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mardi 10 mars 2009
Je ne sais pas exactement à combien de rêves les damoiselles de mon genre ont droit. D'autant plus que j'ai épousé le dernier Prince Charmant en stock. N'est-ce pas trop pour une seule personne ? Les dieux vont-ils me punir? Ou bien est-ce déjà fait, d'une manière subtile, en posant le simple et douloureux effroi de la perte sur chaque jour heureux ?
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]
Paris est un endroit où nous aimons passer le week-end, où longtemps j'ai eu un tout petit appartement, boulevard Saint-Germain. Cela faisait des mois que nous n'y étions pas allés, en attente de quelque chose qui tarde à venir... Alors, nous sommes allés en amoureux rendre visite à nos souvenirs. Nous y avons nos sages et dévergondées habitudes, qui se nomment Shakespeare and Co., les Deux Magots, les librairies de notre quartier : l'Écume des pages, La librairie Compagnie, Gibert Joseph, et quelques secrètes maisons de livres ou de thés. J'y rencontre toujours des livres qui me font de l'oeil, comme celui-ci, consacré à Audrey Hepburn et qui est une toute petite merveille...
A l'heure de la messe, mécréants, nous aimons nous rendre au ciné-club de cet éternel passionné qu'est Claude-Jean Phillippe. Dimanche, L'homme qui aimait les femmes était à l'affiche, alors... impossible de résister à la voix de Charles Denner. Et je suis même intervenue, cette fois-ci, contrairement à mon sacré commandement, pour fermer le clapet d'une spectatrice qui n'avait rien saisi de la beauté trouble du personnage... sous les applaudissements du public ! Je déteste les bavardages qui succèdent aux projections car 999 fois sur 1000, ce sont des âneries, des bavardages creux (des gens qui exhibent leur inculture et leur vanité, leur inintelligence)... et parce que j'ai souvent des coups de sang... surtout si l'on n'aime pas qui j'aime. Ne suis-je pas diabolique ?
Un autre rêve remue en moi et va bientôt naître, en avril. Il est dessiné dans ses grandes lignes.Nul besoin, je crois, d'emmener avec moi tout mon matériel de traducteur, chèrement acquis pour la cause barrienne et d'autres projets, qui sont tout aussi enthousiasmants.
Il faut dire que, pour moi, la traduction est déjà en soi un voyage. Et c'est un voyage que je ne peux pas entreprendre autrement qu'en me projetant dans les mots qu'il faut tirer à soi pour voir ce qu'ils cachent. J'aime glisser mon doigt dans leur doublure et les esquinter juste ce qu'il faut pour leur donner la dimension et la place qui leur reviennent dans leurs nouveaux habits linguistiques.
Je suis donc très malheureuse de constater que la préparation à un diplôme anglais, à visée internationale, que je convoite, est exactement aux antipodes de ma conception. Hors de question, cependant, de me plier à des recettes, de suivre des cours pour ce qui ne s'apprend qu'en se blessant aux outils du traducteur, en traduisant donc ; hors de question également de mouler mon français dans cette chose reproductible à l'infini, le français standard, qui ne possède aucune sensualité ni la moindre aspérité. Car la langue bruisse ou elle n'est pas. Je serais capable de traduire un vulgaire article économique en langage flaubertien rien que pour le plaisir ! Je n'écrirai jamais des mots qui ne sonnent pas en moi. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Il y a une limite que je ne peux pas dépasser, c'est celle de la douleur de l'écrit non éprouvé en soi. Allez faire comprendre cela à un "tutor" femelle, qui écrit en bureaucrate...
Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.
Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.
Tout d'abord, une bibliographie sélective, parce que personne ne part en voyage sans des bagages étudiés pour la circonstance. Et, nous, nous partons pour une fête.
L'histoire de l'Écosse écrite par un passionné. Livre indispensable - la seule histoire de ce pays, à ma connaissance, en outre (je ne parle pas des volumes de Galibert et Pellé qui remontent au XIXe siècle). Un panorama complet de l'histoire mouvementée de ce pays, car il s'agit bien d'un pays et non pas d'une extension de l'Angleterre... Je m'endors chaque soir au bord d'un loch, grâce à ce très bon livre.
Un recueil des textes consacrées à son pays par un de ses célèbres enfants.
Et, mieux encore, lisez dans la langue originale ses Picturesque Notes.
On mentionnera aussi le fleuron de la littérature écossaise, aux côtés de Stevenson : Walter Scott, Burns... et un sympathique auteur de policiers, qui, sans révolutionner le genre, s'y fait une place qu'on lui accorde en général bien volontiers, Ian Rankin et son célèbre inspecteur Rebus.
Et puis... et puis... les livres de James Matthew Barrie.
Admirez ce portrait magnifique de l'Écossais :
"Mais, maintenant, alors que nous pouvions avoir pour nous-mêmes des servantes, je reculais devant l’idée. Cela ne serait évidemment plus la même maison ; nous aurions eu à nous dissimuler : je me me vis pas parler anglais toute la journée. Vous ne connaissez que la coquille d’un Écossais avant d’entrer dans le cercle de sa maison. Dans son bureau, dans les clubs, dans les réunions sociales, ces lieux où vous et lui semblez vous entendre si bien, il est réellement une maison avec tous les volets clos et la porte fermée à clef. Il n’est pas opaque de plein gré. Souvent, c’est contre sa volonté – et c’est certainement contre la mienne. J’essaie de laisser mes volets ouverts et mon pied au travers de la porte, mais ils vont claquer. De bien des façons, ma mère était aussi renfermée que moi – bien que ses manières fussent aussi gracieuses que les miennes étaient rugueuses (en vain, hélas ! toutes si bien huilées de sincérité) et ma sœur était la plus réservée de nous tous. Vous pouviez parfois entrevoir une lumière à travers l’une de mes fentes ; elle avait des doubles volets. Or, il semble qu’il s’agisse d’une loi de nature : nous devons montrer notre véritable moi de temps en temps. Et, comme l’Écossais doit le faire à la maison et faire loger une journée entière dans l’espace d’une heure, la conséquence en est qu’il se révèle là au plus haut degré. Les sentiments si longtemps étouffés débordent et c’est pourquoi les membres d’une famille écossaise se connaissent probablement mieux les uns les autres et sont plus ignorants de la vie extérieure à leur cercle que n’importe quelle autre famille au monde. Et, comme la connaissance est compassion, l’affection qui existe entre eux est presque douloureuse dans son intensité. Ils n’ont pas davantage à donner que leurs voisins, mais ce qu’ils possèdent est prodigué à quelques-uns plutôt que distribué à beaucoup. Ils sont réputés pour être avares, mais en ce qui concerne l’affection familiale, au moins, ils paient en or. En cela, je crois, nous trouverons la véritable explication à ce fait : pourquoi la littérature écossaise, bien avant le temps de Burns, a été si souvent inspirée par le foyer domestique et a traité ce sujet avec une compréhension passionnée.
Était-il nécessaire qu’une femme vienne dans notre maison et découvre que je n’étais pas l’homme à la triste figure que j’avais la réputation d’être ? Devais-je être enfin vu tel que j’étais une fois le voile de l’austérité levé ? Ma voix en société est si basse et si quelconque que ma première remarque est à peine une indication que je suis sur le point de parler (comme le bourdonnement de l’horloge avant qu’elle ne sonne) : fallait-il révéler que j’avais une autre voix, qu’il y avait une autre porte que je n’ai jamais ouverte sans laisser ma réserve sur le paillasson ? Ah, cette pièce! Ses secrets doivent-ils être donnés à voir au grand jour ?"
James Matthew Barrie, Margaret Ogilvy, extrait du Chapitre VIII, traduction Céline-Albin Faivre, tous droits de reproduction réservés (dépôt à la S.D.G.L.).
Il ne me reste plus qu'une malle à trouver pour le printemps, afin d'y déposer mes trois derniers rêves. Qu'ils dorment paisiblement et attendent le retour de l'enfant que je suis, toujours.
Libellés :Écosse,James Matthew Barrie,traduction
mardi 25 novembre 2008
Aux jours anciens également.
J'ai toujours écrit, depuis l'enfance, comme on se noie ou pour ne pas me noyer, justement. Mais, à une certaine profondeur, lorsque la morsure du réel se fait sentir, cela revient au même. Aux jours terribles, froids, sublimes aussi, où la seule beauté de ce monde c'était, pour moi, le piano de Samson François
se donnant tout entier à Ravel, avec une élégance qui fleurtait dans mon esprit avec le désespoir des nobles âmes, ou bien Maurizio Pollini dont j'entends les respirations aheurtées sur ce disque-ci,
ce qui m'émeut au plus haut point. Un piano d'une pureté qui pourfend en moi mes angoisses et les étreint jusqu'à une possible extase, celle de se retrouver soi, tout à fait soi, jusqu'à l'étonnement, seule, au bord.
Ce sont plus ou moins les lignes que j'ai écrites à la fin d'un volumineux travail de "700 pages moins 3", et qui se situent pourtant à l'orée de la forêt de mots. "700 pages moins 3", ce qui demeure figé dans un bloc de papier de près de 4 kilos, à peu près un tiers seulement de ce que j'ai écrit pendant 9 ans, bien pire qu'une gestation d'éléphante.
J'ai toujours écrit, depuis l'enfance, comme on se noie ou pour ne pas me noyer, justement. Mais, à une certaine profondeur, lorsque la morsure du réel se fait sentir, cela revient au même. Aux jours terribles, froids, sublimes aussi, où la seule beauté de ce monde c'était, pour moi, le piano de Samson François
Ce sont plus ou moins les lignes que j'ai écrites à la fin d'un volumineux travail de "700 pages moins 3", et qui se situent pourtant à l'orée de la forêt de mots. "700 pages moins 3", ce qui demeure figé dans un bloc de papier de près de 4 kilos, à peu près un tiers seulement de ce que j'ai écrit pendant 9 ans, bien pire qu'une gestation d'éléphante.
J'ai tenu une ancienne promesse que j'avais faite, il y a longtemps, à une toute petite fille qui rêvait de Sorbonne et de devenir écrivain. La moitié de la promesse a été tenue. Reste l'autre moitié de cette perfection de rêve à incarner et il est hors de question de s'arrêter là...
Le monstre est mort et un ancien Moi également. Mais l'enfant, lui, est plus vivant que jamais et contemple cette thèse en deux volumes, reliée sous une couverture guimauve (le choix ne vous étonnera pas). Maintenant, il peut la mépriser un peu (à l'envi) et jouer à en arracher toutes les pages, s'il le désire.
Il reste un discours à écrire et un jugement à recevoir. Rien de grave ne peut advenir. Le pire eût été de faillir. Et j'éconduis, par avance, tous ceux qui ne comprendront pas.
Il y a les noms de tous les amis glissés entre les poils de cet animal, moitié ours, moitié pachyderme, parce qu'un tel travail, indépendamment de sa qualité ou de sa médiocrité, ne peut s'achever dans le noir et le silence.
Les amis, que j'ai négligés, que j'ai peut-être blessés - et que je blesse peut-être encore - par mon silence. Tous ces courriers sans réponse et qui, cependant, ont contribué à me nourrir de foi et de courage. Je vous demande pardon, mes amis (en particulier à Robert, Aurélie, Frédéric et Vanessa, à qui je n'ai pas assez témoigné de mon amitié et de ma reconnaissance). Je n'avais pas assez de force alors pour être une amie digne de ce nom et je n'en ai plus en ce moment. Mon silence ne signifie pas ma désaffection ou mon indifférence. Il dit simplement mon incapacité.
Maintenant, j'ai rendez-vous avec James Matthew Barrie et Cary Grant.
J'ai certains engagements à leur égard et il est plus que temps de les tenir. N'est-ce pas ?
D'autant plus que Monsieur Barrie se comporte malicieusement envers moi...
Je pense à vous tous, sans exception, implicitement. Je n'ai point besoin de vous nommer. Vous vivez en moi, plus que vous ne l'imaginez.
Le monstre est mort et un ancien Moi également. Mais l'enfant, lui, est plus vivant que jamais et contemple cette thèse en deux volumes, reliée sous une couverture guimauve (le choix ne vous étonnera pas). Maintenant, il peut la mépriser un peu (à l'envi) et jouer à en arracher toutes les pages, s'il le désire.
Il reste un discours à écrire et un jugement à recevoir. Rien de grave ne peut advenir. Le pire eût été de faillir. Et j'éconduis, par avance, tous ceux qui ne comprendront pas.
Il y a les noms de tous les amis glissés entre les poils de cet animal, moitié ours, moitié pachyderme, parce qu'un tel travail, indépendamment de sa qualité ou de sa médiocrité, ne peut s'achever dans le noir et le silence.
Les amis, que j'ai négligés, que j'ai peut-être blessés - et que je blesse peut-être encore - par mon silence. Tous ces courriers sans réponse et qui, cependant, ont contribué à me nourrir de foi et de courage. Je vous demande pardon, mes amis (en particulier à Robert, Aurélie, Frédéric et Vanessa, à qui je n'ai pas assez témoigné de mon amitié et de ma reconnaissance). Je n'avais pas assez de force alors pour être une amie digne de ce nom et je n'en ai plus en ce moment. Mon silence ne signifie pas ma désaffection ou mon indifférence. Il dit simplement mon incapacité.
Maintenant, j'ai rendez-vous avec James Matthew Barrie et Cary Grant.
J'ai certains engagements à leur égard et il est plus que temps de les tenir. N'est-ce pas ?
D'autant plus que Monsieur Barrie se comporte malicieusement envers moi...
Je pense à vous tous, sans exception, implicitement. Je n'ai point besoin de vous nommer. Vous vivez en moi, plus que vous ne l'imaginez.
Libellés :miscellanées
lundi 22 décembre 2008
"Attention… Attention… Il faut parler à voix basse. – Il ne faut plus l’inquiéter… L’âme humaine est très silencieuse… L’âme humaine aime à s’en aller seule… Elle souffre si timidement… Mais la tristesse, Golaud… mais la tristesse de tout ce que l’on voit !… Oh ! oh ! oh !…"
Pelléas et Mélisande (que l'on peut lire ici, car l'œuvre est libre de droits)
Pelléas et Mélisande (que l'on peut lire ici, car l'œuvre est libre de droits)
Ce matin, la ville est solitaire. J'en ressens la faible pulsation au loin. Il y a quelque chose de morbide dans cette langueur, selon que l'on est ou non capable de mettre des pensées un peu colorées à l'intérieur – pensées qui se dilueront ou non dans cette blancheur ou neutralité grise au cœur. Aujourd'hui, j'ai envie de croire que l'hiver n'est qu'un printemps endormi. Le facteur vient de faire tomber le numéro de janvier du "Monde de la Musique" dans ma boîte. Le beau visage de Maurizio Pollini éclaire ma matinée, de biais, tandis que très doucement Sinatra me parle plus qu'il ne me chante : I fall in love too easily... J'aime l'état dans lequel je suis ce matin. Un équilibre mélodique de ma mélancolie. Cela ressemble à un bonheur qui pourrait devenir violent ou bien à un état d''âme qui peut tout aussi bien verser dans un cafard ou un cirage terrible, le cafard absolument noir. Holly Golightly, la vraie, en parle mieux que moi, celle de Truman Capote :
« Mais ce n'est pas pour cela que Tiffany me rend folle. Écoutez. Vous savez ces jours où vous êtes dans le cirage ?
- Autrement dit le cafard ?
- Non, fit-elle méditativement. Le cafard, c'est quand vous craignez d'engraisser ou qu'il a plu trop longtemps. Ça vous rend triste, c’est tout. Mais le cirage, c’est horrible. Vous avez peur, vous suez d’angoisse, mais vous ne savez pas de quoi vous avez peur. Sauf que quelque chose d'horrible va vous arriver mais vous ne savez pas quoi. (…) Ce que j’ai trouvé de mieux c’était de prendre un taxi et d’aller chez Tiffany. Cela me calme immédiatement. La sérénité, l’air de supériorité. On a le sentiment que rien de très mauvais ne pourrait vous atteindre là (... )» (Paris, Folio, 2000, p. 46 - Traduction de Germaine Beaumont)
Mon Dieu que c'est vrai ! Faute de Tiffany, il me reste Sinatra, Barrie, Cary Grant pour retrouver ce sentiment.
Je vais sortir tout à l'heure, pour poster des petites choses à deux amis. J'ai envie de parler de Mélisande, ce matin, avant de partir.
Probablement l'un de mes deux opéras préférés - l'autre étant Tristan und Isolde de Wagner ; et il y a une cohérence sous-jacente à cette association - et une œuvre littéraire dont la lecture m'a bouleversée à jamais, par son symbolisme impossible à pénétrer autrement que de la pointe de l'âme, par la langue presque blanche ou chuchotée de Maeterlinck. L'impénétrabilité d'un voile de mousseline recouvre mots et gestes de cette pièce impossible à mettre en scène sans la brutaliser et la trahir.
J'ai la chance de posséder une belle édition illustrée d'œuvres de Maurice Maeterlinck, trouvée sur les Quais parisiens, il y a une bonne année. Mais je regrette qu'il soit si difficile de trouver des éditions neuves de certaines pièces de cet auteur si raffiné, si profond, si précis, si simple et pourtant dont le propos est insaisissable, comme toutes les vérités viscérales le sont. (C'est ainsi, ma chère Virginia, que je n'ai pu mettre la main sur une édition de Pelléas et Mélisande que je te destinais à Noël... C'était LE cadeau que je voulais pour toi et j'ai échoué dans ma quête.)
Par le hasard des affinités électives, ou au contraire peut-être est-ce le fruit de leur nécessité, Maurice Maeterlinck, l'auteur de la pièce originale, et Claude Debussy, le compositeur de l'opéra, ont un lien avec James Matthew Barrie. J'ai évoqué le premier ici. Du second, je rappellerai un ou deux détails, en citant ce qu'a écrit Paul Hooreman dans La revue de musicologie (volume 48, juillet-décembre 1962) :
"Quand j'étais enfant, - c'était hier, c'était en 1911, -j'allais souvent goûter chez mon oncle Francis de Miomandre, et là, pendant que ma tante, éclectique et bonne pianiste, m'imprégnait de Mozart ou de Fauré, de Debussy ou de Wagner, je lisais et relisais, couché à plat ventre sur le tapis du salon, un livre dont l'histoire m'enchantait, et dont les illustrations, surtout, exerçaient sur moi une fascination délicieuse. Je ne soupçonnais pas qu'en ce même temps, dans un hôtel du Bois-de-Boulogne, une petite fille de mon âge lisait le même livre avec le même plaisir, tandis que son père, lui, jouait peut-être moins de Wagner, mais sûrement plus de Debussy. La petite fille s'appelait Claude-Emma Debussy, mieux connue dans l'histoire de la musique sous le nom de Chouchou, et le livre, Peter Pan dans les jardins de Kensington, de James Matthew Barrie [une partie de "mon" Petit oiseau blanc, donc]. Hachette venait d'en publier la traduction française, illustrée des ravissantes aquarelles d'Arthur Rackham. Le mystérieux jardin londonien, la vie secrète des gnomes et des fées dans le creux des arbres, Peter Pan naviguant sur la Serpentine dans une barque faite d'un nid d'oiseau, tout cela m'émerveillait, moins peut-être par la grâce émouvante du récit que par la poésie secrète des paysages de Rackham. Une image, entre autres, charmait le musicien en herbe que j'étais ; son titre, imprimé sur une mince feuille de garde, disait (c'est une citation extraite du conte) : " ... Les fées sont des danseuses consommées".
I. L'édition originale anglaise de Peter Pan in Kensington Gardens, illustrée par Arthur Rackham, parut à Londres en 1906.
II. En 1907 parut une seconde édition moins coûteuse, dont Hachette publia la traduction française. (Miomandre m'avait dit le nom du traducteur, mais je l'ai oublié ; ce n'était ni Henry-D. Davray ni Robert d’Humières.)
III. En 1911 parurent encore une édition anglaise et une française du même texte, mais en un format plus petit et avec un moindre nombre de planches. (Sur ces diverses éditions, le lecteur studieux consultera la monographie de Derek Hudson, Arthur Rackham, His Life and Work, London 1960 -et y prendra bien du plaisir.)
IV. Les Préludes de Claude Debussy, deuxième livre, parurent chez Durand en 1913. Selon Vallas (Debussy et son temps, p. 299), le musicien y travaillait depuis 1910, et Ricardo Vines joua les Fées en première audition à la Société Nationale le 5 avril 1913.
V. Dans l'édition des Préludes, le titre : "Les fées sont d'exquises Danseuses" est ainsi imprimé, entre guillemets, à la fin du prélude et dans la table des pièces ; il est le seul à présenter cette particularité.Pour qui connaît la minutie graphique de Debussy, ce n'est point là un accident ; l'auteur tenait à signaler qu'il s'agissait d'une citation.
VI. Une lettre de Debussy à Robert Godet, publiée dans les Lettres à deux amis, Paris 1942 (lettre XLV, p. 132, datée du 3 janvier 1912 ), dit ces précises paroles : "Très cher Godet, Chouchou, pour qui Rackham est déjà "ce vieux Rackham". a été ravie de votre envoi. Elle me prie de vous en remercier ("bien gentiment" en vous souhaitant une "bonne et heureuse année"... Vieille formule qui reprend toute sa grâce en passant par la bouche d'un enfant ! [...]"
Mais, dira le lecteur, "exquises danseuses" du prélude et "danseuses consommées" du conte, ce n'est pas la même chose ; qui peut nous assurer que Debussy s'est bien inspiré de Peter Pan ? - Réponse : le texte anglais lui-même, qui dit : "Fairies are exquisite dancers" (et non pas : "consummate"). Debussy, qui savait médiocrement l'anglais (cf. Serenade for the Doll dans le Children's Corner), a transposé littéralement le "faux ami" que le traducteur du conte avait soigneusement rendu.
Ceci nous fait supposer que Debussy avait connu les aquarelles de Rackham en 1908 déjà, lors de son voyage à Londres, et que l'envoi de Robert Godet -apparemment la petite édition de 1911 -n'a fait que raviver son souvenir, puisque Chouchou connaissait déjà les illustrations de Rackham. Le livre envoyé par Godet ne peut être Ondine, le conte de La Motte-Fouqué, dont l'édition française illustrée par Rackham ne parut qu'en 1912, mais il est infiniment probable, quoique manquent ici les preuves tangibles, qu'Ondine, le huitième prélude du même livre II, a été, lui aussi, inspiré par les aquarelles de Rackham.
On a souvent remarqué l'attrait de Debussy pour tout ce qui venait d'Angleterre, et chacun sait quel rôle primordial jouait la stimulation visuelle dans l'imagination créatrice de l'auteur d'Images et d'Estampes.
Sur l'un et l'autre point les Fées nous apportent un exemple de plus.
Mais je serais consterné que quelque sot prit argument de mon article pour faire de Debussy un musicien descriptif, une sorte de Richard Strauss moins grossier ; je vois déjà, avec horreur, l'aquarelle de Rackham reproduite sur l'enveloppe d'un disque !... Certes, les paysages étaient pour lui source constante d'inspiration ("rien n'est plus musical qu'un coucher de soleil ..."), et les tableaux (Whistler), les objets (Canope), les images (Hokousai), les cartes postales (La Puerta del Vino) pouvaient en tenir lieu, si leur force d'évocation était assez grande,mais ils ne lui servaient que d'étincelle inspiratrice et le musicien en transcendait tous les détails pittoresques. On ne saurait trop relire, sur ce point, ce qu'il publiait en 1911 : "Qui connaîtra le secret de la composition musicale ? Le bruit de la mer, la courbe d'un horizon, le vent dans les feuilles, le cri d'un oiseau déposent en nous de multiples impressions. Et, tout à coup, sans que l'on y consente le moins du monde, l'un de ces souvenirs se répand hors de nous et s'exprime en langage musical..."
Pour son anglomanie, il est injuste de la rattacher à la mode du temps et d'y voir une affectation "fashionable", comme on disait alors. C'est une affinité plus profonde qui relie Debussy à ce qu'il y a d'essentiellement rêveur et de contemplatif, de "mystique naturiste", dirais-je de pentaphonique, dans l'âme et la sensibilité anglaises ; la nationalité n'est pour rien dans ces parentés caractérologiques. Même son intérêt d'un jour pour les fées d'Arthur Rackham témoigne dans le même sens : pour le Français typique, les fées sont une invention charmante, certes, mais d'une imagination puérile qu'on rejette dès qu'on a l'âge de raisonner ; bien avant Shakespeare elles étaient réelles (de cette réalité évidente et imaginaire propre à la poésie) pour l'Anglais, qui ira jusqu'à les photographier [Cf. ce billet sur Conan Doyle], même si c'est with his tongue in his cheek... Et certes, parmi tous les documents qu'on possède sur l'existence de ces petits êtres qui transfigurent de leur présence évanescente et fugace les lieux qu'ils habitent, l'un des plus significatifs est assurément celui que nous a légué Debussy.
Mais revenons à Pelléas et Mélisande...
Le livret de l'opéra : ici. Les partitions : ici. La version en ma possession et que je recommande, même si mes compétences en musique sont quasi inexistantes, ne me fiant qu'à l'émotion produite, est celle-ci :
Vladimir Jankélévitch, philosophe musicien, qui a écrit deux livres consacrés à Debussy, nous dit ceci dans La musique et l'ineffable : "Gabriel Fauré, qui est le poète du demi-jour et de la pénombre, nous invite, comme Michel-Ange et comme Maeterlinck, à parler bas : "tout bas", - tel est le dernier mot du poème de Verlaine C'est l'extase et presque le dernier mot de Pelléas et Mélisande. "Pénétrons bien notre amour De ce silence profond", nous dit "une fête galante", En sourdine, dans la nuit des chuchotements et des frôlements. De même que l'homme guette le "seuil indistinct où de la nuit devient de l'aube", et le moment où le jour se fait ténèbres, pour surprendre les messages de l'aurore et du crépuscule, de même il guette passionnément la naissance et l'extinction du bruit pour surprendre les secrets de la vie et de la mort. (...) Debussy cherche à saisir l'instant liminal à partir duquel le silence devient musique. (...) Les dernières lignes du récit admirable de Bounine [Ivan Bounine] pourraient sans doute s'appliquer à cette transparente Mélisande : "Maintenant la légère respiration s'est dissipée dans l'univers, dans ce ciel nuageux, dans le vent froid de ce printemps." Si le silence favorise la transmission d'un "message", c'est d'abord parce que la négation silencieuse supprime ou atténue le secteur le plus tapageur de l'expérience. La recherche du silence est la recherche d'un au-delà métempirique ou supra-sensible plus essentiel que l'existence tonitruante et rugissante : elle nous prépare donc sinon à connaître, du moins à recevoir la vérité."
Mélisande est faite de silence et de ces riens de l'âme, de battements de cœur impromptus, et Debussy a réussi à en capturer l'essence par sa musique si particulière. Il faut écouter plusieurs fois à la suite son opéra et lire encore davantage la pièce de Maeterlinck, dans laquelle il fait des coupes, pour tenter de comprendre à quoi tient le génie des deux hommes. Cette profondeur, cet indicible tiennent à des choses impossibles à concevoir face à face. Rilke a très bien compris Pelléas et Mélisande, il me semble, et la difficulté à la mettre en scène : "Des paroles verrouillées dont personne ne possédait la clé, des noms comme des tours aux aguets en terre étrangère, et des gestes que les acteurs utilisaient craintivement, comme des armes dont ils ne comprenaient pas le danger ou des vêtements qu'ils ne savaient pas porter. Ce fut sur scène un combat continuel avec ce drame qui ne voulait pas prendre corps, qui soudain s'échappait des mots pour fuir les virtuoses et les comédiens et aller se cacher dans l'obscurité du sentiment où un jour il est né. Car chaque profonde œuvre d'art a un tel refuge, et ses ostensoirs radieux attendent sous des voûtes oubliées que les pas de la populace pillarde s'éloignent à nouveau et que leur bruit se taise." (R. M. Rilke, Œuvres en prose, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 2006, pp. 703-704)
Je sais, personnellement, ce que certains mots de Pelléas ont fait pour moi mais aussi tout ce qu'ils ont empêché... Et c'est ainsi que la vie réelle - cette fausse vie dont se contentent trop de gens - n'est pas faite pour moi si je ne me trouve pas en moi et en ceux que j'aime cette compréhension des oscillations inaudibles de l'âme. Je ne vis que pour les entendre retentir en moi, pour les recueillir sur le bord des êtres. Le reste, je m'en cogne.
"C’est le dernier soir… le dernier soir. Il faut que tout finisse… j’ai joué comme un enfant autour d’une chose que je ne soupçonnais pas. J’ai joué, en rêve, autour des pièges de la destinée. Qui est-ce qui m’a réveillé tout à coup ? Je vais fuir en criant de joie et de douleur, comme un aveugle qui fuirait l’incendie de sa maison. Je vais lui dire que je vais fuir… Il est tard ; elle ne vient pas. Je ferais mieux de m’en aller sans la revoir. Il faut que je la regarde bien cette fois-ci. Il y a des choses que je ne me rappelle plus… on dirait par moments qu’il y a cent ans que je ne l’ai plus vue… Et je n’ai pas encore regardé son regard. Il ne me reste rien si je m’en vais ainsi… Et tous ces souvenirs… C’est comme si j’emportais un peu d’eau dans un sac de mousseline ; Il faut que je la voie une dernière fois jusqu’au fond de son cœur… Il faut que je lui dise tout ce que je n’ai pas dit. "
Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck (acte IV, scène 4)
vendredi 7 mars 2008
"Seule une pure pensée serait capable d'englober l'effectivité de la mort sans être concernée par les circonstances spatio-temporelles de cette mort. A défaut d'une telle super-conscience, c'est encore notre demi-savoir qui préserve le mieux notre demi-pouvoir. Mais ce n'est qu'un demi-savoir. L'homme sait qu'il mourra, mais il ne s'explique pas pourquoi il doit disparaître, ni comment il peut être nihilisé ; il pense et conçoit la mort, mais il ne la comprend pas ; c'est-à-dire qu'il ne jauge jamais la mort dans toutes ses dimensions à la fois : si intensément qu'il approfondisse le problème, si loin qu'il conduise le cours de ses pensées, il y a toujours une dimension qui lui échappe ; toujours le mystère se reforme au-delà du problème : l'a priori opaque a déjà devancé la conscience. La conscience de la mort ne retenant de la mort qu'une vide effectivité, reste sans contenu et nous laisse dans un état d'impréparation totale."
Vladimir Jankélévitch, extrait de son très beau livre, La mort, Paris, Ed. Champs-Flammarion, 1992, p. 430, je souligne.
La mort nous concerne et ne nous concerne pas, parce que nous sommes de raison, puis de sensibilité et d'imagination. Il faudrait être raison pure pour n'être traversé que de son idée sans trembler, pas plus que la feuille de papier ne s'émeut de la lame qui la coupe en deux. Mais nous sommes tous des Entre-Deux. Nous savons sans comprendre ; nous pleurons sans être noyé de ce flux, plus littéraire que réellement sentimental. Nous sommes dérobés à notre fin et nous vivons et crevons comme des chiens.
***
J'ai décidé d'écrire de nouveau quelques billets ici même, plus rapidement que prévu, suite à la mort de Marie, parce que, je l'avoue, cela va constituer pour moi un antidote contre cette crainte que j'éprouve à l'idée d'ouvrir à nouveau les pages de ce JIACO et de ressentir de plein fouet son absence. A l'idée que jamais plus elle n'écrira ici, pour déposer une marque de tendresse, je me sens désemparée. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir écrire en ce lieu, si j'attends pour le faire. J'ai le sentiment que ma crainte va estampiller chacun des jours passés et à venir et amputer le présent de ses saines racines.
Ne pas nourrir la peine avec la peine, afin de ne pas la métamorphoser en ce qui n'est pas elle, à savoir vague sensiblerie et caricature de l'émotion première. Être présent à son absence, mais être vivant à soi-même.
Emily Dickinson, que j'aurais aimé faire mieux connaître à Marie, parle de ce grand Indicible, de cet incendie de la raison, de la mort, pour qui s'adonne trop à sa contemplation.
"If I shouldn't be alive
When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb."
quelques heures après un rouge-gorge est venu cogner à ma fenêtre de cuisine. La coïncidence entre ma pensée et l'occurrence de ce réel, que je sais bien dépourvu d'intentionnalité, me fait comprendre comment l'on peut croire qu'il existe un ailleurs, même si cet autre de la réalité ne m'a jamais semblé assez solide pour que j'y abandonne totalement ma pensée. C'est ainsi que je suis un être plus rationnel qu'il n'y paraît, peut-être, mais pas totalement, ce qui me permet de laisser filtrer un peu de merveilleux et d'illusoire beauté d'outre-monde entre les briques de mon univers de verre et de sable, où Raison est reine, où je suis sujette d'un royaume condamné à la dislocation permanente.
Puisque de ma chère Emily, il est question, je ne saurais trop vous recommander de lire le livre
de Bobin, qui atteint à une forme de sublime et de communion rarement égalée avec le poète, tout en ne cessant de parler de lui et de nous, de biais.
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[Cf. ce billet-ci que j'ai particulièrement apprécié. Je suis une inconditionnelle de ces livres marqués d'un pingouin. Depuis très longtemps. ]
Bien que je traduise et que j'apprenne en faisant ce qu'implique le fait même de traduire, j'apprécie de moins en moins de lire des traductions de livres en anglais ou en allemand. Qui peut prétendre connaître vraiment un auteur s'il n'a pas lu ses propres mots ? Lire les Brontë, Dickens, Barrie ou Jane Austen en français m'est inconcevable sans pouvoir me désaltérer à la source vive de leur langue. Certes, j'aime plus que tout certaines traductions, je suis fière de ma collection de Dickens en Pléiade, mais ma passion me conduit à passer à travers l'écheveau des mots et même à tréfiler leurs pas presque effacés dans des terres un peu lointaines.
C'est ainsi que je prépare ma visite à la famille Brontë, qui aura lieu dans plusieurs semaines. Je les relis et, hier, j'ai reçu cet essai, dont on m'a dit grand bien. (Petit clin d'oeil à Malice.)
Avril est le mois de mon anniversaire, mais aussi le mois choisi afin d'effectuer ce qui est en passe de devenir un voyage annuel en Angleterre. Les voyages forment la jeunesse et ma prononciation de la langue de Shakespeare. Mon royal ami Robert m'a mise en garde un jour de ne pas perdre mon intonation française - très peu de risques à mon avis ! - sous peine de rogner sur mon potentiel charismatique... ! Je songe à m'installer quelques mois à Oxford, un jour, afin de suivre des cours. L'idée me séduit et puis, pendant des années, lorsque des importuns me téléphonaient, j'avais coutume de faire dire par "M. Golightly" que son épouse était à Oxford, ce qui était une manière polie - bien que peu vraisemblable eu égard à la fréquence de l'affirmation - de signifier que je ne leur parlerai pas. Alors, j'aime imaginer y aller pour de vrai. J'appartiens aux contrées où l'on parle Anglais.
Cette année, l'idée est de visiter, bien évidemment, un lieu barrien, dont je vous réserve la surprise - ce n'est guère difficile à deviner - mais aussi le pays de la famille Brontë (Patrick, Branwell, Anne, Emily et Charlotte) : HAWORTH.
Wuthering Heights et
Jane Eyre
sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.
Jane Eyre
sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.
Mais Emily Brontë est pour moi la plus grande de la famille.
[In Cahiers de poèmes, traduction de Claire Malroux, qui traduit également avec talent Emily Dickinson, Ed. José Corti]
Il y a fort longtemps - depuis l'enfance - que je rêve de visiter Haworth. J'ai pris mon temps, comme pour beaucoup de choses. Marie ne disait-elle pas de moi que j'étais une petite abeille travailleuse ? Cela me convient bien. Je tire tout le jus que je peux du réel. Je le mâche jusqu'au néant. Je prends tellement mon temps que je serai sûrement en retard à ma mort.
Je suis fièrement membre de la Brontë Society .
La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.
La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.
Haworth, contrée sauvage et rude des Brontë, se situe ici :
Il faut prendre le train à Londres et s'arrêter à Keighley - 3 heures de voyage - et d'ici prendre un bus (lignes 663,664 ou 665) ou un taxi pour vous rendre au pays des Brontë (assez peu éloigné de Keighley).
Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :
J'irai hanter les landes et saluer les fantômes du temps jadis.
Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/
Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...
Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.
***********************************************************************************
Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :
De Londres, en train, il faut compter environ une heure de voyage, ce qui nous permettra de passer une journée là-bas et de rentrer à Londres, le soir, pour y fêter l'année supplémentaire qui me tombe, assez légèrement, sur les épaules.
Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.
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Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :
Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/
Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...
Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.
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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :
A Farnham, un ami très cher à mon coeur attendra sera le guide vers... Comment vous n'avez pas deviné ? Je ne sais pas encore si je pourrais pénétrer au coeur du lieu où tout a commencé, mais au moins, je serai en mesure de m'imprégner de l'atmosphère... Nous verrons. L'aventure, l'aventure, l'aventure !
Je reviendrai en Ecosse - aux Hébrides - l'année prochaine pour ce lieu barrien, qui était d'abord élu pour l'année 2008, et que je réserve pour dans quelques mois, si la vie ne se retire pas de moi.
Je vous raconterai tout ceci, bientôt, en images et en vidéo, comme j'en ai pris l'habitude.Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.
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Ce billet a été rédigé le coeur en Alsace, la tête ailleurs et les pieds flottants sous mon bureau. L'accompagnement musical fut de premier ordre, puisqu'il s'agit d'un disque offert par mon très fidèle ami, Jean-Christophe.
Je n'ai pas fini de saisir toute la substance de ce disque très étonnant, dont j'aurai l'occasion de reparler en détail, je l'espère.
J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :
Et ma semaine a oscillé entre deux autres disques qui possèdent pour l'un une audace et une force peu communes :
et pour l'autre la rigueur et la sensibilité de Maurizio Pollini dans les Nocturnes de Chopin.
A bientôt, peut-être.
J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,James Matthew Barrie,Londres,voyage
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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