vendredi 2 décembre 2005
Sordide affaire que cette bataille judiciaire autour des écrits de Cioran.
Voici qui a le don de me mettre en rogne.
J'imagine les choses grinçantes que pourrait écrire Cioran à ce sujet.
En attendant, je préfère me délecter de ses écrits :
"Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir."
"Lorsqu'on n'a pas eu la chance d'avoir des parents alcooliques, il faut s'intoxiquer toute sa vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus."
"Le désir de mourir fut mon seul et unique souci, je lui ai tout sacrifié, même la mort."
"Les médecins n'ont pas l'oreille assez fine : car lorsqu'on sait que dans chaque auscultation, on peut découvrir une marche funèbre…"
"L'amour montre jusqu'où nous pouvons être malades dans les limites de la santé : l'état amoureux n'est pas une intoxication organique, mais métaphysique."
"Quand on doit prendre une décision capitale, la chose la plus dangereuse est de consulter autrui, vu qu'à l'exception de quelques égarés, il n'est personne qui veuille sincèrement notre bien."
"Le meilleur moyen de se débarrasser d'un ennemi est d'en dire partout du bien. On le lui répétera, et il n'aura plus la force de vous nuire : vous avez brisé son ressort… Il mènera toujours campagne contre vous mais sans vigueur ni suite, car inconsciemment il aura cessé de vous haïr. Il est vaincu tout en ignorant sa défaite."
" "Je suis un lâche, je ne puis supporter la souffrance d'être heureux"
Pour pénétrer quelqu'un, pour le connaître vraiment, il me suffit de voir comment il réagit à cet aveu de Keats. S'il ne comprend pas tout de suite, inutile de continuer."
"Se débarrasser de la vie, c'est se priver du bonheur de s'en moquer.
Unique réponse possible à quelqu'un qui vous annonce son intention d'en finir."
"Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard."
"Celui à qui tout réussit est nécessairement superficiel. L'échec est la version moderne du néant. Toute ma vie j'ai été fasciné par l'échec. Un minimum de déséquilibre s'impose. A l'être parfaitement sain psychiquement et physiquement manque un savoir essentiel."
"Un livre est un suicide différé."
"On tourne, on recommence la même scène nombre de fois. Un passant, un provincial visiblement , n'en revient pas : "Après ça, je n'irai plus jamais au cinéma."
On pourrait réagir de la même manière à l'égard de n'importe quoi dont on a entrevu les dessous et saisi le secret. Cependant, par une obnubilation qui tient du prodige, des gynécologues s'entichent de leurs clientes, des fossoyeurs font des enfants, des incurables abondent en projet, des sceptiques écrivent…"
Vladimir Jankélévitch a peut-être écrit là son plus beau livre, le plus important. Personne, à mon sens, n'a mieux écrit sur cet impensable.
« Mourir est la condition même de l’existence (…) c’est la mort qui donne un sens à la vie tout en lui retirant ce sens. » (Jankélévitch, Penser la mort ? )
A partir de ces propos, Vladimir Jankélévitch, philosophe de l’évanescent et de l’indicible, nous donne à penser la vie de manière pondérée. Ce poids ou cette inflexion lui étant apportés par la mort, qui nous présente la vie sous un jour nouveau, éclairée par le sérieux. La mort rend la vie sérieuse.
En effet, le sérieux peut être défini comme il suit : « (…) le sérieux est l’attitude d’un homme qui cherche à se totaliser dans chaque expérience » (Jankélévitch, l’Aventure, l’Ennui, le Sérieux, Ed. Aubier). Se « totaliser » dans chaque expérience signifie ainsi se réaliser, se déployer, s’inscrire de toutes ses forces, de tout son être, dans le réel : faire en sorte que chaque acte contienne le sujet tout entier, avec ses puissances et virtualités. Le sérieux se distingue du frivole et du tragique. Du premier, comme l’étourdissement du scrupule, du second comme le souci de l’angoisse (Cf. la distinction entre ces deux termes chez Heidegger). Le rapport au temps est révélateur de ces différences. Le sérieux tend à durer ou à s’étirer, le frivole survole l’instant et le tragique creuse le temps, chaque instant. Le tragique est horizontal et le sérieux vertical, quand le frivole n’est que pointillisme à l’horizontal.
Le sérieux est engagement dans la durée et le réel, respect du réel. Le frivole est flirt avec cette même réalité et le tragique (dés)espoir quant à ce qui est. Rien n’empêche que ces différentes profondeurs du réel ne subsistent et se juxtaposent. Le frivole cache en lui l’angoisse de la mort et fuit ce qui lui rappelle cette angoisse, le sérieux de l’existence. Le frivole se définit peut-être contre la prise de conscience sérieuse, mais ils sont moins indifférents l’un à l’autre qu’il n’y paraît.
La frivolité est conscience d’autre chose qu’elle-même ; le sérieux également, et si ce dernier tend parfois vers la frivolité, il est avant tout conscience du tragique de l’existence humaine, de même que le frivole est conscience de son sérieux. Le tragique, par excellence, est la mort, ou plutôt la pensée de la mort. La mort surplombe la frivolité et le sérieux n’est peut-être, dès lors, que l’intermédiaire entre la douloureuse conscience du tragique et l’ivresse de la frivolité. Le sérieux, c’est la mort devenue problématique à l’homme. Le sérieux est la conscience amoindrie du tragique, de notre mort. Paradoxalement, le sérieux et le frivole ont un rôle identique, nous distraire de cette pensée : l’un en nous obligeant à nous étendre sur la durée, en agissant, l’autre en nous occupant. La frivolité a intériorisé le sérieux et le sérieux a assimilé le tragique.
La totalisation du sérieux doit s’établir « sur un plan intermédiaire entre la tragédie de notre mortalité et la drôlerie de notre existence superficielle [c’est-à-dire frivole]. » En d’autres termes, « quand on parle de Sérieux, c’est que la possibilité de la mort est donnée, mais c’est aussi qu’il y a encore quelque chose à faire », le sérieux n’est pas tout à fait désespéré, c’est pourquoi il agit encore, et diffère en ce sens du tragique. La frivolité a un arrière-goût de sérieux et le sérieux un avant goût de tragique, de mort. En ce sens, ils sont à la fois contraires et doubles.
Entre le frivole et le sérieux, il y a toute la profondeur du tragique. Le frivole a l’illusion perpétuelle du nouveau, il préfère l’être au devenir, car tout ce qui se déploie dans le temps finit par s’user, vieillir, pourrir et puis mourir. Il y a désolidarisation du réel…
Le sérieux est l’attitude du sage, voie moyenne entre le frivole et le tragique .
jeudi 1 décembre 2005
On ne présente plus cet érudit, qui a écrit avec bonheur plusieurs livres importants, dont je parlerai sûrement à un autre moment. Ne serait-ce que son Histoire de la lecture fait de lui un homme dont je suis la débitrice.
Alberto Manguel n'a pas son pareil pour raconter avec l'enthousiasme dont il est coutumier. Ici, il s'agit de la vie de Kipling. Il accomplit le prodige de faire la biographie de ce grand auteur en une centaine de pages, en allant à l'essentiel, en se payant le luxe de nous raconter des anecdotes, qui ne sont jamais anecdotiques, et en nous dressant un portrait plus vrai que nature de cet auteur immense. Il s'agit plus d'un panorama que d'une biographie, et ceci n'est pas une critique, mais plutôt une démarche originale et pertinente. Quand certains écrivent des biographies de 500 pages et plus et ne parviennent pas à cerner le personnage dont ils ont la charge, Manguel a l'art de nous projeter dans la vie de Kipling en quelques lignes bien senties, sans perdre de temps en digressions inutiles, en relevant ce qui fait saillie dans cette existence agitée. Un bonheur de lecture.
Il a récidivé en écrivant un roman sur la vie de Stevenson, que je chroniquerai peut-être.
Woody Allen fête aujourd'hui ses 70 ans. Bien sûr, il ne lira jamais ce billet, mais j'aimerais le remercier pour tous les merveilleux films qu'ils nous a offerts depuis 40 ans et lui dire que j'attends le prochain avec impatience !
J'ai appris une chose essentielle en regardant la plupart de ses films, dont aucun ne m'a vraiment déçue - bien que certains soient, parfois, plus faibles que d'autres : l'humour est notre seul salut et il faut savoir perdre avec le sourire. La classe me touche autant qu'un costume bien taillé ou un sac à main assorti à une paire de chaussures.
Un film, en particulier, m'avait transportée avec le même effet qu'ont sur moi certaines comédies musicales, La rose pourpre du Caire.
Même si la conclusion est triste et si la plupart des films de Woody Allen ont une fin - permettez moi d'être prosaïque - en eau de boudin, je retiens la magie de ce film, qui exprime le délicat rapport de la réalité et de la fiction. Peut-on aimer un personnage de fiction autant qu'un être réel ?
Oscar Wilde a déjà répondu lorsqu'il écrivit que la mort de Lucien de Rubempré fut ce qui lui causa son plus grand chagrin.
A certains égards, ce film fait écho à la question de Truffaut, à savoir : qu'est-ce qui est le plus important, la vie ou le cinéma ?
Alice est un film qui joue dans la même tonalité que La rose pourpre. Alice et son herbe magique, qui lui permet de s'évader de son quotidien étriqué. Alice qui s'ennuie et rêve d'un ailleurs ou d'un autrement. Alice, c'est un peu vous et moi, quelquefois, n'est-ce pas ?
Le film le plus époustouflant est peut-être celui qui fait le moins parler de lui : Zelig, ou l'histoire d'un homme-caméleon ; un film raconté comme si nous assistions à un documentaire. Woody y est épatant !
Un film de woody Allen, dans lequel ne joue pas Woody Allen, est toujours pour moi comme une journée parfaite, à un détail près. Même si j'entends Woody, sa petite musique, même si je reconnais ici ou là tel plan, j'ai besoin de le voir. Je suis une incroyante !
Woody Allen est un homme qui nous dit deux ou trois choses de notre vie, traversée en creux par l'absence de Dieu, mais il a le talent de ne jamais le dire de la même façon. Cet homme-là a du génie, croyez-moi.
Bon anniversaire, Woody. Je vous embrasse.
Votre dévouée Holly.

Je dédie ce billet à ma chatte. Elle regarde dans la même direction que moi, que vous : l'écran d'ordinateur.
Je lui rends hommage. J'espère qu'elle appréciera cette délicatesse. C'est bien légitime : elle passe ses journées sur l'accoudoir de mon fauteuil de bureau, pendant que je travaille, me murmurant des mots d'encouragements que je suis la seule à entendre. Je vous aurais bien parlé d'elle, mais elle désire demeurer anonyme. Par conséquent, je me tiens coite et mes lèvres demeurent à jamais scellées sur ses secrets.
Gaslight ou Hantise en version française est un film, qui est dans la lignée de certaines réalisations d'Hitchcock, comme Rebecca par exemple, ou à l'instar du Secret derrière la porte (Secret beyond the door) de Fritz Lang. En effet, il s'agit d'un duel couvert, d'un affrontement psychologique, entre une femme et son mari. Le thème du mari qui rend folle sa femme n'est pas un refrain original, mais le traitement, ici, se double d'une enquête policière. L'histoire m'a rappelé une nouvelle de William Irish, mais il s'agit en vérité d'une histoire originale de Patrick Hamilton (une pièce de théâtre). En 1939, Thorold Dickinson avait réalisé une adaptation de cette pièce, mais la MGM (quelle déception !) ordonna la destruction des négatifs afin de pouvoir en proposer la version de Cukor. Toutefois, le film de Dickinson n'a pas disparu de la circulation et eut un grand succès. A la même époque (en 1944), précédant de quelques mois Cukor, Tourneur tournait une excellente adaptation de la pièce, Angoisse (Experiment perilous).
Les deux films de Wolf Rilla, Le village des damnés et Les enfants des damnés, sont des classiques de l'étrange, de la science-fiction, au même titre que L'invasion des profanateurs de sépultures. Je cite volontiers ce que dit Stephen King*, dans sa brillante Anatomie de l'horreur**, au sujet du roman de Finney, L'invasion des profanateurs et qui peut convenir à tous les films dits d’horreur : « Peut-être que Finney n’avait besoin d’écrire qu’un seul roman d’horreur ; ça lui a suffit pour construire le moule où s’est coulé ce que nous appelons « le roman d’horreur moderne ». Si un tel genre existe bien, il ne fait aucun doute que Finney est un de ses créateurs. J’ai évoqué un peu plus haut l’idée de discordance, et c’est à mon avis un terme qui définit la méthode de Finney dans l’écriture de ce roman ; une note discordante, puis deux, puis un bouquet, puis un déluge. Et la mélodie de l’horreur finit par étouffer celle du bonheur. Mais Finney comprend parfaitement qu’il n’y a pas d’horreur sans beauté ; pas de discordance sans mélodie ; pas de méchanceté sans gentillesse. » (je souligne)
Je rapproche cette idée de discordance de ce que Freud nomme« l’inquiétante étrangeté » - « unheimlich » en Allemand et « uncanny » en Anglais. Cette expression désigne ce qui est, à la fois, et paradoxalement, familier et étranger, étranger dans la familiarité que nous ressentons face à une chose ou une situation. « L’inquiétante étrangeté » est à la fois une chose et son contraire. Le terme allemand, das Unheimlich est plus éloquent que la traduction française de ce terme. Il dit la bi-univocité du terme et comporte les deux acceptions de «familier» et de «dissimulé» ; das Unheimlich serait tout ce qui aurait dû rester caché, secret, mais qui se manifeste. Hoffmann est un des écrivains de l’inquiétante étrangeté, au même titre que Hawthorne dans certains de ses contes étranges. On retrouve ce sentiment identique lorsqu’on perd pied dans la réalité, que cette inquiétante étrangeté soit produite par un fait réel ou fictionnel. Cet événement se produit lorsque la conscience se détache d’un fait, comme si elle se dédoublait et qu’elle reste collée aux faits et d’autre part soit ailleurs, décollée d’elle-même et des faits, pour observer ces faits. Le décollement de rétine que l’on observe chez certains sujets pourrait servir de métaphore à ce décollement psychologique. L’homme doit sentir que le réel (ou la fiction) où il s’engage manifeste une stabilité, une fermeté, et qu’une armature le soutient. Or, tout ceci, que nous nommons cohérence, est le fait de la raison qui trouve ou plutôt établit des repères dans la réalité en question. Elle jette des ancres qui lui permettent d’assurer une stabilité au sujet. La manière dont nous abordons une œuvre de fiction nous paraît représentative de la manière dont nous abordons la réalité. Nous avons besoin que rien ne heurte la logique mise en œuvre dans les divers éléments de la réalité qu’elle cimente entre eux, et qu’elles assemblent selon un ordre ou un plan qui ne nous apparaît ni artificiel ni faux.
Cette édition de la Guerre des Mondes (le film original, nous n'avons pas vu le remake sorti dernièrement) a le mérite de comporter en guise de bonus (non sous-titré), la célèbre émission radiophonique d'Orson Welles !!!! En 1938, en effet, Welles diffusa une adaptation de son faux homonyme. L'émission radiophonique apparut tellement vraisemblable, car elle était entrecoupée de flash d'information, qu'elle engendra une folle panique parmi les auditeurs ! On peut en lire une retranscription en français ici.
Quant à L'affaire Thomas Crown, il faut préciser que c’était le film préféré de Steve McQueen pami tous ceux qu'il a tournés. Michel Legrand contribua beaucoup au film, et pas seulement d’un point de vue musical. En effet, le réalisateur (Norman Jewison) avait, comme l'explique le musicien, beaucoup de difficulté à monter son film et il avait décidé de le faire en fonction de la musique de Legrand. Ce dernier lui avait suggéré cette brillante idée. C'est ainsi qu'une partie d'échecs dura plus de sept minutes dans le film ! Le plus long baiser du monde serait dû à la musique de Legrand. Je pensais que c'était le baiser d'Ingrid Bergman et de Cary Grant dans Notorious qui détenait ce record torride ! Je vais chronométrer pour vérifier, mais je crains que Michel Legrand n’ait raison !
* Je reparlerai bientôt de Stephen King, auteur trop souvent décrié par un certain microcosme littéraire parisien et par certains « intellectuels », qui ne se sont jamais arrêtés devant la profondeur de certaines de ses œuvres.
** Essai en deux tomes, Ed. J'ai lu, où Stephen King analyse les raisons d'un genre littéraire, et s'interroge sur sa propre création, avec humour, voire ironie et dérision, le tout parfaitement documenté.
mercredi 30 novembre 2005
Un site étonnant, où l'on peut, en toute légalité, télécharger des tas de documents libres de droits.
Il y a même les Mother goose stories de Ray Harryhausen !
Certes, il vaut mieux acheter le DVD, mais faute de mieux, je trouve cela extraordinaire. Internet est un medium révolutionnaire !
Ray Harryhausen est un des précurseurs de la technique du stop motion, qui demande une patience de bénédictin. On ne peut qu'être admiratif devant le résulat de ce dur labeur.
Les contes de l'horloge magique de Stanislas Starewich (le pionnier en la matière) sont également disponibles en DVD. Ces oeuvres apportent de la poésie dans ma vie.
Peter Lord (Wallace et Gromit) ou Henry Selick (L'étrange Noël de M. Jack) ne font pas mieux.


King Kong est sorti en DVD zone 1 et zone 2 et, encore une fois, entre les deux éditions, je préfère de loin celle de nos cousins américains. Je suis très sensible aussi bien au contenu qu'au contenant. Je suis gâtée : pour environ 20 euros, j'ai acquis le beau coffret en métal, doté en sus de cartes postales et autres joyeusetés. Si j'avais acheté le zone 2, j'aurais été gratifiée d'un hideux emballage :
(cf. http://images.amazon.com/images/P/B000BNSP30.08._SCLZZZZZZZ_.jpg)
Certes, le film eût été le même et c'est bien là l'essentiel, car ce film est un classique du genre, mais je suis une collectionneuse !
Parlons du film ! Nous sommes en présence d'un mythe. A l'époque, tous les moyens techniques ont été employés pour faire vivre cette créature, entièrement animée. Le film est une réussite. Non pas que le film soit exempt de défauts ou de naïveté mais il demeure fascinant, bien qu'il me soit particulièrement difficile d'expliquer pourquoi il retient captif le spectateur. Il me semble que nous sommes en présence d'un "récit" qui fait appel aux ressorts les plus simples (et les plus efficaces) qui nous font mouvoir, tous et toutes, dans une fiction : une histoire qui tienne la route. Je ne parle pas de vraisemblance du récit ou de structure narrative, non mais simplement de cette petite chose qui nous oblige à tourner les pages d'un livre ou à demeurer assis face à un écran : l'envie de savoir la suite, ce que j'appelle la séduction d'une oeuvre. Le charme, c'est sa nature, procède de la magie et ne s'explique pas.
Le cinéma est, plus que tout autre art, celui qui joue avec les illusions. Et qu'y a-t-il de plus fascinant qu'une illusion à laquelle nous succombons, bien que conscients de sa nature irréelle ?
Nous ne croyons pas à l'existence de King Kong et, pourtant, nous nous faisons "avoir". N'est-ce pas un prodige ?

Jeanne Moreau déclare ceci à ses deux amants, dans le film de Truffaut, Jules et Jim :
"Les anges passent chaque heure, à vingt et à moins vingt."
C'est le film de François que j'aime le moins. Le personnage qu'incarne Jeanne Moreau me paraît sec comme de l'amadou.
Victime de ne pouvoir ou de ne savoir aimer. Elle n'a pas reçu la grâce des anges...
Il n'en demeure pas moins que le film est très beau, même s'il me met très mal à l'aise.
Princess Bride de William Goldman
L'auteur est un scénariste hollywoodien : il a écrit notamment le scénario de Butch Cassidy and the Sundance Kid.
Le livre a précédé le film. Goldman a écrit le scénario, bien entendu. Il a été très soigneusement réalisé par Rob Reiner, plus connu notamment pour le film Quand Harry rencontre Sally, une comédie douce-amère plutôt réussie, pour qui aime ce genre - ce qui est mon cas...
Le livre et le film sont tout à fait propices pour cette période qui précède Noël. Accompagnés ou non de biscuits découpés dans de la pâte sablée et d'un chocolat chaud, au coin du feu.
A noter la présence de Peter Falk, égal à lui-même, dans le rôle du narrateur... et de Robin Wright, Mrs Sean Penn à la ville, qui trouva ici son premier rôle au cinéma, après de longues années passées dans un Soap-opera.
"Je ne les accompagnais pas
souvent. À l’époque, nous ignorions toutes les superstitions des gens du
pays : personne ne posait le pied sur l’île et cette dernière était censée
ressentir cette répulsion. Elle portait un nom gaélique qui
signifie : « L’île Qui Aime À Être Visitée ». Mary Rose ne
savait rien de tout cela et adorait cette île. Elle avait l’habitude de lui
parler, de l’appeler sa chérie et de bien d’autres termes affectueux."
Mary Rose
"Lob est très petit et, probablement, personne n'a jamais eu l'air aussi vieux, sauf un nouveau-né."
Dear Brutus
Le lien de Barrie avec Shakespeare n'a jamais été aussi ténu que dans cette pièce, dont le titre se réfère explicitement à une pièce du propriétaire du théâtre du Globe. Enchanteur, le baronnet l'était assurément, mais Barrie était plus tragique qu'il n'y paraît au premier abord. Son tempérament sied bien à la lecture du grand William. Certes, Shakespeare n'est pas que tragique ; il a écrit de charmantes (et grinçantes) comédies, mais tout le monde se doute bien que la comédie n'est que la tragédie masquée. Le rire naît de la cruauté ou de la crudité des situations et / ou des personnages ... La douleur seule est positive, ainsi que l'écrit et le démontre Shopenhauer.
J'aime à répéter cette citation, qui me paraît dire l'essence de notre existence :
«La vie est une tragédie pour ceux qui sentent et une comédie pour ceux qui pensent.»
Horace WALPOLE
mardi 29 novembre 2005
Swift (1667-1745) est un esprit rabelaisien, un conteur, un provocateur, un grand écrivain. Je soumets ici à votre sens de l'humour, que j'espère exacerbé, un texte féroce qu'il a écrit :
Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public
Non, je ne suis pas nostalgique.
De toute façon, l'enfance est plus un fantasme pour moi plus qu'une réalité.
Je n'ai jamais été enfant. A moins que je ne sois jamais devenu adulte.
Mon rêve : rencontrer Paul Auster.
En attendant ce jour, je me contente (et c'est un plaisir) de le lire et, parfois, de l'écouter.
Profitez-en ! Cf. lien en bas de ce billet pour accéder à la page.
Une série d'entretiens avec le meilleur romancier contemporain américain - selon moi ! - avec écouter jusqu'à plus soif !
J'en profite pour rappeler sa bibliographie (et j'use de la couleur pour signaler mes préférés, ceux que je considère comme les plus aboutis) :
* Disparitions, poésie
* Espaces blancs
* Trilogie new-yorkaise:
La Cité de verre ;
Revenants ;
La Chambre dérobée
* L'Invention de la solitude
* Le Voyage d'Anna Blume
* Moon Palace
* La Musique du hasard
* Le Conte de Noël d'Auggie Wren, nouvelle
* L'Art de la faim, essai
* Léviathan, roman (le Prix Médicis étranger)
* Le Carnet Rouge, nouvelles
* Mr. Vertigo
* Smoke / Brooklyn Boogie, scénario/cinéma
* Le Diable par la queue / Pourquoi écrire ?, essai
* La Solitude du labyrinthe, Entretiens avec Gérard de Cortanze
* Lulu on the Bridge
* Tombouctou
* Laurel et Hardy vont au paradis, théâtre
* Je pensais que mon père était Dieu, recueil
* Le Livre des illusions [si l'on ne devait en lire qu'un, ce serait celui-ci]
* Constat d'accident, essai
* Vingt jours avec Julian et petit lapin, selon papa - Hawthorne en famille, essai
* L'Histoire de ma machine à écrire
* La Nuit de l'oracle
* Brooklyn Follies
et Le New-York de Paul Auster, superbe livre de Gérard de Cortanze, aux Editions du Chêne...
... et finalement, un certain nombre de préfaces que je ne nomme pas ici...
Libellés :Paul Auster
Je suis la carrière d'Anthéa Sogno, jeune comédienne, qui a fondé sa propre troupe, depuis une petite dizaine d'années, depuis ses deux merveilleux spectacles autour de Sacha Guitry, "Une nuit avec Sacha Guitry" et "Guitry créa la femme".
Il était donc bien légitime que je me rue sur son nouveau spectacle (qu'elle ne met pas en scène, cette fois-ci). La main passe de Feydeau est une pièce archi-classique et archi-connue, mais elle trouve dans cette mise en scène et cette interprétation sans fausse note une vigueur toute neuve.
J'étais plutôt réticente à l'idée que l'on puisse moderniser les éléments matériels de la pièce (introduire un camescope, par exemple) car cela donne rarement de bons résultats. Et puis, que diantre, un texte est moderne de toute éternité, car la modernité n'est rien d'autre que l'accès à l'universel, à l'intemporel, sinon cela ne vaut rien !
Mais j'ai eu des sueurs froides en pure perte, car ce fut une soirée magnifique que nous ont offert les acteurs et le metteur en scène. J'ai beaucoup aimé les trouvailles scéniques de Mitch Hooper : les intermèdes musicaux, par exemple. Un bel exemple d'adaptation sans trahison.
Et quelle santé, Miss Sogno ! Vous avez de ces raffinements... jusqu'à raccompagner jusqu'à la sortie vos spectateurs.
Si j'étais un homme, je serais amoureux de vous. J'en connais un qui, d'ailleurs, l'est un peu.
http://www.theatremouffetard.com/?rub=33
Inscription à :
Articles
(Atom)
Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
!doctype>Rechercher sur mon JIACO
Qui suis-je ?
- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
Almanach barrien
Rendez-vous sur cette page.
En librairie
Où Peter Pan rencontre son double féminin...
Oeuvre de Céline Lavail
Lettres
Voyages
Écosse
Kirriemuir
Angleterre
Londres
Haworth
Allemagne
Venise
New York
Copenhague
Prague
Les vidéos de mes voyages sont consultables ici et là...
Liens personnels
Le site de référence de J.M. Barrie par Andrew Birkin (anglais)
Mon site consacré à J.M. Barrie (français ; en évolution permanente)
Site Barrie miroir (français ; en construction)
Ma page sur Lewis Carroll (français)
"Une fée est cachée en tout ce que tu vois." (Victor Hugo)
Blog Archive
- 2020 (1)
- 2019 (1)
- 2018 (4)
- 2017 (8)
- 2016 (1)
- 2015 (22)
- 2014 (15)
- 2013 (22)
- 2012 (34)
- 2011 (20)
- 2010 (34)
- 2009 (66)
- 2008 (74)
- 2007 (143)
-
2006
(447)
- décembre(21)
- novembre(19)
- octobre(20)
- septembre(21)
- août(33)
- juillet(23)
- juin(43)
- mai(44)
- avril(62)
- mars(50)
- février(51)
-
janvier(60)
- janv. 31(3)
- janv. 30(3)
- janv. 27(1)
- janv. 26(1)
- janv. 25(4)
- janv. 24(3)
- janv. 23(3)
- janv. 22(1)
- janv. 20(2)
- janv. 19(3)
- janv. 18(2)
- janv. 17(1)
- janv. 16(2)
- janv. 15(1)
- janv. 13(5)
- janv. 12(2)
- janv. 11(2)
- janv. 10(3)
- janv. 09(1)
- janv. 08(1)
- janv. 07(2)
- janv. 05(4)
- janv. 04(2)
- janv. 03(2)
- janv. 02(2)
- janv. 01(4)
- 2005 (217)
Archives
-
►
2018
(4)
- ► juillet 2018 (1)
- ► avril 2018 (1)
- ► février 2018 (1)
-
►
2017
(8)
- ► juillet 2017 (6)
- ► avril 2017 (1)
-
►
2015
(22)
- ► décembre 2015 (3)
- ► octobre 2015 (1)
- ► avril 2015 (1)
-
►
2014
(15)
- ► juillet 2014 (3)
- ► janvier 2014 (1)
-
►
2013
(22)
- ► novembre 2013 (1)
-
►
2012
(34)
- ► novembre 2012 (1)
- ► juillet 2012 (12)
- ► avril 2012 (1)
-
►
2011
(20)
- ► décembre 2011 (1)
- ► octobre 2011 (1)
- ► septembre 2011 (1)
- ► janvier 2011 (1)
-
►
2010
(34)
- ► novembre 2010 (1)
-
►
2009
(66)
- ► juillet 2009 (11)
- ► avril 2009 (8)
-
►
2008
(74)
- ► novembre 2008 (1)
- ► septembre 2008 (4)
- ► juillet 2008 (17)
- ► avril 2008 (11)
-
►
2007
(143)
- ► décembre 2007 (8)
- ► novembre 2007 (6)
- ► juillet 2007 (14)
- ► avril 2007 (18)
- ► février 2007 (16)
-
►
2006
(447)
- ► décembre 2006 (21)
- ► novembre 2006 (19)
- ► octobre 2006 (20)
- ► septembre 2006 (21)
- ► juillet 2006 (23)
- ► avril 2006 (62)
- ► février 2006 (51)
- ► janvier 2006 (60)
-
►
2005
(217)
- ► décembre 2005 (62)
- ► novembre 2005 (98)
- ► octobre 2005 (49)