mercredi 9 novembre 2005
J'ai feuilleté ce livre, édité récemment chez La Martinière (j'aime cet éditeur), dans une librairie. Je ne sais pas ce qu'il vaut exactement, n'ayant pas eu le loisir de le regarder assez attentivement. A priori, il me tente. Je suis fascinée par Marilyn Monroe. Je suis une collectionneuse, donc une proie idéale.
Quatrième de couverture : "Lorsque Marilyn Monroe et Eve Arnold se rencontrent en 1952, chacune est à un moment fort de sa carrière : la première comme star incontestée du 7e art, la seconde comme photographe de l'agence Magnum. Dès le début, Eve Arnold remarque la magie captivante qui se dégage de la jeune actrice. Pour saisir cette aura, elle va suivre Marilyn pendant plus de dix ans et au fil du temps, une véritable amitié naîtra entre les deux femmes, Marilyn se livrant alors sans retenue et sans fard, lors des séances de photographies ou sur les tournages. Pour une fois, c'est le regard tendre et singulier d'une femme, mais aussi d'une amie, qui nous dévoile Marilyn touchante et sensible jusque dans les derniers moments de sa vie. "
J'ai la chance de posséder le SUBLIME coffret des éditions Taschen dont je laisse une photo dans ce JIACO ! C'est vraiment un objet à aimer, à toucher avec des mains tremblantes.

Dans le même ordre d'idées, le livre à couverture de velours jaune, toujours édité par Taschen, et qui contient le story-board du film de Billy Wilder, est une pièce de collection inestimable à mes yeux. Il recèle un fac-similé de l'emploi du temps de Marilyn pendant le tournage.



Ce film de Billy Wilder date de 1957 et c'est un de mes préférés.
C'est une histoire romantique à l'extrême, pleine de fraîcheur, de sensibilité, mais aussi de drôlerie. Audrey (très jeune, très innocente) est amoureuse d'un homme à femmes, un Gary Cooper vieillisant et cynique, mais ô combien charmant. Elle va entamer une relation avec cet homme désinvolte et lui laisser à penser qu'elle est aussi une séductrice dont le coeur ne s'attache à personne, afin de pouvoir l'approcher. En effet, pour Gary Cooper, l'amour n'est qu'un jeu et il en fuit les conséquences si elles s'avèrent sérieuses. Il va croire ou faire semblant de croire qu'il ne vole pas la pureté de la demoiselle et s'accommoder un temps de la situation, en fermant les yeux...
Le film laisse à penser qu'Audrey et lui ont des relations très intimes, l'après-midi, et, pour l'époque, le sujet est somme toute assez osé... Le film dégage une atmosphère quelque peu érotique bien que très feutrée, parce que rien n'est vraiment dit ou montré. Le pouvoir de suggestion est immense dans ce cas, comme dans d'autres...
La dernière scène du film m'a émue aux larmes - mais je suis une indécrottable midinette.
Le rôle de Gary Cooper fait écho à celui qu'il interprète dans La huitième femme de Barbe-bleue de Lubitsch (le pétillant).
Le film a été adapté d'un roman de Claude Anet, Ariane.

Citations :
"Actually, I don't much care for young men. Never did."
"If people loved each other more, they'd shoot each other less."



Donald Fauntleroy Duck est apparu, pour la première fois, en 1934, dans les studios Disney. Mais c'est Carl Barks (1901-2000) l'homme qui a donné à Donald le caractère que nous lui connaissons. Il a dessiné parmi les tous premiers cartoons qui le mettaient en scène et a donné à Donald une épaisseur qu'il n'avait pas dès le départ. Il a offert à Donald une personnalité, une maison, un entourage : son richissime oncle, Scrooge Mc Duck (d'après Dickens bien sûr - Picsou en version française), Gladstone Gander (Gontrand, le chanceux et rival de Donald, en français), Daisy Duck, Gyro Gearloose (Géo Trouvetout). Carl Barks disait ceci de Donald : "Je me suis toujours identifié avec une personne comme Donald, qui est victime de tant de circonstances. Il n'y a pas une personne aux Etats-Unis, qui ne puisse s'identifier avec lui. Il est M. Tout le monde. Il commet les mêmes erreurs que nous. Il est quelquefois méchant et, souvent, c'est un brave type. Et, la plupart du temps, il n'est qu'un balourd, à l'image de ce que nous sommes en général. C'est une des raisons pour lesquels les gens aiment Donald."

De 1942 à 1966, Barks fut le premier créateur des comic strips mettant en scène Donald. Il a écrit environ 500 histoires !
Scrooge fut le plus populaire de tous les personnages qu'il a inventés. Il a fait ses débuts dans un comic book d'une vingtaine de pages, Christmas on Bear Mountain, en 1947. Il donna vie aussi aux Beagle Boys (Les Rapetou), une bande de criminels qui en ont après la fortune de Scrooge.
Les neveux de Donald, Huey, Dewey and Louie (Riri, Fifi et Loulou) apparurent en 1938 et Gus, le cousin de Donald, en 1939.
Cf. l'arbre généalogique ci-joint de Donald.

Don Rosa (né en 1951) est un continuateur talentueux de Barks, même si ses histoires sont moins complexes que celles de son éminent prédécesseur. Son oeuvre la plus célèbre s'intitule La jeunesse de Picsou (The life and times of Scrooge McDuck), elle nous narre les aventures de Picsou, la manière dont il a conquis son premier sou, à l'origine de son immense fortune. Il a gagné, grâce à cette oeuvre, un Will Eisner Award en 1995. Will Eisner étant le "père" du comic book, l'auteur du fameux Spirit, entre autres. J'en reparlerai une autre fois... Don Rosa rend hommage à Barks dans ses planches, en introduisant, de manière plus ou moins cachée, les lettres D. U.C.K. qui signifie Dedicated to Unca Carl from Keno.
Pendant l'été 2004, puis pendant celui de 2005, deux volumes des oeuvres de Don Rosa sont sorties en France, en tant que hors série de "Picsou magazine".
mardi 8 novembre 2005

Le titre est sublime.
D'emblée, il me plonge dans une réalité, qui m'est propre. En effet, le mien de coeur a un grain de sable dans son mécanisme d'horlogerie qui, pour sûr, n'est (hélas !) pas suisse... Bref. Là n'est pas le sujet, même si comme Tristram Shandy je suis adepte de la digression.
Je n'aime pas Romain Duris : ce n'est pas mon genre d'homme, donc difficilement mon genre d'acteur. Je ne sais pas trop ce qu'est mon genre. Mais je n'aime pas les vilains garçons, à moins qu'ils n'aient beaucoup de classe... Néanmoins, dans ce film, il m'a fait tourner la tête. Il interprète son rôle sans failles. J'aime la douceur qui sourd de son extrême violence.
Ce film est un "remake" de Fingers de James Toback , mais on s'en fiche. Le film est un coup de poing, un poème débraillé aux allures d'oxymore.
Un très beau film, qui demeure en moi, depuis sa première (et dernière, mais le DVD est sorti) vision au cinéma.
J'ai envie de mieux connaître le cinéma de Jacques Audiard, qui n'est pas que le fils de son père (que j'aime).

Jonathan Strange and Mr Norrell, Ed. Bloomsbury, une de mes révélations de l'année 2004. Un gros livre d'une qualité stylistique exceptionnelle et dotée d'une histoire absolument prenante. La seule restriction que je ferais, si je devais en faire une, serait la lenteur. Ce n'est pas un défaut pour moi, lorsque le rythme est justifié, mais je suppose que ce ne sera pas le cas pour tout le monde. Mais je n'imagine pas que l'on ne puisse pas avoir envie de savoir le fin mot de l'histoire.

Imaginez un peu que Jane AUSTEN ait écrit un roman de fantasy. Vous auriez un livre qui ressemblerait à celui-ci. Bien qu'il soit question de l'histoire de deux magiciens, en Angleterre, nous sommes dans un roman qui reste très "réaliste", ne serait-ce que par la facture dudit roman qui est résolument écrit comme un roman classique (par cette expression j'entends roman de type pré- ou victorien par exemple), ce qui m'a frappée peu à peu. Il y a de l'humour mais un humour plutôt subtile et pince-sans-rire, qui ressemble à s'y méprendre à de l'ironie. Le ton avec lequel est écrite l'histoire donne autant de plaisir que cette dernière.
Le livre est parmi les meilleures ventes d'Amazon.com et les droits ont déjà été achetés pour le cinéma. Je ne suis guère étonnée de ce succès, mérité.
Une traduction française devait voir le jour en 2005, chez Laffont, me semble-t-il. Je ne sais ce qu'il en est.
Les illustrations de Portia Rosenberg sont très belles et ajoutent une patine au texte.


Je ne comprends pas pourquoi la mise en page de mon blog est dénaturée dans Internet Explorer alors qu'elle est parfaite dans Firefox. La barbe !

Aperçu dans une librairie, un petit livre, qui parle de tout et de rien : Les Miscellanéés de Mister Schott. Les éditions Allia me surprendront toujours agréablement.
Parmi, mes préférés : Jack l'éventreur de Robert Desnos (GENIAL !) ; Virginibus puerisque de Stevenson et Une apologie des oisifs du même Stevenson ...

Quelques achats intéressants, en occasion :
la première édition d'une biographie de Barrie publiée par Peter Davis en 1941 ! Et la première édition d'un discours de Barrie, The entrancing life, le tout pour quelques euros.
Je suis très heureuse de ces acquisitions. Ma bibliothèque va me remercier pour cette pitance de premier choix.

Il faut que je travaille sur ma thèse.
Les derniers mètres sont les plus pénibles. Rêver une "oeuvre" parfaite et se retrouver face à sa propre médiorité. J'ai pitié de moi-même.

J'attends depuis des lustres une édition DVD de ce film, que je n'ai jamais vu - ce qui accentue mon désir à son égard.

Il est sorti, il y a peu, en zone 1. J'ai failli me jeter dessus. Mais il va sortir en décembre (le 6) en France, chez l'excellent éditeur Carlotta.

Claude-Jean Philippe (que j'adore et qui anime chaque dimanche, à 11 h, son ciné-club, à l'Arlequin, dans le VIe - on le répétera jamais assez) écrit ceci au sujet du film : "Le film est un extraordinaire ballet où le danseur et la danseuse étoile font valoir toute leur virtuosité. Les figures se succèdent, de la séduction, du dépit amoureux, du bonheur, de l'amertume, de la colère et du renouvellement subit de la passion. C'est une suite d'élans, de fuites et de retours, avec d'admirables pauses." "Dans ce film, Audrey Hepburn peut donner tout son registre. Vulnérable et forte, rieuse et déchirée, elle concilie le charme de la pudeur avec celui de la franchise. Tout est grâce en elle à chaque instant."

Audrey Hepburn aurait été très nerveuse à l'idée de tourner certaines scènes de nu - ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant - mais ces séquences n'apparaissent pas dans le montage final.

La musique est, bien évidemment, de Mancini et je suppose que, comme de coutume, sa création doit parfaitement servir l'émotion véhiculée par le film. C'est un compositeur que j'apprécie particulièrement. Il agit comme un révélateur sur Audrey Hepburn.

Sans avoir vu ce film, je pense que l'on doit pouvoir le ranger au côté du beau Voyage en Italie de Rossellini, avec Ingrid Bergman et George Sanders dans les rôles principaux. L'anatomie, ou plutot l'autopsie, d'un couple est le sujet de ces deux films. J'ai toujours voulu connaître ce qu'on nous cache : ce qui se passe après le mot "fin" dans les films qui se terminent bien, les contes de fées, avoués ou non comme tels. Peut-être parce que j'ignore ce qu'est le déclin de la passion, la mort (pourtant annoncée) des sentiments trop grands pour être contenus dans nos fragiles et étroites âmes.
Je vais au moins justifier l'usage de mon pseudonyme sur ce blog, en parlant d'Holly Golightly, aujourd'hui.
C'est une de mes héroïnes préférées de la littérature et le film de Blake Edwards me l'a rendue encore plus chère, même s'il la travestit en un être un peu différent de celui auquel a donné vie Truman Capote. 
D'abord, Capote voulait Marilyn Monroe pour le rôle. Marilyn qu'il a dépeinte magnifiquement dans un passage de Musique pour caméléons. Steve McQueen était pressenti pour le rôle qu'interpréta, en dernière instance, George Peppard, car il était engagé pour Wanted : Dead or Alive. Mais, au final, le couple est plutôt réussi.
Marilyn eût été plus ambigue dans le rôle à première vue, mais à bien y songer, la nature angélique d'Audrey Hepburn apporte un contraste saisissant à son personnage, à la désinvolte Holly G. le choix fut donc judicieux.
Je me sens infiniment proche d'Holly, à cause de son désespoir esthétisant, de sa féroce envie de vivre malgré tout. Je l'aime.
J'ai horreur du titre français, qui ne restitue en rien le sens de la nouvelle de Capote, ni même de son adaptation cinématographique. La nouvelle de Capote est pessimiste et le personnage d'Holly, une femme insaisissable, sans ancre, elle ressemble par bien des aspects à ce qu'il écrit ailleurs de Marilyn : "Mais si conforme au "type" [de la femme fatale] que soit Marilyn par certains côtés, elle n'y appartient pas véritablement : elle manque trop de dureté ; et puis elle est capable d'une grande concentration en matière de sensibilité, le vrai secret pour qu'un talent quelconque puisse agir. Ce qui est le cas chez elle. " (Public people and private places / Les chiens aboient, Ed. Gallimard, p.192).
La chanson "Moon river" a été écrite spécialement pour elle, de façon à ce qu'elle ne soit interprétée que sur une octave, Audrey n'étant pas une chanteuse. Un post-producteur voulait couper cette chanson et Audrey Hepburn s'y est fermement opposée ! Décidement... ceci fait écho à ce qu'Enro disait dans un de ses commentaires au sujet de My fair lady.
Audrey explique que la scène où Holly jette son chat par la portière du taxi est une des scènes qui lui a coûté le plus à tourner.
Tiffany fut ouvert, pour la première fois de son existence, un dimanche, pour les besoins du film.
samedi 5 novembre 2005
C'est pourquoi par le mot "chute" nous entendons déjà le premier mouvement de l'être qui est fléchi par la tentation, le pied du funambule qui dérape dans le vide. Comment l'être en vient-il à chuter véritablement dans l'altérité (à aimer), à laisser s'effriter son identité, à ne pas réagir devant cette menace qui pèse sur son intégrité ? La chute est l'effet d'une tentation à laquelle on ne peut résister: tentation de vivre ou de mourir, tentation d'aimer ou de haïr, tentation de l'infidélité et du mensonge ou de l'aveu, tentation du pardon ou de la rancune, tentation de la parole qui brise le silence, tentation du délire... Si l'étude de l'amour conçu comme une tentation nous donne le moyen de saisir l'essence de l'amour (et non de ses seules propriétés, comme Spinoza le reprochait à Descartes) et de son cortège de plaisirs et de maux, parfois, il faut considérer la "tentation" dans un sens à la fois positif et négatif, et non dans la seule inclination au mal qu'on lui prête la plupart du temps. La vie de l'homme n'est qu'une succession de chutes, à moins que tout ne soit qu'une chute sans fin : de la chute dans la vie (celle du nouveau-né hors du ventre maternel) à la chute dans la mort, volontaire ou non, en passant par la chute dans l'amour (la chute première) et par toutes les chutes que ce sentiment implique. L'amour n'est pas un état stable, il est, lui aussi, à l'instar de l'être tenté dans l'entre-deux : entre poros et pénia, bienheureux ou malheureux et perdu, concupiscent ou bienveillant... Action ou passion, si l'on considère qu'il y a une différence entre "aimer" et "être amoureux" : celle de l'acte et de l'état.Naître (et vivre), aimer et mourir sont à leur manière autant de chutes, passages divers d'un état à un autre, d'une identité à une forme d'altérité.Chutes plus ou moins conscientes plus ou moins volontaires. Or, s'il apparaît aisé (peut-être à tort) de comprendre l'avant et l'après de la chute, parce qu'ils donnent l'impression d'être des états stables, la chute en elle-même est peu facile à saisir dans son essence. Quand débute-t-elle, quand s'achève-t-elle ? Entre la tentation et l'intention ? après ? Les médiations de la chute nous échappent, comme d'ailleurs le moment précis où la tentation se mue imperceptiblement en chute. Le temps ou la durée de la tentation (et par conséquent de la chute éventuelle) ne sont pas clairement définis. La chute se présente peut-être comme un événement (là encore il conviendrait de définir ce terme) qui relève de l'infinitésimal, entre le non-encore et le déjà-plus jankélévitchiens. Si la chute s'exerce dans le temps, peut-être conviendrait-il de distinguer les trois temps susceptibles de concerner l'être humain : l'éternité à laquelle il aspire et dont l'idée même limite sa propre durée d'existence, la temporalité qui serait le temps empreint de subjectivité dans lequel il évolue (le temps que l'on ne voit pas passer, le temps qui semble long ou court...) et le temps-mesure, étalon objectif qui égrenne les heures, lesminutes… Quel est le temps de la chute ? La chute est-elle situable dans le temps et que nous apprend sa durée sur la tentation d'aimer ?La tentation qui, dans son premier sens, désigne un mouvement intérieur qui incite au mal a aussi le sens, si l'on se réfère à son étymologique latine (temptare) d' "attaque de maladie" et d' "essai", d' "expérience". La tentation incite au mal puisqu'elle indique un mouvement vers ce qui est susceptible de nous corrompre. Or, dans une certaine mesure, on retrouvera aussi ce sens dans la tentation d'aimer, qui se révélera une incitation à se perdre… Par extension, le mot se dit alors de tout ce qui incite à une action en éveillant le désir, et, jusqu'au XVIIe siècle il a été employé au sens d'essai en concurrence avec tentative (source : Robert historique de la langue française). C'est dans son sens étymologique que nous prendrons le mot "tentation" pour décrire ce que nous pensons être la seule existence réelle de l'amour véritable. Le nerf de la tentation est le désir : le désir peut être défini d'un point de vue philosophique comme l'envie d'assimiler une chose ou un être ou de s'incarner en cet être, ou encore de se projeter dans une situation. En ce sens, le désir est manifestation d'existence (ex-sistere : sortir de soi), alors que l'on peut vivre (d'une vie organique simplement ou d'une vie humaine, mais machinale) sans se compromettre dans l'existence, au sens où Cioran parlait de La tentation d'exister, c'est-à-dire négliger notre nature organique, destinée à périr, pour s'inventer une nature idéale en quête de pérennité. Aimer est la tentation d'existence par excellence, puisqu'elle en vient à négliger (à oublier presque) sa propre vie pour s'incarner dans quelque chose de plus haut, de plus noble que le corps, un sentiment, une exigence morale, un rêve ou une volonté d'absolu ; mieux, on oublie parfois sa propre existence pour tenter de se fondre dans l'existence d'un autre. Si l'on envisage la tentation par le biais du désir ou de la tendance, elle apparaît alors comme une sorte de tropisme, d'attraction vers ce qui constitue, peut-être, pour nous, un centre de gravitation.Aimer revient alors à se satelliser, à tourner dans l'orbite de l'aimé."[1] Les mots "acrobatie", "pointe" et "tangence" sont parmi les mots les plus utilisés dans l'œuvre de Jankélévitch. Ils semblent à eux seuls évoquer la démarche hésitante du funambule, qui se déplace sur la pointe des pieds, et essaie de se tenir droit, en tangence avec la corde qui supporte ses petits pas, et parfois ses faux pas. Comment ne pas voir dans ce spectacle une suggestion de la démarche claudicante de l'être moral, écartelé entre son pouvoir fini et son devoir infini ? L'homme n'est qu'un être imparfait et qui pourtant est tiré hors de cette imperfection, hors de lui-même, par une exigence morale qui s'impose à lui. Cet impératif est la corde raide sur laquelle se déplace l'acrobate, une corde qui relie les deux mondes auxquels il a des comptes à rendre : celui de la sensibilité, où il se vautre dans un égoïsme et un narcissisme fortifiant le moi et celui de la morale qui a la splendeur du "ciel étoilé" et l'incline vers autrui.[2] Expression de Béatrice Berlowitz dans son entretien avec Jankélévtitch in Quelque part dans l'inachevé, éd. Gallimard, 1978, p.29.[3] Quelque part dans l'inachevé, p.20.[4] L'innocence et la méchanceté,éd. Champs-Flammarion, p. 159.[5] V. Jankélévitch, Traité des vertus II, Les vertus et l'amour, éd. Champs-Flammarion, 1986, p. 105-119.[6] Cf. Descartes, Les passions de l'âme, article 83, éd. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, p .733-734 : "On peut, ce me semble, avec la meilleure raison, distinguer l'amour par l'estime qu'on fait de ce qu'on aime, à comparaison de soi-même ; car lorsqu'on estime l'objet de son amour moins que soi, on n'a pour lui qu'une simple affection ; lorsqu'on l'estime à l'égal de soi, cela se nomme amitié ; et lorsqu'on l'estime davantage, la passion qu'on a peut être nommée dévotion."[7] Cet ébranlement manifeste l'inquiétude, lieu où se loge le souci moral de l'amant, dont nos parlerons bientôt."
Le prince des philosophes.
Celui qui m'a offert l''amour de la philosophie.
Entendre sa voix, lire et relire ses livres, voilà ce qui me donne encore aujourd'hui la même ardeur que celle qui m'échauffait, lorsque j'avais 18 ans.
Jankélévitch traque le presque-rien et le je-ne-sais-quoi. Il est le penseur de l'infinitésimal, l'artiste de l'instant, l'orfèvre de la morale.

J'avais, il y a quelques années, rédigé mon mémoire de D.E.A. sous l'auspice de ses livres. "La tentation d'aimer" était le titre de ce travail.

S'il y a une seule image et un seul mot à retenir de la philosophie de Vladimir Jankélévitch, ce sont sans aucun doute "funambule", pour se souvenir du voltigeur qu'il était à sa manière, toujours à se blesser aux arêtes des mots et des concepts, et "acrobatie"[1], terme qu'il ne cesse d'évoquer au travers de son œuvre.
Jankélévitch était un acrobate, mimant les actes de l'être moral qu'il regardait afin de le comprendre, parce qu'il avait compris que l'homme moral et pur est insaisissable : on l'approche mais on ne le touche jamais, car le temps de se rendre compte que l'on est sincère ou d'en avoir le désir, on ne l'est déjà plus. Tel est le Paradoxe de la morale. L'acte moral est une acrobatie et celui qui le traque ne peut qu'adopter ses déhanchements et ses grimaces : entre Le pur et l'impur, entre l'instant et l'intervalle, entre la sincérité et la mauvaise foi, entre la tentation d'un don véritable et l'attente du merci, il y a à peine la place pour un amour véritable. La philosophie de Jankélévitch est une quête et il trace son chemin à l'aide d'un style musical, pour ne pas dire poétique, plus à même de suggérer des intuitions et des émotions que le concept, trop étriqué sans doute, a du mal à contenir.
Jankélévitch aimait parler des statues baroques — souvenir de sa jeunesse à Prague — des statues qui sont sur le bord, prêtes à tomber dans le vide, qui esquissent un mouvement vers quelque chose et qui sont figées dans leur élan. Ces statues symbolisent le mouvement même de la tentation, l'hésitation qui précède la chute ou le ressaisissement. C'est cette hésitation qui inspire, intrigue et fascine à la fois le philosophe. Jankélévitch est le penseur du je-ne-sais-quoi et du presque-rien, c'est-à-dire le philosophe de ce qui a à peine une existence et qui n'est visible qu'aux yeux de ceux qui savent lire entre les lignes, une réalité qui n'est perceptible que pour des sens exacerbés par l'inquiétude. L'amour véritable appartient à ce genre de réalité.
L'inquiétude et la fièvre caractérisent cette pensée qui se plie et se replie sur elle-même plus qu'elle n'avance vraiment vers un but. Le problème de Jankélévitch est celui d'une recherche de la pureté dans l'acte moral et dans l'amour. Sa possibilité et son impossibilité, son absence et son désir. Sa manière de concevoir la morale est "une manière pénélopéenne"[2]. Jankélévitch est le philosophe de l'instant ou plutôt de "l'instant infinitésimal", lieu où est susceptible d'apparaître (de "clignoter", comme il l'écrirait volontiers) le grain de pureté au sein de l'acte moral plus ou moins perverti, au cœur de "la vie, cette acrobatie de chaque minute, cet équilibre qui est un déséquilibre sans cesse ajourné"[3], puisque l'on n'arrête pas de sombrer dans le mal, l'égoïsme et, malgré tout, de se ressaisir : la majorité des hommes ne sont ni tout à fait bons ni tout à fait mauvais. Le saint - s'il existe - et le pur salaud, à l'échelle du genre humain, sont des exceptions. "Toute mauvaise intention, quand on creuse, se révèle bonne ; toute bonne intention, si on approfondit encore, se révèle mauvaise."[4] Or, si l'acte moral existe réellement, il ne peut exister que dans une durée ajustée à la faiblesse de l'homme, celle même du funambule qui ne peut demeurer longtemps sur sa corde sans tomber et se briser le cou. Cette durée, c'est celle de l'instant. Le temps de la tentation et de l'intention, peut-être… La tentation n'est pas toujours négative ; on peut même la penser positivement, quoiqu'en subvertissant un peu son sens premier, lorsqu'on contemple l'œuvre de Jankélévitch. En effet, l'acte moralement pur, qui apparaît là, ressemble à une tentation bonne, altruiste, qui échoue, parce que le sujet et l'acte s'embourbent dans la durée garante de l'identité du moi qui craint de se perdre en accueillant en lui l'altérité. De la morale à l'amour il n'y a quelquefois qu'un petit pas, étroit et fin comme le passage du "vous du respect au tu de l'amour"[5]. L'amour n'est au fond qu'une morale sublime, excessive.
L'amour dépasse les exigences de la morale, il demande encore plus ; il n'obtient pas nécessairement plus mais, lorsqu'il réussit mieux que la morale, lorsqu'il surmonte certains de ses échecs, il n'en demeure pas moins limité (par l'égoïsme). L'amour échoue toujours parce qu'il ne satisfait jamais tout à fait les exigences qui président à sa destinée. L'amour comme la morale n'est qu'une tension vers un absolu que, peut-être, personne n'atteint jamais et qui n'existe peut-être qu'à l'état d'idéal. Mais c'est ce mouvement asymptotique, celui du funambule qui n'en finit pas de glisser sur sa corde, d'une rive vers l'autre, qui a de l'importance. De même que dans l'acte moral qui échoue, c'est l'intention bonne qui a de la valeur, c'est la démarche (l'intention) de l'amour qui court après un amour absolu qui a de la valeur, pas ses arrêts en cours de route, ses retours en arrière et ses faux pas. L'intention bonne serait ce que Kant appellerait une maxime digne d'être universalisée, une maxime qui prendrait le bien d'autrui comme principe. Si l'intention a autant de valeur c'est peut-être parce que l'on considère que l'homme est originellement faible (égoïste) — comme un défaut de fabrication qui créerait en lui un dysfonctionnement — et que son échec final ne lui est pas imputable.
Si l'homme n'est entièrement responsable que de ses intentions, si l'amour absolu, à savoir un amour parfait, achevé, qui ne courrait pas après ce qui lui manque, n'existe qu'en droit, alors ce qui compte c'est de savoir si l'homme succombe ou non à la tentation d'aimer, à la tentation de l'altérité (ce qui se présente tel pour son identité), et, si tel est le cas, quelles sont ses intentions envers l'être aimé. Ce qui manque toujours à l'amour, c'est l'entière gratuité du don, la capacité de s'oublier, en un mot la dévotion[6]. En effet, l'intention succède à la tentation comme la chute, d'une certaine manière, succède à la perte d'équilibre : la tentation implique en elle même une altération dans le sujet qui l'éprouve et une forme de menace pour l'identité de celui qui est ébranlé[7] par cette tentation, qu'il y succombe ou non. L'intention est le premier mouvement de l'acte qui s'accomplit, qui va s'accomplir, mais qui finalement est déjà commencé dans les premiers frémissements de la tentation.
vendredi 4 novembre 2005










Je trouve qu'Audrey et Cary vont diablement bien ensemble!
Cary voulait qu'elle soit à nouveau sa partenaire dans Father Goose (Grand méchant loup appelle) de Ralph Nelson. Mais elle n'était pas disponible. Elle avait accepté de jouer le rôle d'Eliza Doolite dans My fair lady. Et le plus ironique est que Cukor avait proposé à Cary Grant le rôle du Professeur Henry Higgins dans ce même film et qu'il n'a pu accepter, étant déjà engagé pour Father Goose. Dommage. Deux fois dommage.
Ce fut Leslie Caron qui obtint le rôle, aux côtés de Cary Grant. Il y a d'ailleurs une certaine ressemblance entre ces deux femmes, gracieuses comme des papillons.

Jerry: In a half an hour, we'll no longer be 'Mr. and Mrs.' Funny, isn't it?


Lucy: Yes, it's funny that everything's the way it is on account of the way you feel.

Jerry: Huh?

Lucy: Well, I mean if you didn't feel the way you do, things wouldn't be the way they are, would they? Well, I mean things could be the same if things were different.

Jerry: But things are the way you made them.

Lucy: Oh no. No, things are the way you think I made them. I didn't make them that way at all. Things are just the same as they always were, only you're the same as you were, too, so I guess things will never be the same again...You're all confused, aren't you?

Jerry: Uh-huh. Aren't you?

Lucy: No.

Jerry: Well, you should be, because you're wrong about things being different because they're not the same. Things are different, except in a different way. You're still the same, only I've been a fool. Well, I'm not now. So, as long as I'm different, don't you think that, well, maybe things could be the same again? Only a little different, huh ?

J'adore Leo McCarey. Irene Dunne et Cary Grant sont épatants dans The Awful Truth, un film improvisé de bout en bout - ou presque - par le réalisateur et les acteurs ! Lors de la dernière scène du film, lorsque Cary se décide à rejoindre le lit de sa femme, son regard est incroyablement concupiscent. Je n'ai jamais rien vu de tel au cinéma ! 


Le chien, qui "interprète" le rôle de Mister Smith est le même qui donne vie à Asta dans The Thin Man, dont je parlais précédemment !

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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Où Peter Pan rencontre son double féminin...

Réédition !! (nov. 2013)

Réédition !! (nov. 2013)
Inédit en français

Actes Sud : 10 octobre 2012

Une histoire inédite de J. M. Barrie

En librairie le 2 juin 2010

Édité chez Actes Sud

En librairie...

Terre de Brume, septembre 2010.

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Une de mes nouvelles dans ce recueil

Oeuvre de Céline Lavail


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Les vidéos de mes voyages sont consultables ici et là...

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