mardi 16 juillet 2013
(Semaine du 1er au 6 juillet 2013 en Angleterre)




Michael Asquith, J. M. B., Simon Asquith, Her Majesty Queen Mary, Lady Wemyss (= Mary Countess of Wemyss), Lady Mary Lyon ( = Mary Strickland, her daughter) and Charles Whibley at Stanway House. Aux alentours de 1923. Images que vous pouvez agrandir en vous rendant ici, dans la réserve d'images que je mets en ligne pour mes divers sites en relation avec Barrie. 

******


OXFORD :


Je suis arrivée à la fin d’un cycle. C’est la réflexion que je me suis faite abruptement, il y a quelques jours, quelques semaines. Cet aveu est une gifle que je me suis donnée. Ce fut salvateur et bien mérité. Le remède à toute mauvaise foi possible est l'auscultation attentive des divers mouvements de l'humeur, l'étude de ces oscillations insignifiantes, qui sont pourtant signes et symptômes. Ce sismographe ne ment pas, contrairement à notre esprit consolateur, si bien disposé à entretenir le faux-semblant. J'avais perdu, peu à peu, la Joie pure et avide. Je me laissais dériver, vivre – comme "les autres". Je me sentais en mouvement, mais désorientée ; et ce fil d'or qui m'a toujours reliée à cette Joie terrible, vestige sacré de l'enfance, me semblait rompu. Je n'étais plus moi, simplement une projection de ce moi. Je m'étais usée et je me sentais stérile, bue jusqu'à la lie. Heureuse, mais en surface. Me manquait comme l'écho de ce bonheur, sa réflexion. Le soleil ne suffit pas, il faut également le reconnaître dans chaque éclat dont il pare le monde. (Ne pas perdre une goutte de ce soleil.) C'est cela la royauté de la Joie et je ne peux ni ne veux vivre dans une tonalité mineure ; pire : j'en veux à ceux qui se contentent de cela. On ne peut se satisfaire d'être plein et vif, ici et maintenant. Il faut se sentir engagé en un dessein supérieur. 
La fin d'un cycle ? Je ne suis pas encore certaine de bien savoir ce que cela signifie, mais il me semble que circonscrire l’impression et lui apposer un nom en forme de diagnostic a le mérite de reconnaître cet état, qui était le mien depuis quelques mois. Les six premiers mois de l’année manquèrent de légèreté, il faut bien l’avouer. J’étais à la traîne et le fardeau était lourd. Heureusement, l’important (mon Amour de Mari, notre enfant...) était hors d’atteinte des contrariétés et des moisissures de la vie étrangère. J'ai toujours été douée, depuis l'enfance, pour isoler la blessure. La gangrène est limitée. Mais le monde extérieur existe et je préfère entretenir des relations cordiales avec lui plutôt que de prétendre qu’il n'est pas – ce qui serait tout aussi sot que malsain. Et ce monde extime a des choses à m'apprendre : il est là pour me mettre à l'épreuve, pour vérifier ma solidité interne. C'est à son aune que mes rêves se mesurent et contre lui qu'ils se déploient. Ne pas perdre la Joie, ne pas la laisser s'éteindre. Il faut veiller sur ce feu. Il suffit d'un moment d'inattention pour qu'il soit soufflé. Je dois vous avouer que j'ai l'impression, depuis mes toutes premières années, que la plupart des êtres humains vivent ainsi, à l'abri de ce feu, et en ignorent même l'existence – si bien que de feu il n'est pas. J'ai toujours conservé cette pensée secrète, parce que je la croyais tout d'abord illusion ravageuse, partagée par tous et, plus tard, excentricité de l'âme un peu honteuse, une sorte de tare. Pourtant cette Joie a d'autres noms et existe pour d'autres, mais pas pour tous, il est vrai.
J’attendais donc l’été, l’Angleterre et Venise, pour faire une cure de beauté, pour reprendre des forces. Venise est très proche, désormais ; mais l’Angleterre a déjà fait son effet sur moi : l’énervement se dissipe, je redeviens la châtelaine de mon immense domaine intérieur. Je ne me sens plus d’autres obligations que de faire ce que, réellement, je dois accomplir pour rejoindre la petite fille qui compte les clous de la porte, à la lisière de la mémoire : écrire. J’entends écrire en première personne, pour cette petite fille. Je me moque de ceux qui ne voient pas en moi cette petite fille, qui est à la fois sorcière et fée.
Ces derniers mois, j’ai retravaillé une traduction ancienne de Mary Rose (et retrouvé, sans bouger de mon bureau, un manuscrit perdu de Barrie à la Beinecke !), que j’avais composée il y a un moment de cela, puis je l’ai annotée ; j’ai également sorti de l’ordinateur un gros brouillon grouillant d’idées d’une postface très possible à cette pièce, participé modestement à la naissance d’un beau livre qui sera bientôt publié chez Taschen, réécrit  une nouvelle mouture de mon adaptation du Petit Oiseau blanc, mis en chantier la suite (car il y aura deux pièces, visibles indépendamment l’une de l’autre), œuvré pour la biographie de Barrie, traduit deux courts, mais essentiels, textes de Barrie que j’espère faire paraître… Et ce n’est pas tout. Mais je n'étais pas contente de moi pour autant, parce que je savais que, malgré l'importance de ces tâches et la profondeur de mon investissement, je manquais à une promesse ; et j'avais de plus en plus l'impression d'être une noyée. Chaque tâche accomplie était une pierre de plus, tirée de la carrière et poncée de mes mains, pour me lester davantage. 
J'entends enfin quelque chose. 
La petite fille réclame sa livre de chair… et je ne peux ignorer plus longtemps sa supplique ; cela fait vingt ans que je refuse de l’entendre – avec un talent certain, pour me cacher derrière Barrie et d’autres, il faut l’avouer – entre autres subterfuges. Après quoi, il sera trop tard. Ou peut-être est-ce cela la Ruse suprême : il est déjà trop tard et le rêve a perdu sa course contre le réel ? Mais, in fine, le rêve rétorque qu’il est plus endurant que le réel, même si ce dernier le prend de vitesse, car la vie, elle, adhère tout entière au songe : on ne vit pas pour le réel, on vit pour une vision du réel – qu'on l’ignore ou que l'on en soit pleinement conscient  – et cette vision est comme un vitrail coloré que l'on pose, à distance, sur le réel brut ; et l’on ne voit bien qu’à travers lui.

La petite fille cogne au carreau.

Lorsque j’étais une petite fille, cette petite fille-là précisément, à une époque où à peu près tout me semblait impossible et lointain (avec raison : tout l'était), hors de portée de ma main crasseuse, j’avais deux rêves, j’étais tenue en laisse par deux idées fixes : devenir écrivain et être diplômée de la Sorbonne et d’Oxford. Pour le reste… J’ai obtenu un doctorat de la Sorbonne et je suis sur le chemin de l’écriture et ne le quitterai jamais. Oxford est pour moi, sans conteste, un mot magique. Il résume peut-être à lui seul ma relation à l’Angleterre et à cette langue que je suis bien en peine de prononcer (ô mon Dieu, pardonnez-moi !), mais que je comprends autant avec ma sensibilité que ma raison, parfois mieux que certains autochtones (car mon anglais est celui de la littérature, un anglais myope, muet, lu mais non chanté ; un anglais qui bat en mesure, sous mes paupières, avec ce cil nerveux dont je ne peux arrêter la pulsation lorsqu'il s'éprend de la page). Malgré de multiples séjours en Angleterre au cours des années passées, je n’étais jamais allée à Oxford. Je sais désormais qu’il me faudra y retourner, même si le fantôme du regretté John Thaw – et son double Morse, le parfait personnage de fiction, la quintessence de tous mes fantasmes – n’est pas là pour m’accueillir.

OXFORD est un endroit rêvé. C’est la formule sanguine de mes rêves.


Là-bas, j’ai pensé à C. S. Lewis à chaque instant. Non pas à la faveur de Narnia (que je ne prise guère, mais j'y reviendrai peut-être un jour, avec un regard différent), mais par la seule force de ses écrits religieux. Lorsque je lus Lewis, il y a une dizaine d’années, je n’étais pas encore en mesure d’offrir un contenu à ce mot « Joie » – état pourtant cent fois vécu de la façon dont il l’exprime, avec des variantes qui me sont singulières – qu’il employait pour parler de son cheminement vers Dieu. Mais ces lectures eurent lieu avant ma conversion, qui date de décembre 2010. Laquelle s’est produite d’un coup, lorsque mon enfant est né, presque au moment où on l’a sortie de mes entrailles. Je ne pensais pas que la foi pouvait avoir ce visage. Je ne l’ai simplement pas reconnue comme telle : j’imaginais que l’on était foudroyé par la grâce, qu’aucune décision n’entrait en ligne de compte et que l’on était contraint de rendre les armes par la force de l’évidence. Je n’imaginais pas que la foi pût se faire un chemin à bas bruit ; je n’imaginais pas qu’elle pût être là depuis le premier jour, dissimulée dans certaines sensations ou pensées gardées secrètes, attendant notre assentiment pour éclore. Je n’imaginais pas que l’on pût avoir la foi et refuser de la reconnaître. En vérité, Barrie a été l’instigateur de cette foi. Mais, là encore, je n’ai pas reconnu l’œuvre de Celui que je ne peux encore me résoudre à nommer « Dieu ». Il m’est très pénible de renoncer à l’athéisme. Je suis presque honteuse de passer de l’autre côté. La foi a toujours été pour moi la force des lâches, de ceux qui sont incapables de voir le monde tel qu’il est : matériel et donc inhumain, fondamentalement sans espoir. Pourtant, il y a toujours eu en moi autre chose, et la Joie était l’indice de cette « autre chose ». Je suis à jamais une athée ceinturée par la foi. Une réaliste tendance pessimiste traversée par un courant de folle Joie. Tout relève de la décision en moi, d’une décision esthétique plus que morale ou métaphysique, celle de croire ; ou, pour le dire autrement, d’un refus de la mauvaise foi (conserver ma position d’athée qui me semblait bien plus noble, mais aussi, paradoxalement plus confortable). Cela ne change pas ma façon de me comporter ni même ma Weltanschauung. Cette foi n’est pas un ajout ou une conversion au sens étymologique, mais simplement un aveu ou l’acceptation de quelque chose qui existe en moi depuis toujours et dont Lewis parle mieux que moi. Je ne peux que citer ce que j’écrivais au sujet du film de Malick, The Tree of Life, en y apportant un autre regard : « J'aurais aimé avoir la foi. Brûlée vive. Je suis curieuse de ce sentiment ou de cette émotion que je devine, mais qui ne m’atteint pas pleinement. Je suis née sans foi. J’ai reçu ce que j’ai longtemps cru être une malédiction, mais qui est peut-être la grâce véritable : la liberté de conquérir et de remettre, sans cesse, en jeu mon salut. Incomplète et incomprise je suis, et mon travail ne fut jamais, jusqu’à présent, que celui d’une couturière, laborieuse et constante : je voulais refermer sur moi cette aube trouée, menteuse, porteuse de mensonges et de songes nacrés. J’étais une perle sans coquille. Je voulais que l’on s’empare de moi. Je suis née sans autre foi que celle, humaine, de la beauté et de la vérité, cette émotion qui saisit et dépossède de soi. Peut-être n’en existe-t-il pas d’autres, mais qui osera le dire ? Il est facile d’être athée et d’exprimer ce manque ou cette fermeture en soi à l’Autre et à l’Ailleurs. Il est impossible de dire la foi, qui a peut-être mille visages, et n’exprime pourtant qu’un seul et unique trait : une béance, une place vacante en soi. La foi n’est peut-être rien d’autre que cette absence ressentie si fortement qu’elle œuvre plus pour nous qu’une présence dont on est certain. » Ma foi est donc une non-foi, mais  je découvre aujourd’hui que c’est une foi qui en vaut une autre et que la foi a probablement mille visages, ou autant de visages que d'êtres humains. Cela rend modeste.
Ma foi est cette Joie mystérieuse en moi, lorsque je sens l’odeur des tilleuls en fleurs. Cette odeur, dont je ne peux capturer l’essence, me ramène au jardin public où j’allais rarement avec ma grand-mère, lorsque j'étais petite, pour y ramasser des feuilles de tilleuls qu’elle me préparait ensuite en tisane, ajoutant une cuillerée de sirop pour la gorge. Et ce retour dans le passé m’ouvre à Dieu sans que je puisse l’expliquer. Voilà, c’est tout. Un sentiment de complétude, d’infini dans le fini, un sillon d'éternité creusé dans la temporalité du souvenir. L'AMOUR.










{Cliquez sur ces images et les suivantes pour les agrandir.}

Ne restant que peu de temps à Oxford, mes exigences étaient limitées. Je désirais emprunter l’Addison’s Walk, dans les jardins de Magdalen College (que je ne prononce pas du tout comme il convient de le faire), boire une pinte au pub où se réunissaient chaque mardi les Inklings (et Morse y descendit également), visiter Christ Church (encore deux mots que je dis comme si ma langue était ensorcelée par le diable en personne) et la Bodleian Library.
Tous mes vœux ont été exaucés.
J’espère avoir le temps, à mon retour de Venise, pour revenir vous parler de C. S. Lewis, de Tolkien… et de Dieu. J’aimerais prendre le temps de le faire. Cela fait partie de l’expression de cette Joie.


À l'intérieur du pub, une citation de Lewis : 


Il ne faut pas que j'oublie de mentionner un livre que je recommande chaudement : de belles images d'Oxford et des promenades à faire sur les pas des Inklings. Vous n'apprendrez rien de nouveau sur Lewis, Tolkien and co, si vous connaissez bien le cheminement de leurs existences, mais le panorama est plaisant.  


De Christ Church, je ne peux rien dire pour le moment, car je refuse, dans la mesure de mes moyens, de nourrir le cliché – même s’il n’existe pas d’autres moyens de visiter certains lieux que de suivre le troupeau (j’ai failli m’étrangler de rage, lorsque l’on me parla de Harry Potter, comme si je venais visiter the Great Hall pour rendre hommage à ces films !). Mais ce fut un pèlerinage important pour la carrollienne que je suis. Il me faudra consacrer quelques heures pour en rendre état. Laissons, pour l'heure, parler quelques images maladroites. 



Magdalen College était une étape souhaitée, par égard pour C. S. Lewis.

 


Et l’Addison’s Walk un endroit symbolique à ne pas manquer, puisque Lewis, alors qu’il discutait avec Tolkien et Hugo Dyson, en se promenant ici, eut le début d'une révélation et se mit à croire à l’existence du Christ (la nuit du 19 au 20 septembre 1931).



***






BROADWAY :

À Oxford, nous avons loué une voiture pour nous rendre dans les Cotswolds, région magnifique d’Angleterre, comme tout un chacun le sait. Mon but était évidemment barrien. Stanway House, l’objet de ma quête, est située à Stanway,  à quelques miles de Broadway, où nous avions donc élu domicile pour deux ou trois jours. Stanway évoque tout d’abord pour moi The Yellow Week at Stanway, un petit film amateur réalisé par Barrie, dont j’ai déjà parlé. De jaune, en effet, il est question, car tout est doré dans ce pays, à cause des pierres si caractéristiques de la région, mais ce n'est pas la raison du titre de ce film. Broadway est un charmant village : beau et policé. Peut-être trop parfait pour émouvoir véritablement. L’argent y coule à flots, cela se sent, à chaque coin de rue. J’y verrai bien la scène d’un crime à la manière d’Agatha Christie. Je me suis toujours imaginé la campagne anglaise ainsi, mais les Cotswolds n’en sont vraisemblablement pas représentatifs. L'attraction principale de Broadway est une folie, la tour ! Le vent y est particulièrement violent et, cependant, il s'agissait d'un jour béni d'après les familiers de l'endroit. À noter le petit musée (d'un intérêt limité) William Morris en haut de la tour, car l'homme s'y réfugia un temps.















   


Broadway est un village délicat ; et c’est là où, jadis, Mary Cannan, l’ex-femme de Barrie, s’était installée un été, en 1923, dans l’espoir, peut-être, de se rapprocher de celui qu’elle avait abandonné, car Barrie prenait ses quartiers d'été à Stanway. 1923 fut l’année où Gilbert, ex-mari de Mary Ansell ex-Barrie ex-Cannan (mais elle conservera le nom de son second époux et prétendra, en France, être sa veuve), fut interné… Barrie ne la rencontra pas, je crois, à ce moment-là. Pendant les années 20, Barrie n’était pas à la noce, pauvre chère âme… Néanmoins, il vécut d’agréables moments dans la région des Cotswolds. Il découvrit à Stanway House un nouveau jeu, une passion : le shuffleboard. Stanway House possédait une merveilleuse table de jeu en chêne et Barrie s’adonna rapidement à ce jeu avec, paraît-il,  la ferveur et l’enthousiasme  d’un enfant... Il y jouait pendant des heures. En tout cas, pendant seize ans, ce jeu fut, dit-on, l'une des choses qui l'incitèrent à revenir à Stanway !

STANWAY HOUSE :


Jeudi 4 juillet, nous avions rendez-vous avec nos amis Robert Greenham et Christine De Poortere, qui venaient respectivement de Maidstone et de Londres. Ce fut une grande joie de visiter tous ensemble Stanway House, une fête de l'amitié. La demeure n’est ouverte au public que de juin à septembre et uniquement deux jours par semaine : le mardi et le jeudi. Elle est habitée par son propriétaire actuel (Lord Neidpath ou, si vous préférez, l'Earl of Wemyss and March, qui est, si je ne m’abuse et sais lire l’arbre généalogique, le petit-neveu de Cynthia Asquith, et, entre autres, un adepte de la trépanation – c'est lui-même qui le dit... On a les loisirs que l'on peut...). Seule une partie de la maison est ouverte au public, celle qui me paraît en majorité dévolue aux amis. Ma première impression lorsque je découvris Stanway fut un choc esthétique : une splendeur absolue, qui met à genoux, un incroyable manoir jacobéen avec une "gatehouse" que l'on attribue à Inigo Jones. Lorsque je pénétrai à l’intérieur, je ressentis pourtant un certain malaise. La maison, selon toute évidence, est mal entretenue et peu d’égards lui sont rendus. Vraisemblablement par manque d’argent ; mais, tout de même, son propriétaire actuel pourrait certainement trouver moyen de lui redonner son lustre. On est étonné de voir des livres à reliures anciennes (The Approach to Shakespeare by J. W. Mackail ou Ellen Terry and Her Sisters by T. Edgar Pemberton et d’autres livres plus intéressants et anciens) côtoyer des choses aussi vulgaires (à mes yeux) que des numéros de Vogue – ou pire. Des couvertures chauffantes, ici et là, laissent entendre que la maison est bel et bien habitée – et mal chauffée, l’hiver. La cuisine est immense et équipée avec le confort moderne. Le papier peint est sale (oui, mais il s'agit d'un papier peint de William Morris, censé avoir été posé de sa main !) et tombe en ruine, les tapis sont usés à la corde, il y a une juxtaposition de très ancien et de moderne bon marché (des tapis que l’on imagine dans la plus modeste des maisons, par exemple). Je sais : cela ne se fait pas de critiquer une maison dans laquelle on est invités (pour la modique somme équivalente au ticket d’entrée, tout de même)… et l’on est en train de me trouver mesquine. Cependant, cette maison me semble... triste et mériter mieux... 


Barrie loua Stanway House tous les étés à partir de 1921 jusqu'en 1932 ; il passa l'été 1933 dans le glen Prosen et retourna à Stanway en 1934, pour Noël, puis y revint régulièrement jusqu'en 1937, quelques mois avant sa mort. Il y fêtait également souvent Noël et semble avoir été très attaché à ce lieu. À Noël ou en été, il y fit donner des pièces qu’il avait écrites (A Record of Fair Men and Brainy Women, Where Was Simon? Or, The Secret of The Pyramid, et surtout The Wheel – je parlerai, un jour, de ces pièces jouées, notamment, par les enfants de Cynthia et leurs cousins), organisa de grandes fêtes, invita des personnalités très différentes et éminentes (Denis Mackail son biographe fut de la fête, H. G. Wells, Elizabeth Lucas, )… C’est donc, à mes yeux, une maison importante. La majestueuse demeure appartenait à la famille de Cynthia Asquith (son père était le onzième Comte de Wemyss.), la secrétaire de Barrie, « l’esclave » (le mot est de Barrie et j’y reviendrai un jour ou l’autre) un peu dominatrice des dernières années. Cynthia Asquith est une personnalité mystérieuse. Au départ, d’instinct, j’ai éprouvé une forte antipathie pour elle, à cause de certaines lettres qu’elle avait écrites, où elle parlait de Barrie sur un ton qui ne me plaisait pas. Elle me semblait manquer de tendresse et avoir un œil un peu trop acéré. Après mon "séjour" à la Beinecke, après la lecture de certaines lettres, mon jugement a évolué, notamment à cause de ce que Barrie, lui, éprouvait pour elle, à cause de cette dépendance qui était la sienne à son égard (la réciproque était vraie). La relation entre eux est très complexe et, à mon sens, la clef (ou l’une des deux ou trois clefs) pour comprendre les dernières années de vie de Barrie.

La première année où Barrie loua Stanway, ce fut après la mort tragique, dont on a longtemps cru qu’il s’agissait d’un suicide, du si prometteur Michael, le fils adoptif tant aimé de Barrie. C’était à la fin du mois de juillet de l’année 1921. Les propriétaires, les parents de Cynthia, partaient en Écosse à cette époque de l’année. L’argent manquait et celui de Barrie était le bienvenu. La position de Cynthia n’était pas si confortable que certains biographes l’ont pensé : certes, c’était une manière facile de fournir de l’argent à son père que de suggérer à Barrie de louer la maison de son enfance, une façon également de profiter, avec son époux et ses enfants, de cette maison à laquelle elle était attachée, mais cela représentait un surcroît de travail pour elle et une position vraiment étrange (être une simple invitée dans sa propre maison). Les invités de Barrie étaient très divers et Mackail nous rappelle que Barrie lui-même présentait trois visages différents : « l’hôte ordinaire, l’hôte extraordinaire que l’on aurait eu grand peine à distinguer de Lob et une sorte d’invité – même s’il louait cette maison. »

En 1925, il fit construire un pavillon de cricket, d’après, paraît-il, ses propres dessins. C’est l’endroit que j’ai préféré voir, parce que j’étais, là-bas, capable de réellement ressentir la présence de Barrie. Il est à noter que le propriétaire actuel ne fait guère état du lien entre Barrie et cette demeure (les gardiens savent à peine que Barrie y vécut et on eut bien du mal à savoir quelle était la chambre occupée par Barrie : « the Willow room », la chambre où Morris aurait posé un papier peint avec pour motif des feuilles de saule, semble-t-il, mais aucune preuve n’a été avancée…). On ne peut s’empêcher d’être surpris par la « discrétion » du propriétaire à ce sujet. Par exemple, le pavillon de cricket n’est même pas inclus dans la visite (on peut y accéder gratuitement et facilement, mais rien n’indique sa provenance ni son lien avec le génie scots).



(La "fontaine" est impressionnante, mais ce n'est pas ce qui a le plus retenu mon attention, malgré l'arc-en-ciel, qui était, à n'en point douter, un sourire de Barrie.)



Diaporama de mes photographies (dont je ferai un album sur le site Barrie, un peu plus tard.)




KENSINGTON GARDENS : 


Le voyage a pris fin dans les Jardins de Kensington, où rôde Monsieur K. dont je vous reparlerai peut-être, mais notre fille, elle, sait parfaitement de qui il s'agit... Il n'est de meilleur endroit pour une fin, car tout commence également ici. Les Jardins de K. sont l'alpha et l'oméga... 

Une petite visite à l'Elfin Oak hélas très protégé par une prison de métal s'est imposée... 

                             




Et cela me rappelle ce merveilleux livre que j'ai la chance de posséder :





Chaque année, nous ne manquons pas de rendre une visite aux "tombes" de Peter Pan et à Peter lui-même...



… témoins immuables de notre belle vie… et de la Joie qui nous anime…


Et, de la Serpentine, je contemple la vie qui me quitte, que je quitte volontiers, pour la transmettre à une petite fille, bien plus forte que je ne le suis et ne le serai jamais, une petite fille qui sait prononcer à l'anglaise "Peter Pan", mieux que moi... Mais elle, elle, a la chance d'avoir un "Uncle Robert" et un Parrain du Ciel, nommé Jamie... 








FIN PROVISOIRE...


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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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