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lundi 22 décembre 2008
"Attention… Attention… Il faut parler à voix basse. – Il ne faut plus l’inquiéter… L’âme humaine est très silencieuse… L’âme humaine aime à s’en aller seule… Elle souffre si timidement… Mais la tristesse, Golaud… mais la tristesse de tout ce que l’on voit !… Oh ! oh ! oh !…"
Pelléas et Mélisande (que l'on peut lire ici, car l'œuvre est libre de droits)


Ce matin, la ville est solitaire. J'en ressens la faible pulsation au loin. Il y a quelque chose de morbide dans cette langueur, selon que l'on est ou non capable de mettre des pensées un peu colorées à l'intérieur – pensées qui se dilueront ou non dans cette blancheur ou neutralité grise au cœur. Aujourd'hui, j'ai envie de croire que l'hiver n'est qu'un printemps endormi. Le facteur vient de faire tomber le numéro de janvier du "Monde de la Musique" dans ma boîte. Le beau visage de Maurizio Pollini éclaire ma matinée, de biais, tandis que très doucement Sinatra me parle plus qu'il ne me chante : I fall in love too easily... J'aime l'état dans lequel je suis ce matin. Un équilibre mélodique de ma mélancolie. Cela ressemble à un bonheur qui pourrait devenir violent ou bien à un état d''âme qui peut tout aussi bien verser dans un cafard ou un cirage terrible, le cafard absolument noir. Holly Golightly, la vraie, en parle mieux que moi, celle de Truman Capote :
« Mais ce n'est pas pour cela que Tiffany me rend folle. Écoutez. Vous savez ces jours où vous êtes dans le cirage ?
- Autrement dit le cafard ?
- Non, fit-elle méditativement. Le cafard, c'est quand vous craignez d'engraisser ou qu'il a plu trop longtemps. Ça vous rend triste, c’est tout. Mais le cirage, c’est horrible. Vous avez peur, vous suez d’angoisse, mais vous ne savez pas de quoi vous avez peur. Sauf que quelque chose d'horrible va vous arriver mais vous ne savez pas quoi. (…) Ce que j’ai trouvé de mieux c’était de prendre un taxi et d’aller chez Tiffany. Cela me calme immédiatement. La sérénité, l’air de supériorité. On a le sentiment que rien de très mauvais ne pourrait vous atteindre là (... )» (Paris, Folio, 2000, p. 46 - Traduction de Germaine Beaumont)


Mon Dieu que c'est vrai ! Faute de Tiffany, il me reste Sinatra, Barrie, Cary Grant pour retrouver ce sentiment.

Je vais sortir tout à l'heure, pour poster des petites choses à deux amis. J'ai envie de parler de Mélisande, ce matin, avant de partir.

Probablement l'un de mes deux opéras préférés - l'autre étant Tristan und Isolde de Wagner ; et il y a une cohérence sous-jacente à cette association - et une œuvre littéraire dont la lecture m'a bouleversée à jamais, par son symbolisme impossible à pénétrer autrement que de la pointe de l'âme, par la langue presque blanche ou chuchotée de Maeterlinck. L'impénétrabilité d'un voile de mousseline recouvre mots et gestes de cette pièce impossible à mettre en scène sans la brutaliser et la trahir.
J'ai la chance de posséder une belle édition illustrée d'œuvres de Maurice Maeterlinck, trouvée sur les Quais parisiens, il y a une bonne année. Mais je regrette qu'il soit si difficile de trouver des éditions neuves de certaines pièces de cet auteur si raffiné, si profond, si précis, si simple et pourtant dont le propos est insaisissable, comme toutes les vérités viscérales le sont. (C'est ainsi, ma chère Virginia, que je n'ai pu mettre la main sur une édition de Pelléas et Mélisande que je te destinais à Noël... C'était LE cadeau que je voulais pour toi et j'ai échoué dans ma quête.)







Par le hasard des affinités électives, ou au contraire peut-être est-ce le fruit de leur nécessité, Maurice Maeterlinck, l'auteur de la pièce originale, et Claude Debussy, le compositeur de l'opéra, ont un lien avec James Matthew Barrie. J'ai évoqué le premier ici. Du second, je rappellerai un ou deux détails, en citant ce qu'a écrit Paul Hooreman dans La revue de musicologie (volume 48, juillet-décembre 1962) :

"Quand j'étais enfant, - c'était hier, c'était en 1911, -j'allais souvent goûter chez mon oncle Francis de Miomandre, et là, pendant que ma tante, éclectique et bonne pianiste, m'imprégnait de Mozart ou de Fauré, de Debussy ou de Wagner, je lisais et relisais, couché à plat ventre sur le tapis du salon, un livre dont l'histoire m'enchantait, et dont les illustrations, surtout, exerçaient sur moi une fascination délicieuse. Je ne soupçonnais pas qu'en ce même temps, dans un hôtel du Bois-de-Boulogne, une petite fille de mon âge lisait le même livre avec le même plaisir, tandis que son père, lui, jouait peut-être moins de Wagner, mais sûrement plus de Debussy. La petite fille s'appelait Claude-Emma Debussy, mieux connue dans l'histoire de la musique sous le nom de Chouchou, et le livre, Peter Pan dans les jardins de Kensington, de James Matthew Barrie [une partie de "mon" Petit oiseau blanc, donc]. Hachette venait d'en publier la traduction française, illustrée des ravissantes aquarelles d'Arthur Rackham. Le mystérieux jardin londonien, la vie secrète des gnomes et des fées dans le creux des arbres, Peter Pan naviguant sur la Serpentine dans une barque faite d'un nid d'oiseau, tout cela m'émerveillait, moins peut-être par la grâce émouvante du récit que par la poésie secrète des paysages de Rackham. Une image, entre autres, charmait le musicien en herbe que j'étais ; son titre, imprimé sur une mince feuille de garde, disait (c'est une citation extraite du conte) : " ... Les fées sont des danseuses consommées".





Et certes, elle était aérienne, la petite fée que Rackham faisait danser sur un fil de la Vierge, au son d'une basse de violon jouée par une araignée. Qu'un grand musicien que j'aimais en est fait le sujet d'une de ses œuvres ne m'étonna point, quand je découvris plus tard le deuxième livre des Préludes, et il me semblait évident que tout le monde dût connaître l'aquarelle de Rackham, et le conte de J.-M. Barrie. La parenté des trois œuvres était pour moi chose si avérée que le titre du prélude en vint à se substituer dans ma mémoire à la légende exacte de la planche illustrée. C'est récemment qu'il m'est apparu que les commentateurs ignorent cette source de l'imagerie debussyste - ce qu'ils disent du sixième prélude du livre II n'est que paraphrases poétiques - et qu'il me faudrait peut-être un jour, à l'intention des esprits critiques, démontrer «musicologiquement» ce que je savais depuis l'enfance. Voici donc, avec mes excuses aux fées, les pièces justificatives de leur procès.
I. L'édition originale anglaise de Peter Pan in Kensington Gardens, illustrée par Arthur Rackham, parut à Londres en 1906.

II. En 1907 parut une seconde édition moins coûteuse, dont Hachette publia la traduction française. (Miomandre m'avait dit le nom du traducteur, mais je l'ai oublié ; ce n'était ni Henry-D. Davray ni Robert d’Humières.)

III. En 1911 parurent encore une édition anglaise et une française du même texte, mais en un format plus petit et avec un moindre nombre de planches. (Sur ces diverses éditions, le lecteur studieux consultera la monographie de Derek Hudson, Arthur Rackham, His Life and Work, London 1960 -et y prendra bien du plaisir.)
IV. Les Préludes de Claude Debussy, deuxième livre, parurent chez Durand en 1913. Selon Vallas (Debussy et son temps, p. 299), le musicien y travaillait depuis 1910, et Ricardo Vines joua les Fées en première audition à la Société Nationale le 5 avril 1913.
V. Dans l'édition des Préludes, le titre : "Les fées sont d'exquises Danseuses" est ainsi imprimé, entre guillemets, à la fin du prélude et dans la table des pièces ; il est le seul à présenter cette particularité.Pour qui connaît la minutie graphique de Debussy, ce n'est point là un accident ; l'auteur tenait à signaler qu'il s'agissait d'une citation.
VI. Une lettre de Debussy à Robert Godet, publiée dans les Lettres à deux amis, Paris 1942 (lettre XLV, p. 132, datée du 3 janvier 1912 ), dit ces précises paroles : "Très cher Godet, Chouchou, pour qui Rackham est déjà "ce vieux Rackham". a été ravie de votre envoi. Elle me prie de vous en remercier ("bien gentiment" en vous souhaitant une "bonne et heureuse année"... Vieille formule qui reprend toute sa grâce en passant par la bouche d'un enfant ! [...]"
Mais, dira le lecteur, "exquises danseuses" du prélude et "danseuses consommées" du conte, ce n'est pas la même chose ; qui peut nous assurer que Debussy s'est bien inspiré de Peter Pan ? - Réponse : le texte anglais lui-même, qui dit : "Fairies are exquisite dancers" (et non pas : "consummate"). Debussy, qui savait médiocrement l'anglais (cf. Serenade for the Doll dans le Children's Corner), a transposé littéralement le "faux ami" que le traducteur du conte avait soigneusement rendu.
Ceci nous fait supposer que Debussy avait connu les aquarelles de Rackham en 1908 déjà, lors de son voyage à Londres, et que l'envoi de Robert Godet -apparemment la petite édition de 1911 -n'a fait que raviver son souvenir, puisque Chouchou connaissait déjà les illustrations de Rackham. Le livre envoyé par Godet ne peut être Ondine, le conte de La Motte-Fouqué, dont l'édition française illustrée par Rackham ne parut qu'en 1912, mais il est infiniment probable, quoique manquent ici les preuves tangibles, qu'Ondine, le huitième prélude du même livre II, a été, lui aussi, inspiré par les aquarelles de Rackham.
On a souvent remarqué l'attrait de Debussy pour tout ce qui venait d'Angleterre, et chacun sait quel rôle primordial jouait la stimulation visuelle dans l'imagination créatrice de l'auteur d'Images et d'Estampes.

Sur l'un et l'autre point les Fées nous apportent un exemple de plus.
Mais je serais consterné que quelque sot prit argument de mon article pour faire de Debussy un musicien descriptif, une sorte de Richard Strauss moins grossier ; je vois déjà, avec horreur, l'aquarelle de Rackham reproduite sur l'enveloppe d'un disque !... Certes, les paysages étaient pour lui source constante d'inspiration ("rien n'est plus musical qu'un coucher de soleil ..."), et les tableaux (Whistler), les objets (Canope), les images (Hokousai), les cartes postales (La Puerta del Vino) pouvaient en tenir lieu, si leur force d'évocation était assez grande,mais ils ne lui servaient que d'étincelle inspiratrice et le musicien en transcendait tous les détails pittoresques. On ne saurait trop relire, sur ce point, ce qu'il publiait en 1911 : "Qui connaîtra le secret de la composition musicale ? Le bruit de la mer, la courbe d'un horizon, le vent dans les feuilles, le cri d'un oiseau déposent en nous de multiples impressions. Et, tout à coup, sans que l'on y consente le moins du monde, l'un de ces souvenirs se répand hors de nous et s'exprime en langage musical..."
Pour son anglomanie, il est injuste de la rattacher à la mode du temps et d'y voir une affectation "fashionable", comme on disait alors. C'est une affinité plus profonde qui relie Debussy à ce qu'il y a d'essentiellement rêveur et de contemplatif, de "mystique naturiste", dirais-je de pentaphonique, dans l'âme et la sensibilité anglaises ; la nationalité n'est pour rien dans ces parentés caractérologiques. Même son intérêt d'un jour pour les fées d'Arthur Rackham témoigne dans le même sens : pour le Français typique, les fées sont une invention charmante, certes, mais d'une imagination puérile qu'on rejette dès qu'on a l'âge de raisonner ; bien avant Shakespeare elles étaient réelles (de cette réalité évidente et imaginaire propre à la poésie) pour l'Anglais, qui ira jusqu'à les photographier [Cf. ce billet sur Conan Doyle], même si c'est with his tongue in his cheek... Et certes, parmi tous les documents qu'on possède sur l'existence de ces petits êtres qui transfigurent de leur présence évanescente et fugace les lieux qu'ils habitent, l'un des plus significatifs est assurément celui que nous a légué Debussy.

Mais revenons à Pelléas et Mélisande...



Le livret de l'opéra : ici. Les partitions : ici. La version en ma possession et que je recommande, même si mes compétences en musique sont quasi inexistantes, ne me fiant qu'à l'émotion produite, est celle-ci :




Vladimir Jankélévitch, philosophe musicien, qui a écrit deux livres consacrés à Debussy, nous dit ceci dans La musique et l'ineffable : "Gabriel Fauré, qui est le poète du demi-jour et de la pénombre, nous invite, comme Michel-Ange et comme Maeterlinck, à parler bas : "tout bas", - tel est le dernier mot du poème de Verlaine C'est l'extase et presque le dernier mot de Pelléas et Mélisande. "Pénétrons bien notre amour De ce silence profond", nous dit "une fête galante", En sourdine, dans la nuit des chuchotements et des frôlements. De même que l'homme guette le "seuil indistinct où de la nuit devient de l'aube", et le moment où le jour se fait ténèbres, pour surprendre les messages de l'aurore et du crépuscule, de même il guette passionnément la naissance et l'extinction du bruit pour surprendre les secrets de la vie et de la mort. (...) Debussy cherche à saisir l'instant liminal à partir duquel le silence devient musique. (...) Les dernières lignes du récit admirable de Bounine [Ivan Bounine] pourraient sans doute s'appliquer à cette transparente Mélisande : "Maintenant la légère respiration s'est dissipée dans l'univers, dans ce ciel nuageux, dans le vent froid de ce printemps." Si le silence favorise la transmission d'un "message", c'est d'abord parce que la négation silencieuse supprime ou atténue le secteur le plus tapageur de l'expérience. La recherche du silence est la recherche d'un au-delà métempirique ou supra-sensible plus essentiel que l'existence tonitruante et rugissante : elle nous prépare donc sinon à connaître, du moins à recevoir la vérité."



Mélisande est faite de silence et de ces riens de l'âme, de battements de cœur impromptus, et Debussy a réussi à en capturer l'essence par sa musique si particulière. Il faut écouter plusieurs fois à la suite son opéra et lire encore davantage la pièce de Maeterlinck, dans laquelle il fait des coupes, pour tenter de comprendre à quoi tient le génie des deux hommes. Cette profondeur, cet indicible tiennent à des choses impossibles à concevoir face à face. Rilke a très bien compris Pelléas et Mélisande, il me semble, et la difficulté à la mettre en scène : "Des paroles verrouillées dont personne ne possédait la clé, des noms comme des tours aux aguets en terre étrangère, et des gestes que les acteurs utilisaient craintivement, comme des armes dont ils ne comprenaient pas le danger ou des vêtements qu'ils ne savaient pas porter. Ce fut sur scène un combat continuel avec ce drame qui ne voulait pas prendre corps, qui soudain s'échappait des mots pour fuir les virtuoses et les comédiens et aller se cacher dans l'obscurité du sentiment où un jour il est né. Car chaque profonde œuvre d'art a un tel refuge, et ses ostensoirs radieux attendent sous des voûtes oubliées que les pas de la populace pillarde s'éloignent à nouveau et que leur bruit se taise." (R. M. Rilke, Œuvres en prose, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 2006, pp. 703-704)


Je sais, personnellement, ce que certains mots de Pelléas ont fait pour moi mais aussi tout ce qu'ils ont empêché... Et c'est ainsi que la vie réelle - cette fausse vie dont se contentent trop de gens - n'est pas faite pour moi si je ne me trouve pas en moi et en ceux que j'aime cette compréhension des oscillations inaudibles de l'âme. Je ne vis que pour les entendre retentir en moi, pour les recueillir sur le bord des êtres. Le reste, je m'en cogne.


"C’est le dernier soir… le dernier soir. Il faut que tout finisse… j’ai joué comme un enfant autour d’une chose que je ne soupçonnais pas. J’ai joué, en rêve, autour des pièges de la destinée. Qui est-ce qui m’a réveillé tout à coup ? Je vais fuir en criant de joie et de douleur, comme un aveugle qui fuirait l’incendie de sa maison. Je vais lui dire que je vais fuir… Il est tard ; elle ne vient pas. Je ferais mieux de m’en aller sans la revoir. Il faut que je la regarde bien cette fois-ci. Il y a des choses que je ne me rappelle plus… on dirait par moments qu’il y a cent ans que je ne l’ai plus vue… Et je n’ai pas encore regardé son regard. Il ne me reste rien si je m’en vais ainsi… Et tous ces souvenirs… C’est comme si j’emportais un peu d’eau dans un sac de mousseline ; Il faut que je la voie une dernière fois jusqu’au fond de son cœur… Il faut que je lui dise tout ce que je n’ai pas dit. "
Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck (acte IV, scène 4)

[Mary Garden en Mélisande, le 4 d'avril 1908. En voyant ces photographies et en vous reportant aux scènes qu'elles illustrent vous comprendrez peut-être mieux pourquoi cette œuvre m'a captivée au sens littéral.]
mardi 6 juin 2006

L'Oiseau bleu de Maeterlinck (adapté en dessin animé !) est apparenté au Petit oiseau blanc de Barrie. En tout cas, c'est de cette façon que l'entendait Maeterlinck et qu'il présenta la chose à Barrie, lorsqu'il écrivit sur un des lambris de sa bibliothèque : « Hommage au père de Peter Pan, grand-père de l’Oiseau Bleu » Il me paraît indispensable d'écrire quelque chose à ce sujet prochainement... En attendant, j'ai reçu ce bel album : L'oeuvre et la naissance de Peter Pan (mais pas seulement, loin de là !) à travers un album qui recueille des documents iconographiques en rapport. Il est édité, en partie, par la Beinecke Library - qui possède une colection barrienne très importante de livres, de manuscrits, de documents rares. La plus grande part de la collection de Cynthia Asquith a été acquise par leurs soins. Cet album ou catalogue contient des reproductions de documents épatants, tels les carnets de Barrie, par exemple, ou des photographies peu vues. Indispensable ! Petits extraits en photos : Télégramme du Roi et de la Reine à Peter Davies à l'occasion de la mort de Barrie, où est exprimé leur profond regret.
Exemplaire d'un des fameux journaux plus ou moins intimes de Barrie.
Carnets de notes pour une pièce féerique, qui deviendra... Peter Pan !
lundi 15 avril 2013

Rencontres…




{James Jarché*}


« Il existe des rapports incessants entre l'instinct et le destin, ils se soutiennent l'un l'autre, et ils rôdent la main dans la main autour de l'homme inattentif. Mais tout être qui sait diminuer en lui la force aveugle de l'instinct, diminue tout autour de lui la force du destin. Il semble qu'il crée une sorte de lieu d'asile, inviolable en proportion de sa sagesse, et ceux qui passent par hasard dans la zone éclairée de sa conscience acquise n'ont rien à craindre du hasard tant qu'ils s'attardent en cette zone. »


« Un être ne grandit que dans la mesure où il augmente sa conscience, et sa conscience augmente à mesure qu'il grandit. »
Maurice Maeterlinck, La sagesse et la destinée

***

À l’époque, j’étais un fleuve agité qui n’en finissait pas de ne pas trouver la mer.

Disgrâce absolue.
Rencontre impossible, en moi, de deux eaux. Tout n’est que rencontres. Bonnes ou mauvaises — essentiellement, cela ne dépend que de nous.

Et je n’étais pas encore mer. (Ni mère.) Mais j’étais déjà presque barrienne — l’ignorant cependant un petit moment encore.

J’errais, prisonnière à la fois des caprices de mon désir et de la fermeté de ma volonté. Prise entre deux courants contraires et d’égale tyrannie.

Hélas, il m’arrive encore de courts instants, mais trop souvent, de me retrouver au gré de cet état de l’âme passagère, errante, flottante, crispée entre deux flots — et, bien sûr, je ne manque jamais de m’y noyer à l’envi.

Chaque retour à la terre promise était (est) une résurrection. Parfois, il semble qu’il me faille, de temps à autre, rechuter et reprendre le cours à cette étape-là, la naissance, pour me sentir vivante.

J’étais perdue, pour la première fois de ma vie. Et Barrie m’a trouvée.

Il trouve toujours ses Enfants — moins perdus qu’égarés, dans les Limbes ou happés par les îles du Jamais et du Jamais-Plus. Il m’a bien repêchée ! Il a bien saisi de son hameçon — celui qui lui sert également à écrire, il lui suffit de le tremper dans cette encre spéciale qui est le sang de l’enfance — ce grand jeune homme à l’allure de poète qui rêvait de Jardins anglais, de faunes, de fées et de Mary A—. (Oui, cher Rémi, je parle de vous.) Parfois, Barrie prend une autre identité que celle, trop familière, sous laquelle nous le connaissions déjà. C’est simple ; c’est tout. Ce fut l’un de ces petits miracles quotidiens, parmi tant d’autres, que notre âme malformée ne prend jamais la peine de considérer ; sinon elle trouverait, dans cette contemplation, des trésors de beauté et s’effondrerait de honte devant eux. Peut-on être aveugle à ce point sans être un peu coupable ? Tout ce qui nous arrive nous arrive parce que nous y consentons. Les circonstances, les rencontres, les accidents et même les miracles ne sont qu’extrapolation de notre âme secrète. Si nous en sommes là, Rémi et moi, c’est parce que Barrie l’a voulu tout autant que nous. Lui plus que nous, certainement.

Prenez donc en main, à présent, inconnu et inconnue, Le Petit Oiseau blanc, roman né en 1902 en Angleterre et traduit, pour la première fois, en français, un siècle plus tard ; serrez-le contre votre cœur et fermez les yeux, puis songez un peu à tout cela…

Cher lecteur, futur spectateur, votre rencontre, ou pire votre non-rencontre, avec ce grand roman oublié en France dépend de tant de choses imprévisibles qu’il est impossible d’essayer de les imaginer ou même de les dénombrer. Ma rencontre avec ce texte était tout autant improbable — pensais-je, alors — que ma rencontre avec Rémi Prin — des années plus tard.

Improbable ? C’est faire bien peu de cas de « Maître Hasard » — comme j’aime à le nommer.

Dieu est-il le plagiaire du Hasard ou bien signe-t-il ses œuvres d’un patronyme anonyme lorsqu’il écrit sous le pseudonyme du Destin ou du Hasard ? Barrie se voyait bien en Anon. Je vois, désormais, Dieu sous les traits de Barrie et j’acquiesce par avance à (presque) toutes les rencontres qu’il me promet. Rémi fut l’une de ces rencontres et j’ai le sentiment que l’avenir me dit déjà : « Ce fut une rencontre importante. » Pour Barrie, pour moi, pour lui aussi, je l’espère. Mais, avant tout, pour le public de ce spectacle toujours en couveuse au moment où j’écris ces lignes — prise de vertige et d’enthousiasme devant cette folie qui est la nôtre.

Lorsque Rémi Prin m’écrivit pour la première fois, j’oscillais dangereusement entre la prudence la plus extrême et la folle déraison qu’inspire en moi le désir de donner tort à cette prudence (dont je ne me dépars qu’à regret). Je lui ai immédiatement téléphoné au lieu de lui répondre par courriel interposé — ma voix ne se donnant pourtant jamais mieux à entendre qu’étendue noir sur blanc, comme un écho ou un accord plaqué sur vélin. Je craignais probablement que la rédaction de ce courriel ne me donnât le temps de la réflexion et ne m’inspirât le désir de la fuite. J’ai dérobé depuis belle lurette la clef des champs, vous savez…

En effet, lorsque l’on évoque le simple nom de Peter Pan devant moi (et il s’agissait de cela : Rémi frappait à ma porte avec le nom de Peter en bouche), je me mords les lèvres au sang, afin de ne pas crier, préventivement, et ce, sur tous les tons, quelques injures. Je sais, par avance, que l’on ne manquera pas de salement m’éclabousser avec tous les clichés possibles et imaginables, charriés par plus d’un siècle d’aveuglement. La première, et non la moindre, de ces fausses évidences serait de dire que Peter Pan est « un garçon qui ne voulait pas grandir » ! Bien rares sont ceux qui sont capables d’avoir une vision pure du personnage et de son univers. Tous (ceux qui veulent lui faire la peau et les poches, en le mettant en scène, en l’illustrant, en l’écrivant — toute cette clique, donc), ou presque, ces gredins (parfois au féminin) sont contaminés par la même maladie de l’enfance trahie, assoiffés du mythe — ce mythe frelaté, qui a si peu à voir avec le personnage de Sir James. Incurables bêtes !

Rémi Prin a eu la chance ou l’intelligence — mais nous savons, avec Maeterlinck, dont L’Oiseau bleu doit beaucoup au Petit Oiseau blanc de Barrie, qu’il s’agit de la même chose, à savoir d’un état de conscience dans sa plénitude — d’évoquer illico presto Barrie et la biographie fantasmée que l’homme lui inspirait, suggérant même le cousinage possible du génie écossais avec la fantaisie d’un Cocteau. Se dessinaient alors devant moi les étapes possibles d’un voyage à travers les brumes de l’Écosse ; je pris une goulée d’air frais entre deux bouffées — purement imaginaires, cela s’entend — de tabac Arcadia ! Je décidai assez vite de donner une chance au projet de Rémi et de lui accorder ma confiance, prenant soin, toutefois, de le détourner de sa première idée, qui était, je crois, de mettre en scène la pièce Peter Pan — je connaissais parfaitement les écueils de l’entreprise et n’avait aucune envie de me replonger dans ce texte-là, après la merveilleuse expérience vécue auprès d’Alexis Moati (qui s'avéra être, par la suite, un parfait gougnafier – et je pense pire que ce mot) et de son équipe, lorsque nous donnâmes l’adaptation barrienne d’Andrew Birkin, Peter Pan, le petit garçon qui haïssait les mères.

Rémi savait bien qu’il existait un autre Peter, celui qui vivait dans les Jardins de Kensington, né avant son alter ego qui, lui, avait élu domicile dans une contrée bordée par le terrible et implacable Jamais. Il ne fallut aucun effort pour le convaincre de s’intéresser d’abord à ce bel enfant trop longtemps négligé…

L’une des qualités de Rémi Prin est de se vouer avec une réelle ardeur (trop rare, malheureusement, à notre époque) au texte. Il y a en lui, me semble-t-il, une capacité d’entente et, mieux encore, d’écoute du texte. J’ai toujours pensé qu’il était vain de vouloir  mettre en scène un texte (ou même de le traduire ou encore d’en ouvrir les pores, afin de le révéler aux autres, dans sa nudité) si l’on n’entendait pas, à travers lui, très distinctement, la voix de l’auteur. Il faut, littéralement, être hanté par le texte. Et avoir la modestie et l’intelligence de reconnaître que l’on ne possède jamais un texte. Il nous possède et il faut se laisser prendre tout entier. Pas de demi-mesures dans la vie et encore moins au théâtre !

Entendre la ou les voix d’un texte, c’est également une question de rencontres (seuls certains êtres entendent certaines voix, de cela je suis convaincue), et donc d’affinités électives. Et Barrie, plus que nul autre, est maître dans l’art de provoquer ces affinités-là. Sous couvert de Hasard.

L’élément le plus important est, comme souvent, lorsque l’on a affaire à un personnage de la trempe de Barrie, le plus invisible qui soit. Le secret est dans la béance, l’interstice, dans le temps d’attente auquel nous contraint souvent le voyage entrepris en terre barrienne.

Le narrateur du Petit Oiseau blanc, le Capitaine W—, laisse tomber une Lettre dans la rue afin qu’un jeune homme la ramasse et aille la poster ; ce faisant, il lui permet de retrouver l’amour de sa vie, qui l’attend au coin de la rue. Il provoque une rencontre. Notre destin nous attend toujours à cet endroit de la rencontre. Barrie ne dit pas à qui cette lettre était adressée. C’est pourtant le seul détail qui vaille et, peut-être, la raison secrète de ce spectacle. Mais nous ne le découvrirons qu’à la fin, cher Rémi. Lorsqu’il sera trop tard pour revenir en arrière. Barrie laisse le soin au lecteur d’écrire sur l’enveloppe le nom du destinataire. Dieu ? Oui, probablement. Qui d’autre ? Ou J. M. Barrie ? Vraisemblablement. Qui d’autre ? Ou encore vous, lecteur ? Nul doute possible. Qui d’autre ?

Mais cela revient toujours au même.

Il y a des êtres qui se rencontrent et des voix qui se répondent.
Et je crois que ma relation à Barrie, et aujourd’hui à Rémi Prin, est de cet ordre.

Céline-Albin Faivre


*J'imagine ainsi les Enfants Perdus poursuivis par Pilkington / Hook dans les Jardins de Kensington...
mercredi 28 mars 2007




Je finis l'évocation rapide et maladroite des grands lieux barriens (mais non pas de mon voyage londonien, car il me reste deux ou trois billets à écrire) avec ce lieu très célèbre pour les lecteurs de Barrie (et pas seulement). 3 Adelphi Terrace.
Non loin de Charing Cross, j'ai retrouvé l'endroit où Barrie a emménagé après son divorce et où il a achevé son existence, en 1937.
Il logeait au troisième étage. Les Shaw habitaient en face. C'est ici, sur un lambris, que Maurice Maeterlinck écrira un hommage à Barrie et à son Petit oiseau blanc, qui est le grand-père de son Oiseau bleu.






[Photographies de l'intérieur de cet appartement que m'a transmises Andrew Birkin et que l'on retrouve sur son site]
Je signale l'existence d'une page sur les "plaques bleues" qui ornent les maisons de gens célèbres dans Londres.

**************
Catégorie :
mardi 24 septembre 2013
Rémi m'a demandé d'écrire un tout petit texte pour un dossier de présentation concernant la future création de sa compagnie. Je le dépose également ici... L'année a été plus remplie que je ne l'espérais, car en vérité j'aspire au vide et au calme. Je termine des corrections d'épreuves de deux livres à venir et, enfin, j'hibernerai au creux de ma pauvre petite prose... pour quelques mois. Je le désire !


***


ORPHELINS !

***

« Les enfants apportent les dernières nouvelles de l'Éternité. Ils ont le dernier mot d'ordre. En moins d'une demi-heure, tout homme devient grave aux côtés d'un enfant. Il arrive, d'ailleurs, des choses extraordinaires à tout être qui vit dans leur intimité. »
(Maurice Maeterlinck)

« Il faut connaître la voix entière, 
le son qui sort de nous n'est que le quart ; 
ces disparus nous parlent de la mère 
à nous, les orphelins et les bâtards. »
(Rainer Maria Rilke)

***


… Car c’est la seule question qui importe...
Qui parle ?
Mon adaptation tente d’être la réponse à cette question qui vaut en tout temps et en tout lieu littéraire.
C’est un orphelin qui parle à un orphelin, ou qui se parle à lui-même – et rien d’autre. Si vous n’êtes pas orphelin, vous ne comprendrez rien. Être orphelin signifie être capable d’entendre la Voix. Non… Être capable d’entendre la Voix signifie que l’on est ORPHELIN. Voilà, la vérité ! On peut avoir des parents et être un parfait petit orphelin. Nous ne sommes pas obligés d’avoir tué nos parents ou d’avoir été abandonnés par eux pour être des orphelins. Il suffit que nos parents soient muets pour que nous soyons définitivement orphelins. Il suffit même que nous soyons morts avant d’être nés. Barrie ne parle qu’aux orphelins, aux enfants morts de ne pas être nés. Et peut-être aux bâtards, nés de la mort et de l’oubli... Parole d’un orphelin à d’autres orphelins. Rien de plus simple.
On ne lit pas Barrie ; on l’aime ou on se méprend à jamais sur lui. À son contact, on devient même un peu médium ; on n’adapte pas Barrie, on s’adapte à lui ; de même qu’on ne le traduit pas, mais on se laisse traduire par lui… C’est lui qui lit en nous et non l’inverse. Et je crois que c’est la raison principale pour laquelle, précisément, Barrie a été si peu traduit. Le lire exige une forme de communion avec l’auteur, une communion des sens et de l’esprit, qui découle d’une dangereuse Révélation sur lui et sur soi – en même temps. Le prodige est là : dans la concordance ou coïncidence des âmes ! C’est un hasard magnifique, mais un hasard qui a le visage de la Destinée. On paie sa livre de chair et plus encore. Cette Révélation, je le crois, nous est apportée par Peter Pan qui se heurte aux barreaux d’une fenêtre et aux yeux clos de sa mère – deux métaphores de l’oubli et de l’enfermement dans cet oubli. C’est la Révélation de l’orphelin. Et, si elle nous touche, c’est parce qu’il y a en chacun de nous un enfant qui crie et que l’on entend, parfois, de loin en loin. Cet enfant est enfermé dans une petite boîte ; c’est un enfant que la Mère nous a dérobé et qu’elle a caché dans un faux pli de sa mémoire. La Mère nous a rendus orphelins à Jamais. De nous, d’elle et de Dieu. Il est folie de tenter d’avouer cela !

C’est donc seulement parce que j’ai d’abord traduit Barrie, parce qu’un jour j’ai cru entendre la Voix – un appel –, que j’ai osé me lancer dans une adaptation. Adapter Barrie est impossible : car il ne s’agit pas de délier et de renouer les divers fils d’une histoire, mais de trouver la Voix du texte et, surtout, de ne jamais la perdre. S’il existe une façon de s’attacher définitivement à ce texte à la structure fort complexe – en enchâssement –, c’est celle-ci : la Voix et rien d’autre. La Voix, ses intonations colorées, et son grain ou sa tessiture…  et ce qu’elle nous dit, bien évidemment. Cette voix est celle du narrateur, le Capitaine W—, qui se confond, parfois, souvent même, avec celle de Sir James – de même que Le Petit Oiseau blanc fait écho à la vie personnelle de l’auteur. Pourtant, la vie de Barrie et son décalque fictionnel sont tour à tour le positif et le négatif  l’un de l’autre, sans que l’on sache jamais si nous tenons l’Ombre ou la Substance. Il s’agit donc d’un entrelacement subtil, d’un duo. Mais ces voix ne sont pas seules ; il en est d’autres et nous avons alors affaire à un chœur, celui des enfants à jamais perdus, dont nous faisons partie (si nous nous reconnaissons orphelins). Il y a deux lignes de chant distinctes dans ce texte et deux tonalités. La tonalité majeure qui se manifeste dans les scènes humoristiques, dans l’ironie un peu vive et la cruauté dionysiaque, et la tonalité mineure, qui est parole d’orphelin  – en Barrie et en nous. Il y a du Rilke et du Rückert en Barrie, du Mahler et du Schubert aussi… Il y a du vous et du moi en lui. Il y a de la Mère et de la Mort en lui.
J’ai taillé dans le vif pour ne conserver qu’une lecture du texte, celle qui me semblait, à l’oreille, la plus révélatrice de Barrie, celle qui permettait, précisément, de couper sans trahir, sans affaiblir la Voix... Ce texte, tiré du roman, est, dans mon esprit, comme une valse à trois temps et chaque temps correspond à trois enfants : David, Peter Pan et Timothy, trois personnages d’une ronde, où l’enfant de chair et de sang s’invite à partager les jeux des enfants-fantômes. En sa qualité d’Entre-Deux, Peter Pan est l’enfant qui suture les deux mondes explorés par Barrie, mais aussi par son double, le Capitaine W—. Peter Pan est le pivot ; il est à la fois l’enfant de tous les personnages et l’enfant de personne. L’Orphelin par excellence, comme Barrie… Comme vous… Comme moi... Et Peter tient dans sa main, sans le savoir, la dernière boîte parmi toutes les boîtes qui constituent ce roman-gigogne : la boîte où loge le secret – qui n’est fait que de silence. Le secret de celle qui ne parle jamais.
Toutes les œuvres de Barrie ont le même thème : celui de la Mère Morte, de l’Enfant Mort, de la mémoire blanche – autre nom de l’Oubli. L’adaptation traverse diverses saisons, qui sont autant d’états de l’âme, de Barrie et de ses personnages – tous en quête de Mère et de Mort. J’ai osé écrire quelques scènes qui n’existaient pas dans Le Petit Oiseau blanc, mais toutes sont inspirées de Barrie, de son œuvre, dans laquelle je vis et rêve depuis presque deux lustres ; elles reprennent des thèmes et des idées abandonnés par Barrie, et des phrases empruntées à d’autres œuvres qui sont en résonance avec Le Petit Oiseau blanc. Ce texte est à la fois personnel, puisqu’il s’agit de ma lecture de l’œuvre, et totalement indépendant de moi, puisque je me suis abandonnée à Barrie. C’est donc lui qui a eu le mot de la fin et je n’en attendais pas moins de lui… Que dit-il ?

On vous fait toujours tout payer, un jour. Tout n’est que deuils dans nos existences d’éphémères et, même pour les rois, le soleil ne se lève qu’une fois par jour. L’enfance était une belle journée. Le crépuscule arrive trop vite. Il faut entrer dans la nuit et y creuser notre tombe. Noir sur noir. Avec une tache de sang rouge sombre : celle de l’amour fou. Amour fou éprouvé pour Barrie, amour fou de Barrie pour ses personnages... Pour nous ! 

                                                                          Orphelins !

                                                   Céline-Albin Faivre, septembre 2013.



(Anne W. Brigman, The Wondrous Globe)
mardi 10 mars 2009
Certains jours sont plus chanceux que d'autres et c'est ainsi que, préparant une page musicale pour mon site Barrie, j'ai eu la chance de trouver ce disque-ci et de pouvoir l'acquérir.

ll ne s'agissait pas simplement pour moi de répondre aux séductions du beau suranné, du délicieux désuet, mais de faire vivre dans mon oreille, comme si je la collais à un vieux coquillage, un monde, celui de Barrie, mis en musique par Norman O'Neill ou bien par Sir William Walton. Le premier, directeur musical du London's Haymarket Theatre dès 1909, eut l'heur d'habiller de sons délicats et mystérieux la pièce de Barrie, Mary Rose, mais aussi L'oiseau bleu de Maeterlinck - et la filiation entre ces deux poètes a déjà été mise en exergue ici. Le second prêta son talent au Boy David de Barrie - une des oeuvres de Barrie que j'aime le moins, je dois le confesser.
Puisque les Hébrides sont assez proches de moi, désormais, et que l'île de Mary Rose s'y situe, je vous propose d'entendre l'appel de cet île "qui aime [tant] être visitée" qu'elle ne laisse pas toujours repartir ceux qui y posent le pied... Et, moi, est-ce qu'elle me fera prisonnière? Je ne suis pourtant plus une toute jeune fille...
Mary Rose
Je ne suis pas étonnée que Hitchcock ait été à ce point envoûté par l'histoire de Barrie. Instinctivement, il a perçu tout ce qu'elle recèle de danger, de perversion et d'étrange.

Harry : Il me semble que vous craigniez d'être un fantôme. Je crois bien qu'être un fantôme est pire que de les voir.
Mary Rose : Oui.
H. : Est-ce que cela rend solitaire d'être un fantôme ?
M.R. : Oui.
H. : Connaissez-vous d'autres fantômes ?
M. R. : Non.
H. : Le voudriez-vous ?
M.R. : Oui.
H. : Je peux le comprendre.

Mary Rose
, extrait. Cf. notre page.

Cf. également ce très bon article consacré, en partie, au disque susmentionné.

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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