En lectrice très assidue de Paul Auster - un de mes écrivains contemporains préférés, sinon celui que je vénère le plus (et oui, j'ai des idoles, et elles n'ont pas toutes des pieds d'argile, n'en déplaise à certains... et à Nietzsche) -, je ne serais pas allée à New York sans ce "guide" (la version poche augmentée,

pour ne pas abîmer ma belle édition grand format). Une petite semaine représentait un laps de temps trop court pour explorer tous les lieux rêvés et refaire les trajets de la Trilogie new yorkaise ainsi que je l'avais projeté. Mais cet échec constitue un excellent prétexte pour revenir à New York !
Mon ambition revue à la baisse était, d'une part, de visiter Park Slope, le quartier où vit Auster et, d'autre part, de me retrouver au croisement de la septième avenue et la troisième rue, là où Auggie Wren
prend, chaque matin, une photo, à huit heures. Il posède quatre mille clichés et nomme cette habitude "l'oeuvre de sa vie".


"Auggie Wren manages a cigar store on the corner of Third Street and Seventh Avenue in Brooklyn. Every morning at exactly eight o’clock, no matter what the weather, Auggie takes a picture of the store from across the street. He has four thousand consecutive daily photographs of his corner, all labeled by date and mounted in albums. He calls this project his ‘life’s work’"
 Cioran avait les siens. Des exercices d'admiration divers et variés. Parfois, irrévérencieux. Aujourd'hui, j'aimerais un moment parler de Guérine, que j'ai eu le privilège de rencontrer avant mon départ à New York, en pleine "guerre sorbonnarde" ! Cette très jeune femme a tous les talents. On pourrait la détester d'être ainsi dotée de tout ce qui nous [me] fait défaut. En général, je suis encline à la jalousie et à l'envie, naturellement. J'en suis un peu honteuse. Et bien, là, ce n'est pas le cas. Je suis tout simplement admirative devant cet artiste, qui sait aussi bien faire des films émouvants et profonds : No one can always be an angel, dessiner, photographier, écrire des textes et les chanter (sous le pseudonyme de Poun). Vous ai-je également dit qu'elle était musicienne ? Guérine m'inspire. Dieu merci, les anges existent parfois dans le monde réel ! Humblement, elle m'a avoué qu'elle ne peignait pas. Heureusement serais-je tentée de dire ! Je suis sous le charme et j'invite, mes fidèles lecteurs, à la découvrir s'ils ne la connaissent pas déjà. Elle a ce que j'appelle "le truc", ce je-ne-sais-quoi qui éclaire les êtres de l'intérieur et fait ressurgir sur les autres leur aura. Bon vent, Guérine ! Merci. Parmi mes chansons préférées [je ne me permettrai pas de traduire ses textes pour les non anglophiles, pardon ] :

Wonderstuff as sure as i love pasta and my boyfriend i wouldn't say no to a discussion with great Igmar and as i admire Larry and the kids i'll go down on Chloë anytime a friend talks about rabbits and vodka but i drink coffee and cat is all i like i'm not like Alice in Wonderland but i should say i'm found of chocolate cookies and now if i can say one more time what really turns me on i would say my mum
Make me born again so much dark and pain when i ask myself why why do i sit here alone doing nothing and so bored world is so hard i can hardly breathe my heart beats so fast and no one knows no one can help me i have to face it all alone what should i do with all this time and this life what would i be if i were someone else i bet it would be so easy world is so hard i can hardly breathe my heart beats so fast and no one knows no one can help me i have to face it all alone i feel like i will fail i will not manage to enter the world i feel like i will fail i will not manage to enter the world i feel like i'm a freak mama please make me born again i feel like i'm a freak mama please make me born again
Come to Holly's If you don't wanna get caught but wanna get warm come up to Holly's she's hot and doesn't have a phone if you wanna be part of a car crash if you wake up to smoke in the middle of the night come on to Holly's When you're out of clean clothes but have to go out anyway come to see Holly she doesn't care about dirt and smell Holly, Holly, Holly... She'll be your only friend she'll be your one day mum If you want she can be your lover if you wish she'll cook for you when you're sad she'll play with you when you're asleep she'll tell you a story and if you don't come back she won't even weep





Patinoire du Rockfeller Center. Instants de grâce. Je suis submergée par l'envie.
Je suis inapte sur terre, dans l'eau et dans les airs.
Je défile avec un déambulateur, la langue française.
Ailleurs, je suis autre, lourde et moche.


Le pont de Brooklyn. Rien ne vaut cette expérience surréaliste. Traverser le pont. Entendre le vrombissement des voitures en dessous. Croiser des fous et des tristes. Regarder au loin, jusqu'à briser sa prunelle. Rencontrer des gens qui ont le sourire aux lèvres comme un quartier de lune qu'ils portent en coin. Pleurer le futur car les moments parfaits sont faits pour se dissoudre. Penser à Auster et à ma mort.
mardi 4 avril 2006

The Strand.
Je parle bien entendu d'une librairie new yorkaise


(il en existe trois, en vérité, qui répondent à cette dénomination, mais je suis allée dans la principale - située au coin de la douzième rue et de Broadway) et non du quartier de Londres.
Le troisième étage, consacré aux "livres rares", est très impressionnant. J'aurais aimé le filmer mais je n'ai pas osé. Songez à une caverne d'Ali Baba où tout est possible ! L'espace est occupé. Pas un millimètre de libre. Tout grouille. J'avais envie de soulever chaque livre, de dormir et de vivre une journée dans cette immense pièce.


J'ai fouiné principalement, et faute de temps, essentiellement parmi les rayons et les piles du troisième étage. Je fus raisonnable. J'ai trouvé l'édition originale d'un pastiche holmésien très peu cher (et pas si rare que ça !).
Ici et là, de vastes écriteaux indiquent que les "books thieves will be arrested" ("les voleurs de livres seront arrêtés"). La remarque me fait gentiment sourire. Sauf que je me sens observée, jaugée. Les vendeurs sont prêts à me prendre au collet !

J'apprends avec stupeur que je n'ai pas le droit de redescendre avec mon petit pastiche car les livres rares doivent être "escorted". Entendez qu'ils sont amenés au rez-de-chaussée par un vendeur qui les déposera en caisse pour vous - ce qui implique que vous devez donner vos initiales (et non votre nom : on respecte votre anonymat) au vendeur.
En bas, j'ai acheté quelques livres sur Cary Grant, qui manquaient à ma collection :

C'est mon vice !
Dans une librairie de Brooklyn, j'ai trouvé pour trois fois rien ceci :






Je vous en reparlerai bientôt. Etant une admiratrice de la Quatrième dimension, ce guide d'épisodes me faisait défaut, et l'idée de lire l'expérience folle de ce film délirant par l'ironique Katharine Hepburn m'enchante.



Je m'étais promis d'aller au "plus près du Paradis", comme Cary Grant et Deborah Kerr, lors de leur rendez-vous manqué dans "mon" film, An affair to remember de Leo McCarey.
Deux étapes : le 86e étage, l'Observatoire, où l'on peut admirer New York en profondeur et en étendue. Les ascenseurs vous conduisent sans liftier.
Puis, la seconde étape, où un homme vous guide jusqu'au point le plus élevé. La cime de mon émotion.
Tip.
Cling !
Je lui ai parlé de mon film. Il le connaissait, bien entendu, et fut ravi d'être le figurant de mon rêve éveillé. Merci, cher inconnu.



Un écureuil intrépide à Central Park - an intrepid squirrel (Central Park)...
Le spectacle est habituel, visiblement. Personne ne s'en étonne, sauf les étrangers.
Les écureuils gris sont les maîtres du lieu. En Angleterre, ils ont même détrôné leurs cousins roux, désormais en voie de disparition.
Les écureuils gris de Central Park viennent sur vos genoux sans aucune gêne et repartent si vous n'avez rien à leur offrir.
Central Park est un lieu magique. J'imaginais un coupe-gorge, je l'avoue. Je suppose qu'il ne fait pas bon s'y promener à certaines heures tardives. Mais le lieu est magique et j'imagine, sous l'influence de Barrie, une mythologie proche de celle qu'il inventa pour les Jardins de Kensington.
Savez-vous que l'on peut même adopter des bancs ?
Certes, cela vous coûtera la modique somme de $7,500...
Des bénévoles participent à l'entretien du lieu et l'on peut y faire une romantique promenade en calèche.
Je mets à mal - provisoirement - mon principe d'anonymat (déjà fracturé en mille éclats par une indélicatesse) et je me dévoile un peu plus. Tant pis pour les lecteurs qui imaginaient une Holly meilleure qu'elle ne l'est. Je pourrai toujours changer de vie lorsque celle-ci ne me conviendra plus...

Tout le monde sait mon adoration (ma névrose fantaisiste) pour le film de Blake Edwards, et plus encore pour la nouvelle de Truman Capote, et tout autant pour Audrey Hepburn.
Partant, j'ai donc décidé de me mettre dans la peau de Miss Holly Golightly quelques minutes. C'était bien la moindre des choses tout de même, depuis le temps où je lui chipe son nom !

Certes la copie est très pâle face au modèle, mais dans mon esprit je revis chaque moment du film. Dès mon arrivée à New York, les valises à peine déposées, je me suis rendue à la vitesse de l'éclair chez Tiffany, car je logeais non loin de l'ensorcelante Cinquième Avenue. Je voulais de visu me rendre compte si la réalité était à la hauteur de la légende. C'est le cas. 
J'ai toujours désiré obtenir une petite boîte bleu.

Un bleu turquoise, celui dans lequel sont enfouis les trésors de la célèbre boutique. Ils ne vendent pas uniquement des diamants gros comme le Ritz

mais également de délicats bijoux en argent massif, numérotés [sur le coeur est gravé l'inscription : "Prière de ramener chez Tiffany and co. New York ; au cas où vous le perdriez...], ainsi que des pièces de vaissellerie [je viens d'inventer ce néologisme] en cristal et autres cadeaux potentiels.
L'ambiance est luxueuse mais non compassée. L'entrée y est libre. Aucun regard inquisiteur ne vous fera rebrousser chemin. Il est, par conséquent, inutile de se munir d'un nez pincé et d'un corset pour se maintenir droit comme un "i". Les prix sont poliment dissimulés aux regards, mais énoncés sans émotion sur simple demande. Il y a six étages et trois liftiers vous emmènent où vous le désirez. Ils sont habillés en civil - cela manque de faste ! - et assez diserts pour peu que vous soyez d'humeur bavarde. Le lieu est proprement discret mais les visiteurs ne marchent pas sur du feutre.


J'admire les scintillements des vitrines. Je m'arrête tel un papillon devant chaque objet. Je respire l'atmosphère.
Je ne suis pas une croqueuse de diamants, même si la chanson de Marilyn me berce les soirs d'insomnie. Cette chanson est cynique mais j'adore le film dont elle est tirée et rien n'est vulgaire dans la bouche de Marylin, une autre de mes icônes.



diamondS are a girl'S BEST FRIEND [Les diamants sont le meilleur ami de la femme ]- cela reste a prouver...

The French were bred to die for love
They delight in fighting duals
But I prefer a man who lives and gives
Expensive jewels

A kiss on the hand may be quite continental
But diamonds are a girl's best friend
A kiss may be grand, but it won't pay the rental
On your humble flat, or help you at the automat

Men grow cold as girls grow old
And we all lose our charms in the end
But square-cut or pear-shaped
These rocks don't lose their shape

Diamonds are a girl's best friend

Tiffany's !
Cartier !
Black star, frost gorom !
Talk to me, Harry Winston, tell me all about it !

There may come a time when a lass needs a lawyer
But diamonds are a girl's best friend
There may come a time when a hard-boiled
Employer thiks you're awful nice
But get that ice or else no dice

He's your guy when stocks are high
But beware when they start to descend
It's then that those louses go back to their spouses
Diamonds are a girl's best friend

I've heard of affairs that are strictly plutonic
But diamonds are a girl's best friend
Ad I think affairs that you must keep
Are better bets, if little bets get big bag gifts


Time rolls on,
And youth is gone
And you can't straighten up when you bend,
But stiff back or stiff knees you stand straight at Tiffany's !

Diamonds !
Diamonds !
I don't mean rhinestones
But Diamonds are a girl's best ...

Best friends !

Je crois même, puisque je suis un peu farfelue, avoir toujours désiré une boîte vide, simplement pour posséder le symbole, le signifiant. Les meilleurs rêves sont ceux que l'on peut remplir à sa guise, comme un cornet de glace qui peut revêtir mille parfums. Toutefois, celle-ci contenait une jolie petite chose, car tout est beau chez Tiffany ; c'est une loi aussi ferme que celle de la gravitation universelle. J'ai attendu mon retour en France pour l'ouvrir, avant de dormir... Je ne voulais pas gâcher cet instant.



Pudique, j'arrête ici ce déshabillage. La petite boîte est en sureté : dans mes souvenirs.
Le dimanche, le jour de fermeture, les portes sont fermées au moyen de ce qui m'a semblé être des portes de coffre-fort ! Mais toujours avec goût et raffinement, n'est-ce pas ? Hélas, j'avais rempli tous les disques (DVD) de mon camescope pour filmer la Fermeture du paradis !

Je songe une dernière fois à Audrey / Holly, qui disait quelque chose qui ressemble à ces mots:



"Le chat ? Pauvre vieux chat. Pauvre flemmard. Pauvre flemmard sans nom. Je n'ai pas le droit de lui en donner un. Nous ne nous appartenons pas. Un jour, nous nous sommes juste attachés l'un à l'autre. Je ne veux rien posséder jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu où je me sente en harmonie avec les choses. Je ne sais pas où se situe cet endroit. Je sais simplement à quoi il ressemble. Il ressemble à Tiffany."



"Hé bien, quand je le peux, la seule chose qui me fasse réellement du bien, c'est de sauter dans un taxi et d'aller chez Tiffany. Cela me calme aussitôt. A cause de la quiétude et du fier regard que l'on porte sur ce lieu. Rien de vraiment grave ne peut vous arriver ici. Si je pouvais trouver un lieu de vie réel qui me fasse ressentir ce que je ressens chez Tiffany, et bien je m'achèterais des meubles et donnerais un nom au chat !"
Et n'oubliez pas l'édition anniversaire du DVD du film !

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Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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