
"Avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une tous les jours."


Illya Kullyakin (le blondinet, un agent russe, interprété par David Mc Callum) et Napoléon Solo (Robert Vaughn, le brun ténébreux, l'agent américain)...

La musique lancinante est de Lalo Schiffrin, bien connu du grand public pour son célèbre générique de la série Mannix.
Karl Malden est magnifique dans ce rôle, qui me rappelle celui qu'il joue dans Baby doll d'Elia Kazan : un homme, qui a épousé une femme trop jeune pour lui, une trainée en qui il veut voir un ange, qui attend d'elle de l'amour, quand celle-ci n'aime que la perte des hommes qui s'amourachent d'elle. Tout se passe comme si elle éprouvait un mépris, qu'elle ne s'avoue peut-être pas à elle-même, pour ceux qui ont la faiblesse de l'aimer, car elle-même ne s'abaisse pas à éprouver de l'amour. Ni pour elle ni pour les autres. Jusqu'au désir de cette femme, tout en elle semble feint. Seul le goût du sang lui est authentique.
Un enfant ne serait pas assez dénaturé pour tricher de la manière brutale de ce monstre auburn au sourire carnassier, car les petites personnes savent bien que tricher, c'est tenter de se tromper soi-même et se condamner à une impossibilité.
Le jeu est aussi un suicide différé.
Ce film est l'une des matrices du genre.
La réalisation de Norman Jewison est d'une efficacité redoutable dans sa sobriété même et sa précision chirurgicale. Le prélude constitué par un générique en forme de marche funèbre : un enterrement noir américain, en fanfare, est une introduction sensible qui donne la couleur et le ton du film. La demi-teinte. Tristesse et gaiété, l'une dans l'autre.
Ici, le jeune ange qui s'est épris de cet homme, peu enclin à communiquer des sentiments pourtants réels, lui demande ce qu'elle attend de lui, puisqu'elle décide de partir tout à coup. Il suggère qu'elle aimerait le mariage - tel est, bien évidemment, le cas. La question est brusque -un instant le visage de la jeune fille exprime l'espoir puis celui-ci meurt sans mot dire - et n'appelle pas de réponse.
Elle part.
Elle voudrait qu'il la retienne.
C'est toujours la même histoire.
* Alain Delon et Mireille Darc devraient jouer au théâtre, en 2007, Sur la route de Madison...
Je suis plongée avec délectation dans la biographie de Lewis Carroll par Derek Hudson. J'ignore si elle fut traduite en français. Je gage la négative.
J'y retrouve des choses connues et je découvre de charmants détails.
Saviez-vous que Saki avait écrit une satire poltique en s'inspirant d'Alice ?
Probablement tout n'est-il pas exact, mais cette biographie compta beaucoup en son temps, et encore de nos jours.
Je ne suis guère loin de Barrie, lorsque je m'intéresse à Carroll. Il me semble même que leurs portraits croisés produisent en moi une étincelle de lucidité quant à leur art si particulier. Leurs esprits sont cousins en bien des points, il est mêmes des coïncidences et des concordances, et je crois que je vais écrire un petit essai à ce sujet... Non, je ne le crois, je le sais pertinemment, puisque mon Moleskine commence à germer d'idées !
J'ai d'ailleurs décidé de consacrer à Carroll une part de mon forum Barrie, désormais actif, et qui a l'honneur de compter parmi ses premiers inscrits, Robert Greenham, auteur d'un livre aussi charmant que documenté sur un fragment de la vie de Barrie. Sa grand-mère fut gouvernante, un temps, des Barrie et il nous raconte, à travers les yeux de sa grand-mère (ou les siens !) un peu de leur vie... et il émet des hypothèses très intéressantes sur un certain nombre de points, dont l'origine du Capitaine Crochet (je connaissais deux ou trois sources auxquelles s'abreuve ce sinistre personnage, mais celle qu'il a découverte m'a ébahie)... J'en dirai plus sur la page que je vais consacrer à son livre. Il a même corrigé certaines de mes petites erreurs (des dates ; par exemple, Margaret Henley n'avait pas six ans mais cinq ans et cinq mois à sa mort, certificat de naissance à l'appui) : j'ai encore beaucoup à apprendre sur et de Barrie... Je suis une néophyte.
Mais l'objet de ma visite du jour sur ce JIACO est Lewis Carroll.
A la fois romancier, fantaisiste au quotidien, inventeur d'objets délirants et utiles (un nyctographe), photographe, peintre et dessinateur, célibataire endurci et excentrique.
Il me donne l'élan, le feu sacré pour oser vivre au-dessus de mes moyens (intellectuels et artistiques).
Whimsical est le mot anglais qui caractérise Barrie et Carroll et que l'on peut traduire par fantasque, mais il recouvre plus de sens selon moi.
J'aurais tant aimé recevoir des lettres écrites en écriture inversée, qu'il faut placer devant un miroir pour les déchiffrer. Les petites filles amies de Carroll avaient bien de la chance, n'est-ce pas ?
Je vous recommande vivement cette biographie écrite par son neveu :
http://www.gutenberg.org/files/11483/11483-h/11483-h.htm
rédigée à la demande de ses frères et soeurs. Elle est abondamment illustrée et plutôt fiable. Je l'ai commandée en occasion et escompte la recevoir prochainement.
Autres liens :
http://www.philobiblon.com/isitabook/games/
http://www.lewiscarroll.org/carroll.html
P.S. : l'album de la Pléiade dédié à Carroll est exquis.
"En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire : la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. " (Sartre, La Nausée)
(Dans un ordre d’idées comparables, Columbo, inspiré à la fois du Père Brown de Chesterton et du Petrovitch de Dostoiëvski (Crime et Châtiment) dissimule son intelligence prodigieuse avec des ustensiles : son imperméable fripé, sa vieille voiture étrangère, sa femme, son chien, ses petites questions, ses anecdotes quelconques.)

«Quel détective pouvais-je engager ? Je passai en revue les détectives que j’avais rencontrés et admirés pendant mes lectures. Il y avait Sherlock Holmes, le seul et l’unique : je ne serai jamais capable de rivaliser avec lui. Il y avait Arsène Lupin : était-ce un criminel ou un détective ? De toute façon, ce n’était pas mon type. Rouletabille dans Le Mystère de la chambre jaune : voici le genre de héros que j’aimerais inventer. Un personnage inédit. Qui engager ? Un écolier ? Plutôt difficile. Un scientifique ? Que savais-je des scientifiques ? Soudain, je songeai à nos réfugiés belges. (…) Pourquoi ne pas faire de mon détective un belge ? pensai-je. Il y en avait de toutes sortes, de ces réfugiés. Et pourquoi pas un officier de police réfugié ? Un officier de police à la retraite ? Un qui ne soit pas trop jeune. Quelle erreur commettai-je là ! Le résultat, c’est que mon détective fictif doit être bien plus que centenaire à l’heure actuelle. Je me décidai donc pour un détective belge. Je le laissai progressivement s’installer dans son rôle. Il aurait été inspecteur, de sorte qu’il posséderait une certaine connaissance en matière de crimes. Il serait méticuleux, très ordonné, me dis-je tandis que je rangeais moi-même pas mal de choses qui traînaient dans ma chambre.»
«Puisqu’il devait être petit, Hercules serait pour lui un bon prénom.»
« Mais, Ariadne, ma chérie, dit-il, tout cela est très bien, mais avec cette moustache et tout le reste, comment peut-on le prendre au sérieux ? Vous affirmez réellement qu’il est compétent ?»
« Dites-moi, pourquoi ce prénom, Hercule ? - Vous voulez dire mon nom de baptême ? - A peine un nom de baptême, rechigna l’autre. Tout à fait païen. Mais pourquoi ? C’est ce que je veux savoir. Une idée fantasque de votre père ? Un caprice de votre mère ? Des raisons familiales ? Si je me souviens bien, car ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, vous aviez un frère nommé Achille , n’est-ce pas ? (…) - Seulement un petit laps de temps. Le Docteur Burton s’éloigna avec tact de ce sujet. (…) Songez à cette conversation imaginaire. Votre mère et feue Madame Holmes , assises en train de coudre ou bien de tricoter : "Achille, Hercule, Sherlock, Mycroft…" Poirot ne parvenait pas à partager l’amusement de son ami. - Dois-je comprendre que, quant au physique, je ne ressemble pas à un Hercule ? Le regard du Docteur Burton examina de part en part Hercule Poirot : sa personne proprette affublée de pantalons rayés, d’une veste noire comme il faut, d’un pimpant nœud papillon. Son regard remonta des chaussures chics en cuir jusqu’à son crâne d’œuf et à l’immense moustache qui ornait le dessus de sa lèvre. »
« Ce qu’il y a de risible (…) c’est une certaine raideur de mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d’une personne. »
« L’idée est chose qui grandit, bourgeonne, fleurit, mûrit, du commencement à la fin du discours. Jamais elle ne s’arrête, jamais elle ne se répète. Il faut qu’elle change à chaque instant, car cesser de changer serait cesser de vivre. Que le geste s’anime donc comme elle ! Qu’il accepte la loi fondamentale de la vie, qui est de ne se répéter jamais ! Mais voici qu’un certain mouvement du bras ou de la tête, toujours le même, me paraît revenir périodiquement. Si je le remarque, s’il suffit à me distraire, si je l’attends au passage et s’il arrive quand je l’attends, involontairement je rirai. Pourquoi ? Parce que j’ai maintenant devant moi une mécanique qui fonctionne automatiquement. Ce n’est plus de la vie, c’est de l’automatisme installé dans la vie et imitant la vie. C’est du comique. »
« Vous savez ce que vous m’évoquez ? dit Mrs Oliver. Un ordinateur. Vous vous programmez vous-même. C’est bien comme ça qu’ils disent ? Vous ingurgitez toutes ces données tout le long de la journée et vous attendez de voir ce qui va en sortir ensuite. - Vous tenez une bonne idée, dit Poirot, intéressé. Oui, oui, je joue le rôle de l’ordinateur. On le remplit d’informations… - Et supposez que toutes les réponses obtenues soient fausses ? dit Mrs Oliver. - C’est impossible ! dit Hercule Poirot. Les ordinateurs ne se trompent pas. - Ils sont supposés agir de la sorte, dit Mrs Oliver, mais vous seriez surpris de savoir ce qui se produit parfois ! (…) Je sais qu’il existe un adage selon lequel "L’erreur est humaine". Mais l’erreur d’un homme n’est rien en comparaison de ce dont est capable un ordinateur quand il s’y met. »
« (…) le détective lui-même est incapable de faire des confidences autobiographiques (…) le détective se tait parce que tout destin est muet pour lui. Son mutisme s’explique non par l’engagement absolu de l’existence, mais par l’absence d’existence propre à l’engagement rationnel, absence qui lui interdit la parole (…) C’est pourquoi il est accompagné du confident qui chante ses louanges et qui arrache la résolution des cas à l’obscurité dont l’entoure son caractère impersonnel. » (S. Kracauer)
« Je devrais peut-être, madame, vous en dire un peu plus à mon sujet. Je suis Hercule Poirot. (…) Je suis, ainsi que vous le savez peut-être, dit Poirot, un détective. Il se frappa la poitrine. Peut-être le plus célèbre détective au monde. » «Je suis Hercule Poirot. Je suis le grand, l’unique Hercule Poirot. »
«Hercule Poirot, mon invention belge, était accrochée à mon cou, fermement attaché là, comme le vieil homme de la mer. »
«Qu’est-ce que j’en sais ? dit Mrs Oliver avec humeur. Est-ce que je connais les raisons pour lesquelles j’ai un jour inventé cet homme répugnant ? Je devais être folle. Pourquoi un finlandais [On pourrait se dire : pourquoi un Belge ?] alors que je ne sais rien de la Finlande ? Pourquoi un végétarien ? [Très amusante réflexion, si l’on reprend le début dudit roman, qui expose les ennuis de Poirot quant à l’alimentation !]Pourquoi possède-t-il tous ces tics idiots [La relation avec Poirot est claire comme de l’eau de roche !] ? Ces choses arrivent et c’est tout. Vous essayez quelque chose et les gens semblent l’apprécier. Alors, vous continuez. Ets avant de vous rendre compte où vous en êtes arrivé, vous vous retrouvez lié pour la vie avec quelqu’un du genre de cet exaspérant Sven Hjerson [ou Hercule Poirot…Il est très vraisemblable qu’Agatha Christie ait développé une certaine haine à l’encontre d’Hercule Poirot, comme son meurtre le laisse penser.] Et les gens vous écrivent même pour vous signifier à quel point ils sont convaincus que vous l’adorez. L’adorer, lui ? Si je rencontrais, dans la vrai vie, cet échalas de Finlandais, amateur de crudités, je commettrais un meurtre [On peut dire qu’elle l’a fait, littérairement parlant] à côté duquel tous ceux que j’ai inventés jusqu’à ce jour ne seraient rien. Robin Upward la contempla avec un profond respect. « Vous savez, Ariadne, savez-vous que cela pourrait être une idée merveilleuse ? Un véritable Sven Hjerson. Et ce serait vous qui le tueriez. Vous en feriez un livre qui serait votre chant du cygne. Il ne serait publié qu’après votre mort. [Ceci est très troublant, surtout quand on songe que la réalité a rattrapé la fiction. En effet, Agatha Christie avait mis au coffre un Poirot et un Marple inédits à ne publier qu’après sa mort, même si les conditions n’ont pas été tout à fait respectées…] - Pas de risque ! dit Mrs Oliver. Et l’argent ? Le salaire du crime, je le veux maintenant ! [Ce cynisme plus ou moins avéré est possiblement celui de Mrs Christie.]»


Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
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- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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