jeudi 13 avril 2006

De deux choses l'une : ou Michel Tournier est le plus adorable des hommes, celui qui use de la politesse la plus raffinée par souci de prévenance envers autrui, et il traite avec égard la lectrice un peu folle que je suis ; ou bien il éprouve une certaine sympathie envers Holly. Car, en effet, il a répondu, à nouveau, à ma réponse, en me faisant parvenir une photo, avec une lettre au dos et un petit fascicule écrit par une "consoeur" universitaire pour reprendre ses termes.
Je vais m'empresser de lire tout cela. Je suis aux anges.
Même s'il ne me répond que par pitié.
En effet, ma lettre était réellement débridée. Et je n'ai rien à lui apporter.
Certains auteurs répondent à leurs lecteurs. D'autres jamais. Et cela n'est pas en rapport avec leur célébrité. La proportion est même souvent inverse.
Libellés :Michel Tournier
« La vie affective » pour Freud signifie passivité : celle de l’émotion, du sentiment, de la pensée, du sensible, tout ce qui appartient au principe de plaisir. Opposer cette vie à fleur de peau au travail intellectuel revient à mettre face à face la matière et l’outil. Le jeu théâtral est un catalyseur qui va permettre au sujet de laisser remonter à la surface des eaux de sa conscience ce qui est enfoui. Le jeu auquel nous prenons goût adulte n’est pas de nature différente de celui auquel l’enfant prend plaisir. Dans un cas comme dans l’autre, il a une fonction compensatrice qui passe par une fiction. Nous nous mettons à la place de…, nous imitons ce que nous ne sommes pas, en ayant les avantages de ce qui est imité sans les inconvénients. Il y a un intéressant dédoublement de personnalité à l’œuvre dans le jeu. Cette identification qui a pour cause selon Freud l’exiguïté d’une vie ordinaire, terne, plate où rien d’exceptionnel ne vient briser le rythme ordinaire des vies sans intérêt, compense la vexation que ressent l’homme du commun à n’être rien de plus ou de mieux. Cette humiliation rejoint les trois vexations majeures subies par l’homme qui portent trois noms : Copernic, Darwin et Freud. L’homme aimerait être la nécessité – à savoir être un acteur au sens strict de celui qui agit, au sens où David Copperfield s’écrie : «Serai-je le héros de ma propre histoire, ou ce rôle sera-t-il tenu par un autre ? Ces pages l'apprendront au lecteur. Pour commencer par le commencement, je note que je naquis un vendredi à minuit - du moins me l'a-t-on dit, et je n'ai aucune raison d'en douter (...)» - et non la subir. Qui pourrait donc prendre la place de David Copperfield dans son histoire (et non sa vie) ? Qui, sinon l’auteur lui-même de l’histoire ou quelqu’un d’autre, appartenant à son existence (et non à son histoire) ? Nous n’avons donc comme choix que la fiction, du côté créateur ou du côté spectateur / lecteur. Le cas de l’acteur, l’intermédiaire entre le spectateur et sa représentation, n’est pas étudié. On pourrait presque ajouter qu’il ne l’est jamais ou très rarement, comme si sa fonction était accessoire, comme si le seul intérêt résidait dans le ressenti du spectateur qui se prend au jeu du personnage. Dans la fiction, le spectateur / lecteur (et plus encore le spectateur qui vit dans sa chair, par les yeux et l’ouïe, alors que la lecture demeure un phénomène intérieur) a le droit d’échouer, mais la jouissance n’en sera que plus forte si l’échec est grandiose. A contrario, on imagine mal un processus d’identification comparable avec des anti-héros tels que Don Quichotte ou le protagoniste principal d’un film tel que The Party de Blake Edwards interprété par le gaffeur Peter Sellers. De même, les personnages incarnés par un Charley Chase ou un Harold Llyod par exemple. Le burlesque, le ridicule, la peau de banane (même si elle est anti-déparante comme celle de Charley Bowers*)
ne sont pas dignes de nos envies d’identification. Il en va de même pour les salauds absolus – certains personnages des films noirs par exemple, comme celui qui est joué par Richard Widmark dans Kiss of death de Henry Hathaway ou la monstrueuse sœur (Bette Davis) de Joan Fontaine dans le chef-d’œuvre de Robert Aldrich, What ever happened to baby Jane ?
Les limites de l’identification nous en apprennent beaucoup sur ce que nous recherchons dans le fait de se projeter dans la vie, actes, pensées et ressentis d’un personnage, d’un être virtuel, ni tout à fait vrai ni tout à fait faux. Pourtant des personnages plutôt négatifs comme le Richard III de Shakespeare ou même le Roi Lear nous attirent, malgré leur noirceur. Ou leur « manque d’intelligence », et qui n’est pas un peu familier ou complices avec les personnages de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton, lorsque leur aspect lunaire recouvre leur maladresse burlesque ? Le partage entre ce qui produit ou non en nous l’émotion fictionnelle n’est pas si aisé qu’il n’y paraît ou que semble l’affirmer Freud dans cet essai auquel je fais implicitement référence. Une de ces limites pour Freud est la dégradation corporelle. La souffrance peut être morale ou psychologique mais pas seulement ou trop physique. La limite de l’identification est posée.
* Restauration et édition en dvd par la société Lobster.
Seuls un grand malheur ou un grand bonheur créent une interrogation valable sur le sens de la vie pour l’homme.
Il est très remarquable de constater que le suicide est considéré à notre époque si moderne comme une maladie. Le suicide est recensé comme une maladie par l’O.M.S., comme un mal qui doit être combattu par la prévention. Le suicide que les anciens considéraient comme un acte libre se métamorphose donc en un acte non libre, fruit d’une pathologie. Admettons, mais nous demandons des preuves que personne ne saurait apporter. Nous ne nions pas qu’il existe des suicides qui sont consécutifs d’une certaine constitution psychologique que l’on peut qualifier de défaillante et qui peuvent être évités avec un traitement médicamenteux ou psychothérapique. Certes, mais il existe vraisemblablement des suicides qui ne sont pas provoqués par une faille dans la psyché.
La vie n’est en rien pour l’homme une obligation, une nécessité, ni sur le plan physique, métaphysique ou moral. Dès qu’il est question de ses devoirs envers lui-même ou la société, il y a toujours un idéal qui édicte le simple fait de vivre en droit ou en devoir. Il y a quelque chose de tout à fait absurde à vouloir faire du suicide un mal à éviter. De même qu’il est tout aussi absurde et contradictoire de vouloir légiférer sur l’euthanasie - l’avortement étant encore un autre problème, insoluble celui-ci, car on est en prise avec le non-être.
On ne peut pas parler de droit à mourir dans la dignité (pour les vieux et les légumineux !) d’un côté et de prévention du suicide (sous-entendu du suicide des personnes valides, avec une espérance de vie assez longue) de l’autre. La valeur de la vie serait-elle finalement le prix qu’on lui donne à l’aune des capacités que l’homme a de jouir et, plus cyniquement, de produire, d’être utile à la société ? N’y a-t-il pas non plus une absurdité qui confine au délire de juger du droit à ne pas naître, comme ce fut le cas pour cet handicapé dont les parents saisissaient la justice parce qu’il n’était pas normalement constitué, affirmant sans l’ombre d’un doute ou d’un scrupule qu’il eût préféré ne pas naître dans ses conditions !
La société est hypocrite et elle ne peut l’être que parce que la raison n’est pas raisonnable … ou parce qu'elle l'est trop ? Ce qui revient, in fine, au même.
mercredi 12 avril 2006
GILBERT KEITH CHESTERTON (1874-1936)
Le géniteur du Père Brown est insurpassable dans le maniement délicat du paradoxe. Les éditions Actes Sud en ont donné un aperçu dans ce recueil de divers textes,
coupés pour la plupart dans The Defendant (dont je possède une édition originale) mais aussi ailleurs. Mais, dans ce remarquable ouvrage, il est dommage que ne figure pas le petit essai que je vous offre, partiellement, aujourd'hui.
Le Défendeur
« Une défense de la gloire du bébé »
« Les deux raisons qui attirent presque toujours une personne normalement constituée [vers les bébés] sont, en premier lieu, leur sérieux et, en second lieu, la conséquence de ceci : leur bonheur. Ils sont aussi enjoués que le permet leur absence d’humour. Les plus insondables gens d’université et les sages n’ont jamais atteint la gravité qui habite les yeux d’un enfant de trois mois. C’est la gravité de l’étonnement face à l’univers. Et cet étonnement face à l’univers n’est pas du mysticisme mais un sens commun transcendant. La fascination des enfants repose sur ceci : avec chacun d’entre eux toutes les choses sont recréées et l’univers passe à nouveau en comparution. Quand nous marchons dans les rues et que nous voyons, au-dessous de nous, ces grosses têtes charmantes, trois fois trop grosses pour leur corps, qui désignent à notre vue ces champignons humains, nous devrions toujours, dans un premier temps, nous rappeler que, dans chacune de ces têtes, il y a un nouvel univers, aussi neuf qu’il le fut le septième jour de la Création. Dans chacun de ces globes, il y a un nouveau système stellaire, de l’herbe nouvelle, des villes nouvelles, une mer nouvelle. (…) Mais l’influence des enfants dépasse cet insignifiant effort pour recréer le ciel et la terre. Elle nous contraint, en fait, à remanier notre conduite, en conformité avec cette théorie révolutionnaire : toutes les choses sont merveilleuses. (…) La vérité, c’est que notre attitude envers les enfants est juste et que notre attitude envers les grandes personnes est fausse. Notre attitude envers nos égaux en âge consiste en une servile solennité, qui recouvre un degré considérable d’indifférence ou de mépris. Notre attitude envers les enfants consiste en une indulgence condescendante, qui recouvre un insondable respect. Nous nous inclinons devant les grandes personnes, nous ôtons nos chapeaux devant elles, nous nous abstenons de les contredire catégoriquement, mais nous ne les apprécions pas comme il conviendrait. Nous transformons les enfants en marionnettes, nous leur faisons la leçon, nous leur tirons les cheveux, mais nous les révérons, nous les aimons et les craignons. Quand nous révérons quelque chose dans l’âge mûr, ce sont leurs vertus et leur sagesse ; c’est une tâche aisée. Mais nous révérons les défauts et les folies des enfants (…) la principale justesse de notre conception des enfants repose sur la sensation qu’eux-mêmes et leurs façons sont surnaturels, tandis que nous ne nous ressentons ni notre personne ni nos manières comme étant surnaturelles. La très petitesse des enfants nous les fait regarder comme des merveilles. Nous donnons l’impression de nous occuper d’une nouvelle espèce, qui pourrait être seulement perçue par l’intermédiaire d’un microscope. Je doute que quiconque, doté de quelque tendresse ou imagination, puisse voir la main d’un enfant et ne pas en être un peu effrayé. Il est affreux de songer que l’énergie vitale humaine se meut dans une chose si petite. C’est comme imaginer que l’humaine nature puisse vivre dans l’aile d’un papillon ou la feuille d’un arbre. »
Trad. C.-A. F. (merci de ne pas reproduire sans autorisation)
Libellés :enfance,enfants,Gilbert Keith Chesterton
mardi 11 avril 2006
...crispée, en attente d'elle, ma belle inconnue. Je me suis découvert une passion pour les pirates, corsaires et autres flibustiers. Tout ceci s'entrechoque dans la boîte à pépins. La vie est étrange. On ignore les milliers de ramifications d'un seule acte, d'une pensée qui faufile l'ourlet de nos si courtes existence. La toile internet ressemble à ceci.
Quelle trace laisserai-je de moi, demain, si je meurs dans l'avion ?
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La réalité fut à la hauteur du mythe et mieux encore...
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Post-scriptum :
Je traduisais un petit texte de Chesterton que je vous livrerai demain et qui a trait à l'enfance.
Par associations d'idées, j'ai repensé à cette boutique de jouets sur la Cinquième Avenue, FAO Schwartz, où un indescriptible malaise s'est emparé de moi. Oh, le magasin est sublime, immense et couve des trésors. Mais il y a un "mais" tonitruant.
De fausses infirmières, avec des toques, s'occupent d'une fausse nursery, remplie de faux bébés. Elles les confient à de petites filles traitées comme de jeunes accouchées. Elles les font asseoir et leur mettent leur enfant dans les bras.
Je ne sais si cette mascarade existe en France. Je suis effrayée face à cette absurde pantomime.
Libellés :New York
Avant de refermer provisoirement mon album new yorkais - car je reverrai New York, si Dieu le veut ! [étrange d'invoquer systématiquement une puissance en laquelle je ne crois pas...] -, je recopie ici, mes impressions d'avant, je colle l'image que je me faisais de New York, avant qu'elle ne me fasse son numéro de strip-tease, avant d'éplucher la grosse pomme (une granny smith à mon avis, eu égard au goût qui demeure sur la pointe de ma langue).
Paris, 27 mars 2006, 21h30.
Un de mes morts a treize ans. Un de ces jours, je vais devenir si vieille que je serai la mère de mon enfance. Non, je crèverai avant. J'ai pas le coeur pour durer. Concupiscente. New York, deux syllabes qui m'ont toujours fait tressauter. Peut-être à cause de Sinatra. Sûrement à cause des films des années 50, mais aussi ceux de Woody Allen. Evidemment à cause de Céline in Journey to the end of the night
et d'Auster. L'Amérique a toujours été pour moi un rêve défendu, la porte d'un imaginaire fermé à clef, pour cause d'impuissance. J'étais attachée à mon enfance ; un corsaire à son épave. C'est sale, petit, pauvre et puant. Les odeurs, j'ai jamais supporté depuis. Je reconnais la pestilence du pauvre à dix kilomètres et je me taille. Pas sain pour mes bronches. Faut respirer chic. Voir my Zola et le vieux qui crève sous un escalier dans L'Assommoir. On le retrouve tout vert. Il pue. J'ai pué. J'arrête la conjugaison ici. La misère et ses fragments de beau, l'honnêteté des gens modestes : mon oeil ! Le luxe est une dépravation moins dommageable que celle du manque. New York dépasse mon imagination. Je ne sais pas à quoi m'attendre. Je suis un peu effrayée parce que je crois être une ville à la taille des dieux, une ville à la verticale, "une ville debout", un symbole de l'hubris. Et je connais la leçon première des Grecs à ce sujet. Niveau lycée. Faut dire que le Grec ne s'enseignait qu'en seconde à mon époque. La démesure est punie. toujours. Récemment, j'ai rêvé que la ville m'étouffait et me brisait entre ses gratte-ciel. Je me suis réveillée, la gorge serrée. Un raccord à la Hitchcock, lorsqu'Eva Marie-Saint est retenue par la main de Cary Grant et que le plan suivant nous montre les deux héros dans la couchette d'un train. J'ai le vertige : penser New York et ne pas la connaître. Peur et attrait. L'un dans l'autre. Et, au sein de cette frayeur, il demeure place pour la passion. J'en suis convaincue. New York est une boîte de conserve, dans laquelle loge une mythologie qui m'est personnelle. Elle me contient et je la contiens. Certains des traits de cette mythologie sont des clichés, mais j'ai le sentiment d'aller au-devant d'une vieille dame austère, droite, divine et impatiente. New York est un réflexe. J'y associe les noms suivants : Scorsese, Woody Allen, les taxis, la danger, le jazz, l'aventure, le glamour, l'appartement de Julia R. et la maison de Paul A., Helene Hanff,
des tas de livres. Et bientôt, par hasard, Hugo et Stevenson, car ils seront mes deux compagnons de voyage. Au sein de tout ceci se tient le Moleskine sur lequel je berce et balance ces pensées banales au moyen d'un stylo à plume (encre violette depuis quelques années déjà) en argent, acheté à Venise, l'an passé. Parler est une condamnation : tout dire, comme chez le psychanalyste (où je n'ai jamais mis les pieds). La mémoire charrie pépites et ordures. Avant qu'il ne soit trop tard, je suis crispée [Blogger a mangé la fin de mon message ! Un comble. Je reviens dès que possible...]
Libellés :New York
Le M.O.M.A. m'a donné une impression de froideur chirurgicale, de perfection forcée, de solitude et de désespoir métaphysiques. Ne m'en demandez pas plus. Je suis dans le bain de mes impressions, d'une perception : celle d'un atome buissonnier. Malgré la foule, venue en masse, ce vendredi soir, là-bas. Gratuité oblige.
L'art moderne ? J'ignore de quoi il s'agit. Je suis kantienne : il y a le beau et le sublime. Le reste n'est que dénominations de spécialistes, d'amoureux peut-être, de faisans ou de faiseurs souvent. "Art conceptuel" est une expression qui me fait rire. Tout n'est-il pas conceptuel à bien y songer ? La vie, elle-même... Je ne viens pas vous parler de ceci. Je ne suis pas historienne de l'art. Je m'en tape, à vrai dire. Que l'on pisse dans l'urinoir de Duchamp me réjouit. C'est tout aussi conceptuel que l'objet lui-même et que l'idée qui l'a érigé au statut d'oeuvre.
L'intelligence peut tout expliquer, magnifier, élever. A croire que les justifications sont, quelquefois, plus artistes que les oeuvres elles-mêmes. Alors si l'urinoir de Duchamp fait bander mon prochain ou ma prochaine, j'en suis fort aise.
En ce qui me concerne, entre La mariée mise à nu par ses célibataires et n'importe quelle oeuvre de Chagall, mon émotion me porte vers le second. Ce n'est ni bien ni mal. C'est l'évidence du coup de foudre ou du coup de poing. Je ne donne pas (de) raison à ce qui est ressenti. Et puis ces deux-là peuvent être proches à certains instants.
Seule l'émotion m'importe. Sa présence ou son absence. Je devrais dire mon émotion.
La jouissance est égoïste, quoi qu'on en dise.
Munch m'étrangle. Comme ses compatriotes, Ibsen et Strindberg, ailleurs et autrement. Je crève devant ses tableaux. Je souffre. Je vis, décuplée et magnifiée.
L'exposition du M.O.M.A. m'a paru équilibrée et révélatrice des diverses facettes de la personnalité du peintre.
Obsessions majeures. Trois chevaux de trait : l'amour, la mort et le métabolisme. La dernière étant le principe des deux premières. Je résume ainsi ma perception qui est, déjà, ma compréhension, même si elle procède davantage de l'instinct que de la réflexion prolongée et diffuse. Dans ce sens, je pense ne pas trahir ce qui a guidé Munch dans son oeuvre ; ce n'est pas une facilité si Le Cri est son tableau le plus célèbre. Il y a une forme d'immédiateté non contrôlée chez lui, malgré le dur labeur de l'artiste. Quelque chose échappe, se dérobe, ce qui précisément donne sens et émotion à son travail.
Bergsonien et nietzschéen, Munch peint le cycle éternel de la vie.
Le tableau qui m'a le plus impressionnée :
La mort dans une chambre de malade. La soeur de Munch, Sophie, est à l'agonie.
Théâtrale, la scène l'est sans aucun doute, car toute manifestation de douleur comporte une part d'hystérie. Le plus troublant est de songer que Munch a peint les divers protagonistes de la scène, non pas à l'âge qu'ils avaient au moment de l'événement, mais à l'âge qui était le leur pendant qu'il peignait la toile. Il recrée la douleur, comme pour prendre de la distance par rapport à l'urgence de l'émotion brute, stérile, invalidante.
J'aime Munch et mon propos est vain.
Libellés :New York
dimanche 9 avril 2006
Moma
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Glimpse of the M.O.M.A./ vision fugitive et parcellaire du M.O.M.A, où je me suis rendue pour l'exposition Edvard Munch dont je reparlerai demain...

On y trouve même l'Olivetti dont use Auster pour écrire ses romans :

Ecoutez le son de cette machine dans ce disque original :
http://www.citizenjazz.com/article3457353.html
Libellés :New York,Paul Auster
vendredi 7 avril 2006
Oui, c'est très long. Mais la construction du site de Barrie avance, pas à pas, dans l'ombre. Chaque jour, je trouve une pièce de plus à mettre au crédit d'un puzzle dont je ne connais pas la figue finale, mais simplement le contour. Rassembler des livres autour du monde, scanner des photographies, traduire et écrire des textes... La tâche est titanesque... coûteuse en forces vives et en monnaie sonnante et trébuchante. Mais elle ne me fait pas peur et je me voue au projet. Barrie, c'est ma danseuse, ma maîtresse.
Ce sera le premier site dévolu entièrement à James Matthew Barrie en Français. Je ne rivaliserai pas avec l'excellent site anglais d'Andrew Birkin, qui offre des vidéos et des documents rares. Il a bien connu le dernier des enfants Llewelyn Davies ; il a écrit un livre fabuleux et un magnifique téléfilm a été réalisé. (Ce fut l'objet de mon premier billet sur ce JIACO. Un coup de tête et de tristesse. Je ne le regrette pas.) Toutefois, je promets des documents intéressants et surtout des traductions de textes de Barrie, d'articles, voire des romans entiers ou des pièces courtes. Mes ordinateurs sont remplis de trésor barriens.
J'espère que Barrie, presque soixante-dix ans après sa mort, aidera à vivre quelques contemporains...
En attendant quelques photographies :
La maison dans laquelle Barrie vécut lorsqu'il était journaliste au Nottingham Journal en 1883

Barrie, à l'âge de six ans (une photographie extrêmement célèbre) :

Barrie, l'éternel joueur de cricket ! Regardez son regard concentré et joyeux ! Il n'était pourtant plus tout jeune, mais la flamme est là !

James Matthew Barrie, Sylvia , et un de ses fils. L'image est trouble et saisissante. Instant de poésie. On la dirait extirpée d'un film.
Libellés :James Matthew Barrie
Mon JIACO est un herbier. J'y mets ce que j'admire, ce que j'essaie de faire avec mes mots et mes pensées. C'est l'antichambre d'un être qui se promène ailleurs et qui se solidifie quelque part. Peut-être.
Je dépose ici ce que j'aime.
Siréneau le barde m'a écrit en privé des lignes très belles sur Le roi des Aulnes, que j'aurais aimées miennes. Je lui ai demandé si je pouvais les lui voler. Il l'a permis. Pour m'unir à ces lignes, j'ai modifié une ou deux respirations de ponctuation, mais je n'ai pas changé un mot.
Je les mets à cet endroit, comme une pierre, qui puise servir d'ancre à mes faiblesses. C'est un exemple incarné et pourtant impalpable de ce qui me rend heureuse.
Siréneau, qui n'est qu'un être de passage [pourvu qu'il ne disparaisse pas, un jour !] dans cet improbable et, néanmoins, réel monde d'internet, m'est précieux. Merci à lui pour sa générosité.
Je n'aurais jamais pu écrire ces lignes sur ce livre de Tournier que j'adore, de crainte de le blesser. Siréneau a relevé ce défi.
NE PAS LIRE CE QUI SUIT AVANT LECTURE DU ROI DES AULNES.
"Cette étonnante amitié d'enfance, ce garagiste somme toute banal, nous le voyons rétroactivement révélé à lui-même par un enfant hors-norme, Nestor, un enfant père en quelque sorte, un pater Nestor qui lui insufle une sensualité peu commune, ce phorisme, ce toucher spécial de plus petit que soi. Et Abel, cet adulte va évoluer en parallèle du monde des adultes, entre innocence et monstruosité, comme si cette fusion d'Abel et de Nestor avait permis le jaillissement d'un désir ectoplasmique, qui ne dépassera jamais la puberté, une jouissance diffuse, croissante, mais cependant asymptotique à celle des hommes rencontrés, plus ou moins humaine. On ne peut trancher. Ogre, oui, mais ogre sensuel, ogre refusant la mort, évoluant en marge des humains cyniques, cruels et insipides (scène de la guillotine, accusation de viol, police) et des humains monstrueux. Une libido improbable fraie son chemin, qui serait moins respectable, avouable, si elle n'était pas constamment encadrée entre deux hystéries : la paix, où les quidam déversent leur haine et leurs frustrations, et la guerre, cette regression infantile avec des jouets monstrueux. Cet jouissance anormale ne peut durer que dans un monde en crise. Elle semble surgie du passé très lointain de l'humanité, avant l'âge de raison, avant la puberté de cette humanité. Elle ne peut survivre à cette crise ; elle doit s'engloutir au moment où la folie humaine s'achève ; elle s'engloutit dans la tourbe, et c'et moins une mort, une punition, qu'un retour aux sources glauque des désirs, une allégorie, avec cet enfant juif martyre, aimé, désiré, sauvé, porté en rédemption, contre 400 enfants nazillons, écharpés par une ambition absurde, des milliers d'enfant juifs ou gitans exterminés pour cette même folie. Et le droit refusé à cet amour de chair d'enfant, à cet amour de vie, à ce besoin de caresser ces corps pubères avec le même intérêt que les pigeons ou la poitrine pigeonnante des dames ; ceci est bien, ceci est mal. Quel style éblouissant ne faut-il pas ! Quels drames épouvantables ne faut-il pas mettre en scène pour justifier, sans provoquer un tollé, l'amour de chérubins ! C'est ce que j'ai ressenti, je te le livre d'un jet. Nous sommes hélas bien plus effrayés par la sensualité que par le meurtre. Je crois que nous sommes tarés, et cette frustration, cette haine de la vie de ne vouloir ou de ne pas oser embrasser ce qu'il y a de plus beau et de plus vivant nous enferme dans un monde de frustration et de haine."
jeudi 6 avril 2006
Petit extrait audio de la pièce de Julia Roberts.
Il faut toujours se méfier du sac à main des filles : le mien cachait un dictaphone en parfait état de marche ...
Barrie, quant à lui, pensait qu'il fallait être mis en garde contre le manchon des femmes :
"Nous ayant donc brièvement présenté, il détourna son attention vers le commutateur électrique, puis l’abaissa et le remonta si rapidement qu’il est approprié de dire que, Mary et moi, nous nous étions rencontrés pour la première fois à la faveur d’un coup de foudre. Je crois qu’elle revêtait un ensemble fait de petites plumes bleues. Mais, si un tel costume n’est pas convenable, je jure qu’il y avait au moins des petites plumes bleues dans son bonnet trop coquet et qu’elle portait un manchon assorti. Aucune partie de la femme n’est plus dangereuse que son manchon. Comme les manchons ne sont pas portés au début de l’automne - même par les malades -, je compris, en un éclair, qu’elle avait mis toutes ces jolies choses pour m’amadouer." (Le Petit Oiseau blanc)
La webcam déforme le son, hélas, qui demeure très acceptable sur mon dictaphone.
Libellés :Julia Roberts,New York
Ancienne réflexion d'un petite fille.
La mémé du troisième étage est probablement couchée. Son voisin de pallier, celui de gauche, rumine Kant ; il prépare l’agrégation de philosophie, un pauvre type qui a les moyens de ses ambitions. Je n’ai envie de rien. Celui de droite est avec sa fiancée, une de plus, et les sous-vêtements de la demoiselle pendent à la fenêtre – c’est un code entre nous, une sorte de plaisanterie aussi, afin que je sache qu’il est en bonne voie et que nos habituelles causeries sont remises à une autre heure.
La voix de Brel fait vibrer les cloisons en feuille de papier à cigarette. Au loin, des enfants se disputent. Ils ne connaissent pas leur bonheur.
Des odeurs de soupe de légumes, épaisse, et enrichie de vermicelles me chatouillent la mémoire. Si, en vérité, j’ai envie de quelque chose, quelque chose de simple, de banal. J’ai envie d’un foyer, d’être pendant ce week-end une petite fille choyée par des parents modèles. J’ai envie d’un arbre de Noël ventripotent et bariolé jusqu’à l’écoeurement. J’ai envie d’une bûche au grand-marnier, de marrons glacés et de cadeaux. J’ai envie d’être heureuse jusqu’à la nausée. J’ai envie de mourir.
Rien ne la distrait de cette vilaine sensation qui gargouille dans son ventre.
ELLE est là, qui la déguste goulûment. Une méchante bête, évadée de l’enfance, le pays d’où l’on ne revient pas, qui la dépossède de sa raison ; ELLE alourdit ses gestes, les drape dans du plomb. ELLE attend toujours le crépuscule pour la tourmenter.
Oui, elle le sait : ELLE est là, dans le clair-obscur. Accoudée au creux de son estomac. ELLE s’éveille, se débat, s’infiltre dans le corps inerte, paralysé par son venin glacé, remonte le long de la gorge et l’étouffe délicatement, avec précision.
L’ANGOISSE la tord à la manière dont parfois le plaisir la contraint, mais il n’y a pas dans cet état de brusque montée ou d’abrupte descente. L’Angoisse est un orgasme sans pallier, une gifle, un coup brusque et circonstancié.
Brel s’éteint dans un cri, le sien. Il est six heures du soir. Le front appuyé contre la vitre, dans le silence qui est le lot de tous les exilés, elle surveille le spectacle de la ville qui disparaît. Des lumières s’allument ; des îlots de solitude desquels les êtres s’interpellent et se répondent par le va-et-vient des commutateurs. Elle a froid, Elle déroule le store de fer, comme elle enfilerait un gros pull côtelé, et se rencogne dans sa boîte de sardines. Elle entend cette vie intérieure qui grouille en elle, indépendamment d’elle-même, indifférente à cet inadmissible abandon. Le glouglou placide des boyaux, le mouvement lent de la vie à travers les veines et les artères qui charrient des litres de sang, ces à-coups des organes, des muscles et des nerfs m’abasourdissent. Je voudrais parler à un être humain. Je me sens indécente. Parfois, je sors faire des courses pour entendre la boulangère ou la caissière me parler, afin de me persuader que je suis encore vivante et pas seulement un demi-rêve pour moi-même. Cela m’apaise un instant, mais ce n’est pas suffisant.
Sur son bureau s’amoncèlent des dizaines de livres, entamés, jamais achevés, à l’image de sa vie : un beau fruit mûr que l’on grignote sans faim.
Le chat somnolant, la regarde d’un œil béat. Elle s’approche de lui, le caresse. Il joue l’indifférent, s’étire, se pelotonne, camoufle ses yeux alanguis derrière une patte agressive. Vaincue devant tant de désaffection, sa main retombe.
Elle quitte la pièce, se dirige vers l’armoire à pharmacie, s’attarde dans la salle de bains, regagne le chambre, choisit un disque qui s’engouffre dans la chaîne, et finalement s’allonge sur la banquette. C’est un vendredi de décembre et demain commence le week-end, deux jours de diète sentimentale. Elle pense à la mort et cette idée la réconforte.
Dimanche, c’est Noël. Elle repense à Sacha numéro un. Elle va se tuer, et de cette idée naît un sourire immobile, un sourire sans dents, un sourire sans appétit.
Si les suppliques l’ont laissé indifférent, il ne sera pas insensible à la vue du corps froid, bleuté et dépenaillé. On a peur de la mort parce qu’on y pense. Mais, c’est comme tout, comme tout se qui se trame et se ligue contre nous, on ne sent rien quand ça arrive, les choses les plus importantes passent inaperçues et explosent, un beau matin ou un soir, sans que l’on sache pourquoi. La vieillesse est un grain que l’on porte en soi et qui accomplit son labeur clandestin de manière imperceptible et qui éclate au grand jour, déraisonnablement.
Il a d’abord la vieillesse sereine des choses. La vieillesse évitable, la décrépitude due à l’usure qu’on leur inflige.
Puis celle, sinistre, des lieux. La vieillesse causée par notre inattention, par notre défaut de savoir et de tendresse. La vieillesse de l’insouciance.
Celle, plus triste encore, des bêtes. Une préfiguration de la nôtre. Vieillesse naturelle.
Et enfin, celle, insoutenable, des hommes et des femmes. Cette vieillesse-là participe des trois premières à la fois.
Ce matin, j’ai remarqué pour la première fois sur ma joue droite les débuts d’une fine toile d’araignée rouge, un lacis de vaisseaux minuscules qui se ramifie au coin de la bouche et qui remonte vers la tempe, une guipure rosée et patiente que le temps brode sur mon visage et mes cuisses. Ailleurs, sur mon corps et à l’intérieur, à l’abri de mes regards curieux, se préparent d’autres deuils, d’autres offenses, d’autres peines.
A quoi bon mourir, sinon pour le cruel et exigu plaisir de blesser quelqu’un ?
mercredi 5 avril 2006
Pour ceux et celles qui ne peuvent lire mes vidéos directement sur le blog, adoptez cette adresse :
http://www.dailymotion.com/misshollygolightly
Je pense achever ici, ou très bientôt, la description de mon petit périple à New York et vous faire grâce des cent cinquante autres petites vidéos réalisées à cette occasion.
Toutefois, je suppose que ne pas évoquer cette grande dame eût été une faute impardonnable. D'autant plus qu'elle est autant française qu'américaine...
Je regrette de n'avoir pas été parmi ceux qui ont pu pénétrer à l'intérieur. L'espace est réduit et, bien que sur le terrain très tôt, j'étais en retard. J'ai repensé, inévitablement, au roman de Paul Auster, Leviathan.
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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