la liberté humaine. La liberté n’est pas libre d’être libre. Elle est une puissance qui ne se choisit pas comme telle ou telle. La liberté porte sur l’objet du choix, pas sur le fait de choisir qui est la nécessité si l’on veut ou la limite de cette liberté. Etre libre signifie être libre de l’objet du choix. Choisir et être libre revient au même, bien que l’objet du choix puisse être imposé, il n’en demeure pas moins qu’il est librement choisi. Ainsi, l’on comprend pourquoi Descartes dit de la liberté d’indifférence qu’elle le plus bas degré de la liberté : ne pas choisir revient à être mort du point de vue de la liberté, à se transformer en objet. Ce qui peut être contestable, de notre point de vue, dans la position cartésienne est que seuls le bon et le vrai déterminent la volonté libre. N’est-il pas possible d’aimer de son plein gré le mauvais et le faux ? A quoi rétorquerait Platon que ce que nous choisissons est ce qui nous paraît bon (et vrai). Pourtant, son argumentation nous semble critiquable au plus haut point : si l’on ne peut désirer les choses mauvaises qu’en ignorant qu’elles le sont, comment expliquer que certains êtres, tels les personnages mis en scène par Pasolini, d’après Sade, dans Salo, choisissent le mal pour le mal ? Certes, il faut bien comprendre que le « méchant » de l’expression « Nul n’est méchant volontairement » à laquelle nous nous référons à mi-mots ne traduit pas le mot grec qui signifie « mauvais » mais celui qui signifie « misérable ». Il ne s’agit pas du pervers (celui qui est dépourvu de sens moral, de sentiments, toujours pris dans un sens pathologique) mais de l’homme perdu, du damné. En outre, le mal voulu est le mal voulu pour autrui pas pour soi, mais faire du mal à autrui, dans la perspective platonicienne, c’est se faire du mal à soi. Ceci est conditionné par deux présupposés : que l’homme ne puisse pas vouloir le mal pour le mal sans que cela lui fasse un bien quelconque et la croyance en une nature de l’homme, qui soit rationnelle et raisonnable, c’est-à-dire morale. Ces deux présupposés étant ce que nous considérons comme des expressions de l’ordre que le philosophe s’évertue à donner à l’homme et à l’univers. La raison a remplacé Dieu ou est l’un de ses avatars. Prétendre qu’un mal n’est pas conçu par le sujet comme un mal parce qu’il le conçoit comme moyen d’un bien est une manière de se voiler la face. Thomas d’Aquin a le même raisonnement : « L’objet de la volonté étant (…) le bien qui est saisi par l’intelligence, la volonté ne peut se porter au mal à moins que ce mal ne lui soit proposé d’une certaine manière comme un bien, ce qui ne peut se faire sans qu’il y ait erreur. » Les stoïciens ont exactement le même type de raisonnement : on ne peut choisir le mal pour lui-même, car cela heurte la nature raisonnable de l’homme, ils qualifient cette attitude comme un errement de l’homme. Il s’agit donc pour tous ces philosophes d’une erreur du sujet qui choisit le mal, parce qu’il le considère comme un bien. La distinction aristotélicienne quant à la nature de notre méconnaissance, volontaire ou non, est plus proche d’une conception lucide de la perversité en l’homme. L’ignorance peut être cause ou effet de notre choix du mal ; or, il appert que nous puissions, par notre comportement, engendrer l’ignorance dans notre esprit et donc être responsable de notre choix du mal. Si cette pensée a le mérite de nous rendre responsables du choix du mal, elle repousse le problème, sans jamais l’affronter de plein fouet : pourquoi choisir le mal doit-il être absolument le fait de l’ignorant ? Pourquoi le mal ne pourrait-il pas seoir à notre complexion ?
Sans la possibilité du bien ou du mal, la liberté deviendrait caduque. En effet, sans la possibilité d’un objet à choisir, la liberté devient inutile. Pourrait-il s’agir du choix entre plusieurs biens ? Non, car il existe toujours un bien meilleur que les autres, qui les rend mauvais au regard de la relative perfection du meilleur. Celui-ci est déterminé par la raison qui calcule en quelque sorte le rapport qui existe entre une question et sa réponse, le meilleur étant déterminé par l’efficience de cette réponse et l’économie de moyens qu’elle permet.
Le mal est le corrélat de la liberté, car il permet que nous soyons responsables, du bien dispensé et du mal commis. Si nous n’agissions que bien ou que mal, nos actes ne pourraient plus être qualifiés de l’un ou de l’autre, ils seraient neutres. Aristote, dans le passage précité, a l’extrême finesse de présenter les choses ainsi : « La maxime selon laquelle "Nul n’est volontairement pervers, ni malgré soi bienheureux" est semble-t-il, partiellement vraie et particulièrement fausse. Si personne, en effet, n’est bienheureux à contrecœur, par contre la perversité est bien volontaire. » Platon n’a jamais voulu dessaisir la bonté de la volonté du sujet et s’est bien gardé de faire de la bonté le produit de la connaissance, de la science. En effet, si nul n’est misérable volontairement, il n’y aucune espèce de raison pour que nul ne soit vertueux volontairement. Or, si la vertu n’est pas la conséquence de la volonté bonne, mais le fait d’un intérêt bien compris, elle devient intéressée et, partant, impure, donc non vertueuse. La vertu est inséparable de la notion de gratuité.    
jeudi 2 février 2006

James Matthew Barrie est le meilleur écrivain de la "fantasy" quotidienne. Je crois même que l'on pourrait dire qu'il a inventé un courant particulier dans ce genre littéraire plus général que l'on nomme la "fantasy", dont il serait presque le seul représentant. Chez lui, la "fantasy" ne tient qu'à un fil, celui si ténu de l'humeur et de l'instant. En vue d'un travail assez ample sur cet auteur, je le fréquente chaque jour. Je me rends un peu mieux compte de ses influences littéraires, comme celle de H. G. Wells, Ik Marvel (dont les Reveries of a bachelor / Rêveries d'un célibataire ont un certain nombre de points communs avec Le Petit Oiseau blanc de Barrie) ou encore Stevenson. Le Petit Oiseau blanc est une des oeuvres que je préfère – "je" c'est-à-dire "moi", non vêtue de noir pour une fois :
"je" qui consent à se livrer un peu ici, car ON a sous-entendu avec humour que "je" était un vieux monsieur ; certes, la photo truquée ne prouve rien, mais elle fortifiera l'imaginaire de ceux qui ont bien envie de croire que je suis une dame qui balance dangereusement vers l'âge mûr, avant l'âge pourri ... Non mais ! Tout ceci a un petit côté Lemony Snicket qui me plaît... Je traduis en ce moment, une pièce en un acte très émouvante, qui fait partie d'un diptyque (Echoes of the War composé de deux pièces en un acte : celle que j'évoque plus bas et l'autre, la première, A New World), The Old Lady Shows Her Medals / La vieille dame montre ses médailles est une pure merveille : une vieille dame, femme de ménage s'invente un fils parti au front, parce qu'elle a envie de participer à l'inquiétude de ses amies qui ont toutes un enfant ou un proche parti à la guerre et qui racontent de si jolies histoires. Elle va même jusqu'à produire un sac de lettres ! Jusqu'au jour où le pasteur lui annonce que son fils vient de rentrer à la maison !
mercredi 1 février 2006

J'ai eu la chance de pouvoir me procurer ce livre, en rapport avec mon obsession number one.
On y trouve des photographies intéressantes, telle celle de son père :
ou encore celle de sa vénérée et ambiguë mère :

L'auteur de cette biographie pense ce que j'ai toujours pensé : à savoir que Le Petit Oiseau blanc contient la quintessence de Barrie. Même si j'ai traduit ce roman étrange en dilettante (je révise cette traduction pour la rendre digne de Barrie), je suis très heureuse de l'avoir fait. Je suis tombée sur ce livre par hasard, sur internet. Et j'ai su que j'avais découvert un trésor. Céline est l'auteur de mon adolescence ; Barrie est l'auteur de mes 30 ans.
Je cite le Times, à la suite de l'auteur : "(...) c'est l'une des meilleures choses que Barrie ait écrites. Du début à la fin, c'est une fantaisie absolue : il y a des fées, des oiseaux, des vieux célibataires avec de vieilles histoires d'amour, de jeunes épouses et des enfants - spécialement des enfants. Si un livre existant contient plus de savoir et d'amour vis-à-vis des enfants, nous ne le connaissons pas."
Je trouve très amusant et ironique de m'être entichée à ce point de Barrie de cette manière, quand je me délectais de propos incorrects, il y a quelques années, avec la méchanceté infinie qui me caractérise : "Comme si la vie d’un mioche avait plus de valeur que tout le genre humain réuni. Comme si un môme avait plus de cœur que n’importe quel adulte fini. Pourtant, dans la balance, qu’est-ce que ça pèse un gosse, même comparé à un vieux machin, hein ? Le vioque au moins a une pension, une petite retraite, une rente, un truc qu’on peut lui piquer ou pomper : il produit rien mais il rapporte encore à qui sait le traire, tout l’inverse du bébé ou de l’enfant premier ou deuxième âge. A quoi ça sert un nenfant pour parler clair ? C’est rien qu’une décoration dans la vie des gens qui s’ennuient, surtout des dames qui les portent en sautoir, parce qu’elles ne savent rien faire de mieux. Ça les remplit jusqu’au menton un moment. Ah, la boulangerie ou la pâtisserie, c’est autre chose que l’alchimie des ovaires pourris ! Saleté de mioches ! Si les gens savaient, par exemple, ce qu’un gniard de neuf ans a dans la caboche, ils ne se donneraient pas tant de mal à l’élever et le laisseraient ramper. Plus fastoche à écraser du talon dans la posture animale.""
Désormais, je serais presque prête à pousser des landaus, à condition que ce soit dans les Jardins de Kensington, car tous les landaus conduisent à cet endroit, dit Barrie.
Je finirai ce billet échevelé en citant Barrie, une fois de plus, lorsqu'il dit à H.G. Wells : "Tout le monde peut écrire des livres mais savez-vous remuer les oreilles ?"
C'est une encyclopédie gratuite rédigée par des gens comme vous et moi. L'initiative est très belle dans son principe. J'ai lu dans le Figaro qu'il n'y avait pas plus d'erreurs que dans L'Encyclopaedia Britannica. Elle est, par conséquent, assez fiable. Cela donne confiance en l'humanité. Je n'ai à mon actif que ce mini-article, mais je compte y participer plus activement. J'aime l'idée d'échanger des savoirs.
Suite de ceci. Autre perspective. Je suis venu à la mort par la vieillesse. Détour commode. Apprivoisement progressif mais difficulté décroissante : pas besoin de s’excuser d’être bel et bien vivant devant un mort. La vieillesse, puis la mort, et ensuite l’oubli. C’était une suite logique. Si tant est que la logique entre en ligne de compte dans nos choix. Mais, enfin, l’homme n’est pas très raisonnable, n’est-ce pas ? Ai-je choisi la vieillesse ? La mort ? L’une plutôt que l’autre comme fonds de commerce ? Non, je me suis trouvé là, par hasard. Je n’ai jamais eu beaucoup de résistance face aux événements. Ça ne date pas d’hier. On a toujours dit que j’étais un indifférent. Je ne pose pas de questions ; je n’ai pas le temps. J’aimerais de temps en temps avoir moins de mémoire. C’est la raison pour laquelle j’ai une passion pour le sommeil. Qu’est-ce que j’ai réellement voulu dans ma vie ? Que le hasard soit une forme de nécessité ou rien de plus que ce qu’il exprime, je suis la dernière main qui caresse les vieux et les morts. Je ne cherche pas à m’en excuser. J’aime mon travail et j’éprouve des états d’âme féroces pour mes clients. Le mot « patients » me gêne, car je suis payé et je ne supporte pas l’hypocrisie. Je sais que cela peut paraître emphatique de parler de sentiments, mais pourtant je suis un homme de cœur. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’agis par bonté, car ce serait présomptueux et sûrement faux, mais je marche à l’émotion, bien que je ne sache pas très bien ce que ça veut dire. Je me méfie toujours des gens qui se disent généreux. Je ne m’estime pas meilleur que les autres ; je suis peut-être simplement un peu moins solide que les autres devant le désespoir. Je suis une petite nature, une proie facile pour la culpabilité. La mort ne me fait rien, lorsqu’elle est nécessaire, ou plutôt lorsque je suis trop fatigué pour m’imaginer qu’elle pourrait ne pas l’être. Est-il des circonstances où elle ne l’est pas ? La mort des autres l’est presque toujours –on ne peut se substituer aux décrets du destin des gens, qu’ils le suivent docilement ou qu’ils l’écrivent - mais la sienne propre ? Mis à part les accidents, volontaires ou involontaires, la mort peut-elle être évitée ? Apparemment non. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne finisse pas. Un fou pourrait sûrement démontrer que ça ne veut rien dire et qu’il est peut-être possible de ne pas mourir. On est habitué à la mort, mais cela signifie-t-il pour autant qu’elle doive se produire ? Il nous manque peut-être un ingrédient pour l’abolir. Et si la mort n’était pas ce qu’on imagine ? Difficile de me faire avaler ça tout de même. Bizarrement, le seul truc non nécessaire dans cette histoire est le moment où elle se produit. Mais, là encore, il peut s’agir d’une illusion. Et puis quelle importance de mourir in utero ou dans son caca ? La vie, cet intervalle qui s’allonge entre deux catastrophes, est-elle si plaisante qu’on ne puisse court-circuiter cet intermédiaire ? Je ne sais pas, il me semble juste que je n’aimerais pas être vieux. Pourtant, j’aime les vieux. Je fais pour eux ce que j’aimerais qu’on fasse pour moi si j’étais à leur place. Je n’aimerais pas être dans leur peau. Pourtant, j’y suis condamné, à moins que je ne donne le change au moment venu. Mais comment savoir qu’on est vieux ? N’est-il pas déjà trop tard quand on se pose la question ? Je suis venu à la mort par la vieillesse. Aux morts par les vieux. Je suis médecin généraliste. Mon emploi du temps est soigneusement partagé entre la maison de retraites et les gens de l’Extérieur. Je vis dans une ville de province, de taille moyenne, sans bruit mais non sans rumeurs, où les meurtres et les assassinats sont des exceptions. Je n’ai donc que peu d’occasions d’exercer mes talents de légiste. J’ai passé le diplôme il y a cinq ans, quand on a retrouvé une fille éventrée, puis trois mois plus tard un couple assassiné dans leur lit. C’est moins coûteux et plus rapide d’employer un médecin sur place plutôt que d’envoyer les corps dans la plus proche grande ville, qui a son propre médecin légiste, qui, lui, ne fait rien d’autre de la journée que fourrager dans les corps. On a dû penser que la mode était à l’assassinat et qu’il valait mieux avoir sous le coude un fouille-morts. Je ne sais pas si les patients de la maison de retraite savent que j’emploie mes talents ailleurs. Seraient-ils jaloux de cette infidélité ? Choqués ? Il est possible qu’ils n’aimeraient pas que je les touche, sachant que je touche aussi des chairs froides, comme les femmes qui n’aiment pas que leur amant se partage entre deux corps. Comme si l’exclusivité de ce petit bout de chair ou de ce petit trou avait vraiment de l’importance. Je n’ai pas de femme. Je n’en ai jamais eu. Cela ne me serait pas venu à l’idée. A quoi pourrait-elle me servir ? Quand j’en caresse une, j’aime lui chuchoter ce que mes mains ont l’habitude de faire. En général, je leur coupe tous leurs effets. J’aurais pu refuser d’être légiste. Nous sommes cinquante médecins en ville. On me l’a proposé et, sans réfléchir, j’ai accepté. Je n’ai pas pensé que c’était pire que de s’occuper des vieux. J’ai même eu le sentiment que ce serait une sorte de récréation, quelque chose de facile. La première fois que j’ai disséqué un corps, c’était dans les années soixante-dix, alors que je n’étais qu’un étudiant de première année. C’est la grande épreuve qui permet de faire le tri entre ceux qui ont le truc et ceux qui ne l’ont pas. En somme, on garde les plus résistants, ceux qui ont le moins de tripes, mais peut-être le plus de cœur. Pourtant, un cadavre est plus reposant pour l’âme qu’un grabataire. Si, vraiment, on voulait conserver les étudiants qui feront les médecins les plus solides, on devrait les obliger à passer une année entière dans une maison de retraite ou un service de gériatrie sans possibilité d’en sortir. Je crois que peu d’entre eux supporterait l’épreuve jusqu’au bout. Et moi, pourquoi est-ce que je tiens debout ?
mardi 31 janvier 2006


Harvey est un lapin imaginaire... ou pas.
Qu'est-ce qu'un pooka, me direz-vous ?
Vous le saurez en regardant ce charmant film d'Henry Koster où le grand et magnifique James Stewart est en vedette, dans le rôle d'un doux rêveur, dont on ne sait s'il est fou ou très sage (ce qui revient au même, parfois), aux côtés de Josephine Hull (une des vieilles dames d'Arsenic and old laces). Le film est une adaptation d'une pièce de Mary Chase.

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"Puck :
In medieval English folklore, a malicious fairy or demon. In Elizabethan lore he was a mischievous, brownielike fairy also called Robin Goodfellow, or Hobgoblin. As one of the leading characters in William Shakespeare's Midsummer Night's Dream, Puck boasts of his pranks of changing shapes, misleading travelers at night, spoiling milk, frightening young girls, and tripping venerable old dames. The Irish pooka, or púca, and the Welsh pwcca are similar household spirits."
Encyclopædia Britannica

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En parlant d'Henry Koster, me vient à l'esprit un autre film de lui que j'affectionne particulièrement, The Bishop's wife (Honni soit qui mal y pense) où Cary Grant
(toujours lui !) interprète le rôle d'un ange pour le moins facétieux qui surgit dans la vie d'un couple en difficulté.
Loretta Young me semble sur le point de succomber à cet ange peu orthodoxe. Je l'y encouragerais presque...
La représentation et le double : A la manière de la croûte terrestre constituée de plaques, ou à la manière dont un texte peut être tissé, nous aimerions fournir une palette de couleurs possibles pour rendre les sentiments et les idées de l’âme humaine aux prises avec le réel. Cette palette pourra constituer en quelque sorte une grille de lecture pour les textes philosophiques ou littéraires qui seront soumis à notre étude. Bien sûr, elle n’a rien de scientifique, et ne repose que sur notre manière propre d’appréhender le champ lexical du tragique et du philosophique. Le contact que l’homme a avec la réalité passe par la « représentation placentaire » qui permet les échanges entre lui et le monde. Cette représentation peut être d’ordre rationnel, fantasmatique (imaginative) ou sentimentale. Ou encore tout à la fois. L’homme s’approprie donc le monde par :
  • la représentation qu’il s’en est fait
  • l’interprétation qu’il en donne
  • l’action qu’il exerce sur lui
Ces trois moments principaux se conditionnent réciproquement les uns des autres. En tout cas, ils ne sont pas juxtaposés mais coordonnés. La représentation est l’élément central de sa relation au monde et la condition sine qua non de son appropriation. 1) L’homme interprète avec sa raison et avec les catégories que cette faculté sécrète :
  • le sensé / l’absurde
  • le raisonnable / le déraisonnable
  • le rationnel / l’irrationnel
  • dramatique (théâtral) / mécanique
Trois couples de catégories qui reflètent l’ordre que la raison impose au monde. Il peut aussi l’interpréter en fonction de ses croyances, de ses désirs, de ses besoins, mais il a besoin de sa raison pour justifier et étayer cette interprétation. L’interprétation donne le sens du monde. 2) L’homme (se) représente avec sa raison, ses sens et ses sentiments, et le monde lui apparaît :
  • comique / tragique
  • risible / attristant
  • ridicule / grand – respectable
La représentation donne le ton du monde, qui sera de nature à engendrer en l’homme l’optimisme, le pessimisme, le pathétique ou le tragique. 3) L’homme agit avec :
  • gravité
  • sérieux
  • frivolité
  • dérision
  • tragique

conformément à sa représentation et à son interprétation de l’univers. L’action donne la valeur et la profondeur que l’acteur attribue au monde. Avant d’expliciter ces différents aspects, posons le schéma suivant qui nous permettra de commenter et d’expliquer chacun des concepts :
L’abscisse symbolise l’échelle où se positionnent les critères (subjectifs) qui servent à nous représenter le monde. L’ordonnée supporte les catégories (censées être objectives) qui nous aident à construire une interprétation raisonnée du monde. L’abscisse et l’ordonnée nous permettent de distinguer des couples de notions, le mot et son contraire, qui se font face, comme dans un miroir. Les deux diagonales donnent une image de notre champ d’action, notre manière d’arpenter, de couper et d’utiliser le réel. Elles se coupent en un point qui correspond à la position de la notion de « grave », centre de gravitation du réel, sorte de tare dans notre balance imaginaire. Le frivole, le sérieux, le tragique et le dérisoire sont un peu les points cardinaux qui orientent notre action. L’intersection de l’abscisse, et de l’ordonnée dessinent quatre rectangles qui désignent quatre tons ou « goûts » du réel. Les quatre tons se font face, soit en vis à vis, soit en diagonale. Le pathétique est le refus du combat, l’écrasement d’un sujet, à la différence du tragique qui, bien que sans espoir, entretient la lutte. Le pathétique et le tragique sont toujours le fait d’un sujet. Le pathétique et le tragique ont cette autre chose en commun, qu’ils sont du côté déraisonnable de la représentation, tandis que l’optimisme et le pessimisme sont du côté de ce qui peut être dit ou expliqué par la raison. Le pessimisme serait un tragique qui aurait cessé de l’être, dont la tension aurait été apaisée par la raison. L’optimisme pourrait être perçu comme un pathétique ayant bien (mal ?) tourné. Le pessimisme et l’optimisme sont des contraires, des perspectives qui gouvernent en ordre inverse de l’autre, Le pathétique n’est pas de manière aussi parfaite ou flagrante le contraire du tragique. Le pessimisme et l’optimisme, vassalisés à la raison, font front contre le tragique et le pathétique, non domestiqués par cette même raison. Mais l’optimisme et le pathétique vont de pair contre le pessimisme et le tragique, dans la mesure où le premier couple se situe du côté du rire, d’une certaine joie, tandis que le second est du côté des larmes ou de la tristesse. Précisons que le rire ou les larmes n’ont pas la même qualité en haut et en bas, en fonction de leur rapport positif ou négatif à la raison : le rire appuyé par la raison est un rire sans arrière-pensée, un rire franc bien que, peut-être, un brin dramatique, c’est le rire de l’optimiste qui se réjouit de tout ce qui chatouille son imagination. Ses rires sont appelés par des situations comiques et risibles. Le rire délaissé par la raison est pathétique, parce que mécanique, et on peut le qualifier de jaune : on rit pour ne pas pleurer. Est pathétique l’homme qui, à la différence de celui qui incarne le tragique, fait pitié ou rire par sa petitesse. Son rire est associé au ridicule d’une situation. De même la différence de qualité des larmes du pessimiste et du tragique. Le pessimiste a encore et toujours la raison pour lui, dans son malheur même, tandis que le tragique est seul. Les larmes du pessimiste sont des larmes de dépit ou de rage, de quelqu’un qui pleure sur soi, tandis que celles du tragique sont des pleurs d’épuisement et des larmes offertes au monde, pour rien. L’homme, en fonction du goût ou du ton qu’il trouve à l’univers, agit plus ou moins profondément dans ou sur le réel. La gravité est au centre de notre schéma, car c’est la seule manière possible d’aborder le monde, en tout cas immédiatement ; elle en est le premier niveau, car le monde doit peser ne serait-ce qu’un gramme pour exister à mes yeux. Le sérieux est le fait de l’homme optimiste qui croit au réel raisonné, ordonné, rationalisé ou rationalisable. Cet homme-là vit dans un monde où les choses, les êtres et les événements sont à leur juste place. Le sérieux adhère aux choses et leur ajoute du poids. Le monde de l’homme sérieux est un bloc de granit dans lequel il taille La frivolité est l’attitude de l’homme pathétique, qui palpite à la surface du monde et de son moi. L’univers du frivole est léger et superficiel. Le pessimiste est un être qui a beau jeu d’être cynique et d’user de dérision (il suffit de penser à Schopenhauer ou Cioran). De même que dans le cas du sérieux, la raison permet à l’homme de s’enkyster dans le monde, de même la raison permet de s’en détacher et de le traiter avec dérision. La parenté du terme avec l’illusion et sa signification de « trop insignifiant pour être pris en considération » illustre notre idée selon laquelle, dans le pessimisme le monde est tenu pour « moins que rien » (puisqu’il n’est pas en faveur de l’homme), l’on peut donc se jouer de lui. A voir le rectangle en bas à gauche, on s’aperçoit de la triple présence du tragique. S’agit-il du même ? Oui et non. Le tragique comme un certain type d’action et de profondeur du réel, le tragique comme représentation du monde et le tragique comme ton. C’est l’action qui détermine la profondeur du réel qui, en lui-même n’a ni poids ni couches, et le dédouble en quelque sorte. Le tragique comme représentation correspond à une certaine configuration de ma représentation, de mon interprétation et de mon action. Cette configuration est unique : celle d’un être singulier alourdi par une expérience, un vécu face à des circonstances tout aussi singulières et inimitables. La métaphore théâtrale, avec sa scène, sa mise en scène, et surtout ses éclairages est propice à nous faire comprendre cette configuration qui, telle la configuration céleste désigne la place de chaque astre. La configuration de l’univers a comme équivalent la complexion de l’individu, entendue dans le sens où l’entendaient les anciens.
Siegfried Kracauer conclut son essai sur le roman policier en affirmant : « La fin du roman policier est la victoire incontestée de la ratio – une fin sans tragique mais teintée de cette sentimentalité qui est l’un des constituants esthétiques du kitsch. » Le philosophe a raison pour une part, mais pour une part seulement. En effet, il suffit de lire les romans policiers de William Irish pour se convaincre que, si la raison remet en ordre le monde, les ombres ne disparaissent pas complètement pour autant. On pourrait nous objecter que les romans d’Irish sont moins des policiers, des hard boiled ou des polars, que des romans noirs ou blêmes, mais la structure en est néanmoins celle de l’enquête et de la résolution finale du ou des problèmes initiaux. En outre, une fin sans tragique n’implique pas pour autant que le tragique ne soit pas diffus dans le reste de l’œuvre, et demeure en suspension, une fois le livre achevé. Même dans le roman policier type – s’il en est – ce qui a été cassé ou détruit n’est jamais réellement remis en place ou replacé : rien ne sera plus comme avant.
lundi 30 janvier 2006

Lorsque je vais à Paris, je déambule en priorité dans les librairies. Je me soûle de livres, à défaut d'enfiler whiskies et compagnie. Je fais ma tournée des librairies. J'ai une bien mauvaise nouvelle pour les non-parisiens, qui ne lisent pas la presse, peut-être : l'ancienne lirairie des P.U.F - qui ne portait déjà plus ce nom et qui avait été sauvée une première fois - a rendu l'âme. Elle va fermer ses portes très prochainement pour laisser la place à une boutique de fringues. En plein cœur de la place de la Sorbonne, ma chère Sorbonne. Je tremble pour VRIN, la célèbre librairie philosophique. Que de tristesse d'entrer dans une librairie désertés par les livres. Je ne sais qui nous devons blâmer. Sûrement sommes-nous tous coupables... J'ai ramené plein de livres dans ma valise, dont le Sherlock Holmes des Moutons électriques.
Quel beau livre !!! Je l'ai à peine feuilleté mais je vais le caresser et le dévorer, ce soir, dans mon lit. J'ai également trouvé un recueil de nouvelles de Conan Doyle ayant trait au monde médical auquel il appartenait. J'ai lu quelques nouvelles dans le train et je suis sous le charme. La lampe rouge désignait l'enseigne des médecins généralistes à l'époque victorienne.

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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Où Peter Pan rencontre son double féminin...

Réédition !! (nov. 2013)

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Inédit en français

Actes Sud : 10 octobre 2012

Une histoire inédite de J. M. Barrie

En librairie le 2 juin 2010

Édité chez Actes Sud

En librairie...

Terre de Brume, septembre 2010.

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Une de mes nouvelles dans ce recueil

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