samedi 7 janvier 2006
En matière de création romanesque et de style (l'une ne devrait pas aller sans l'autre), s'efforcer de se plaire à soi-même plutôt qu'aux autres. Le seul moyen de trouver ce que Céline appelait sa "petite musique". Devrait-on violer le réel pour ce faire. Devrait-on procéder au meurtre de nos illusions dans cet unique but. Etrange que de cette manière égoïste et égotique puisse naître ce qui est destiné à faire le bonheur d'inconnus. Un livre est un don anomyme pour un destinataire dont on ignore tout. C'est le grand jeu du hasard et des coïncidences. Or, je triche. Par conviction. Par plaisir. C'est ma nature profonde.
jeudi 5 janvier 2006

Ah, Sylvia Plath ! Quel talent, quel désespoir ...
J'ai lu presque tout ce qu'elle a écrit et je n'ai qu'un mot : ardent. C'est un auteur mythique. Beaucoup de féministes ont reproché à son mari, Ted Hugues, d'être responsable de son suicide. Celui-ci a publié les Birthday letters, avant sa mort. Voici qui donnera peut-être un autre éclairage.
Quelques citations pour illustrer le propos :
Sylvia Plath La cloche de détresse (The jar bell) - Trad. Michel Persitz, Ed. Gallimard, Coll. L’Imaginaire, Paris, 1987 -
« Je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé. » (13)
«J’ai toujours adoré observer les autres dans des situations critiques. Quand il y avait un accident de voiture, une bagarre ou un bébé conservé sous cloche dans un laboratoire, je m’arrêtais toujours et j’observais avec tant d’avidité que je m’en souvenais pour la vie. C’est ainsi que j’ai appris un tas de choses que je n’aurais jamais apprises autrement, et même lorsqu’elles me surprenaient ou me rendaient malades, je n’en disais rien, au contraire, je prétendais que j’avais toujours su que les choses se passaient ainsi. » (22-23)
« Le silence me déprimait. Ce n’était pas le silence du silence. C’était mon propre silence. » (29)
« Ensuite, Buddy m’a entraînée dans un couloir où il y avait des grands bocaux remplis de bébés morts avant terme. Le bébé du premier bocal avait une grosse tête blanche inclinée sur un minuscule corps enroulé sur lui-même pas plus gros qu’une grenouille. Celui du bocal suivant était plus grand et ainsi de suite jusqu’au bébé enfermé dans le dernier bocal qui avait la taille d’un bébé normal. Il avait l’air de me regarder en souriant de son petit air de cochonnet. » (73)
« (…) pourquoi je ne pouvais pas dormir, pourquoi je ne pouvais pas lire, pourquoi je ne pouvais pas manger et pourquoi tout ce que faisaient les gens me semblait tellement vain puisqu’au fond, ils allaient tous mourir. » (111)
« Ce matin-là, j’avais fait un essai. Je m’étais enfermé dans la salle de bains, j’avais rempli la baignoire d'eau chaude et j'avais sorti une lame Gillette. Quand on a demandé à un philosophe romain, où je ne sais plus qui, comment il voulait mourir, il répondu qu'il s'ouvrirait les veines dans un bain chaud. Je trouvais ça facile de s'ouvrir les veines dans une baignoire, d’être allongée, et de voir la rougeur s’échapper de mes poignets, vague après vague dans l’eau claire, jusqu’à ce que je m'endorme sous une surface aussi écarlate qu’un champ de coquelicots. Mais quand il a fallu passer aux actes, la peau de mes poignets avait l'air si blanche, tellement vulnérable, que je ne pouvais me résoudre à le faire. C’était comme si ce que je voulais tuer ne résidait pas dans cette peau blanche, ou sous le léger pouls bleu qui tressautait sous mon pouce, mais quelque part ailleurs, plus profondément, plus secrètement, beaucoup difficile à atteindre. Deux gestes suffiraient. Un poignet, puis l'autre. Trois gestes si l'on compte qu'il faut changer la lame de main. Alors, j'entrerais dans 1a baignoire et je m'y allongerais. Je me suis avancée devant l'armoire à pharmacie. Si en le faisant, je me regardais da ns la glace, ce serait comme si je regardais faire quelqu’un d’autre, comme dans un livre ou au théâtre. Mais la personne dans la glace était paralysée et trop stupide pour bouger. Je me suis dit qu'il ne serait pas inutile de faire couler un peu de sang, histoire de me faire la main. Je me suis donc assise sur le rebord de la baignoire et j'ai posé ma cheville droite sur mon genou gauche. J'ai élevé la main droite qui tenait la lame de rasoir et je l'ai laissée tomber de son propre poids sur mon mollet, comme une guillotine. Je n'ai d'abord rien ressenti. Mais au bout d’un instant j'ai senti une fine impression en profondeur, une grosse goutte brillante et rouge s’est gonflée sur les lèvres de la blessure. Le sang s'accumulait sombrement, comme un fruit pour finalement rouler le long de ma cheville vers le talon de ma chaussure vernie. A ce moment-là, j'ai voulu entrer dans la baignoire, mais je me suis rendu compte que j'avais perdu l’essentiel de la matinée à flirter avec mes pensées, ma mère n'allait pas tarder de rentrer à la maison et elle me trouverait avant que j’aie eu mon compte. » (159-161)
« Plus votre cas est désespéré, plus on vous cache. » (173)
« (…) je serais toujours prisonnière de cette cloche de verre, je mijoterais toujours dans le même air vicié. » (198)
« (…) nous ferons comme si tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Un mauvais rêve. Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vidé et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve. Je me souvenais de tout. » (252)
« Mais je n’en était pas du tout certaine. Pas du tout. Comment savoir ? Peut-être qu’un jour, au collège, en France, quelque part, n’importe où, la cloche de verre, avec ses déformations étouffantes descendrait de nouveau sur moi ? » (255)
Dans une lettre (ajoutée dans la postface p.266) : « Rien ne pue autant qu’un tas d’écrits non publiés »
« Je ferme les yeux et le monde disparaît » (extrait du poème - villanelle - Chant d’amour d’une jeune fille folle, cité p. 264) Une critique par Clarabel ici.

Siréneau écrivait ceci dans sa Crique : "Out of Africa m'a tiré quelques larmes à l'époque où je chantais "l'amour est un bouquet de violettes", maintenant je suis devenu si inconséquent, je chante à tue-tête "l'amour c'est du pipeau, c'est bon pour les gogos" comme Brigitte Fontaine, pour conjurer ce vide dont vous parlez si bien et qui me déconcerte."

Voici ma réponse (un extrait d'un de mes travaux universitaires et non une création du jour) :
L'amour véritable est un mystère et une énigme dont on ne sait rien et dont on ne parle qu'à l'aide de mythes(1) et de contes auxquels seuls croient les enfants, parce que l'enfance, "l'inexpérience est ce qui permet à la jeunesse de réaliser ce que la vieillesse sait impossible"(2). Du côté de "l'adultie", l'amertume, les regrets, les échecs et des déceptions, du côté de l'enfance les rêves et les espoirs. L'amour fusionnel fait partie des rêves de l'enfance, encore si proche de l'utérus ou du sein. Tout le parcours d'une vie peut se résumer en la destruction progressive et sans appel des mythes fondateurs de l'enfance. Il y a parmi ces mythes et ces contes, l'idée de l'amour fusionnel, où les deux cœurs sont à l'unisson, sans assimilation ni possession réciproque, mais où deux êtres préfèrent l'autre en soi, en s'épanouissant dans cette préférence sans rien perdre de soi. Il y a aussi l'idée d'une vie longue protégée des embûches par un prince ou une princesse charmant(e), garant(e) du bonheur. L'exceptionnel n'est pas l'impossible et pourtant ils se fondent dans l'esprit des grandes personnes ; on peut échouer neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois et réussir la millième, et cependant de ces neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois on fait une règle, non sans raison d'ailleurs…
L'amour est une déchirure à deux titres : d'abord, il est la destruction nécessaire des rêves d'enfance et d'adolescence qui permet le passage à l'âge adulte, à l'âge de la raison : l'être aimé ne nous consolera jamais tout à fait de l'enfance, il est donc déchirure entre deux périodes de notre vie, la déchirure du cocon qui nous laisse entrer dans la vie ; il est également ce qui crée en nous une rupture entre nos deux natures, sensible et intelligible, égoïste et altruiste, animale et humaine, destructrice et créatrice, reproductrice et artiste… et même nous les révèlent à nous-mêmes, mais toujours dans la douleur. Notre première déchirure vient de l'enfance et c'est elle qui inscrit en nous la souffrance, la blessure d'amour n'est qu'une douleur qui ravive ou plutôt rend consciente cette souffrance existentielle qui est notre lot à tous. La première déchirure vient de la mère qui va démentir l'idée de l'amour fusionnel que nous possédons tous, c'est finalement le premier être qui va nous décevoir. Un être qui nous impose une limite, une distance entre lui et moi. L'amour est symbolisé par deux figures: Aphrodite (ou Vénus) et Eros (ou Cupidon), la femme et l'enfant. On peut légitimement se demander à quoi correspondent ces deux personnages : la femme, Aphrodite, peut être envisagée comme le premier être que nous aimons - avant le père, nécessairement - et dont l'amour nous servira en quelque sorte de modèle dont on se déprendra plus ou moins difficilement ; c'est aussi l'être inaccessible, avec lequel certaines relations sont prohibées, alors que c'est précisément l'être avec lequel nous avons été le plus proche, du moins physiquement - et dans certains cas la relation entre la mère et l'enfant ne sera jamais plus que cela - mais l'idée de cette intimité et de cette extrême proximité donne l'idée, sinon l'envie, inconsciente de la recréer. La déchirure est donc celle de l'accouchement en premier lieu, puis en second lieu celle de la prohibition de l'inceste valable pour les filles et les garçons), puis en troisième lieu toutes les déceptions que peut infliger un être imparfait et limité. Toutes ces ruptures sont autant de réitérations de la déchirure initiale et physique. Nous sommes des êtres déchirés, un lambeau d'un être -si l'on considère que l'enfant dans le ventre de sa mère et la mère constitue encore un seul individu -, c'est d'ailleurs ce qui explique l'attirance et la séduction qu'est susceptible d'exercer sur nous le mythe de l'androgyne. Nous sommes des êtres nostalgiques d'une unité perdue ou simplement rêvée, imaginée… Les deux moitiés originelles sont les lambeaux d'un être initial qui a été déchiré. Il est aussi une autre déchirure qui a trait à l'amour : la rupture de l'hymen, la défloration causée chez l'être féminin par le premier acte d'amour, par l'être masculin. Une déchirure qui symbolise un passage entre deux âges de la vie. Mais qu'en est-il de ce que nous avons appelé la blessure d'amour ? Pourquoi l'amour est-il représenté comme une blessure, comme une plaie causée par une flèche ? Eros, le petit enfant malicieux, cruel et presque innocent blesse avec ses traits les cœurs des humains et les rend amoureux. Si c'est Eros qui blesse et non pas Aphrodite cela a un sens. La femme ne blesse pas physiquement car elle ne se sert pas des armes des hommes ; elle séduit, elle égard, elle perd ; elle fait souffrir (pour autant que l'on distingue la douleur comme plus physique et la souffrance comme plus psychique ou intellectuelle, parce que réfléchie). L'enfant (de sexe masculin, donc virtuellement doté d'une force d'homme) est celui qui surprend : on ne s'attend pas à recevoir un coup d'un enfant, l'enfant est l'être qui aime jouer et qui peut faire mal sans une totale conscience, il est aussi un être dont la raison n'est pas développée et qui, de ce fait, ne sait pas tout à fait ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, l'enfant est un être proche de sa mère et est dépendant d'elle, il ne se suffit pas à lui-même. Une telle définition de l'enfant va comme un gant à l'amour. En outre, si c'est un enfant qui symbolise l'amour, c'est peut-être aussi pour dire que ce que nous aimons c'est la figure de la pureté, de l'innocence.
C'est toujours un être déchiré par son enfance qui aime un autre être et il aime cet être avec une blessure au fond du cœur, une plaie causée par le trait jeté par Eros. Ce trait est l'expression métaphorique de la distance qui nous sépare toujours de l'être aimé, et conceptualisé sous le terme d'altérité. Que l'on parle d'écharde -élément étranger qui s'introduit en nous, de flèche (empoisonnée ou non), de l'épée de Tristan qui sépare les deux corps, toutes ces armes coupantes et blessantes ne sont que des images qui désignent l'identité de l'aimé à laquelle je me heurte et me blesse et qui m'exclut et me rejette dans ma solitude. Cette blessure d'amour laisse une plaie plus que la déchirure qui ne fait que rompre en moi des réalités et me séparer d'elles. Cette plaie est le signe d'une irréversibilité, ainsi la rupture de l'hymen est à la fois déchirure et blessure.
"L'amour véritable n'est pas un choix ni une liberté. Le cœur, le cœur surtout n'est pas libre. Il est l'inévitable et la reconnaissance de l'inévitable." (3) L'inévitable, c'est la blessure et la réouverture d'une blessure plus ancienne ; mais l'amour véritable est-il inévitable ? L'amour est inévitable, certes, parce qu'on ne peut s'empêcher d'aimer ceux qu'on aime, mais l'amour véritable n'est peut-être inévitable que dans sa tentation. Après, il faut à l'être choisir entre lui et l'être aimé, choisir de succomber ou non, même si une pente nous incline nécessairement. L'amour est une préférence absolue d'un autre être à soi ; un acte irrationnel, un délire, une folie. En ce sens, il est peut-être inévitable, parce que la folie et le délire sont une dépossession de soi…
La grande déception de l'amour, c'est de réaliser que l'on est toujours deux : l'amour est, parfois, une imperceptible dissonance et, plus souvent encore, une maladroite harmonie. Perdre son enfance n'est peut-être rien d'autre que cette défloration de l'imaginaire.
N.B. : Pour en revenir à Barrie, génie tutélaire de ce JIACO, je pense que ses relations avec sa mère l'ont condamné à donner naissance à des sentiments estropiés concernant les femmes.
(1) Cf. le mythe de l'androgyne raconté par le personnage d'Aristophane dans le Banquet.
(2) Tristan Bernard.
(3) Albert Camus Le premier homme, Gallimard.

Esquisse d'un propos au stade embryonnaire...


Freud, après Karl Abraham, un de ses disciples, se sert du deuil comme modèle ou indice de la normalité afin d’étudier cette affection polymorphe qu’est la mélancolie. Freud renonce d’emblée à donner un type universel de ce trouble.

La mélancolie se présente comme un deuil qui a mal tourné. Le deuil est envisagé dans un sens très large, qui inclut autant la perte d’êtres vivants que d’objets abstraits. Dans tous les cas, ce n’est pas l’objet perdu, en bloc, qui me fait souffrir mais ce qu’il représentait pour moi et continue de symboliser. Or, cette représentation est masquée par le représentant. On ne sait « ce qui » a été perdu. Il y a énigme car la perte est sans objet déterminé ; elle est « inconnue » mais elle est ressentie. L’indétermination de la perte la rend d’autant plus difficile à accepter et à combler. Le deuil dit le nom de ce qui est perdu. Le nom apporte une certitude : l’objet perdu est irremplaçable car il était l’exemplaire unique d’un genre inédit. Chaque mort est la mort d’un univers. La perte du mélancolique est incertaine et, de ce fait, non limitée à un fragment. Freud a comparé la mélancolique à une hémorragie interne (innere Verblutung) : « l’excitation sexuelle entièrement pompée s’écoulerait comme par un trou située dans le psychisme, entraînant ainsi chez le sujet une inhibition généralisée de ses autres fonctions ».
Le mélancolique se déteste et s’injurie afin de ne pas abîmer l’objet perdu et toujours aimé ; de même que le suicide mélancolique est un meurtre de soi à la place de ledit objet.
La mélancolie est « une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur » ; la mélancolie est donc un repli sur soi et un refus d’échanger avec le monde extérieur. Le monde extérieur est le magasin qui me fournit mes représentations.
Le travail du deuil - et je crois qu’il est bon de prendre la métaphore au sérieux, et Freud la file : il parle de plus loin « métier » (à tisser). Le travail du deuil est un détachement de détail, fragment par fragment, de tout ce qui le liait à l’objet disparu après surinvestissement de ces détails. Par opposition à la « joy of grief », le deuil produit un « déplaisir de la douleur [qui] nous semble aller de soi» et dont Freud est étonné qu’elle ne nous étonne pas. Il est difficile de comprendre ce que Freud attendrait comme autre réaction. Une conformité stricte à l’ordre du réel, faisant fi de nos sentiments ? Freud sous-entend-il que nous devrions être soulagés de nous libérer de l’objet mort ? Le travail du deuil est l’acceptation progressive de la nécessité, de l’ordre du réel. Cette douleur est une des « énigmes » dont Freud fait le recensement dans ce court texte. Le deuil permet un «compromis» entre mon désir et la force de la réalité dont le respect doit l’emporter sur nos aspirations. Si le réel ne l’emporte pas sur ma « dépression », je vais mourir avec l’objet perdu qui aspire mes forces vitales. En vérité, je nourris l’absence de l’objet avec mes forces vivres, avec mon être intime. Je me dévore pour lui donner chair. Freud emploie le terme « consumer » pour désigner le travail de sape intérieur de la mélancolie. Je suis un pélican (Cf. Strindberg) pour l’objet mort. Je suis pleine de vide. «L’existence de l’objet perdu se poursuit psychiquement », comme un membre amputé que l’on ressent encore.
Le deuil est une épreuve fondatrice. Une sorte de vérification que l’on a toujours envie d’appartenir au monde réel.
Une petite phrase échappe à Freud : «Au fond ce comportement nous semble non pathologique pour la seule raison que nous savons si bien l’expliquer. » Ce n’est pas une qualité intrinsèque du trouble qui le rend normal ou anormal mais notre faculté ou notre impuissance à comprendre. Ce que Freud dit du deuil et de la raison peut être transposé dans la réflexion philosophique au sujet de ce qui est dit rationnel ou non rationnel, raisonnable ou déraisonnable.
La mélancolie exprime un deuil symbolique ou métaphorique. On retrouve l’idée d’une fragmentation de l’être et de l’univers. Or, à la différence du deuil, ce n’est pas le monde qui est perdu, mais mon être.
La mélancolie est le négatif du deuil. Les rapports du sujet et du monde sont inversés : « Dans le deuil le monde est devenu pauvre et vide, dans la mélancolie c’est le moi lui-même. » Le monde intérieur du mélancolique est vide, car il est fait de souvenirs, de rêves inachevés et d’absence. Il ne se nourrit plus, au propre et au figuré, du monde extérieur. L’endeuillé ne s’intéresse plus au monde : « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».
Le mélancolique est en situation d’échec ; l’endeuillé en situation d’épreuve. Le mélancolique a quelque chose de Gribouille : il se méprise et se dévalorise afin que l’on ne le fasse pas à sa place et, peut-être, espère-t-il secrètement être démenti : il prêche le faux pour savoir le vrai. Le trait le plus remarquable, selon nous, relevé par Freud est la manière dont le mélancolique noie le motif ou le détail qui est responsable de cette mélancolie. Il prend soin, inconsciemment sûrement de le cacher au regard des autres. « Il ne peut pas juger qu’une modification s’est produite en lui, mais étend au passé son autocritique ; il affirme qu’il n’a jamais été meilleur.» Il y a négation d’un changement : il y a perte et non perte ou refus de cette perte. Le meilleur moyen de nier une perte est d’affirmer n’avoir jamais possédé l’objet. A cet égard, le syndrome de Cotard (1) (trouble grave engendré par la mélancolie) confirme notre idée.
Le mélancolique se sent peut-être coupable. Son autodénigrement porte sur un plan intellectuel, physique et moral. Il n’a pas de preuve objectives de ses dires et bien plutôt la réalité pourrait le contredire, mais, paradoxalement, elle ne le peut. Et Freud de conclure : « Il doit bien avoir, en quelque façon, raison et décrire quelque chose qui est tel qu’il lui paraît. » L’autodénigrement est le fruit du travail de ce deuil manqué, comme l’acceptation du réel est le fruit du travail du deuil.
Freud attribue, apparemment, au mélancolique une lucidité qui n’est pas de ce monde, de même que certains « fous » ou possédés voient ce que les êtres normaux n’aperçoivent point. Seul un fou ou un cynique comme Hamlet peuvent énoncer ces vérités taboues. On ne saurait les entendre d’une « bouche propre » mais on les accepte de gens qui sont en marge de la réalité, de son ordre efficace.
Freud cite Shakespeare, Hamlet (II, 2) : « Use every man after his desert, and who should scape whipping ? » que nous pouvons traduire comme il suit : « Si chacun recevait son dû, qui échapperait au fouet ?» Hamlet signifie que personne n’est innocent et que tout le monde mérite une punition. La réalité est double : il y a la réalité prosaïque et extérieure et une réalité invisible, cachée et secrète. Elle est peut-être celle de notre intimité ou de notre inconscient, là où nous haïssons et tuons. L’idée de justice n’a pas sa place dans cette autre réalité.
Le délire de petitesse semble alors à l’encontre du délire de grandeur que l’on retrouve chez certains personnages tragiques. Le délire de petitesse s’accompagne d’impudeur, ce qui laisserait à penser que soit le mélancolique ne croit pas aux reproches qu’il s’adresse - hypothèse que ne retient pas Freud - ou qu’il a perdu son moi et qu’il le traite comme quelque chose d’étranger, théorie de Freud. Le mélancolique trouve satisfaction à l’auto dénigrement, une joie dans sa peine, quand l’endeuillé souffre sans ambiguïté de sa perte.
Freud introduit alors l’idée du clivage du moi en moi et en surmoi afin de résoudre la contradiction de la mélancolie quant à la perte. Le moi prend une partie de lui-même pour un objet. En outre, cette partie symbolise un objet réel et extérieur. Ihre Klagen sind Anklagen : leurs plaintes (dans le sens de soupirs) sont des plaintes portées contre quelqu’un (des mises en accusation). Le mélancolique a perdu un objet. Si c’est, par exemple, par le fait d’une déception, il a perdu une image qu’il se faisait d’un être et cet être est mort, sous cette forme en tout cas. La libido est désinvestie rapidement et facilement, sans travail : « l’investissement d’objet s’avéra peu résistant » peut-être parce qu’il était peu ancré dans le réel mais presqu’entièrement dans l’imaginaire. Tandis que dans le processus du deuil, l’investissement est résistant, car tissé avec le réel et non le fruit d’un fantasme. La libido ne peut choisir un autre objet - contrairement au deuil dont la fin est marquée par le choix d’un autre objet appartenant au réel, par le choix du réel - et se replie dans le moi. Pourquoi la libido « libre » du mélancolique ne choisit-elle pas un autre objet ? Parce qu’elle n’est libre qu’en apparence. On ne peut se libérer de soi-même. La libido « servit à établir une identification du moi avec l’objet abandonné. L’ombre de l’objet tomba ainsi sur le moi qui put alors être jugé par une instance particulière comme un objet, comme l’objet abandonné.» Le texte de Freud a une certaine poésie et l’on y ressent parfois un certain «flou conceptuel » : qu’est-ce que l’ombre de l’objet ? En lisant, on a l’impression qu’il y a dédoublement qui se produit dans la mélancolie. Dédoublement de l’objet aimé par le narcissisme qui me lie à lui. L’ombre de l’objet est la dépouille de nos rêves ou de nos désirs. L’objet sans ombre est l’objet qui nous est indifférent ou qui a été aimé en entier et a disparu, emportant avec lui (deuil). On retrouve cette ombre dans le théâtre, et le rêve lui-même peut être conçu comme l’ombre de la réalité. Dans le deuil, il n’y a pas d’ombre, car il n’y pas, après la perte, de « substitut de l’investissement d’amour ». Il n’y a pas de résidu, de fantôme, comme dans les amputations où le membre manquant continue à vivre. La relation d’amour perdure après la perte de l’objet d’amour. L’ombre de l’objet est en réalité notre reflet en tant que nous nous mirions dans l’objet perdu.
Le mélancolique à la différence de l’endeuillé ne sait pas ce qu’il a perdu. Dans les deux cas, il y a identification narcissique à l’objet perdu. Le deuil permet à l’individu de se récupérer. La mélancolie, elle, s’installe dans le sujet par l’incorporation de l’objet perdu. Or, l’objet du mélancolique est « rien ». L’objet suscitait des sentiments ambivalents de haine / amour que le sujet reprend à son compte. Ainsi, la perte de l’objet se transforme en une perte du moi et le conflit qui existait entre cet objet et moi est transposé à l’intérieur de mon être entre le moi et le surmoi. Le moi et le surmoi gagnent le duel à tour de rôle et déterminent les phases mélancoliques et maniaques. La phase maniaque présente des ressemblances avec les orgies cannibaliques ou dionysiaques.
(1) « Délire de négation, décrit par Cotard en 1880. Le malade, après avoir développé des préoccupations hypocondriaques et des troubles cénesthésiques, sent ses organes se putréfier et se détruire. Puis il en nie l’existence et étend enfin sa négation au monde extérieur et à sa propre existence. N’étant plus vivant, il ne saurait mourir, ce qui est vécu comme une damnation. Ce syndrome, qui mène à la prostration anxieuse, parfois à l’automutilation et au suicide, est un des délires secondaires de la mélancolie. » Encyclopaedia Universalis

Leiji Matsumoto est connu en France parce qu'il est le créateur d'un personnage de dessin animé, Albator, dont le véritable nom est Harlock. Tous les trentenaires le connaissent, puisqu'il officiait déjà dans leur enfance. Il a également réalisé les clips de Daft Punk - que je ne connais que du bout de leur nom... Matsumoto a créé tout un univers dont Harlock n'est qu'une pièce. Son oeuvre majeure est Galaxy Express 999, qui est le nom d'un mystérieux train de l'espace. A son bord, une étrange jeune femme blonde et longiligne (le trait de fabrique de ses personnages féminins, alors que les mâles sont souvent très laids ou difformes) nommée Maetel et un petit garçon, Tetsuro. Ce dernier a embarqué à bord du train, car il désire se rendre sur une planète, où il pourra être transformé en androïde, afin de devenir immortel. Son but premier est de venger sa mère, assassiné par l'odieux Comte Mécanique, lors d'une chasse à la mode du Comte Zaroff. Cette scène, d'ailleurs, pastiche tendrement le début de Bambi. Galaxy Express 999 désigne à la fois une série et un long métrage, qui reprend la série mais sous des angles différents, opposés parfois, mais également complémentaires. En effet, c'est bien la force et la féconde bizarrerie de Matsmuto que de ne cesser d'imposer mille possibles à ses personnages, ce qui les conduit à vivre des événements antinomiques, d'une série à l'autre. Tout se passe d'ailleurs comme si les personnages n'avaient pas souvenance de ce qu'ils ont vécu dans une autre série animée ou un autre manga. La chronologie n'existe pas chez Matsumoto. C'est une donnée qu'il faut accepter d'emblée sous peine de rechercher en vain une logique qui n'a pas cours dans son monde. De même, certains personnages changent d'apparence d'une série à un film. Tout se passe comme s'il existait plusieurs mondes, reliés les uns aux autres, mais sans que l'on puisse définir la nature de cette relation. Chaque série est comme la facette d'un diamant dans lequel on peut contempler une histoire que l'on percevra différente dans une autre facette. Ou bien imaginez-vous prononçant une phrase qu'un écho vous renverra dissemblable. J'appelle ce phénomène variations, dans le sens où l'on parle de variations autour d'un thème musical. L'univers de Matsumoto est poétique, érotique, parfois violent, souvent cruel, toujours philosophique, et malheureusement quelque peu amphigourique ; mais il a un charme fou. Je succombe.

mercredi 4 janvier 2006

Alias redevient une bonne série. Ce n'est pas aussi excitant que lors des 2 premières saisons mais je me suis réconciliée avec la série. L'épisode 9 est absolument excellent. J'ai hâte d'avoir la suite en mars. Je crois désormais qu'il est possible que les scénaristes écrivent une fin satisfaisante. Quelques captures de cet épisode ci-jointes : les moments qui m'ont donné le plus d'émotion. Je me demande si le titre de l'épisode ("The Horizon") ne fait pas implicitement référence au roman de James Hilton, Lost Horizon, adapté à l'écran par Capra. http://en.wikipedia.org/wiki/Lost_Horizon
Ajout en date du 28 août 2008 : la série ne parvint pas, hélas, à retrouver son orginalité des débuts, ni sa cohérence, et nous offrit une fin absurde et décevante. 
Cher auteur, 
Je viens à vous respectueusement, car vous êtes un écrivain de renom, afin de vous poser une question technique extrêmement importante concernant l’art d’écrire : comment parvenez-vous à avoir «un chat de bureau» qui demeure calme ? Vous parlez souvent de votre chat, nommé Hasard, et je suis moi-même très fière de dire que je possède mon propre chat de bureau, dont le nom est Guimauve. Ainsi, je suppose que cette qualité fait de moi, sans aucun doute possible, un bon écrivain (je veux dire, par là, que c’est une preuve). Mais le seul problème qui se pose à moi est que Guimauve ne dort pas en permanence. Il y a des moments où elle réclame des caresses, et elle se promène autour de mon bureau – humant l’atmosphère et ainsi de suite, vous connaissez leurs manières, et le pire se produit, inévitablement, à chaque fois : elle marche sur le clavier de mon ordinateur. Par conséquent, vous pouvez imaginer mon état d’esprit. Des poils, à peu près partout, et des tas de désagréments de ce genre. Je retrouve des messages codés dans mes textes si je m’absente trop longtemps : htyoplsW23¨à ;:::::::ug-ç gagyt547&. Je suis très inquiète à l’idée que, peut-être, je ne serai jamais un écrivain célèbre, simplement à cause de mon chat de bureau qui me maintient en échec. Ceci me semble un destin terrible. Pensez-vous que ce soit à cause de sa couleur ? Elle (oui, c’est une demoiselle, une vieille fille devrais-je dire) est rousse. On m’a dit que ce genre de couleur ne les prédisposait pas à avoir un caractère qui en fasse de parfaits chats de bureau.
Avez-vous quelque conseil à m’offrir, ou bien encore un truc ? Je vous remercie, par avance, de la bienveillance avec laquelle vous examinerez mon cas et tenterez d’y apporter une solution.
Votre dévouée,
C.-A. F.
mardi 3 janvier 2006
Calderon l'écrivait : La vie est songe. Shakespeare n'était pas en reste : "Nous sommes de l'étoffe dont on tisse les rêves" (La tempête). 
Voici un cauchemar :
Un rêve. Sens caché. Un escabeau ? Non, malheureusement. Une échelle. Une incroyable et immense échelle couleur de rouille bleue et de caramel brûlé, unijambiste de surcroît, accotée à l’une de mes parois, s’élevait vers le ciel et reliait deux mondes, deux réalités ordinaires, injustifiées et satisfaites. A un bout de l’échelle du géant nommé Excalibur, une porte battante qui évente tantôt un jardin tantôt une salle d’examen ; à l’autre extrémité, une fenêtre qui pend dans le vide et qui barricade une poche de viscères poisseuses. Derrière cette fenêtre-là, je ne veux pas regarder. Quand je le désirerais, je ne le pourrais. Elle n’est pas à portée de ma main et la longueur de mon corps ne suffirait pour l’atteindre. Il y a l’échelle… Oui, mais j’ai le vertige. Cette fenêtre lointaine, blanche, propre à l’excès, sûrement dérobée à la façade d’un hôpital, baille dans le plafond des Dieux. Je la contemple et l’effroi suggère des idées folles à ma tête malade. Je suis ivre. Endormie, encore. Peut-être. Comme un soupçon face à une réalité double, incertaine, je navigue. Je m’entortille aux barreaux du lit. A quelques mètres du sol, en plein espace, trois barreaux de l’échelle sont rongés. Ce ne sont pas les dents du géant Excalibur qui les ont dévorés. Son appétit est autre. Ces dégâts-là sont ceux de l’acide. L’acide d’un estomac troué ou la bave d’un animal monstrueux. Je suis préoccupée par un motif qui se dérobe sans cesse à mon attention vacillante. La mémoire est oublieuse et ma conscience caquette comme une machine à coudre. Assourdissante ! La ferme ! Ça me revient. Comment le chat fera-t-il pour revenir vers moi ? C’est alors que je me suis souvenu. Ce matin, à mon réveil, le chat noir et bientôt vieux s’est métamorphosé en ma grand-mère. A moins que ce ne fût l’inverse. A moins que ce chat n’eût jamais été qu’une métaphore de ma vieille. J’aurais été assez bête pour ne pas m’en apercevoir et assez incrédule pour n’y pas croire. Pourtant, si je me sens si affreusement coupable, ce n’est pas sans raison : j’aurais dû le savoir. Une voix me l’affirme. Je suis horrifiée. J’ai voulu ce qui est arrivé. J’ai dansé sur sa tombe. L’explication est simple, quand on y songe avec fermeté. Le bout de jardin broussailleux, crasseux, sans intérêt, ce coin de pourriture s’est révélé être le chemin qui mène à un champ en friche, pleins de rosiers morts, et d’herbes desséchées. Je n’en ai pas été surprise. Le champ n’a cependant pas poussé en une nuit ! La terre s’est ouverte en cet endroit, mince sillon blond cendré, qui m’évoque un pubis adolescent à peine chevelu. Une actrice sans emploi, autrefois belle et jeune, est passée devant le mur qui ficelle ce morceau de terre, qui endigue cette fosse à purin. Elle portait sur son dos, à califourchon, une vieille, une folle, qui arborait un sourire sans dents. Elles me désapprouvaient, m’accusaient d’un crime dont j’étais bien convaincue être innocente. Si j’étais innocente, ainsi que je le prétendais, pourquoi cette haine de ma personne, cette envie de m’affliger une peine mortelle, d’échanger nos vies, la mienne contre la sienne. Je suis impardonnable et celui ou celle qui me pardonnerait serait le plus coupable de nous deux. Je les aie suivies. Je les ai devancées lorsque je l’ai vue au milieu de ce champ, attablée à une mauvaise table en fer, autrefois blanche, qui pleurait et se dépouillait de son lustre. La décrépitude de l’objet aurait pu m’évoquer la maigreur de la vieille assise. J’appréhendais sa silhouette. Rassurée, je la regarde – feint-elle de ne pas me voir ou n’est-ce qu’une cécité temporaire ? ses yeux en ont-ils trop vu ou n’ont-ils plus de courage pour moi ? – et, non, elle n’est pas maigre, ni émaciée, ni laide. Au contraire. La laideur de ceux qu’on aime est une telle habitude qu’elle devient beauté, dans la plupart des cas, mais je suis objective : elle est belle. J’ai remarqué sans y accorder le poids qu’il convient ses deux jambes, rondes, galbées, porcines et sous leur enveloppe de peau trois filaments rouge, deux vers de sang. Elle était attablée avec sa fille et elles mangeaient. Je m’approchais. J’affirmais à l’actrice et à la naine accrochée à son dos comme une bosse que je ne savais pas. Ignorante ! Elles rirent d’un ton mauvais, sous-entendant que ce n’était pas possible. Quand votre propre grand-mère couche dans un bout de jardin dégueulasse et qu’elle se nourrit des boîtes déposées pour le chat, on ne peut pas ne pas savoir. Je suis convaincue, maintenant, qu’elles sont obligées d’avoir raison. Je le savais. Et si le chat noir n’est pas revenu, c’est parce que la vieille femme, affamée, l’a mangé ! Elle rit, la grand-mère en dévorant les boîtes de pâtée. Elle se lèche les babines. Je pleure. Elle ne me voit pas, elle ne me parle pas, elle gazouille avec sa fille, une femme en noir, de la tête aux pieds, à la frange courte et aux yeux gais, avec des paupières vertes, veloutées, et des cils granuleux, des pattes d’araignée accrochées aux paupières. Je m’enfuis, essayant d’éviter les mots de l’actrice et de la naine qui m’écorchent. Entre leurs mains, je suis un morceau de fromage qu’elles râpent.
On peut toujours réclamer les lumières de Freud pour l'interpréter, encore que l'exercice soit périlleux et davantage révélateur de la complexion de l'interprète. Rien de tel, dans ce carnet des songes, bien heureusement.

Tout d'abord, il faut savoir que c'est une chèvre imaginaire, qui lui a été offerte en cadeau par une petite fille pas très sage ! Vous n'en trouverez nulle trace dans le roman ou la pièce Peter Pan, car Peter Pan est né pour la première fois, dans un autre roman, inédit en France.
Bien sûr, la chèvre de Peter Pan ne va pas disparaître de la page d'accueil de mon futur site sur Barrie ! On a essayé de me faire entendre raison mais que nenni !  Et ça me plaît beaucoup.
La chèvre de Peter Pan ?
Il faut que je vous parle de sa chèvre !



lundi 2 janvier 2006

Lorsque le nom de Charlie Kaufman est crédité au générique d’un film, cela promet toujours un film stimulant et brillant. Les scénarii de Kaufman peuvent donner l’impression d’être loufoques, mais ils le sont moins qu’on ne pourrait le croire. Ils s’articulent toujours autour d’une idée forte, non-conformiste, et à partir de ce centre improvisé avec art le film se tisse, tout en ramifications.

La scène où le couple de personnages principaux s’allonge sur la Charles glacée et où l’on aperçoit la glace se fendiller, dessinant une esquisse de toile d’araignée, est très caractéristique du fond et de la forme du film. L’existence a un centre et l’on y revient toujours, quoi qu’il advienne. On ne peut usurper un autre destin.

Tous les films auxquels Kaufman se prête déploient une force centripète. L’originalité appelle l’originalité. Cette sensation d’inédit est le regard neuf que porte Kaufman sur les pensées, les émotions et les sentiments les plus ordinaires d’une vie d’homme. Cette nouveauté est l’expression d’une singularité qui s’exhibe sans retenue, qui ose fouiller dans l’abîme de sa conscience sans peur des éventuelles trouvailles. Kaufman ne doit que peu censurer ses idées. Il y a en lui une audace qui peut détourner ou séduire. La réaction provoquée est, finalement, un indice sur notre propre (in)capacité à nous mirer dans l’introspection d’une conscience téméraire. Il a obtenu l’Oscar du meilleur scénario. Justice !

Il suffit de nommer Adaptation et Being John Malkovitch, tous les deux réalisés par le non moins délirant Spike Jonze pour se rendre compte à quel point ces deux artistes ont peu de limites. Leur imaginaire est vaste et fertile. A leur manière, ils sont dérangeants et nous brusquent. Bienfaisance de cette bousculade. On a envie d’avoir leur cran. Emulation, peut-être.

Eternal sunshine of the spotless mind réalisé par Michel Gondry est une superbe histoire d’amour qui évite à peu près tous les clichés attendus. Le titre du film est un vers d’un poème d’Alexander Pope, extrait d’ «Eloisa to Abélard». On connaît leur histoire sublime et triste. Le renoncement d’Héloïse comme écho du renoncement de Clementine.

Le vers signifie, littéralement «L’éternel ensoleillement de l’esprit sans taches». Il exprime la virginité de l’esprit ou de la conscience, la pureté qui permet, précisément, de regarder la vie, les êtres, sans le poids de la mémoire et de l’expérience, détaché de tout ce qui nous alourdit et nous ancre dans nos peurs et nos échecs.

Kate Winslet et Jim Carrey sont impétueux de sincérité dans ce film. Le propos est métissé d’humour discret. Le ton est extrêmement pudique. Tout se passe comme si on avait retenu l’absolu de la passion, en l’excavant de tout ce qui l’entache (les doutes, le passé, la crainte devant l’incertitude de l’avenir et les intermittences de notre cœur, pour reprendre une formule proustienne).

L’argument est le suivant : un homme paumé, rêveur, et taciturne rencontre une jeune femme impulsive, joyeuse et (mais) mal dans sa peau. Leur intimité est immédiate. L’amour est une évidence rare, mais parfois ce miracle advient. Un beau jour, Clementine (puisque la jeune femme porte ce nom) ne reconnaît plus son amoureux. Amnésie provoquée par un docteur, à qui elle a demandé d’effacer tous les souvenirs de Joel Barish, suite à une déception passagère, à la fêlure d’un idéal. Joel demande au docteur la même chose. Or, il se rend compte que, malgré la douleur immense, il veut garder la mémoire de Clementine. Mais le processus est engagé. Dans son sommeil provoqué, il va vivre une autre vie avec la jeune femme, et essayer de la cacher dans des souvenirs personnels, dans un for intérieur qu’il n’a pas partagé avec elle, afin de ne pas la perdre. En effet, le docteur efface tous ses souvenirs communs avec elle. Malgré sa résistance, Joel échouera. Toutefois, la vie est bien faite : il va rencontrer à nouveau Clementine et tous les deux vont, à nouveau, tomber amoureux l’un de l’autre (le final du film de Jeunet, Un long dimanche de fiançailles expose la même idée)… et retrouver la mémoire perdue de leur échec. Et poursuivre leur chemin, malgré tout. Le docteur, qui a effacé la mémoire de sa maîtresse et secrétaire à sa demande (puisqu’il est marié et père, ailleurs) se retrouve pris au même piège, puisque son amante retombe amoureuse de lui. L’amour est probablement une sorte de fatalité du caractère plus que des circonstances (c’est pourquoi, le jeune assistant du docteur ne parvient pas à se faire aimer de Clementine, même en volant les mots, les gestes et les souvenirs de Joel).

Le fondu final est sublime. La neige est la métaphore classique de la pureté, qui n’est pas la virginité de la mémoire, mais la capacité à se recréer sans cesse et se désirer neuf pour l’autre à chaque instant. Truffaut achève de même La sirène du Mississippi.

In these deep solitudes and awful cells, Where heav'nly-pensive contemplation dwells, And ever-musing melancholy reigns; What means this tumult in a vestal's veins? Why rove my thoughts beyond this last retreat? Why feels my heart its long-forgotten heat? Yet, yet I love! — From Abelard it came, And Eloisa yet must kiss the name.

Dear fatal name! rest ever unreveal'd, Nor pass these lips in holy silence seal'd. Hide it, my heart, within that close disguise, Where mix'd with God's, his lov'd idea lies: O write it not, my hand — the name appears Already written — wash it out, my tears! In vain lost Eloisa weeps and prays, Her heart still dictates, and her hand obeys.

Relentless walls! whose darksome round contains Repentant sighs, and voluntary pains: Ye rugged rocks! which holy knees have worn; Ye grots and caverns shagg'd with horrid thorn! Shrines! where their vigils pale-ey'd virgins keep, And pitying saints, whose statues learn to weep! Though cold like you, unmov'd, and silent grown, I have not yet forgot myself to stone. All is not Heav'n's while Abelard has part, Still rebel nature holds out half my heart; Nor pray'rs nor fasts its stubborn pulse restrain, Nor tears, for ages, taught to flow in vain.

Soon as thy letters trembling I unclose, That well-known name awakens all my woes. Oh name for ever sad! for ever dear! Still breath'd in sighs, still usher'd with a tear. I tremble too, where'er my own I find, Some dire misfortune follows close behind. Line after line my gushing eyes o'erflow, Led through a sad variety of woe: Now warm in love, now with'ring in thy bloom, Lost in a convent's solitary gloom! There stern religion quench'd th' unwilling flame, There died the best of passions, love and fame.

Yet write, oh write me all, that I may join Griefs to thy griefs, and echo sighs to thine. Nor foes nor fortune take this pow'r away; And is my Abelard less kind than they? Tears still are mine, and those I need not spare, Love but demands what else were shed in pray'r; No happier task these faded eyes pursue; To read and weep is all they now can do.

Then share thy pain, allow that sad relief; Ah, more than share it! give me all thy grief. Heav'n first taught letters for some wretch's aid, Some banish'd lover, or some captive maid; They live, they speak, they breathe what love inspires, Warm from the soul, and faithful to its fires, The virgin's wish without her fears impart, Excuse the blush, and pour out all the heart, Speed the soft intercourse from soul to soul, And waft a sigh from Indus to the Pole.

Thou know'st how guiltless first I met thy flame, When Love approach'd me under Friendship's name; My fancy form'd thee of angelic kind, Some emanation of th' all-beauteous Mind. Those smiling eyes, attemp'ring ev'ry day, Shone sweetly lambent with celestial day. Guiltless I gaz'd; heav'n listen'd while you sung; And truths divine came mended from that tongue. From lips like those what precept fail'd to move? Too soon they taught me 'twas no sin to love. Back through the paths of pleasing sense I ran, Nor wish'd an Angel whom I lov'd a Man. Dim and remote the joys of saints I see; Nor envy them, that heav'n I lose for thee.

How oft, when press'd to marriage, have I said, Curse on all laws but those which love has made! Love, free as air, at sight of human ties, Spreads his light wings, and in a moment flies, Let wealth, let honour, wait the wedded dame, August her deed, and sacred be her fame; Before true passion all those views remove, Fame, wealth, and honour! what are you to Love? The jealous God, when we profane his fires, Those restless passions in revenge inspires; And bids them make mistaken mortals groan, Who seek in love for aught but love alone. Should at my feet the world's great master fall, Himself, his throne, his world, I'd scorn 'em all: Not Caesar's empress would I deign to prove; No, make me mistress to the man I love; If there be yet another name more free, More fond than mistress, make me that to thee! Oh happy state! when souls each other draw, When love is liberty, and nature, law: All then is full, possessing, and possess'd, No craving void left aching in the breast: Ev'n thought meets thought, ere from the lips it part, And each warm wish springs mutual from the heart. This sure is bliss (if bliss on earth there be) And once the lot of Abelard and me.

Alas, how chang'd! what sudden horrors rise! A naked lover bound and bleeding lies! Where, where was Eloise? her voice, her hand, Her poniard, had oppos'd the dire command. Barbarian, stay! that bloody stroke restrain; The crime was common, common be the pain. I can no more; by shame, by rage suppress'd, Let tears, and burning blushes speak the rest.

Canst thou forget that sad, that solemn day, When victims at yon altar's foot we lay? Canst thou forget what tears that moment fell, When, warm in youth, I bade the world farewell? As with cold lips I kiss'd the sacred veil, The shrines all trembl'd, and the lamps grew pale: Heav'n scarce believ'd the conquest it survey'd, And saints with wonder heard the vows I made. Yet then, to those dread altars as I drew, Not on the Cross my eyes were fix'd, but you: Not grace, or zeal, love only was my call, And if I lose thy love, I lose my all. Come! with thy looks, thy words, relieve my woe; Those still at least are left thee to bestow. Still on that breast enamour'd let me lie, Still drink delicious poison from thy eye, Pant on thy lip, and to thy heart be press'd; Give all thou canst — and let me dream the rest. Ah no! instruct me other joys to prize, With other beauties charm my partial eyes, Full in my view set all the bright abode, And make my soul quit Abelard for God.

Ah, think at least thy flock deserves thy care, Plants of thy hand, and children of thy pray'r. From the false world in early youth they fled, By thee to mountains, wilds, and deserts led. You rais'd these hallow'd walls; the desert smil'd, And Paradise was open'd in the wild. No weeping orphan saw his father's stores Our shrines irradiate, or emblaze the floors; No silver saints, by dying misers giv'n, Here brib'd the rage of ill-requited heav'n: But such plain roofs as piety could raise, And only vocal with the Maker's praise. In these lone walls (their days eternal bound) These moss-grown domes with spiry turrets crown'd, Where awful arches make a noonday night, And the dim windows shed a solemn light; Thy eyes diffus'd a reconciling ray, And gleams of glory brighten'd all the day. But now no face divine contentment wears, 'Tis all blank sadness, or continual tears. See how the force of others' pray'rs I try, (O pious fraud of am'rous charity!) But why should I on others' pray'rs depend? Come thou, my father, brother, husband, friend! Ah let thy handmaid, sister, daughter move, And all those tender names in one, thy love! The darksome pines that o'er yon rocks reclin'd Wave high, and murmur to the hollow wind, The wand'ring streams that shine between the hills, The grots that echo to the tinkling rills, The dying gales that pant upon the trees, The lakes that quiver to the curling breeze; No more these scenes my meditation aid, Or lull to rest the visionary maid. But o'er the twilight groves and dusky caves, Long-sounding aisles, and intermingled graves, Black Melancholy sits, and round her throws A death-like silence, and a dread repose: Her gloomy presence saddens all the scene, Shades ev'ry flow'r, and darkens ev'ry green, Deepens the murmur of the falling floods, And breathes a browner horror on the woods.

Yet here for ever, ever must I stay; Sad proof how well a lover can obey! Death, only death, can break the lasting chain; And here, ev'n then, shall my cold dust remain, Here all its frailties, all its flames resign, And wait till 'tis no sin to mix with thine.

Ah wretch! believ'd the spouse of God in vain, Confess'd within the slave of love and man. Assist me, Heav'n! but whence arose that pray'r? Sprung it from piety, or from despair? Ev'n here, where frozen chastity retires, Love finds an altar for forbidden fires. I ought to grieve, but cannot what I ought; I mourn the lover, not lament the fault; I view my crime, but kindle at the view, Repent old pleasures, and solicit new; Now turn'd to Heav'n, I weep my past offence, Now think of thee, and curse my innocence. Of all affliction taught a lover yet, 'Tis sure the hardest science to forget! How shall I lose the sin, yet keep the sense, And love th' offender, yet detest th' offence? How the dear object from the crime remove, Or how distinguish penitence from love? Unequal task! a passion to resign, For hearts so touch'd, so pierc'd, so lost as mine. Ere such a soul regains its peaceful state, How often must it love, how often hate! How often hope, despair, resent, regret, Conceal, disdain — do all things but forget. But let Heav'n seize it, all at once 'tis fir'd; Not touch'd, but rapt; not waken'd, but inspir'd! Oh come! oh teach me nature to subdue, Renounce my love, my life, myself — and you. Fill my fond heart with God alone, for he Alone can rival, can succeed to thee.

How happy is the blameless vestal's lot! The world forgetting, by the world forgot. Eternal sunshine of the spotless mind! Each pray'r accepted, and each wish resign'd; Labour and rest, that equal periods keep; "Obedient slumbers that can wake and weep;" Desires compos'd, affections ever ev'n, Tears that delight, and sighs that waft to Heav'n. Grace shines around her with serenest beams, And whisp'ring angels prompt her golden dreams. For her th' unfading rose of Eden blooms, And wings of seraphs shed divine perfumes, For her the Spouse prepares the bridal ring, For her white virgins hymeneals sing, To sounds of heav'nly harps she dies away, And melts in visions of eternal day.

Far other dreams my erring soul employ, Far other raptures, of unholy joy: When at the close of each sad, sorrowing day, Fancy restores what vengeance snatch'd away, Then conscience sleeps, and leaving nature free, All my loose soul unbounded springs to thee. Oh curs'd, dear horrors of all-conscious night! How glowing guilt exalts the keen delight! Provoking Daemons all restraint remove, And stir within me every source of love. I hear thee, view thee, gaze o'er all thy charms, And round thy phantom glue my clasping arms. I wake — no more I hear, no more I view, The phantom flies me, as unkind as you. I call aloud; it hears not what I say; I stretch my empty arms; it glides away. To dream once more I close my willing eyes; Ye soft illusions, dear deceits, arise! Alas, no more — methinks we wand'ring go Through dreary wastes, and weep each other's woe, Where round some mould'ring tower pale ivy creeps, And low-brow'd rocks hang nodding o'er the deeps. Sudden you mount, you beckon from the skies; Clouds interpose, waves roar, and winds arise. I shriek, start up, the same sad prospect find, And wake to all the griefs I left behind.

For thee the fates, severely kind, ordain A cool suspense from pleasure and from pain; Thy life a long, dead calm of fix'd repose; No pulse that riots, and no blood that glows. Still as the sea, ere winds were taught to blow, Or moving spirit bade the waters flow; Soft as the slumbers of a saint forgiv'n, And mild as opening gleams of promis'd heav'n.

Come, Abelard! for what hast thou to dread? The torch of Venus burns not for the dead. Nature stands check'd; Religion disapproves; Ev'n thou art cold — yet Eloisa loves. Ah hopeless, lasting flames! like those that burn To light the dead, and warm th' unfruitful urn.

What scenes appear where'er I turn my view? The dear ideas, where I fly, pursue, Rise in the grove, before the altar rise, Stain all my soul, and wanton in my eyes. I waste the matin lamp in sighs for thee, Thy image steals between my God and me, Thy voice I seem in ev'ry hymn to hear, With ev'ry bead I drop too soft a tear. When from the censer clouds of fragrance roll, And swelling organs lift the rising soul, One thought of thee puts all the pomp to flight, Priests, tapers, temples, swim before my sight: In seas of flame my plunging soul is drown'd, While altars blaze, and angels tremble round.

While prostrate here in humble grief I lie, Kind, virtuous drops just gath'ring in my eye, While praying, trembling, in the dust I roll, And dawning grace is op'ning on my soul: Come, if thou dar'st, all charming as thou art! Oppose thyself to Heav'n; dispute my heart; Come, with one glance of those deluding eyes Blot out each bright idea of the skies; Take back that grace, those sorrows, and those tears; Take back my fruitless penitence and pray'rs; Snatch me, just mounting, from the blest abode; Assist the fiends, and tear me from my God!

No, fly me, fly me, far as pole from pole; Rise Alps between us! and whole oceans roll! Ah, come not, write not, think not once of me, Nor share one pang of all I felt for thee. Thy oaths I quit, thy memory resign; Forget, renounce me, hate whate'er was mine. Fair eyes, and tempting looks (which yet I view!) Long lov'd, ador'd ideas, all adieu! Oh Grace serene! oh virtue heav'nly fair! Divine oblivion of low-thoughted care! Fresh blooming hope, gay daughter of the sky! And faith, our early immortality! Enter, each mild, each amicable guest; Receive, and wrap me in eternal rest!

See in her cell sad Eloisa spread, Propp'd on some tomb, a neighbour of the dead. In each low wind methinks a spirit calls, And more than echoes talk along the walls. Here, as I watch'd the dying lamps around, From yonder shrine I heard a hollow sound. "Come, sister, come!" (it said, or seem'd to say) "Thy place is here, sad sister, come away! Once like thyself, I trembled, wept, and pray'd, Love's victim then, though now a sainted maid: But all is calm in this eternal sleep; Here grief forgets to groan, and love to weep, Ev'n superstition loses ev'ry fear: For God, not man, absolves our frailties here."

I come, I come! prepare your roseate bow'rs, Celestial palms, and ever-blooming flow'rs. Thither, where sinners may have rest, I go, Where flames refin'd in breasts seraphic glow: Thou, Abelard! the last sad office pay, And smooth my passage to the realms of day; See my lips tremble, and my eye-balls roll, Suck my last breath, and catch my flying soul! Ah no — in sacred vestments may'st thou stand, The hallow'd taper trembling in thy hand, Present the cross before my lifted eye, Teach me at once, and learn of me to die. Ah then, thy once-lov'd Eloisa see! It will be then no crime to gaze on me. See from my cheek the transient roses fly! See the last sparkle languish in my eye! Till ev'ry motion, pulse, and breath be o'er; And ev'n my Abelard be lov'd no more. O Death all-eloquent! you only prove What dust we dote on, when 'tis man we love.

Then too, when fate shall thy fair frame destroy, (That cause of all my guilt, and all my joy) In trance ecstatic may thy pangs be drown'd, Bright clouds descend, and angels watch thee round, From op'ning skies may streaming glories shine, And saints embrace thee with a love like mine.

May one kind grave unite each hapless name, And graft my love immortal on thy fame! Then, ages hence, when all my woes are o'er, When this rebellious heart shall beat no more; If ever chance two wand'ring lovers brings To Paraclete's white walls and silver springs, O'er the pale marble shall they join their heads, And drink the falling tears each other sheds; Then sadly say, with mutual pity mov'd, "Oh may we never love as these have lov'd!"

From the full choir when loud Hosannas rise, And swell the pomp of dreadful sacrifice, Amid that scene if some relenting eye Glance on the stone where our cold relics lie, Devotion's self shall steal a thought from Heav'n, One human tear shall drop and be forgiv'n. And sure, if fate some future bard shall join In sad similitude of griefs to mine, Condemn'd whole years in absence to deplore, And image charms he must behold no more; Such if there be, who loves so long, so well; Let him our sad, our tender story tell; The well-sung woes will soothe my pensive ghost; He best can paint 'em, who shall feel 'em most.

Alexander Pope (1688-1744)

dimanche 1 janvier 2006

J'ai décidé, en ce lieu, de créer des vignettes pour les films que je visionne. Le principe est simple : faire une ou deux captures d'écran du film, afin de fixer la ou les scènes qui m'ont le plus émue, plu, touchée... Ce film de Cukor, qui date de 1957, est un régal. Gene Kelly, tour à tour, mutin, goujat, désinvolte, amoureux, un peu fourbe ou sincère, et un trio de filles légères et graves à la fois, pour qui l'amour doit être "comme un soufflé et non comme un pudding" nous présente trois versions d'une histoire, dont aucune n'est tout à fait vraie ou tout à fait fausse. Le clin d'oeil final est très plaisant (Cf. la pancarte : Où est la vérité ?) et ménage, jusqu'à la dernière seconde un certain suspense. J'aime les pirouettes. C'est la figure dans laquelle aucun faux pas n'est permis. La scène que je retiendrai en mémoire est celle où Gene Kelly fait son numéro avec sa girl (Mitzi Gaynor) préférée (celle qui lui résiste) dans un décor qui, tout d'abord, semble peint et se révèle, au fur et à mesure, tout à fait matériel. Ce faux trompe-l'oeil, qui en est un véritable, est un paradoxe comme je les aime.
"Il est permis de se demander, et même de demander aux autres, pourquoi un homme qui a vécu comme un cochon a le désir de ne pas mourir comme un chien." "Mon existence est une campagne triste où il pleut toujours." "Les femmes sont universellement persudées que "tout leur est dû". Cette croyance est dans leur nature comme le triangle est inscrit dans la circonférence qu'il détermine."
"L'effroyable translation "de l'utérus au sépulcre" qu'on est convenu d'appeler cette vie comblée de misères, de deuils, de mensonges, de déceptions, de trahisons, de puanteurs et de catastrophes." 
Léon Bloy 
  Un auteur immense. Son roman, Le désespéré, est presque de la même eau que Voyage au bout de la nuit de Céline. J' ai toujours trouvé réconfort et jouissance auprès de ceux qui ne me mentent pas. Voici la raison pour laquelle j'aime les auteurs qui écrivent avec leur sang et leur bile.

L’habitude est rassurante. Ordinairement, j’entame toujours un livre par ses dernières pages. Pourquoi, n’est-ce pas, s’aventurer sans précautions et risquer d’évitables déceptions ? De même, dans la glace au rhum et aux raisins, je dévore d’abord tous les raisins incrustés. C’est ce que je préfère. Le seul commencement possible pour moi est le meilleur. La vie est trop courte pour risquer de la mal finir, car qui sait si ce que nous prenons pour des débuts ne sont pas déjà les dernières moments ? Les premières pages d’un livre à lire ou à écrire sont le moment le plus excitant et le plus flatteur pour mon imagination. Entre tous les préliminaires que l’on s’invente dans une existence, c’est celui-là qui a ma faveur. N’importe quoi peut arriver. Tout est encore possible, et le possible est une idée fascinante et inépuisable. Puis, à mesure que l’on avance, les espoirs diminuent, et la laideur reprend ses droits. Ça ressemble à la vie, en plus bref, mais ce n’est pas moins douloureux. Quand le livre est gâché, c’est une vie en concentré de ratée. Quand le roman est touché par la grâce, cela ne vaut guère mieux, de toute façon, puisque la laideur à la longue a toujours raison, et la réalité avec elle. J’aimerais écrire un roman, mais il est trop tard pour imaginer et je dois me contenter de la vérité. Cette résignation ne m’était jamais arrivée.

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Holly Golightly
Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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Une histoire inédite de J. M. Barrie

En librairie le 2 juin 2010

Édité chez Actes Sud

En librairie...

Terre de Brume, septembre 2010.

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