lundi 28 novembre 2005

Si on le compare à Frank Capra, qui a oeuvré dans la même veine, Leo McCarey demeure un peu mésestimé et c'est un grand tort. Ce cinéaste, qui a toujours oscillé entre le comique et l'émotion, sans jamais sombrer ni dans le vulgaire ni dans le pathétique, brille très haut dans mon firmament. S'il n'est pas faux que l'on ne "fait" pas d'art avec de bons sentiments, on oublie parfois que l'on "fait" de l'art avec de beaux sentiments... J'ai revu, ce week-end, au ciné-club de Claude-Jean Philippe, L'Extravagant M. Ruggles (Ruggles of Red Gap), découvert il y a quelques années sur le câble. Charles Laughton y trouve l'un de ses meilleurs rôles de pince-sans-rire. McCarey a débuté chez Hal Roach, dont je parlais il y a quelques jours ...Il fournit des gags pour la série Our Gang et devint très rapidement, le metteur en scène attitré de Charley Chase [Cf. le superbe DVD des Editions Lobster qui estompe un peu la méconnaissance que nous avons de cet acteur génial] qu'il dirigea de 1924 à 1926, dans 44 comédies ! Ensuite, il se consacra à ... Laurel et Hardy, dont le duo serait né, d'après McCarey, grâce à son intervention. Parmi les films que j'affectionne, je citerais volontiers Good Sam (avec Gary Cooper dans le rôle d'un bon samaritain incorrigible et dont l'histoire comporterait des traits autobiographiques), The Awful Truth, An Affair to Remember, Duck Soup (le meilleur des films des Marx Brothers et le plus éprouvant des films qu'il eut à tourner, à cause de la personnalité bouillonnante des Marx, qui voulaient tout diriger et s'accompagnaient en permanence d'une demi-douzaine de gagmen !) et le dyptique Going my way / The bells of St. Mary's, qui est le parangon du film de Noël par excellence. Je désire depuis fort longtemps voir son film préféré et maudit, Make Way for Tomorrow, qui relate une poignante histoire d'amour entre deux personnes âgées, contraints d'être séparé à cause de l'ingratitude de leurs enfants. Evidemment, le public n'aime pas qu'on lui dise des vérités trop pénibles à entendre... Pourtant, la vieillesse, cette seconde enfance de l'homme, est bien une terre d'abandon. Il suffit de se rendre dans quelques maisons de retraite pour s'en rendre compte... McCarey eut beaucoup de peine que son film n'ait pas trouvé son public et il dit ceci : "J'étais tellement furieux que j'avais l'air d'un de ces types qui se battent avec des larmes dans les yeux."
Mes derniers achats, de retour d'un week-end à Paris. Le petit livre de Misrahi est d'une simplicité aveuglante pour qui a envie de comprendre l'essentiel de Spinoza. J'ai toujours aimé Columbo et je suis tombée sur ce livre, je l'ai donc embarqué ! Un panorama, ma foi assez complet, de la série est présenté d'une manière sobre et plutôt précise, bien que sans originalité. Un bon achat pour moi. J'ignorais, par exemple, que notre célèbre lieutenant avait été inspiré par le fameux Father Brown de Chesterton et par le limier de Crime et châtiment de Dostoïevski, Porphyre Petrovitch ! Je n'avais pas non plus connaissance du fait que ses deux géniteurs, Richard Levinson et Wiliam Link, aient également créé Mannix, avec Mike Connors, une série qui fleure bon mon enfance. J'ai craqué pour cette édition des Contes d'Andersen, à cause des illustrations (dont celle de Rackham, qui est mon préféré). J'ai décidé d'en lire un avant de me coucher, chaque soir. Cela sera bénéfique pour mes rêves... La collection "Découvertes" de Gallimard est une des meilleurs collections qui existent dans ce domaine et porte fort bien son nom. J'aime les ballades au Père-Lachaise, que j'ai découvert sous les auspices du délicieux Bertrand Beyern, dont je recommande à chacun les promenades en ce lieu étrange et merveilleux.
A signlaler, le 6 décembre 2005, une salve de DVD des films avec Marlene Dietrich. Ceux que je compte choisir sont précédés d'une étoile. Marlene Dietrich est une actrice qui m'a toujours intimidée. Sa voix, sa prestance, la dureté de ses pommettes me l'ont très longtemps rendue antipathique. Jugement superficiel et idiot. Je ne connaissais pas ses films. Je l'ai découverte grâce à Blonde Venus, que je désirais voir, afin d'y découvrir la prestation de Cary Grant. Depuis ce jour béni, je me suis réconciliée avec cette immense actrice. Elle est absolument irremplaçable et je crois que l'on peut affirmer, sans se tromper, qu'elle avait un tempérament volcanique. J'aime ça. * Shanghai Express de Josef von Sternberg 1932 Pittsburgh de Lewis Seiler 1942 * La Scandaleuse de Berlin de Billy Wilder 1948 * La Vénus blonde de Josef von Sternberg 1932 Agent X27 de Josef von Sternberg 1931 Les Anneaux d'or de Mitchell Leisen 1947 La Belle ensorceleuse de René Clair 1941 Cantique d'amour de Rouben Mamoulian 1933 Coeurs brulés de Josef von Sternberg 1930 * La Femme et le pantin de Josef von Sternberg 1935 * L'Impératice rouge de Josef von Sternberg 1934 La Maison des sept péchés de Tay Garnett 1940
J'ai déjà parlé de Patrick Brion, dont les livres ne me lasseront jamais. La plupart de ses livres à La Martinière, les plus anciens, sont épuisés pour cause de succès (mérités). On arrive, à force de patience, à en retrouver d'occasion en excellent état. Je possédais déjà son sublime Tex Avery* (avec des pages en papier calque et des croquis dépliables, imprimés sur 3 feuilles), je viens de dénicher Les dessins animés de la Metro-Golwyn-Mayer. Je suis heureuse qu'un homme passionné comme lui existe en ce bas monde. On peut écouter une conférence qu'il a donné sur le cinéma hollywoodien ici. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3328,36-371098@51-625919,0.html J'aime beaucoup son Cinéma de minuit, sur France 3, le dimanche très (trop) tard. * Quand je pense que la Warner a osé censurer les oeuvres de Tex Avery, dans la réédition en coffret DVD (c'était déjà le cas des VHS) de ses petits bijoux ! Quelle honte ! "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît !" disait Audiard... Voir ici pour plus de détails sur cette lamentable affaire.

Ralph Steadman est né en 1936. Il donne son premier dessin au Punch en 1958. En 1967, il donne la pleine mesure de son talent en illustrant Alice au pays des merveilles et sa suite. Ce n'est qu'en 1978 qu'il compose ce livre dont je viens vous parler, à mi mots, ce matin. Chaque image est signée de son nom décomposé typographiquement en deux parties : STEADman. J'ai été frappée autant par les mots que par les illustrations et, pourtant, je suis plus sensible, par ma complexion, aux mots. Ce livre devrait intéresser les connaisseurs de l'oeuvre de Freud et les profanes. Les premiers apprécieront davantage l'ironie, l'humour et l'exactitude dont fait preuve l'auteur. Cette vitalité de ton et cette impertinence donneront, très certainement, aux autres envie de découvrir Freud. Ce livre est à la fois une manière de biographie de Freud, par la bande, par l'anecdote, par ce que j'appellerais le fragment. Cette méthode convient parfaitement à l'autre sujet de ce livre, qui est de parler du Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, le livre le plus drôle et le plus excitant de Freud - selon moi ! En effet, le mot d'esprit procède par fragments, par détails, découpés dans le réel et le langage qui le véhicule.

Petit extrait savoureux du livre de STEADman : "Une tendance à la congestion et une forte consommation de cigares (vingt par jour) entraînaient chez Freud beaucoup de crachements et expectorations, y compris selon son biographe, Paul Roazen, en présence de ses patients, et cela de manière fréquente. Si l'une d'entre elles se redressait brusquement ou manifestait quelque signe de dégoût, Freud la réprimandait sévèrement en ces termes : " Madame ! si vous êtes incapable de contrôler vos réactions, je serai contraint également de péter, simplement pour vous montrer la chance que vous avez !" Nous avons là, un peu cru, un mot d'esprit d'omission avec substitution. Ce qui a été omis est remplacé par une déduction renvoyant à ce qui a été omis - la déduction, ici, étant un rappel adressé par Freud à sa patiente du fait qu'il y a pire que les crachements et expectorations, mais que les bonnes manières l'empêchent de lui en faire la démonstration."

Quatrième de couverture : Livre mythique, le Freud de Ralph Steadman, fruit de longues années de recherches, fut salué lors de sa parution comme l'un des livres illustrés les plus intelligent et les plus originaux de son temps. 50 dessins pleines page et 25 vignettes scandent cette biographie pas comme les autres : une expédition au royaume de la fantaisie, inspirée par le quotidien de la vie d'un génie. Steadman se fonde sur les faits avérés de l'existence de Freud - qu'il connaît admirablement - mais pour mieux les interprétés, en échauffant des théories parfois délirantes. De la petite enfance de l'inventeur de la psychanalyste jusqu'à sa mort, chaque scène de cette vie est transformée en situation comique et analysée avec humour selon les critère du mot d'esprit exposés par Freud lui-même.

Il en résulte un véritable festival freudien : calembours visuels verbaux, lapsus, contrepetries, descriptions désopilantes de Freud à l'armée ou chez son barbier ...

Derrière le Freud amer, tyrannique et obsédé par la sexualité de l'imagerie classique, le désir de montrer un Freud humain, qui rit, qui aime, qui doute et qui souffre.

Je voudrais rendre un modeste hommage, ici, à Henry Mayhew (1812-1897), journaliste londonien, qui nous laissé plusieurs sommes sur le Londres victorien, s’attachant à retranscrire chacun des aspects de la vie de cette ville, à cette époque. Il s’est intéressé aussi bien au travail des enfants qu’à la vie dans les prisons. Il fut plus qu’un journaliste ou un écrivain, il fut un véritable anthropologue doublé d’un enquêteur scrupuleux. Son London labour and the London poor (4 volumes) est encore édité aujourd’hui et constitue un témoignage inestimable sur cette période historique. La grande qualité de Mayhew est dans le luxe de détails dont il abreuve avec profusion son lecteur, si bien que l’on a le sentiment de vivre dans le Londres victorien. Il dissèque la vie de tous les « corps de métiers », y compris les prostituées ou les mendiants !
J’éprouve beaucoup de plaisir à compulser ses livres.
Il a créé le célèbre magazine d’humour et de satire, Punch – à qui les britanniques doivent certaines de leurs expressions les plus savoureuses, par exemple ceci : http://en.wikipedia.org/wiki/Curate%27s_egg
On peut lire London poor and the London labor ici.
jeudi 24 novembre 2005
Citations extraites de son autobiographie, Histoire de ma vie : "Il paraît que les bébés et les chiens sont les meilleurs acteurs de cinéma. Mettez un bébé d’un an dans une baignoire avec une savonnette, et rien qu’en essayant de la ramasser, il fera rire toute une salle. Tous les enfants, sous une forme ou sous une autre, ont du génie : le tout, c’est de le faire apparaître. " Au sujet de Jackie Coogan, l'interprète du Kid : "Il y avait une scène dans laquelle nous voulions que Jackie pleure réellement lorsque deux employés de l’Orphelinat viennent me l’enlever. Je lui racontai toutes sortes d’histoires poignantes, mais Jackie était d’humeur très gaie et malicieuse. Au bout d’une heure, le père déclara : — Je vais le faire pleurer. — Ne lui faites pas peur, ne lui faites pas de mal dis-je, éprouvant déjà des remords. — Oh, non, non, dit le père. Jackie était de si joyeuse humeur que je n’avais pas le courage de rester pour regarder ce que le père allait faire ; je passai donc dans ma loge. Quelques instants plus tard, j’entendis Jackie qui sanglotait. — Il est prêt, dit le père. C’était une scène au cours de laquelle j’arrache l’enfant aux représentants de l’Orphelinat et, tandis qu’il pleure, je le serre dans mes bras et je l’embrasse. Quand la scène fut tournée, je demandai au père : — Comment avez-vous réussi à le faire pleurer ? — Je lui ai raconté que s’il ne pleurait pas, nous l’emmènerions du studio pour l’envoyer vraiment à l’Orphelinat. Je me tournai vers Jackie et je le pris dans mes bras pour le consoler. Il avait encore les joues humides de larmes. — On ne va pas t’emmener, dis-je. — Je le savais, murmura-t-il. Papa se payait ma tête."

Harold Llyod dans Safety Last (Monte là-dessus) de Fred Newmeyer et Sam Taylor.



Ce film est l'un des plus drôles du muet.





Bien sûr, tout est parfaitement truqué et Llyod n'est pas aussi loin du sol qu'il n'y paraît.
Dans le film, il évoque son propre nom. J'aime beaucoup ce genre de clin d'oeil. Mais le meilleur, dans le genre, est celui de Cary Grant, dans La Dame du vendredi, qui s'exclame : "La dernière personne qui ait osé me dire ça, c'est Archie Leach, juste avant que je lui coupe la gorge!". Archibald Alexander Leach étant le véritable nom de Cary Grant.
Je suis une monomaniaque de la digression !
Association d'idées riches. Les Marx me font penser à Laurel et Hardy et, tout à coup, je me souviens des Petites canailles (Little rascals AKA Our gang) ! en effet, l'inventeur de ces petites comédies qui mettent en scène des enfants, n'était autre que Hal Roach, celui qui a découvert Laurel et Hardy ! Savez-vous à quoi je fais allusion ? Pour ceux de ma génération (la trentaine), il vous sera peut-être facile de vous souvenir de cette série qui est passée un temps sur Antenne 2 (si ma mémoire ne me fait pas défaut, je n'ai pas pu l'inventer). Je vais vous peut-être rafraîchir la mémoire. Ensuite, dans les années 80, une série animée a été créée d'après la série originale. http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=333&sec=1 Le meilleur lien que j'ai trouvé sur le sujet : http://en.wikipedia.org/wiki/Our_Gang Celui-ci est également très intéressant : http://www.cyranos.ch/ourg-e.htm
Groucho (le moustachu, qui aime le cigare et fait des bons mots), Harpo (le muet qui joue de la harpe) et Chico (celui qui n'est ni moustachu ni muet mais qui joue du piano !), ainsi que les moins connus Zeppo (qui a joué dans 5 films) et Gummo (qui, sauf erreur de ma part, n'est jamais apparu à l'écran), ont laissé un souvenir impérissable dans l'hsitoire du cinéma.
J'ai revu, hier soir, At the circus. Même si ce n'est pas l'un de leurs meilleurs films, j'ai été ravie d'assister à leurs facéties. D'autres ont apposé leur nom sur leurs films, mais il me semble impossible de ne pas songer à quel point, les Marx sont plus que les acteurs de leurs films. En effet, ils imposent un véritable rythme, qui est leur style propre à chacune de leur apparition sur l'écran.
Je ne connais pas d'équivalent dans l'histoire du cinéma en ce qui concerne l'art de la catastrophe, qui est le leur. Hormis, peut-être, bien sûr, un film délirant, le film le plus délirant au monde : j'ai nommé Hellzapoppin de H.C. Potter. On a beau ne voir ce film qu'une seule fois dans sa vie, il est impossible de l'oublier. Imaginez une boule de neige qui ne cesse de grossir et vous aurez une idée de l'ampleur des dégâts !
A la différence d'autres acteurs burlesques [burlesque : de l'italien, burla, « moquerie », «plaisanterie », forme de comique caractérisée par une exagération du ridicule], il n'y a jamais de fond de tristesse ou d'amertume dans les films des Marx. Le comique n'est pas là pour pallier le tragique de l'existence humaine. C'est un comique pur, sain, un signe de bonne santé vitale et psychique. Tandis que chez Chaplin, Keaton, Llyod ou Langdon, le burlesque des situations expose plutôt un acharnement du réel contre le sujet humain.


Citations : "Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S'ils ne se lâchent pas c'est parce qu'ils ont peur de s'entre-tuer."
"Un homme : j'ai épousé ma femme en secret.
Groucho : En secret ? Vous ne lui avez pas dit ? Pas étonnant qu'elle sorte avec d'autres hommes."
Groucho Marx
mercredi 23 novembre 2005
Frédéric Delebecque qui, en 1925, a traduit Wuthering Heights par le génial titre Les hauts de hurlevent fut à l'origine d'une jurisprudence. Le titre même d'un roman traduit devenait oeuvre de création. "Attendu que le titre Les Hauts de Hurlevent [sic] constitue une invention originale, et non une traduction littérale du titre anglais, le mot Wuthering n'ayant pas d'équivalent direct dans la langue française, et n'étant au surplus employé que très localement dans les pays de langue anglaise — qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une traduction, mais d'une interprétation nouvelle de Delebecque, qui peut s'en prévaloir comme d'une oeuvre personnelle et, dès lors, en revendiquer la propriété, d'ailleurs cédée par lui en exclusivité aux éditions Payot." D'ailleurs, le code de la propriété intellectuelle fait référence, aujourd'hui encore, à ce cas :

    "Pour un glissement vers l'examen du mérite, v. à propos du titre Les Hauts de Hurlevent, traduction non littérale du titre du roman Wuthering Heights d'Emily Brontë, le constat que le titre était une trouvaille rendant de manière approchante, musicale et inquiétante, l'atmosphère angoissante du titre originale. "
(Code annoté de la propriété intellectuelle, Paris, Ed. Yves Marcellin, CEDAT, 2000. Article L. 112-4 ; « Protection par le droit d'auteur : originalité. »)
Chaque année, pendant la période qui précède Noël, j'aime lire Dickens. Je ne manque jamais de sacrifier à cette tradition, car je n'oublie pas que Dickens est en quelque sorte celui qui donna à Noël ses plus beaux atours. Petite anecdote à ce sujet : Paul Davis, dans son livre intitulé The Lives and Times of Ebenezer Scrooge relate cette anecdote bien connue, véhiculée par Theodore Watts-Dunton, pour la première fois (en 1870), selon laquelle il marchait dans le quartier (populaire) de Drury Lane, près du marché de Covent Garden, le 9 juin de cette année-là, quand il entendit la réaction d’une petite fille à l’annonce de la mort de Dickens. « Dickens est mort ? Alors, le Père Noël l’est aussi ? » Ceci pour prouver que Dickens a grandement contribué à la renaissance des traditions de Noël qui étaient en voie de disparition. La neige, le vent, la dinde fumante et tous les autres (sympathiques) clichés doivent beaucoup à la plume chaleureuse et acérée de Dickens. Bleak House ( dont le titre est doté d'une TRES BELLE traduction française : La maison d'âpre-vent) est le roman le plus étrange de Dickens, peut-être mon préféré, mais également le moins "abordable" de front et le plus massif. A la fois écrit à la première personne du singulier et d'une manière impersonnelle, le roman relate - entre autres ! - le récit d'un interminable procès pour l'obtention d'un héritage (le procès Jarndyce contre Jarndyce). Beaucoup considèrent que Bleak house est le meilleur roman de Dickens et je suis presque de ceux-là. Disons que je mets ce livre à part, parce qu'il est échevelé, palpitant, noir et très collinsien. Sa tructure est extrêmement complexe. Dickens tire tant de fils autour de ses personnages- marionnettes que l'on a presque peur qu'il ne finisse pas ne plus retrouver LE fil conducteur. Bien sûr, cette crainte est infondée, car Dickens est le meilleur. Je doute plus de Dieu que de lui. Beaucoup d'images sont gravées dans mon esprit lorsque l'on nomme devant moi La maison d'âpre-vent. Tout le monde se souvient, au moins, de cette intrigante mort par "combustion spontanée" dont je reparlerai ! Je relisais tout à l'heure les pages que lui consacre Sylvère Monod, dont le nom évoque beaucoup d'agréables souvenirs mais aussi d'envie. Je crois bien que Dickens est, après Louis-Ferdinand Céline, la personne qui a le plus compté dans ma vie.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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